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  • Interview de Bernard Blancan, prix d'interprétation masculine pour "Indigènes" au Festival de Cannes 2006!

    Bernard Blancan. Les Films du Losange

    medium_indigenes.2.JPG Bernard Blancan inaugure une série d'interviews que j'ai réalisées pour ce blog. Si je l'ai choisi en premier c'est d’abord parce qu’il est emblématique du Festival de Cannes 2006 où il a reçu le prix d’interprétation masculine (ex-aequo avec les autres acteurs principaux du film : Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Sami Bouajila) pour sa magnifique prestation dans Indigènes de Rachid Bouchareb, le film évènement de 2006 qui comme des millions de spectateurs m’avait bouleversée et qui a d'ailleurs aussi bouleversé l’Histoire (et pas seulement celle du cinéma) puisque suite à la projection privée du film à l'Elysée le Président de la République Française a décidé « d’abolir les discriminations entre les tirailleurs et les soldats français », ensuite parce que son parcours et son passage si soudain de l’ombre à la lumière et sa vision du festival me paraissaient passionnantes, enfin parce qu’il possède lui-même un blog sur lequel il raconte ses expériences.

     

    Bernard Blancan a répondu aujourd'hui à mes questions envoyées par email. Vous pouvez retrouver ses réponses ci-dessous… J’en profite pour le remercier de nouveau. 

     

     

    Retrouvez également mes commentaires sur ce film dans mon compte-rendu du Festival de Cannes 2006.

     

    Liens, Blogs de Bernard Blancan: http://www.blancan.org et http://www.blancan.com .

     

    Sandra.M:Que symbolisait pour vous le Festival de Cannes avant d’y aller ?

    Bernard Blancan: Un temple du paraître un peu futile et vain. Néanmoins, le palmarès est très déterminant pour le cinéma.

     
    Sandra.M: Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lorsque vous y êtes allé pour la première fois ? Etait-ce une bonne expérience ?

    Bernard Blancan: La première fois que j’y suis allé (film de Caumon, Amour d’Enfance, prix Un Certain Regard) , je m’y suis senti très mal. Pas à ma place.

    Sandra.M: Quels souvenirs gardez-vous du Festival de Cannes 2006 et de votre prix d'interprétation?

    Bernard Blancan: Cannes 2006 a été un conte de fée. J’y allais pour regarder faire les copains et, finalement, j’ai fait pleinement partie de l’aventure. Les moments forts ont été les premiers retours après la projection de presse, la conférence de presse au cours de laquelle j’ai trouvé ma place sans avoir l’impression d’être un usurpateur, la montée des marches, la projection elle-même aux côtés d’un ancien combattant (sans doute le moment le plus fort), le moment où on m’annonce que je fais partie du lot “prix d’interprétation” et pour finir, la remise du prix avec “C’est nous les Africains”...
     
    Sandra.M: Ce prix a-t-il changé beaucoup de choses pour vous?

    Bernard Blancan:Il m’a donné le diplôme que je n’espérais pas. Dès lors, je n’ai plus à me justifier d’être acteur. J’ai davantage de propositions et je suis plus “respecté”. Néanmoins, je tiens à continuer mon boulot dans le cinéma mais aussi le court-métrage et la télévision. Mais je me sens changé en profondeur. Moins dans le doute permanent.
     
    Sandra.M: J'ai parfois eu le sentiment que vous aviez été injustement moins médiatisé que vos 4 collègues également primés, comment avez-vous ressenti cela?

    Bernard Blancan: J’ai eu ma place dans les médias. Bien au-delà de ce que j’aurais pu espérer. Quand il y a eu des injustices, je l’ai signifié. Il y a eu par exemple une affiche avec la mention “prix d’interprétation” et seulement les noms de mes collègues. Je ne suis pas non plus allé à Hollywood car je n’étais pas clairement invité. Le sentiment de frustration, dès lors qu’il est exprimé et entendu ne dure pas.

    Sandra.M : Le Festival de Cannes, si excessif, peut être aussi magique que cauchemardesque ? Avez-vous une anecdote qui aille dans un sens ou dans l’autre ?

    Bernard Blancan: Magique, il l’a été dans l’ensemble. Le cauchemar (petit) c’était de voir les caméras m’éviter. On ne changera pas les média...


    Sandra.M : Si vous souhaitez vous pouvez ajouter quelques mots, notamment sur votre actualité.

    Bernard Blancan: J’ai fait un spectacle qui s’appelle “Bernard Blancan, enfin disponible” qui reprend mes expériences cannoises et jette un regard amusé et décalé sur mon parcours d’acteur. Tournée 2007/2008.

  • Un Certain Regard: présentation

    medium_regard.JPGJe vous ai déjà parlé des sélections parallèles suivantes : La Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs. Par ailleurs, outre les films présentés en compétition officielle au grand théâtre Lumière, depuis 1978 la sélection Un Certain Regard accueille chaque année dans la salle Debussy une vingtaine de films venant d’horizons multiples et différents, de cinématographies proches et lointaines, de jeunes réalisateurs et d’auteurs confirmés. Les films projetés dans le cadre de la sélection Un Certain Regard constituent l’autre partie de la sélection officielle (la première étant la compétition).

     Depuis 1998, le Prix Un Certain Regard récompense l’un des films présentés dans cette sélection en lui remettant une aide à la distribution en France.

     Un film de cette sélection peut aussi recevoir la Caméra d’or. La caméra d’or est un prix qui a été créé en 1978 par Gilles Jacob pour encourager de jeunes artistes au talent prometteur. Il récompense ainsi le meilleur premier film de toutes les sections : Sélection officielle (compétition et un certain regard), la Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la Critique.

    medium_regard_2.JPG Pour illustrer cette présentation, je vous propose des critiques de films radicalement différents présentés dans le cadre de la sélection, qui vous donneront une idée de son éclectisme et de sa qualité. Des cinéastes aussi différents que Kim Ki Duk, Olivier Assayas, Emmanuelle Bercot (avec Clément qui avait ainsi obtenu le prix de la jeunesse l'année où j'en faisais partie, en 2001) et tant d'autres ont ainsi présenté des films dans le cadre de cette sélection.

                       -Le Filmeur d'Alain Cavalier-Sélection Un Certain Regard 2005-

    medium_filmeur.JPGA une époque où les images qui nous sont proposées, imposées même parfois, sont pléthoriques, souvent vaines et synonymes de vacuité, à une époque de zapping consumériste incessant, le film d’Alain Cavalier devient une promenade lénifiante, nous rassérénant même, et pourtant parfois inquiétante aussi. Certes le chemin est d’abord escarpé pour nos regards habitués à papillonner et à passer d’une image à l’autre à la vitesse de l’éclair, mais peu à peu son univers qui, de prime abord peut agacer, nous aspire ensuite, nous inspire même puisque le spectateur est un peu acteur, un peu « filmeur »lui aussi, lui tellement habitué à une passivité abêtissante,… et finalement nous envoûte. Malgré nos réticences initiales, malgré nos fameuses habitudes consuméristes donc. Le « filmage » a duré 11 ans, 11 années pendant lesquelles Alain Cavalier a filmé son quotidien, figé un présent normalement condamné à l’évanescence, filmé ces instants de grâce que seule la réalité sait inventer, inviter à nos regards, nos regards au début un peu réticents, qui sont progressivement charmés puis hypnotisés comme des prisonniers de l’obscurité qui peu à peu s’habitueraient à la lumière et ne pourraient finalement plus s’en passer. Instantanés qui se confrontent, se répondent, sous l’œil incisif du filmeur qui, presque 80 ans après, réinvente et modernise ce fameux « homme à la caméra » initié par Vertov. Ce qui aurait pu être impudique, racoleur, narcissique est au contraire une œuvre d’une grande générosité dans laquelle Cavalier nous fait partager la poésie volée au quotidien par l’acuité de son regard. Comme personne il sait déceler la beauté fortuite du quotidien, la singularité derrière l’apparente banalité. L’angoisse aussi, jamais soulignée ou grandiloquente. Non, parfois juste elliptique, parfois dédramatisée par l’humour de Cavalier mais néanmoins là. Par une image allusive parfois ou plus frontale comme celle du père sur son lit de mort. Ou celle du visage rieur de sa mère, omniprésente, ou celle de sa main posée sur la sienne. Vibrant témoignage d’amour à cette dernière, un des fils conducteurs du film. Il sait être judicieusement elliptique là ou d’autres auraient été exagérément insistants. Vie et mort indissociables comme les deux faces d’un même visage, en l’occurrence aussi le sien, opéré, si signifiant sans qu’il soit nécessaire de rajouter un commentaire qui aurait appauvri l’image, son visage lui aussi filmé frontalement, là enfin, là seulement. Gravité et drôlerie s’entrelacent donc constamment : les deux faces de l’existence. Parfois même furtivement, l’angoisse de la réalité nous saisit comme cette page si sombre de l’Histoire à laquelle renvoient quelques pages manuscrites.Journal filmique intime à la fois intemporel et ancré dans la réalité politique comme lorsque sur les images d’un feu de cheminée les informations télévisées annoncent la mort de Massoud tué par la même caméra (piégée celle-là) que celle avec laquelle Cavalier filme alors. Ironie, cynisme même, du réel qu’une fiction ne saurait inventer. Une œuvre riche, dont l’intensité n’est pas perceptible d’emblée mais vous envahit peu à peu comme s’impose la magie du quotidien par le prisme de sa caméra subjective. Avec évidence. Une mine d’or cinématographique dérobée au quotidien et dont Cavalier est l’insatiable et non moins talentueux chercheur et (car) iconoclaste. Indéniablement.Vous décrire ces instants immortalisés, ces diamants ciselés dans le quotidien en amoindrirait la beauté fulgurante, je vous invite à les découvrir, et à suivre sa route qui vous conduira de Claude Sautet à Romy Schneider, de poules en écureuils, de chambres d’hôtels en jardins amputés, de fruits frais en fruits pourris, de Bach aux tintements de cloches etc et surtout de la gravité à la légèreté, ou plutôt à la gravité, la profondeur, derrière la légèreté.     

