14.05.2012
Editorial - En attendant l'ouverture du 65ème Festival de Cannes: mes attentes pour ce Festival de Cannes 2012
Comme je vous le disais dans l’article précèdent, cette année, mes blogs seront à nouveau partenaires (notamment, cf le prochain article pour la liste des partenariats) du blog Live Orange pour lequel on m’a demandé de me présenter (ici), ainsi que mes attentes et « pronostics » pour cette 65ème édition du Festival de Cannes. Voici à nouveau l’article en question dans une version plus longue et ceux qui découvrent les blogs inthemood à cette occasion en sauront ainsi plus sur celle qui rédige ces lignes (désolée pour les autres pour qui le début sera sans doute un peu rébarbatif voire présomptueux). Et en attendant l’ouverture à laquelle j’espère pouvoir assister (rien de certain pour le moment), retrouvez mon compte-rendu de l’ouverture du Festival de Cannes 2011 en cliquant ici.
Sans aucun doute, en 2001, lors de mon premier Festival de Cannes auquel j’avais assisté grâce au concours du prix de la jeunesse, n’imaginais-je pas y retourner, quoiqu’il arrive, chaque année, et y être encore en 2012. Après 5 blogs (dont le premier créé il y a 9 ans et dont un consacré à ce festival), 13 participations à des jurys de festivals de cinéma (dont 10 sur concours d’écriture), 10 années de passionnantes études (droit, sciences politiques, médiation culturelle, cinéma) ; ma passion viscérale du cinéma et de l’écriture, cette envie irrépressible de les partager (notamment dans un recueil de 13 nouvelles sur le cinéma pour lequel je recherche un éditeur -à bons entendeurs !- mais aussi par l’écriture de scénarii) sont plus que jamais vivaces. 11 ans plus tard, après tant de pérégrinations, j’y vais avec le même enthousiasme, la même curiosité insatiable que cette première fois où je découvrais, fascinée, le vertigineux et mythique Grand Théâtre Lumière, ses rituels dérisoires et sublimes. C’est en effet ce festival, la plus grande des « fenêtres ouvertes sur le monde », tourbillon enivrant d’images, qui a exacerbé ma passion pour le cinéma.
Bien sûr, je connais les pièges et revers de ce théâtre des vanités, cette comédie humaine fascinante et terrifiante, la versatilité des personnalités et avis pour un sursaut de vanité. Je sais que tant d’illusions s’y fracassent, que Cannes peut encenser, broyer, magnifier, dévaster et en a perdu certains et tant à force de les éblouir, les fasciner, les aliéner, que le cinéma est parfois éclipsé derrière tous ceux qui font le leur mais Cannes reste la plus grande déclaration d’amour au cinéma et aux cinéastes qui y émergent, se révèlent au monde, nous révèlent un monde. Le leur. Le nôtre.
Comme chaque année, la compétition reflète ainsi la diversité du cinéma mondial (contrairement à ce que certains prétendent, chaque année), mais aussi les colères, les blessures, les ombres et les lumières du monde, parfois sa poésie. Certainement cela sera-t-il le cas de « Like someone in love » de Kiarostami, le film de cette compétition que j’attends le plus. Pour sa 5ème sélection en compétition, le cinéaste iranien qui avait obtenu la palme d'or en 1997 pour "Le goût de la cerise", nous emmène au Japon. Je lui dois ainsi un de mes plus grands chocs cinématographiques cannois avec « Copie conforme », film de questionnements plus que de réponses si ludique, unique, jubilatoire dans lequel le jeu si riche et habité de Juliette Binoche, lumineuse et sensuelle, se prête à plusieurs interprétations, à l'image de l'art évoqué dans le film dont l'interprétation dépend du regard de chacun, comme une illustration pratique de la théorie énoncée. Brillante réflexion sur l'art et l'amour.
« Amour », tel est justement le titre simple et sibyllin du film de Michael Haneke, de retour en compétition trois ans après sa palme d’or pour l'œuvre austère à la cruauté tranchante, dérangeante, à la mise en scène fascinante qu’est « Le Ruban blanc ». Il devrait à nouveau nous dérouter avec ce film que je suis particulièrement curieuse de découvrir, également pour le retour de Jean-Louis Trintignant.
J’attends également beaucoup du dernier film, aussi en compétition, d’un réalisateur dont le cinéma semble paradoxalement de plus en plus juvénile et inventif : « Vous n’avez encore rien vu » d’Alain Resnais, une adaptation très libre d’"Euridyce" de Jean Anouilh qui s'apparente vraisemblablement à un hommage au cinéma et au théâtre.
C’est avec la même avidité que je dégusterai un autre des trois films français en compétition : « De rouille et d’os » de Jacques Audiard, trois ans après le Grand prix pour « Un Prophète », une histoire entremêlant amour et brutalité de l’existence dont la mise en scène, le sujet et l’interprétation semblent particulièrement prometteurs.