             La tourneuse de pages de Denis Dercourt-Sélection Un Certain Regard 2006

    medium_tourneuse.JPGLa Tourneuse de pages de Denis Dercourt est un un film aux accents chabroliens. Fille de bouchers dans une petite ville de province, Mélanie (Déborah François découverte dans l’Enfant des frères Dardenne), 10 ans, semble avoir un don pour le piano. Elle tente le concours d'entrée au Conservatoire mais échoue, perturbée par l'attitude désinvolte de la présidente du jury, Ariane, une pianiste reconnue interprétée par Catherine Frot. Une dizaine d'années plus tard, Mélanie entre comme stagiaire dans un grand cabinet d'avocats international dirigé par M. Fouchécourt, (Pascal Grégory) le mari de la pianiste en question. Très vite, Mélanie  s’avère très organisée et dévouée, déjà trop zélée. M.Fouchécourt lui propose donc de venir chez lui garder son fils, forcément jeune et innocent, en son absence. Son épouse s’attache bientôt, se cramponne même, à elle et lui propose de devenir sa tourneuse de pages, rouage essentiel dans la mécanique bien huilée de ses concerts. La moindre contrariété peut faire chavirer cette femme fragilisée depuis un étrange accident de voiture. Bien sûr, les accidents, les hasards n’en sont pas mais sont le résultat de l’obsession fatale de la jeune et inquiétante Mélanie. Un désir de vengeance implacable et une détermination infaillibles la guident. Une relation trouble se noue entre les deux femmes. Mélanie devient bientôt indispensable à la pianiste devenue aussi vulnérable que celle dont elle a brisé le destin l’était. L’obsession, même si elle prend un visage différent, est réciproque: la haine et l’amour si semblables, pour Mélanie qui dévore Ariane du regard, et une singulière nécessité pour cette dernière. Le cadre ne les met pas en champ/contre-champ mais les enferme l’une et l’autre, indissociables, prisonnières de leurs désirs dissemblables mais aussi destructeurs. La menace est constante, d’autant plus dangereuse qu’elle a le visage d’un ange au teint diaphane. La musique classique renforce cette impression du souffle glacial et menaçant qui plane constamment. Dès le début, faussement aiguillé par de la viande rouge que l’on découpe rageusement, le spectateur s’attend à un bain de sang tel celui qui clôture La Cérémonie de Chabrol mais finalement La tourneuse de pages se rapproche davantage de Merci pour le chocolat, la vengeance sera en effet plus insidieuse et invisible, à l’image de la blessure qui en a suscité le désir. L’intérêt n’est pas tellement dans le dénouement mais plutôt dans l’attente suscitée, cette sensation de danger, que tout peut basculer d’un instant à l’autre dans la note dissonante et définitive. Dercourt est moins sévère que Chabrol, la pianiste devient humaine, victime vulnérable et traquée. Les bourgeois chabroliens eux, sont souvent (im)pitoyables, ou rongés par le vice, parfois les deux. Catherine Frot est aussi remarquable en pianiste qu’en paysanne dans Le passager de l’été, et Déborah François aussi juste qu’elle l’était dans l’Enfant même si ces deux interprétations sont diamétralement opposées. Ce face à face entre les deux actrices est le principal intérêt de ce film à l’inspiration hitchcockienne et chabrolienne qui n’arrive pas à la cheville (enfin,... plutôt la bobine) de ses illustres inspirateurs mais qui aura au moins le mérite d’instaurer une ambiance pesante qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.  C’est le cinquième long métrage de Denis Dercourt,  qui, en filmant l’univers  de la musique classique, filme un univers qu'il connaît bien pour avoir été, entre 1988 à 1993, alto solo de l'Orchestre Symphonique Français.

    La Californie de Jacques Fieschi-Sélection Un Certain Regard 2006

    medium_californiebis.JPG -La Californie, premier long métrage en tant que réalisateur de Jacques Fieschi, scénariste de Claude Sautet et notamment de Nelly et M.Arnaud mais aussi de Selon Charlie de Nicole Garcia etc. Il y a eu un crime, là-haut, dans la villa, dans le quartier cannois huppé de la Californie. Depuis longtemps, rien ne peut séparer Mirko (Roschdy Zem) et Stefan. Les voici sur la Côte d'Azur. Ils n'ont rien, ils battent le pavé. Mais ils se débrouillent, se font vigiles, videurs. A la sortie d'une discothèque, ils ont rencontré Maguy (Nathalie Baye), une femme qui sort et boit beaucoup, qui claque beaucoup d'argent. Elle vit là-haut, dans une villa luxueuse. Elle entretient une poignée de gens, sa copine et souffre-douleur Katia, et un couple de garçons, Francis et Doudou. Maguy prend Mirko et Stefan à son service, cela signifie : s'occuper de la maison, faire les courses, entretenir le bateau. Ca veut dire aussi que Mirko couche avec Maguy. Hélène (Ludivine Sagnier), la fille que Maguy n'a pas élevée, arrive dans la villa. Elle ne vient pas se plaindre, demander des comptes. Entre Maguy et Hélène, Mirko et Stefan, va s'instaurer un jeu de désir qui les met en danger. Les billes du jeu s'entrechoquent et libèrent des passions violentes. Rien ne protège plus ces vies qui ont refusé la norme. De cette adaptation de Simenon et de la part du scénariste de Claude Sautet nous étions en droit d’attendre plus de tension sous-jacente. Or, ici Jacques Fieschi a choisi la voie de la théâtralité pour confronter ces singularités amenées à vivre ensemble, des singularités que tout pourrait opposer  et que finalement leurs marginalités si dissemblables et leur solitude réunissent. Tous pourraient commettre un crime, la question est de savoir quand et qui. Encore un noir écho à la vie cannoise puisque cette Californie dont il est question est celle du célèbre quartier cannois. Le grand (seul ?) intérêt de ce film est la prestation et la confrontation magistrale d’une Nathalie Baye plus talentueuse que jamais (qui rappelle un peu son rôle dans les Sentiments mais qui utilise encore davantage ici son côté loufoque) et Roschdy Zem qui confirme encore à quel point il méritait son prix d’interprétation ayant ici un rôle diamétralement opposé à celui d’Indigènes.

    Paris, je t'aime -Sélection Un Certain regard 2006

    medium_Paris_je_t_aime.JPGPlace enfin à un peu de légèreté, du moins aurait-on pu le croire, avec l’ouverture d’un Certain Regard avec un film au titre en forme de déclaration d’amour Paris je t’aime dont on nous présente ce soir la...81ème version après que le film ait bien failli ne jamais être projeté en raison d'un désaccord au sein de la production. La projection  est précèdée de la présentation de l’équipe du film sur scène en l’occurrence les équipes des 18 films (18 courts métrages se déroulant chacun dans un arrondissement de Paris) donnant lieu à un plateau prestigieux avec notamment Hypolyte Girardot, Gena Rowlands, Ludivine Sagnier, Gus Van Sant, Alexander Payne, Fanny Ardant, Gurinder Chada, Juliette Binoche, Bruno Podalydès…et tant d’autres qui ont rendu la grande scène du théâtre Debussy trop petite pour tous les contenir sans oublier évidemment le maire de Paris, mais également dans la salle un ancien Ministre de la Culture, candidat à la candidature pour la présidentielle dont certains croient qu’il l’est toujours , (confusion qui ne semble pas lui déplaire) et qui s'est d'ailleurs offert aujourd'hui un bain de foule sur la Croisette. Mais revenons à Paris, et nous voilà donc partis pour une promenade romantique dans ses rues somptueuses, dangereuses, amoureuses. Du moins est-ce ce que nous aurions pu croire mais la plupart des réalisateurs ont savamment évité les clichés de carte postale pour nous livrer une ville Lumière parfois sombre, violente, en tout cas vivante, pas si aseptisée, comme les amours dont elle est le cadre. Pas forcément un amour lisse donc  mais un amour aussi tragique, vampirique, satirique, ludique… Paris vit, vibre, bouscule, exalte, provoque l’amour. Au fil des quartiers de Paris l’amour est mimé, malmené, révélé, maternel, perdu... Une œuvre riche et inégale., peut-être un peu tiède au regard d'un thème qui aurait pu permettre aux réalisateurs de se prêter à de nombreuses excentricités poétiques. Quelques films sortent réellement du lot. Indéniablement, à l'applaudimètre le film désopilant des frères Coen avec Steve Buscemi aura recueilli le plus des suffrages des festivaliers, festivaliers qui parfois n’applaudissent pas du tout au dénouement de certains courts comme celui d'Olivier Assayas. Violence cannoise. Abhorrer ou adorer vous disais-je. Pas d’autre alternative. D’autres films étaient pourtant réussis comme celui  d'une belle ironie nostalgique, du tandem Auburtin/ Depardieu avec Gena Rowlands. Remarquable également le film mettant en scène  une actrice et un aveugle dans Faubourg Saint-Denis de Tom Tykwer ou encore l'amour de mimes si poétiques aux accents "Tim Burtoniens", désarmants et désarmés, avec Yolande Moreau…et l’amour pour Paris, le seul dans l’hilarant 14ème arrondissement d’Alexander Payne. Ou encore l’amour selon Oscar Wilde, sur sa tombe au Père Lachaise dans le film de Wes Craven. Dommage que Woody Allen qui avait si bien su filmer Paris dans Tout le monde dit I love you n’ait finalement pas fait partie de l’aventure ! Dommage aussi que les transitions n’aient pas été plus habiles , la fin nous donne une ébauche de ce qu’elles auraient pu être… Peut-être faudra-t-il attendre la 82ème version… Etrange que la ville dans laquelle se déroule le plus grand nombre de tournages n’ait pas été mieux et davantage filmée (dans la plupart des courts métrages Paris est quasiment absente!) surtout dans un film qui se proclame déclaration d'amour dans et à la capitale, comme si les réalisateurs avaient eu peur de s'y hasarder, de s'y confronter, comme si leur amour pour Paris les avait aveuglés, effrayés… Bref, un film qui ne tient pas toujours les promesses de sa déclaration initiale, un peu trop frileux,... mais qui vous permettra de faire une agréable et divertisssante promenade dans ses quartiers incitateurs à la rêverie et aux déclarations enflammées.

     

                           Le temps qui reste de François Ozon-Sélection Un Certain Regard 2005

     

    medium_temps.JPGLe temps, justement, est à l’orage. Probablement Hélios, en cinéphile averti, désapprouve-t-il la tiédeur de la compétition. Même si je ne peux que l’approuver j’aurais préféré attendre sous un ciel plus clément l’ouverture des marches (bleues celles-là) qui mènent à la salle Debussy où sont projetés les films de la section « Un certain regard ». Une ouverture salutaire des portes met fin à mes réclamations silencieuses. La salle est bondée. De nombreux festivaliers ont été refoulés. Melvil Poupaud et le réalisateur viennent présenter le film, le premier évoquant le plaisir d’avoir travaillé avec le second et en ce lundi de Pentecôte travaillé sujet à controverse, Ozon, quant à lui, excuse ironiquement l’absence de Jeanne Moreau par une grève prétendue … L’ironie ne devrait plus vraiment être au rendez-vous par la suite puisque l’histoire du « temps qui reste »est celle de Romain, un jeune photographe de trente ans qui apprend brutalement qu’il n’a plus que quelques mois à vivre. Plutôt que de traquer les signes de la maladie ou de signer un film larmoyant sur la mort, Ozon, nous raconte l’histoire d’une réconciliation, celle d’un homme avec lui-même, celle d’un homme qui dit de lui qu’il « n’est pas quelqu’un de gentil ». On suit pas à pas son cheminement et ses photographies qui immortalisent la fugacité du bonheur, jusqu’à la libération finale, écho à la sublime et cruelle fin de « 5 fois 2 », un rayon de soleil aussi paradoxal dans les deux films puisque dans « le temps qui reste » c’est la fin paradoxalement apaisée d’un homme et dans « 5 fois 2 » le début a posteriori douloureux d’une histoire puisque nous en connaissons le tragique dénouement. Une réalisation sobre et non moins brillante transforme ce qui aurait pu être un film désespérément obscur en une leçon de vie et peut-être plus encore en une leçon de cinéma car Ozon a réussi à dresser les portraits de personnages ambivalents, parfois salutairement désagréables ou juste simplement humains, ne tombant jamais dans le manichéisme ou la caricature. La première vraie émotion de ce festival. Dommage qu’il n’ait pas figuré dans la compétition officielle…

     

    Les différentes critiques ci-dessous sont extraites de mes comptes-rendus des Festivals de Cannes 2005 et 2006 publiés sur In the mood for cinema.

     

    Sandra.M

  • "Babel" de Alejandro González Iñárritu, prix de la mise en scène 2006

    Après Le Guépard de Visconti et In the mood for love de Wong Kar Wai, avec  Babel,  prix de la mise en scène 2006, et en attendant de vous livrer de nouvelles informations sur le Festival de Cannes 2007, je poursuis mes critiques de films primés lors de précèdentes éditions du Festival de Cannes. Vous pouvez également trouver cette critique sur mon autre blog: In the mood for cinema.

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    En plein désert marocain, des enfants jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Un coup de feu retentit et blesse une touriste américaine dans un bus qui passait sur la route, en contrebas. Les destins de cette femme (Cate Blanchett) et de son mari (Brad Pitt) dont le couple battait de l’aile, les destins des deux enfants responsables du coup de feu, le destin de la nourrice mexicaine des enfants du couple d’Américains, le destin d’une jeune Japonaise, en l’occurrence la fille de l’homme qui a donné le fusil à un Marocain qui l’a revendu au père des deux enfants : ces destins vont tous avoir une influence les uns sur les autres, des destins socialement et géographiquement si éloignés, mais si proches dans l’isolement et dans la douleur.

    Rares sont les films que je retourne voir, mais pour Babel vu au dernier festival de Cannes où il a obtenu le prix de la mise en scène et celui du jury œcuménique, c’était une vraie nécessité parce que Babel c’est plus qu’un film : une expérience.  Ce film choral qui clôt le triptyque du cinéaste après Amours chiennes et 21 grammes fait partie de ces films après lesquels toute parole devient inutile et impossible, de ces films qui expriment tant dans un silence, dans un geste, qu’aucune parole ne pourrait mieux les résumer. De ces films qui vous hypnotisent et vous réveillent. De ces films qui vous aveuglent et vous éclairent. Donc le même choc, la même claque, le même bouleversement, quelques mois après, l’effervescence, la déraison et les excès cannois en moins. Malgré cela.

    Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, qu’un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire, l’exercice  aurait été alors particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait que cette construction ciselée illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle.

    Le montage  ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, retenant son souffle, un souffle coupé par le basculement probable, soudain, du sublime dans la violence. Du sublime d’une danse à la violence d’un coup de feu. Du sublime d’une main sur une autre, de la blancheur d’un visage à la violence d’une balle perdue et d’une blessure rouge sang. Du sublime  du silence et du calme à la violence du basculement dans le bruit, dans la fureur, dans la déraison.

    medium_P80601087315038.jpgUn film qui nous emmène sur trois continents sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, à notre égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité en pleine figure, ces figures et ces visages qu’il scrute et sublime d’ailleurs, qui nous jette notre indolence en pleine figure, aussi. Un instantané troublant et désorientant de notre époque troublée et désorientée.  La scène de la discothèque est ainsi une des plus significatives, qui participe de cette expérience. La jeuneJaponaise sourde et muette est aveuglée. Elle noie son désarroi dans ces lumières scintillantes, fascinantes et angoissantes.  Des lumières aveuglantes: le paradoxe du monde, encore. Lumières qui nous englobent. Soudain aveuglés et sourds au monde qui nous entoure nous aussi.

    Le point de départ du film est donc le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements, qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais. Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée, Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant.

    Virtuosité des raccords aussi : un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soit transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude. 

     Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque,  paradoxalement plus ouvert sur l’extérieur fictivement si accessible et finalement plus égocentrique que jamais,  monde paradoxalement mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. D’ailleurs chaque histoire s’achève par des gestes, des corps enlacés, touchés, touchés enfin. Touchés comme nous le sommes. Les mots n’ont plus aucun sens, les mots de ces langues différentes. Selon la Bible, Babel fut  ainsi une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.

    medium_P80601161052655.jpgC’est aussi un film de contrastes. Contrastes entre douleur et grâce, ou plutôt la grâce puis si subitement la douleur, puis la grâce à nouveau, parfois. Un coup de feu retentit et tout bascule. Le coup de feu du début ou celui en pleine liesse du mariage.  Grâce si éphémère, si fragile, comme celle de l’innocence de ces enfants qu’ils soient japonais, américains, marocains, ou mexicains. Contrastes entre le rouge des vêtements de la femme mexicaine et les couleurs ocres du désert. Contrastes entres les lignes verticales de Tokyo et l’horizontalité du désert. Contrastes entre un jeu d’enfants et ses conséquences dramatiques. Contraste entre le corps dénudé et la ville habillée de lumière. Contraste entre le désert et la ville.   Contrastes de la solitude dans le désert et de la foule de Tokyo. Contrastes de la foule et de la solitude dans la foule. Contrastes entre « toutes les télévisions [qui] en parlent » et ces cris qui s’évanouissent dans le désert.  Contrastes d’un côté et de l’autre de la frontière.  Contrastes d’un monde qui s’ouvre à la communication et se ferme à l’autre. Contrastes d’un monde surinformé mais incompréhensible, contrastes d’un monde qui voit sans regarder, qui interprète sans savoir ou comment, par le prisme du regard d’un monde apeuré, un jeu d’enfants devient l’acte terroriste de fondamentalistes ou comment ils estiment savoir de là-bas ce qu’ils ne comprennent pas ici.

    medium_P80601693016905.jpgMais toutes ces  dissociations et ces contrastes ne sont finalement là que pour mieux rapprocher.   Contrastes de ces hommes qui parlent des langues différentes mais se comprennent d’un geste, d’une photo échangée (même si un billet méprisant, méprisable les séparera, à nouveau). Contrastes de ces êtres soudainement plongés dans la solitude qui leur permet finalement de se retrouver. Mais surtout, surtout, malgré les langues : la même violence, la même solitude, la même incommunicabilité, la même fébrilité, le même rouge et la même blancheur, la même magnificence et menace de la nuit au-dessus des villes, la même innocence meurtrie, le même sentiment d’oppression dans la foule et dans le désert. 

     Loin d’être une démonstration stylistique, malgré sa virtuosité scénaristique et de mise en scène Babel est donc un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent.  Notons que malgré la pluralité de lieux, de langues, d'acteurs (professionnels mais souvent aussi non professionnels), par le talent de son metteur en scène, Babel ne perd jamais sa cohérence qui surgit, flagrante, bouleversante, évidente, au dénouement.