Parmi mes attentes encore : le film de Catherine Corsini à Un Certain Regard que Thierry Frémaux a défini comme un " film policier qu'on pourrait dire inspiré par Claude Sautet », lequel est un de mes cinéastes de prédilection : argument imparable.
J’attends également beaucoup de « Reality » de Matteo Garrone ; de « The Hunt » de Vinterberg dans lequel le mensonge se métamorphose en vérité dans l'esprit de ceux qui le reçoivent, un film sur la rumeur qui, à Cannes, si souvent atteint son paroxysme.
Il faudrait encore citer « Killing them soflty » qui signe le retour d’Andrew Dominik après le western crépusculaire et magistral « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » ; « Cosmopolis » qui(ré)concilie vraisemblablement glamour et film d’auteur ; « Laurence anyways » de Xavier Dolan après sa grisante fantasmagorie « Les amours imaginaires » ; « Confession d’un enfant du siècle » étant curieuse de voir comment l’œuvre de Musset a pu être adaptée, de même que celle de Kerouac (« Sur la route ») par Walter Salles.
J’aimerais revoir « Lawrence d’Arabie », « Cléo de « 5 à 7 », « Tess », chefs d’œuvre dont les projections des copies restaurées dans le cadre de Cannes Classics promettent de grands moments d’émotion.
Je retournerai voir « Une journée particulière » de Gilles Jacob que j’ai découvert récemment, documentaire sur les 60 ans du festival qui sera projeté pour le 65ème anniversaire en présence de 18 des cinéastes de « Chacun son cinéma ». Un film qui s’attarde sur « la géographie d’un visage », des visages, ceux des artistes. Bel écho avec les extraits des films qui le jalonnent et qui eux-mêmes se concentrent surtout sur les visages et les rites cinématographiques comme une mise en abyme de la mise en abyme. Au détour d’un plan, on devine la malice juvénile de Gilles Jacob ; le regard est toujours tendre, bienveillant. Son documentaire met en lumière ce qui caractérise un grand cinéaste, un auteur : le caractère immédiatement identifiable de son regard sur le monde et de son univers.
Etablir des pronostics revient à s’interroger sur les caractéristiques d’une palme d’or. Un film qui justement témoigne d’un regard sur le monde ? Un film avec une portée sociale, politique, philosophique ? Un film intemporel ? Un film qui porte l’art cinématographique et ses composantes à leur firmament ? Un film qui nous transporte, nous éblouit, nous émeut ? Un film qui nous questionne ? Un film qui nous apporte des réponses ?
Nanni Moretti, cinéaste « engagé », pourrait primer un film en résonance avec l’actualité comme celui de Yousri Nasrallah. Ou celui de Kiarostami à qui il a consacré un court-métrage et qui lui doit en partie la palme d’or en 1997 (il faisait alors partie du jury.) Marion Cotillard ou Matthias Schoenaerts pourraient recevoir un prix d’interprétation, manière détournée de récompenser Jacques Audiard qui aura tant de concurrents pour la mise en scène. Je ne peux m’empêcher de souhaiter un prix du scénario pour Resnais, l’écriture de ses films étant toujours remarquable mais, à vrai dire, je préfère ne rien présager, laisser place au vertige de la surprise et la découverte cinématographiques.
Je ne prends guère de risques, en revanche, en pronostiquant 11 jours de chocs et d’éblouissements cinématographiques, d’exquise et troublante confusion entre fiction et réalité enlacées en un tango langoureux annihilant frontières et repères, où la vie sera alors exaltante, palpitante, grisante. Comme au cinéma…
11:10 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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27.12.2011
Bilan de l'année cinématographique et festivalière 2011
Chaque année, c’est le même rituel : lorsque s’égrènent ses derniers jours et que la chaleur de Noël nous fait sortir de la torpeur glaçante de l’hiver, encore enivrée par ce tourbillon d’images, d’émotions, d’illusions (parfois perdues ou seulement égarées), il faut se pencher sur les 12 mois écoulés sans avoir tout à fait le recul nécessaire. Je le fais d’ailleurs avec plaisir, avec déjà un peu de nostalgie aussi, car le rythme trépidant de mes joyeuses (souvent) et invraisemblables (parfois, même) pérégrinations cinématographiques ne me laisse pas toujours le temps de savourer les instants auxquels elles donnent lieu, les rencontres qui les jalonnent, et que je continue à apprécier avec autant d’enthousiasme, et je l’espère, en réussissant à vous les faire partager. Cette année, l’actualité internationale a ressemblé aux plus invraisemblables, et parfois tragiques, des blockbusters. La mienne souvent à un film fantastique, étrange, ludique, incohérent, décevant, surprenant, passionnant, déroutant, inquiétant. Retour sur mon année cinématographique et festivalière avec ses meilleurs moments et les plus belles découvertes cinématographiques de cette année.