    La mise en scène est volontairement déstructurée pour refléter ce monde qu'il met en scène, un monde qui s'égare, medium_P80601398560603.jpget qui, au moindre geste , à la moindre seconde, au moindre soupçon, peut basculer dans la violence irraisonnée, un monde qui n'a jamais communiqué aussi vite et mal, un monde que l'on prend en pleine face, fascinés et horrifiés à la fois, un monde brillamment ausculté, décrit,  par des cris et des silences aussi ; un monde qui nous aveugle, nous assourdit, un monde de différences si semblables, un monde d’après 11 septembre. 

     Babel est un film douloureux et clairvoyant, intense, empreint de la fébrilité du monde qu’il parcourt et dépeint de sa lumière blafarde puis rougeoyante puis nocturne. Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant. Le silence après le bruit, malgré le bruit, le silence de l’harmonie retrouvée, l’harmonie éphémère car il suffirait qu’un coup de feu retentisse pour que tout bascule, à nouveau. La beauté et la douleur pareillement indicibles. Babel, tour de beauté et de douleur. Le silence avant les applaudissements, retentissants, mérités. Si le propre de l’Art c’est de refléter son époque et de l’éclairer, aussi sombre soit-elle, alors Babel est un chef d’œuvre. Une expérience dont on ne peut ressortir indemne ! Mais silencieux, forcément.

    Cet article a été repris sur Agoravox et sur Yahoo Actualités.

    Sandra.M

  • "Les films naissent libres et égaux en droit": gros plan sur la Quinzaine des Réalisateurs

    L’intérêt du Festival de Cannes ne réside pas uniquement dans la compétition officielle mais aussi dans ses sélections parallèles.  Je vous parlais récemment de la Semaine de la Critique qui n’est cependant pas la seule à se dérouler en parallèle de la compétition officielle. En 1968, la France était en ébullition…le Festival de Cannes, miroir et reflet du monde, aussi. Le Festival fut même interrompu notamment à l’initiative de Godard et Truffaut. C’est aussi cette année-là que fut initiée une autre section parallèle, la Quinzaine des Réalisateurs, créée par la Société des Réalisateurs de Films. (SRF). Son but initial était de donner la place aux films de toutes origines, sans compétition, ni censure, « étrangère à toute considération diplomatique, vitrine de tous les cinémas du monde » car comme le disait Pierre Kast « Les films naissent libres et égaux en droit ». Eux aussi. La 39ème édition de la Quinzaine des Réalisateurs aura lieu du 17 au 27 Mai 2007. Pour mieux présenter cette section je vous propose  trois films présentés dans ce cadre: deux en 2005, « Keane » et « La Moustache » d’Emmanuel Carrère, et un en 2006: "Ca brûle" de Claire Simon.

    Lien: Site officiel de la Quinzaine des Réalisateurs

    La Moustache d'Emmanuel Carrère- Quinzaine des Réalisateurs 2005

    medium_moustache.JPG« La moustache », premier long métrage d’Emmanuel Carrère et adaptation de son roman fait partie de ces films cauchemardesques pendant lesquels vous regardez votre montre non pas parce-que vous aimeriez qu’il se termine mais au contraire parce-que même cauchemardesque l’univers dans lequel il vous plonge vous fascine, vous déroute tellement que vous aimeriez prolonger votre immersion. E. Carrère signe un film oppressant dans lequel on se sent immédiatement impliqué, en empathie avec son personnage principal auquel nous nous identifions immédiatement…même sans moustache car c’est davantage du regard des autres et de dépendance à celui-ci, et de perte d’identité que de moustache qu’il est question ici. La moustache, élément du paraître symbolise ici l’être, celui auquel nous sommes tellement habitués que nous ne le voyons , ne l’interrogeons plus. On ne ressort pas indemnes de cette dérive magistralement effroyable…car nous dérivons avec le protagoniste tant la réalisation et le cadre nous enferment avec lui aux frontières de la folie et du fantastique. En présentant le film avant sa projection Vincent Lindon l’a annoncé, c’est celui dont il est le plus fier et dans lequel il a enfin été filmé comme il avait toujours rêvé de l’être, ce à quoi nous ne pouvons qu’adhérer tant ce rôle dans lequel il excelle semble avoir été écrit pour lui....

    Keane de Lodge Kerrigan-Quinzaine des Réalisateurs 2005

    medium_keane.JPGAvec Keane de Lodge Kerrigan, produit par Steven Soderbergh, c’est un autre univers dans lequel nous nous trouvons immergés, par lequel nous sommes inexorablement saisis. Le regard de Keane semble accroché au nôtre, à la caméra,  et semble s’en emparer comme d’une bouée de sauvetage, et ne plus pouvoir s’en détacher, ou bien l’inverse nous sentant les témoins impuissants de sa douleur indicible. William (Damian Lexis) est un père qui tente d’accepter l’inacceptable, la disparition de son enfant de six ans, six mois plus tôt, à New York. Il se retrouve face à ses démons, ses remords, ses angoisses, la vacuité de son existence. La caméra à l’épaule de Lodge Kerigan ne le quitte pas une seconde, la tension (et l’attention) est constante. Elle cherche et vacille avec lui, égaré dans New York, indifférente à sa détresse. A tout moment il menace de sombrer dans l’inéluctable, l’irréversible. Puis, il se lie d’amitié avec une mère célibataire et sa petite fille. Son regard hagard, désoeuvré y trouve un réconfort, un miroir rassurant, ou un exutoire, on ne sait pas trop. Kerrigan ne veut pas que l’on sache. Le doute plane constamment, son regard devient le nôtre, nous épousons son point de vue, entraînés dans son malaise incessant , avec lui au bord du gouffre, suffoquant, implorant, soliloquant. Qu’importe la réalité. Peu importe qu’il s’agisse de la folie simplement ou de la folie  du désarroi,  c’est un film criant de vérité, vociférant sa vérité, sa douleur inextinguible. Une errance bouleversante,  brillamment portée par Damian Lewis.

     

    ça brûle de Claire Simon-Quinzaine des Réalisateurs 2006

    medium_brule.JPG- Livia est une jeune fille de 15 ans. Elle passe son temps à faire du cheval jusqu’au jour où elle chute et se relève grâce à l’aide de Jean (Gilbert Melki), un pompier beaucoup plus âgé qu’elle dont elle tombe amoureuse. Elle entreprend tout ce qu’elle peut pour séduire cet homme pour qui elle éprouve une brûlante et irrépressible passion. Son amour la dévore et la conduit sur les pentes abruptes de l’exaltation jusqu’à l’irréparable. C’est le début des vacances et d’un été éternel…Un été meurtrier incandescent rythmé par le bruit strident des sirènes. Le désastre auquel va aboutir le film et que je vous laisse découvrir est un moyen d’exprimer cette passion qui la ronge et qui transpire du début à la fin du film. Le feu va être le théâtre d’une bataille sanglante entre son désir et le monde. Film mystérieux, poétique, onirique qui s’achève comme dans un rêve par un brouillard presque abstrait. Projeté à la Quinzaine ce film a été, à juste titre, ovationné.

    Sandra.M

  • "Le Guépard", la fresque somptueuse de Luchino Visconti: palme d'or 1963

    medium_guepard.JPG

    Cliquez ici pour accéder à mon article exclusif consacré au "Guépard" de Visconti( vidéos exclusives, critique du film, photos du film...) à l'occasion de sa sortie en version restaurée en DVD /Blu-ray le 1er décembre 2010.

    En 1860, en Sicile, tandis que Garibaldi et ses chemises rouges débarquent pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster) ainsi que sa famille et son confesseur le Père Pirrone (Romolo Valli), quitte ses domaines pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède rejoint les troupes de Garibaldi. Tancrède s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale), la fille du riche maire libéral  de Donnafugata : Don Calogero. Le Prince Salina s’arrange pour qu’ils puissent se marier. Après l’annexion de la Sicile au royaume d’Italie, Tancrède qui s’était engagé aux côtés des Garibaldiens les abandonne pour rejoindre l’armée régulière…

    Les premiers plans nous montrent une allée qui mène à une demeure, belle et triste à la fois. Les allées du pouvoir. Un pouvoir beau et triste, lui aussi. Triste car sur le déclin, celui de l’aristocratie que symbolise le Prince Salina. Beau car fascinant comme l’est le prince Salina et l’aristocratie digne qu’il représente. Ce plan fait écho à celui de la fin : le prince Salina avance seul, de dos, dans des ruelles sombres et menaçantes puis il s’y engouffre comme s’il entrait dans son propre tombeau. Ces deux plans pourraient résumer l’histoire, l’Histoire, celles d’un monde qui se meurt. Les plans suivants nous emmènent à l’intérieur du domaine, nous offrant une vision spectrale et non moins sublime de cette famille. Seuls des rideaux blancs dans lesquels le vent s’engouffre apportent une respiration, une clarté dans cet univers somptueusement sombre. Ce vent de nouveauté annonce l’arrivée de Tancrède, Tancrède qui apparaît dans le miroir dans lequel Salina se mire.  Son nouveau visage. Le nouveau visage du pouvoir. Le film est à peine commencé et déjà son image est vouée à disparaître. Déjà la fin est annoncée. Le renouveau aussi.

    Fidèle adaptation d’un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa, Le Guépard témoigne d’une époque représentée par cette famille aristocrate pendant le Risorgimento, « Résurrection » qui désigne le mouvement nationaliste idéologique et politique qui aboutit à la formation de l’unité nationale entre 1859 et 1870. Le Guépard est avant tout l’histoire du déclin de l’aristocratie et de l’avènement de la bourgeoisie, sous le regard et la présence félins, impétueux, dominateurs du Guépard, le prince Salina. Face à lui, Tancrède est un être audacieux, vorace, cynique, l’image de cette nouvelle ère qui s’annonce.

    medium_guepard4.JPGLa scène du fastueux bal qui occupe un tiers du film est aussi la plus célèbre, la plus significative, la plus fascinante. Elle marque d'abord par sa magnificence et sa somptuosité :  somptuosité des décors, soin du détail du Maestro Visconti qui tourna cette scène en huit nuits parmi 300 figurants. Magnificence du couple formé par Tancrède et Angelica, impériale et rayonnante dans sa robe blanche. Rayonnement du couple qu’elle forme en dansant avec Salina, aussi.  La fin du monde de Salina est proche mais le temps de cette valse, dans ce décor somptueux, le temps se fige. Ils nous font penser à cette réplique de Salina à propos de la Sicile : "cette ombre venait de cette lumière". Tancrède regarde avec admiration, jalousie presque, ce couple qui représente pourtant la déchéance de l’aristocratie et l’avènement de la bourgeoisie. Un suicide de l'aristocratie même puisque c’est Salina qui scelle l’union de Tancrède et Angelica, la fille du maire libéral, un mariage d’amour mais aussi et avant tout de raison entre deux univers, entre l'aristocratie et la bourgeoisie. Ces deux mondes se rencontrent et s’épousent donc aussi le temps de la valse d’Angelica et Salina. Là, dans le tumulte des passions, un monde disparaît et un autre naît. Ce bal est donc aussi remarquable par ce qu’il symbolise : Tancrède, autrefois révolutionnaire, se rallie à la prudence des nouveaux bourgeois tandis que Salina, est dans une pièce à côté, face à sa solitude, songeur,  devant un tableau de Greuze, la Mort du juste, faisant « la cour à la mort » comme lui dira ensuite magnifiquement Tancrède.

    Angelica, Tancrède et Salina se retrouvent ensuite dans cette même pièce face à ce tableau morbide alors qu’à côté se fait entendre la musique joyeuse et presque insultante du bal. L’aristocratie vit ses derniers feux mais déjà la fête bat son plein. Devant les regards attristés et admiratifs de Tancrède et Angelica, Salina s’interroge sur sa propre mort. Cette scène est pour moi une des plus intenses de ce film qui en comptent pourtant tant qui pourraient rivaliser avec elle. Les regards lourds de signification qui s’échangent entre eux trois, la sueur qui perle sur les trois visages, ce mouchoir qu’ils s’échangent pour s’éponger en font une scène d’une profonde cruauté et sensualité où entre deux regards et deux silences, devant ce tableau terriblement prémonitoire de la mort d’un monde et d’un homme, illuminé par deux bougies que Salina a lui-même allumées comme s’il admirait, appelait, attendait sa propre mort, devant ces deux êtres resplendissants de jeunesse, de gaieté, de vigueur, devant Salina las mais toujours aussi majestueux, plus que jamais peut-être, rien n’est dit et tout est compris.

    medium_guepard3.JPG Les décors minutieusement reconstitués d’ une beauté visuelle sidérante, la sublime photo de Giuseppe Rotunno, font de ce Guépard une véritable fresque tragique, une composition sur la décomposition d’un monde, dont chaque plan se regarde comme un tableau, un film mythique à la réputation duquel ses voluptueux plans séquences (notamment la scène du dîner pendant laquelle résonne le rire interminable et strident d’Angelica comme une insulte à l’aristocratie décadente, au cour duquel se superposent des propos, parfois à peine audibles, faussement anodins, d’autres vulgaires, une scène autour de laquelle la caméra virevolte avec virtuosité, qui, comme celle du bal, symbolise la fin d’une époque), son admirable travail sur le son donc, son travail sur les couleurs (la séquence dans l’Eglise où les personnages sont auréolés d’une significative lumière grise et poussiéreuse ) ses personnages stendhaliens, ses seconds rôles judicieusement choisis (notamment Serge Reggiani en chasseur et organiste), le charisme de ses trois interprètes principaux, la noblesse féline de Burt Lancaster, la majesté du couple Delon-Cardinale, la volubilité, la gaieté et le cynisme de Tancrède formidablement interprété par Alain Delon, la grâce de Claudia Cardinale, la musique lyrique, mélancolique et ensorcelante de Nino Rota ont également contribué à faire de cette fresque romantique, engagée, moderne, un chef d’œuvre du septième Art. Le Guépard a ainsi obtenu la Palme d’or 1963… à l’unanimité.

     La lenteur envoûtante dont est empreinte le film métaphorise la déliquescence du monde qu’il dépeint. Certains assimileront à de l’ennui ce qui est au contraire une magistrale immersion  dont on peinera ensuite à émerger hypnotisés par l’âpreté lumineuse de la campagne sicilienne, par l’écho du pesant silence, par la beauté et la splendeur stupéfiantes de chaque plan. Par cette symphonie visuelle cruelle, nostalgique et sensuelle l’admirateur de Proust qu’était Visconti nous invite à l’introspection et à la recherche du temps perdu.

    La personnalité du Prince Salina devait beaucoup à celle de Visconti, lui aussi aristocrate, qui songea même à l’interpréter lui-même, lui que cette aristocratie révulsait et fascinait à la fois et qui, comme Salina, aurait pu dire : « Nous étions les Guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ».

    Que vous fassiez partie des guépards, lion, chacals ou brebis, ce film est un éblouissement inégalé par lequel je vous engage vivement à vous laisser hypnotiser...

    Sandra.M

  • Toutes les informations concernant le logement et l'accréditation

    medium_photosordi_1585.2.JPGPour beaucoup, le palais des festivals de Cannes d’ailleurs surnommé blockhaus en raison de son architecture glaciale et imposante s’apparente à une forteresse inaccessible et l’ascension de ses célèbres marches s'apparente à un Everest inatteignable aux étrangers à un cénacle donc seuls quelques initiés semblent détenir les inestimables clefs. Je vais donc vous donner tous les éléments pour obtenir le précieux sésame ou pour accéder aux projections si vous en êtes dépourvus.

                                         Les accréditations professionnelles

    L’idéal est bien évidemment d’être accrédité professionnel. Pour cela, il vous faut effectuer votre demande le plus tôt possible (pour chaque catégorie, il existe un nombre limité d’accréditations), en général il est possible d’effectuer la demande à partir de début février.

    Les accréditations presse sont réservées aux journalistes, photographes et techniciens de médias qui doivent bien entendu fournir toutes les pièces justificatives scrupuleusement vérifiées par le service des accréditations. La date limite d’inscription pour cette accréditation est fixée au 31 Mars 2007.

    Les acheteurs, vendeurs, producteurs et institutionnels de l'industrie cinématographique, français et étrangers, également pièces justificatives à l’appui, peuvent être accrédités par le marché du film et peuvent s’inscrire jusqu’au 30 Avril 2007.

     medium_photosordi_1380.2.JPGEnfin vous pouvez également solliciter l’accréditation Festival destinée aux professionnels français et étrangers pour laquelle la date limite d’inscription est fixée au 21 Avril 2007. Concernant ce dernier type d’accréditation, elle peut être aussi bien attribuée à un éminent producteur ou réalisateur qu’à un étudiant en cinéma (à condition qu’il appartienne à une des quelques rares écoles de cinéma permettant d’être accrédité et/ou qu’il envoie un dossier argumenté  constitué de pièces justificatives, ce nombre d’accréditations existant en nombre très limité). Evidemment ces deux accréditations présentent quelques différences. La première permet de réserver ses places parfois plusieurs jours à l’avance. La seconde vous rend tributaire des places remises en circulation et non utilisées par les premiers, (qui sont pénalisés s’ils les réservent et ne les utilisent pas) vous ne savez donc pas plus d’une journée à l’avance quels films vous irez voir mais ce système à l’avantage (normalement, ce qui n’est pas toujours le cas) qu’aucune place ne reste inutilisé.

    medium_cannes4.2.JPGCes trois types d’accréditation Festival, Marché du Film, Presse vous permettent donc d’assister à la sélection officielle au Palais des festivals. Si le précieux sésame vous a été refusé, pas de panique, il vous reste encore quelques solutions...

                                                                             Cannes cinéphiles

    medium_cinephiles.JPGD’abord, il est possible qu’en guise de lot de consolation on vous propose un pass « Cannes Cinéphiles » attribué en masse aux Cannois, membres d’associations de cinéphiles, étudiants en cinéma, groupes divers, (et pas toujours cinéphiles comme le nom du badge ne l’indique pas) et refoulés des pass professionnels. Ne vous réjouissez pas trop vite. Tout d’abord ce pass ne permet pas d’entrer dans le palais des festivals, et vous risquez même de vous faire déchirer votre carte si vous enfreignez la règle. Vous ne pouvez donc (normalement) pas accéder  à la sélection officielle. Ce pass vous donne néanmoins accès aux sélections parallèles : Semaine de la Critique, Quinzaine des Réalisateurs dont la qualité des films projetés est bien souvent égal voire supérieur à celle du palais des festivals. Vous pouvez normalement aussi assister aux projections « Un Certain Regard » sachant que tous les badges professionnels passent avant vous (de même pour la Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs où l’affluence est néanmoins moins importante) et ne seront eux-mêmes pas certains de tous entrer. Autant vous le dire, il n’est pas rare qu’à certaines projections aucun détenteur du pass Cannes Cinéphiles ne puisse entrer. Si, malgré cela, vous souhaitez solliciter ce pass, vous le pouvez jusqu’au 9 Mars 2007.

    Liens: accréditations

    Pour les 4 types d’accréditations précédemment évoquées vous trouverez tous les renseignements nécessaires et les formulaires sur le lien suivant : http://www.festival-cannes.fr/pratique/accreditation/index.php?langue=6001

    Site de Cannes Cinéphiles: http://www.cannes-cinema.com/-Cannes-Cinephiles

    Site internet de la Semaine de la Critique: http://www.semainedelacritique.com

    Quinzaine des Réalisateurs: http://www.quinzaine-realisateurs.com/

    A noter: la Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs, beaucoup plus acessibles, délivrent aussi leurs propres accréditations donnant accès à leurs sélections, vous pouvez également acheter un ticket pour une séance.

                                                                                                      Les concours :

    1-Le prix de la jeunesse

    medium_prix.2.JPGLe premier d’entre eux est celui qui me permit d’aller à Cannes la première fois, en 2001, comme à 40 jeunes européens alors, 60 désormais. Il s’agit du prix de la jeunesse. : 60 jeunes de France et d’Europe sont ainsi invités par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, au Festival, et sont donc accrédités professionnels pour toute la durée de leur séjour, à savoir une semaine. 7 d’entre eux sont sélectionnés pour être membres du « jury jeunes » du 16 au 27 mai 2007 pour décerner le Prix de la jeunesse. Tous les autres jeunes présélectionnés participent aux «  Rencontres professionnelles » dans la semaine du 20 au 27 mai : accès aux projections, initiation à l’image, critique de films, écriture de scénarios, reportages, parcours "à la rencontre des métiers du cinéma", incluant la réalisation de portraits / témoignages de professionnels présents à Cannes pendant le Festival (producteur, réalisateur, acteur, scénariste, scripte, cadreur, ingénieur du son, chef monteur, chef décorateur…).

    Conditions de participation :

     -être âgé de 18 à 25 ans (au 31 mars 2007).

    -Ne pas avoir été précédemment invité par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative dans le cadre du Prix de la Jeunesse.

      -Adresser avant le 29 mars au  Centre Régional Information Jeunesse de votre région :

    -1 texte (de 2 à 4 pages) sous forme libre (critique, poésie, chanson, conte…) exprimant votre rapport au cinéma et aux films, à travers le thème : La lumière.

    - une lettre de motivation

    -Un CV détaillé

    -4 photos d’identité

    L’accréditation, l’hébergement, les repas, le transport (sur la base d’un aller-retour en 2ème classe, carte 12-25 ans) est pris en charge par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.

    Vous pourrez trouver de plus amples renseignements ici : http://www.prixdelajeunesse.com

    2-Lycéens à la Semaine de la Critique

    La Semaine Internationale de la Critique organise, en collaboration avec l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) et avec le soutien du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la vie associative et de l’Oroleis la (Toute) Jeune Critique, une opération autour de la critique de cinéma. Chaque année, la Semaine de la Critique invite des lycéens français à visionner sa Sélection sur la Croisette. Depuis 2005, les organisateurs ont souhaité associer l’OFAJ à cette opération et permettre à des lycéens allemands d’être invités. Comme de vrais critiques de cinéma, les lycéens français et allemands assistent ensemble quotidiennement aux projections des sept longs et sept courts métrages de la Sélection. Après avoir rencontré les équipes des films, ces apprentis journalistes écrivent leurs articles, dont les meilleurs sont publiés dans les médias partenaires (presse écrite, radio et Internet). A la fin de la Semaine, les lycéens français et allemands constituent un jury et délibèrent pour décerner le Prix de la (Toute) Jeune Critique au meilleur long métrage de la Sélection.
     
    Parallèlement, deux Prix sont remis par l’OFAJ aux auteurs de la meilleure critique en français et de la meilleure critique en allemand. Les lauréats sont invités au Festival International du Film de Berlin (Berlinale) en 2008. 32 participants seront sélectionnés par le biais d’un jeu-concours (16 jeunes Français et 16 jeunes allemands).
    La date limite d’envoi des candidatures est fixée au 8 avril 2007.

    Lien avec tous les renseignements sur les conditions de participation : http://www.semainedelacritique.com/sites/rubrique.php3?id_rubrique=7

    3-Concours Allo Ciné

    Cette année Allo Ciné a lancé un concours pour fêter ses 10 ans et les 60 ans du Festival. L’heureux lauréat pourra accompagner la rédaction au Festival pour toute sa durée du 16 au 27 Mai ! Pour cela, vous avez jusqu’au mois d’Avril pour réaliser un blog  sur Allociné le plus original, réussi, convaincant, personnel, un blog bien sûr entièrement consacré au Festival de Cannes et à ses 60 ans. Lien : http://allocine.blogs.allocine.fr/  

    Si vous n’êtes ni professionnel, ni cinéphile, ni lauréat d’un de ces concours comment faire me direz-vous (et si pour vous Cannes ne se limite pas à vous installer sur un escabeau dès 7 heures du matin pour espérer tenter d’apercevoir la robe d’une starlette à la montée des marches de 19H30, si, si, ça existe…) :

                                                                            Derniers recours:

    1-Chaque hôtel reçoit un certain nombre d’invitations du Syndicat des hôteliers, le plus souvent pour des projections en journée. Vérifiez bien que cette accréditation soit bleue, si elle est rose vous devrez l’échanger contre une bleue les roses étant réservées aux détenteurs de badges. Ne me demandez pas pourquoi, à Cannes s’établissent une hiérarchie et un règlement parfois iniques et aux frontières de l’absurde mais vous verrez : il est de bon ton de protester (le festivalier cannois est toujours mécontent, blasé, insatisfait) mais on s’y habitue vite. Donc si vous demandez gentiment à votre hôtel(ier) adoré, il n’est pas impossible qu’il vous donne des invitations. Plus la catégorie de l’hôtel est élevée, et a fortiori si l’hôtelier se transforme en concierge prêt à tout pour vous satisfaire, il est fort possible qu’il s’agisse aussi d’invitations pour les séances du soir.

    2-L’an passé le festival avait mis au point un système très judicieux appelé « accès dernière minute » situé derrière les marches permettant aux professionnels retardataires ou à ceux n’ayant pas eu d’invitations et même aux détenteurs du pass Cannes cinéphiles d’accéder aux séances officielles (même parfois à celles du soir, voire de l’ouverture et de la clôture m’a-t-on dit). Comme son nom l’indique, il vous faudra attendre jusqu’à la dernière minute pour savoir s’il reste des places libres et donc attendre parfois deux heures, en plein soleil et debout.

    3-Enfin, si vous ne correspondez à aucun cas de figure ci-dessus et si vous n’êtes pas non plus le fils  ou le neveu de Gilles Jacob, sachez  que devant le palais il arrive que certaines invitations soient distribuées par les retardataires qui n’ont pas le temps ou l’envie de les restituer au guichet du « last minute ticket ». Sachez enfin qu’en aucun  cas on ne doit vous vendre une place. C’est évidemment totalement interdit et risquerait de vous bloquer l’accès au palais pour le restant du Festival.

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    -N’oubliez pas que pour la séance du soir (19H30 et 22H30)  la tenue de soirée est de rigueur, relativement libre pour les femmes, en revanche pour les hommes le nœud papillon et le costume sont obligatoires. Le protocole est intransigeant avec cette formalité…et pensez aux chaussures, les baskets sont formellement prohibées et risqueraient de vous bloquer l’accès aux marches, même en possession du précieux sésame ET de l’invitation, qui que vous soyez!

    -Enfin, si vous n’êtes pas à Cannes, sachez que la plupart des films sortent désormais en salles en même temps, l’attente…et l’atmosphère, électrique, incomparable, survolté, révolté, mais magique aussi, malgré tout,  en moins. Le film des 60 ans sera également diffusé en simultané sur Canal plus qui diffuse également les soirées d’ouverture ou de clôture.

                                                                      Le logement pendant le festival, à Cannes :

    medium_cannes2.2.JPGQuant au logement, il s’agit, là aussi, d’un véritable parcours du combattant la plupart des hôtels et résidences étant réservés d’une année sur l’autre et donc TOUS d’ores et déjà complets...officiellement. Je ne peux que vous conseiller de vous armer de patience, de vous mettre sur liste d’attente, de rappeler régulièrement, les annulations des options posées sur les chambres ayant en général lieu les semaines et les jours précédant le festival. Vous pouvez également essayer dans les communes avoisinantes (Antibes, Mandelieu etc) néanmoins bien souvent également prises d’assaut (parfois jusqu’à Monaco, en sachant que le Grand Prix qui se déroule en général à la même période suscite également une très forte affluence ) et sachant également qu’aux heures des projections des films en compétition (à partir de 18H en général) Cannes devient totalement inaccessible, et la circulation, même des transports en commun fonctionne au ralenti en raison des nombreux embouteillages que cela provoque. Dans la plupart des hôtels, on vous obligera bien souvent à réserver pour la totalité du festival, parfois à régler la totalité du séjour avant votre arrivée (de même les prix en période de festival sont rarement affichés, sachant qu’ils doublent …au minimum), mais si vous venez plutôt vers la fin, vous pourrez certainement réserver seulement pour quelques jours, en réservant la semaine même.

    Vous trouverez toute la liste des hôtels et résidences et des éventuelles disponibilités ici :  http://www.cannes-hotel-reservation.fr/  .

    Bonne chance…et bon festival !

    Sandra.M

  • Semaine de la critique: présentation

    Bien sûr la compétition de la Sélection Officielle projetée au Palais des Arts est celle qui reçoit le plus d’échos médiatiques mais en parallèle existent d’autres sélections parfois aussi, voire plus intéressantes. La  première d'entre elles a été  créée en 1962. Il s'agit de la Semaine de la Critique.

     Remarque: Contrairement aux autres articles de ce blog entièrement personnels, ce à quoi je tiens tout particulièrement, ce blog voulant adopter un ton singulier et ne surtout pas se contenter de faire un "copier coller",  exceptionnellement, afin de présenter au mieux et avec le plus de fidélité possible cette Semaine de la Critique je me suis permis de reprendre certaines expressions du site internet de la Semaine de la Critique, néanmoins les deux critiques qui suivent sont bien entendu entièrement personnelles.

    La Semaine Internationale de la Critique se consacre ainsi depuis ses débuts à la découverte des jeunes talents. Dès sa création par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma en 1962, elle s’est fixée pour mission de mettre à l’honneur les premières et deuxièmes œuvres des cinéastes du monde entier. Bernardo Bertolucci, Ken Loach, Wong Kar Wai, Jacques Audiard, Gaspar Noé, Arnaud Desplechin ou encore François Ozon ont fait leurs débuts à la Semaine de la Critique. Un rôle de tête chercheuse qui lui a permis, ces dernières années, de faire découvrir et de primer Amores Perros du Mexicain Gonzalez Iñarritu (qui a depuis réalisé 21 grammes), Respiro d’Emanuele Crialese, Depuis qu’Otar est parti de Julie Bertuccelli , Brodeuses d’Eléonore Faucher et Les Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu. Depuis 3 ans, la Semaine de la Critique est en haut de l’affiche de Cannes pour avoir remporté 3 Caméras d’Or consécutives (meilleur premier film à Cannes toutes sections confondues) : Reconstruction de Cristoffer Boe (2003), Or (Mon trésor) de Keren Yedaya (2004) et Moi, toi et tous les autres de Miranda July(2005).
    La Semaine de la Critique propose une programmation très sélective de 7 longs et 7 courts métrages. Elle accueille également des films hors compétition qui témoignent de démarches et de regards originaux et réserve une place toute particulière aux courts et moyens métrages. Ouverte au grand public pour lequel elle multiplie les projections et les rencontres avec les réalisateurs, la Semaine développe aussi un travail sur le jeune public à travers la (Toute) Jeune Critique, une opération réunissant à Cannes une cinquantaine de lycéens français et allemands autour de la critique de cinéma dont je vous reparlerai prochainement à l’occasion d’un article consacré aux divers moyens de venir accrédité au festival.

    Cette année la Semaine de la Critique se déroulera du 17 au 25 Mai 2007.

                      CRITIQUES DE FILMS PRESENTES A LA SEMAINE DE LA CRITIQUE

    Je vous propose les critiques de deux films projetés et remarqués lors de l'édition 2005 de la Semaine de la Critique : tout d'abord La petite Jérusalem de Karin Albou. Ce film y a été présenté en 2005 et a reçu le prix SACD du scénario, ensuite Moi, toi et tous les autres de Miranda July qui a obtenu la caméra d’or et le grand prix de la Semaine de la Critique 2005.

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    La petite Jérusalem est un quartier de Sarcelles, en banlieue parisienne où de nombreux juifs ont émigré. Laura (Fanny Valette), 18 ans, est tiraillée entre  son éducation religieuse  et ses études de philosophie qui la passionnent et lui offrent une autre vision du monde. Alors que sa sœur Mathilde (Elsa Zylberstein) tente de redonner vie à son couple, Laura succombe à ses premières émotions amoureuses. Karin Albou « esquive », avec la même subtilité que le film éponyme, ce qui aurait pu être une caricature sur la banlieue, nous livrant un film au discours et aux questionnements identitaires et philosophiques universels. Le titre renvoie autant à la judéité qu’à la féminité, au fond les deux sources d’atermoiement du personnage principal. Est-on libre en enfreignant la loi ou en la respectant ? Loi du désir ou loi religieuse ? Loi philosophique ou Torah ?  Laura oscille entre l’un et l’autre, entre ses désirs et la raison, sa liberté et la loi, le choix de sa propre loi ou l’obéissance à la loi -religieuse- pour finalement trouver le chemin de sa propre liberté. Je vous laisse découvrir l’itinéraire tortueux et passionnant, passionné aussi, qu’elle aura emprunté pour y parvenir.  Karin Albou nous fait cheminer dans sa conscience fiévreuse, sans jamais juger, nous laissant parfois choisir, douter avec elle, nous renvoyant habilement et constamment à nos propres questionnements. Un film sur le doute amoureux, philosophique, religieux qui n’en laisse planer aucun quant au talent de sa réalisatrice et de son interprète principale. Les dialogues sont aussi bien écrits que les silences, admirablement filmés, plongés dans une obscurité métaphorique. Un film intense sur la liberté. Libre. Mon coup de cœur du festival…du film américain, aussi français soit-il. 

     medium_moi.JPGAvec Moi, toi et tous les autres , son premier long-métrage, c’est  un tout autre univers que nous invite à découvrir l’actrice, scénariste, réalisatrice, Miranda July, et déjà tout simplement à « un univers » qui la caractérise d’emblée, qui ne ressemble à aucun autre.  Elle y interprète (filme et scénarise aussi donc) Christine Jesperson, une jeune artiste touchante et spontanée, qui mélange dans son quotidien, art et réalité. Richard Swersey, vendeur de chaussures, père de deux garçons et tout juste redevenu célibataire, est prêt à tenter de nouvelles expériences. Mais quand Christine entre sur la  pointe des pieds dans sa vie, il panique… Dès les premières images, nous sommes envoûtés par ce monde qu’elle retrace, qui est le nôtre et pas tout à fait, plutôt le nôtre vu par le prisme de son singulier regard. La difficulté de communiquer est là encore au centre de l’histoire. Les moyens de communiquer n’ont jamais été aussi rapides et nombreux et pourtant la communication s’avère plus difficile que jamais avec ces « tous les autres » plus proches et plus lointains qu’ils ne l’ont jamais été, le paradoxe d’une mondialisation qui enferme plus qu’elle n’ouvre au monde et aux autres. A une célérité déconcertante tout peut alors basculer dans l’interdit ou la poésie, et Miranda July n’oublie ni l’un, ni l’autre. L’art contemporain auquel s’est adonnée la réalisatrice et que pratique son personnage principal imprègne également fortement le film et lui procure cet aspect iconoclaste, celui d’une œuvre lunaire et riche, à la fois poétique et réaliste, en tout cas attrayante du début à la fin, nous hypnotisant comme un œuvre d’art moderne, aux contours et au signifié flous dont on ne demande qu’à percer le délicieux mystère… Entre l’art et la réalité, pourquoi faudrait-il choisir ? Pourquoi ne pas faire de sa vie un art ? Le plus beau des défis, certainement. J’attends avec impatience son deuxième film, le prochain voyage dans son univers esquissé, si  intelligemment dépeint.

    Sandra.M    

  • "Chacun fait son cinéma": les films des 60 ans du Festival!

    medium_ans.3.JPGAvec ce soixantième anniversaire les organisateurs, selon les propres termes de Gilles Jacob, aspirent à donner un « nouvel élan » au festival. Pour cela ils veulent notamment rassembler ceux qui ont fait du Festival de Cannes ce qu’il est aujourd’hui, à savoir l’évènement cinématographique le plus important au monde, et l’évènement le plus médiatisé (avec les Jeux Olympiques) et ceux pour qui Cannes a contribué en partie à ce qu’ils soient ce qu’ils sont aujourd’hui, des cinéastes parfois hier inconnus que leur passage sur la Croisette a mis sous les feux de la rampe et qui sont pour toujours sortis de l’ombre. D’où l’idée du film à sketchs pour réunir tous ces talents aussi variés que leur provenance, des 5 continents et de 25 pays différents dont voici la liste impressionnante :  Theo Angelopoulos, Olivier Assayas, Bille August, Jane Campion, Youssef Chahine, Chen Kaige, Michael Cimino, Ethan & Joel Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre & Luc Dardenne, Manoel De Oliveira, Raymond Depardon, Atom Egoyan, Amos Gitai, Hou Hsiao Hsien, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Aki Kaurismaki, Abbas Kiarostami, Takeshi Kitano, Andrei Konchalovsky, Claude Lelouch, Ken Loach, Nanni Moretti, Roman Polanski, Raoul Ruiz, Walter Salles, Elia Suleiman, Tsai Ming Liang, Gus Van Sant, Lars Von Trier, Wim Wenders, Wong Kar Wai, Zhang Yimou.

     L’idée est donc celle d’une promenade autour d’un thème unique  et que soit alloué un même budget modeste à tous ces éminents cinéastes. Ils livreront en 3 minutes leur "actuel état d’esprit inspiré par la salle de cinéma".

    Selon Gilles Jacob, aucun réalisateur n’a eu connaissance des synopsis de ses confrères et ils les découvriront normalement le 20 Mai, jour de la projection à Cannes et de sa diffusion en simultané sur Canal plus. Le titre est déjà connu, il s’agit de « Chacun son cinéma ». Cela promet d’être un voyage inventif et inattendu dont je ne manquerai pas de vous faire le récit.

    Le dernier film à sketchs présenté à Cannes avait  créé l’évènement. Il s’agissait de Paris, je t’aime, film d’ouverture de la Sélection Un Certain Regard l’an passé. Voir le récit ici. Cela nous laisse entrevoir le caractère évènementiel de ce film anniversaire de ce sémillant sexagénaire !

    Sandra.M

  • De "In the mood for love" à "In the mood for Cannes"...

    medium_mood.JPGLe titre de ce blog n’a pas été choisi par hasard. Son but est aussi de vous immerger dans l’atmosphère du Festival, parfois ensorcelante, à l’image du magnifique film de celui qui fut le président du Festival de Cannes 2006, Wong Kar-Waï qui y présenta 2046 en 2004, sélectionné en compétition officielle et surtout In the mood for love en 2000 qui reçut le prix d'interprétation masculine et le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique. En guise d'hommage à ce grand cinéaste, et de clin d'oeil au titre de ce blog, je vous propose donc ma critique d'In the mood for love.

    Avant de plonger "In the mood for Cannes", plongez "in the mood for love"!

     

    Critique d'In the mood for love de Wong Kar Waï

    Oui, je l’avoue, je n’ai toujours pas vu 2046. A dessein. In the mood for love c’est un peu comme ces moments de nos vies que l’on a filmés et dont on laisse les films croupir dans les tiroirs de crainte que les images ainsi immortalisées soient moins belles que celles de nos souvenirs. Souvenirs sacrés, idéalisés peut-être. Sacrés aussi sont les souvenirs d’In the mood for love. Souvenirs indicibles et indélébiles. Indicibles et indélébiles, telles sont aussi les émotions que procure ce film envoûtant… à l’image des sentiments qu’il retranscrit. A partir d’un synopsis plutôt conventionnel ,d’un schéma vaudevillesque(deux voisins ,Su -Maggie Cheung- et Chow-Tony Leung- , découvrent la tromperie de leurs époux respectifs ,s’éprennent peu à peu l’un de l’autre…mais préfèreront renoncer à leur amour plutôt qu’à leurs idéaux),Wong Kar Wai a réalisé un véritable poème lyrique et nostalgique à la beauté picturale et à l’inventivité visuelle indéniables, inégalées, innovantes, un film tout en nuances dont la mélancolie est encore exacerbée par une atmosphère musicale sublime qui cristallise les sentiments retenus des personnages. Poème langoureux et nostalgique qui nous entraîne, nous emporte délicieusement dans sa mélodieuse complainte. Rarement, voire jamais, au cinéma les frémissements, les palpitations, l’intransmissible incandescence d’un amour implicite, interdit, et ainsi sublimés, avaient été aussi bien suggérés à tel point que les sentiments des personnages semblent émaner de l’écran, presque s’en échapper et nous envahir. Réminiscences des sublimes sensations de nos passés ou de nos rêves, c’est selon, que Wong Kar Waï parvient à faire (res)surgir. Magicien de la caméra. Wong Kar Wai a préféré la suggestion à la démonstration ostentatoire. L’enfermement de Maggie Cheung est ainsi suggéré par des tenues qui emprisonnent son corps et sa passion contenue est reflétée par leurs teintes chatoyantes auxquelles fait écho le décor rouge qui contraste avec les couleurs ternes et les conventions du Hong Kong des années 60. Le ralenti et la musique ensorcelante qui les accompagnent lorsqu’ils se croisent dans un couloir étroit suffisent à nous faire comprendre les sentiments et les impressions d’une sensualité tacite qui les envahissent malgré l’étroitesse des conventions. Les nombreuses ellipses temporelles permettent au spectateur de laisser libre cours à son imagination :un spectateur qui, par une sorte de mimétisme , se laisse peu à peu submerger par l’émotion indéfinissable que suscite cette ambiance…Jamais une histoire d’amour n’avait été racontée avec autant de pudeur, de nuance, d’élégance. Le spectateur est immergé dans cette « ambiance de l’amour », un titre étrange à l’image de la singularité des impressions qu’il inspire. Grâce à l’ingéniosité de la réalisation le spectateur est happé par cet univers, cette histoire…une histoire intemporelle et universelle qui substitue mieux que jamais à notre regard « un monde qui s’accorde à ses désirs » pour reprendre la citation de Bazin qui pourrait avoir été inspirée par ce film. Alors bien sûr on pourrait établir un parallèle avec Sur la route de Madison  de Clint Eastwood ou encore avec les films de James Ivory pour l’admirable peinture des sentiments contenus mais, au-delà de celle-ci, Wong Kar Waï a su créer une atmosphère ensorcelante, languissante, presque onirique qui fait de son film une œuvre inclassable et novatrice …On pourrait aussi me rétorquer que la stylisation est exacerbée (et peut-être pour certains exaspérante ), que cette beauté picturale cherche à dissimuler une faiblesse scénaristique mais c’est justement cette symphonie picturale et musicale qui contribue à la richesse du scénario. Alors quand cette rêverie cinématographique s’achève, le spectateur quitte avec peine cette atmosphère enchanteresse, la magie du cinéma portée à son paroxysme…une magie prolongée par des images et une musique indissociables et inoubliables qui nous accompagnent longtemps après le générique de fin, qui m’accompagnent toujours. Le film entier est un poème langoureux, une mélodie savoureuse et ensorcelante, une longue parabole amoureuse qui vous laissera le souvenir inaltérable et brûlant d’un grand amour.

    Sandra.M

  • Diane Krüger, maîtresse de cérémonie du Festival 2007

    Diane Krüger sera la maîtresse de cérémonie du Festival 2007 et présentera donc les cérémonies d'ouverture, du 16 Mai, et de clôture, du 27 Mai. Elle succédera ainsi à Vincent Cassel. En guise de présentation, je vous propose la critique d'un film dont le tournage s'est échelonné sur plusieurs années, faute de moyens et qui débuta alors que Diane Krüger n'était pas encore connue. Il s'agit de "Frankie" de Fabienne Berthaud.

    Frankie ou le miroir à deux faces...

    medium_frankie.JPGFrankie a 26 ans. Frankie est mannequin. Son travail exige d’elle qu’elle renvoie une image lisse et parfaite, qu’elle ne laisse entrevoir ni la fragilité ni les fêlures qu’elle dissimule. Oui, Frankie est mannequin, pas un top model qui parcourt le monde mais un mannequin en fin de carrière comme il y en a des milliers d’autres, qui erre d’hôtels médiocres en studios, en bars moroses où, esseulée, elle laisse tomber le masque, et n’en a plus que faire. L’image elle aussi s’est fissurée : plus vraiment belle, plus vraiment jeune selon des critères plus cruels dans son métier qu’ailleurs, où les stigmates du temps, si imperceptibles pourtant, ennemi impitoyable et invincible, sont inexcusables. Seule, surtout. Quand l’image se craquelle, il faut sourire avec plus d’entrain encore, dire bonjour avec plus d’enthousiasme, feindre avec un talent démultiplié. Seulement Frankie n’a plus envie. Elle a perdu l’envie d’avoir envie. L’envie de cacher l’être blessé par un paraître irréprochable. N’être qu’un corps qu’on voit sans le regarder devient insupportable. Frankie (Diane Krüger d’une touchante fragilité) est à fleur de peau, dans cet état où un seul mot prononcé ou oublié, un seul geste déplacé peuvent faire basculer et dériver. Au départ le film est un peu comme cet univers dans lequel elle se perd, celui de faux semblant : superficiel, détaché de nous, lointain comme une image de papier glacé ( l’image du film, très réaliste, est d'ailleurs délibérément ici très éloignée d’une image de papier glacé) puis peu à peu sa solitude, son mal être s’emparent subrepticement de nous grâce à un montage savamment déstructuré et chaotique à l’image de celle dont il reflète l’égarement. Les images de sa décadence se mêlent à celles de son séjour en hôpital psychiatrique. La poésie ne vient pas suffisamment de là où on l’attend. La poésie du désenchantement. Une jolie forme de politesse. Celle d’un ange aux ailes brisées. Elle s’égare, elle vacille comme la caméra de Fabienne Berthaud dont c’est ici le premier long métrage, aux allures de faux documentaire. C’est un film imparfait, mais c’est justement cette imperfection qui le distingue et l’enrichit. Il laisse entrevoir ses fêlures, il se met à nu comme celle qu’il immortalise. Comme si Dorian Gray et son portrait se côtoyaient. Sauf qu’ici ce que dissimule le masque est peut-être finalement plus beau que le masque lui-même ; surtout si un regard bienveillant se pose dessus, comme celui de Tom que je vous laisse découvrir… Finalement dériver permet peut-être de mieux retrouver son chemin ? Il faut parfois avoir le courage de sombrer, de se montrer chancelant pour mieux refaire surface, revenir sans un masque en trompe l’œil, pour que les autres regards n’effleurent pas seulement mais voient réellement. Et savoir ainsi à nouveau admirer le bleu du ciel ou retrouver les ailes d’un ange. Un film cruel et poétique. Mélancolique et drôle. Comme les deux faces d'un même visage. Une fin qui justifie les moyens et qui mérite d’être attentif jusqu’au bout, de ne pas nous aussi céder à la tyrannie du temps, de ne pas nous aussi zapper ce qui n’est pas lisse, immédiat, formaté comme nous y sommes trop souvent habitués et encouragés. La fissure en dit peut-être plus que le masque. Oui, Frankie est mannequin mais elle porte le masque et dissimule les blessures de chacun de nous…

    FILMOGRAPHIE DE DIANE KRÜGER

    Benjamin Gates et le Livre des Secrets (Prochainement), de Jon Turteltaub  

    Copying Beethoven (Prochainement), de Agnieszka Holland  

    L'Age des ténèbres (2007), de Denys Arcand  

    Goodbye Bafana (2007), de Bille August

    Les Brigades du Tigre (2006), de Jérôme Cornuau

    Frankie (2006), de Fabienne Berthaud  

    Joyeux Noël (2005), de Christian Carion

    Rencontre à Wicker Park (2005), de Paul McGuigan  

    Benjamin Gates et le trésor des Templiers (2004), de Jon Turteltaub  

    Narco (2004), de Gilles Lellouche  

    Troie (2004), de Wolfgang Petersen   

    Michel Vaillant (2003), de Louis-Pascal Couvelaire

    Ni pour, ni contre (bien au contraire) (2003), de Cédric Klapisch  

    Mon idole (2002), de Guillaume Canet Clara  

    The Piano player (TV) (2002), de Jean-Pierre Roux Erika

    Sandra.M