Cette année 2011 n’a pas été avare de beaux moments, de rencontres, de festivals d’abord avec à mon programme de l’année écoulée: le Festival du Film Asiatique de Deauville, le Festival de Cannes, le Festival de Cabourg, le Festival Paris Cinéma, le Festival du Cinéma Américain de Deauville , le Festival des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean de Luz, le Festival Lumière de Lyon, le Festival de la photo de Deauville "Planche(s) contact" sans oublier les cérémonies comme les César, les prix Lumières et les Etoiles d’or mais aussi de beaux moments cinématographiques avec de réels chocs au premier rang desquels « Melancholia », « The Artist », « Black swan » d’ailleurs pour les deux premiers liés à des souvenirs de festivals dont ils sont désormais indissociables. Une année plus que jamais « in the mood for cinema » , en tout cas et au cours de laquelle In the mood for cinema a été plusieurs fois à l’honneur dans les médias (cf rubrique « Dans les médias » de mon nouveau blog: http://inthemoodlemag.com/presse/ ) pas toujours à bon escient d'ailleurs mais cela demeure toujours des expériences instructives.
MON TOP 11 DES FILMS DE L'ANNEE 2011 (dans l'ordre de préfèrence avec les liens vers mes critiques): (N'hésitez pas à laisser votre propre top dans les commentaires)
1.« Melancholia » de Lars von Trier
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/08/11/crit...
2. « The Artist » de Michel Hazanavicius
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/08/28/avan...
3.« Black Swan » de Daren Aronofsky
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2010/12/12/avan...
4.« Midnight in Paris » de Woody Allen
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/05/12/cere...
5.“La Piel que habito” de Pedro Almodovar
6.“This must be the place” de Paolo Sorrentino
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/09/22/crit...
7.“True Grit” d’Ethan et Joel Coen
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/03/02/crit...
8. “Les Marches du pouvoir » de George Clooney
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/10/31/crit...
9.« Polisse » de Maïwenn
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/07/01/ouve...
10. « La Délicatesse » de David et Stéphane Foenkinos
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/10/28/crit...
11. « J’aime regarder les filles » de Frédéric Louf
http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/07/18/crit...
RAISONS DU TOP 11 EN DETAILS ET BILAN DE L'ANNEE:
Dans mon top 11 (oui, oui, 11) que vous retrouverez ci-dessus, je n’ai pas forcément choisi des films parfaits, des films par ailleurs de styles très différents, mais qui ont en commun des scénarii remarquables, une vision de l'existence poétique, parfois littéraire, et une mélancolie et une délicatesse, pour s’inspirer des titres de deux des films de cette liste. Des films avec un brin de folie aussi, mettant souvent en scène la fragilité des artistes et la beauté exaltante de l’art. Mélancolique. Délicat. Littéraire. Poétique. Exaltant. Doucement fou. Voilà une définition du cinéma qui me plait plutôt et à laquelle répondent la plupart des films de cette liste qui ont aussi des thématiques en commun, pour au moins cinq d’entre eux comme vous le lirez ci-dessous.
Dans ce top 11 se côtoient ainsi des premiers "petits" films comme « J’aime regarder les filles » et « La Délicatesse » et des films de réalisateurs confirmés comme « Melancholia », « La Piel que habito », « Midnight in Paris »…
J’ai choisi 11 films. Les 11 qui m’ont marquée. Les 11 que je recommanderai. Les 11 que je reverrai avec plaisir. Les 11 qui témoignent d’une vision de l’existence et du regard d’un cinéaste sur l’existence et le cinéma. Les 11 qui m’ont enthousiasmée, parfois même exaltée. Parmi ces films, de nombreux films présentés dans le cadre du dernier Festival Cannes et qui témoignent ainsi d’une édition d’une qualité exceptionnelle. A cette liste, j’aurais pu ajouter « Voyage dans la lune », l’œuvre de Méliès de 1902 présentée sur une musique de Air, une version restaurée dont Serge Bromberg a été l’artisan. Moment magique concentrant toute la beauté, la richesse, la modernité, la puissance du cinéma qui a ouvert cette édition 2011 du Festival de Cannes, un cinéma que célèbrent plusieurs des films de mon top 2011, notamment et souvent par de subtiles mises en abyme. Finalement peut-être le cinéma n'est-il jamais meilleur que lorsqu'il est intelligemment narcissique, ou plutôt lorsqu'il se souvent que l'art est souvent synonyme de réflexivité.
En tête de ce classement, j’ai placé « Melancholia » des Lars von Trier, forcément « Mélancholia », pour moi un vrai choc cinématographique, un film d’une beauté sombre et déroutante, LE chef d'oeuvre de cette année 2011. Un poème vertigineux, une peinture éblouissante, un opéra tragiquement romantique, bref une œuvre d’art à part entière. Un tableau cruel d’un monde qui se meurt dans lequel rien n’échappe au regard acéré du cinéaste : ni la lâcheté, ni l’amertume, ni la misanthropie, et encore moins la tristesse incurable, la solitude glaçante face à cette « Mélancholia », planète vorace et assassine, comme l’est la mélancolie dévorante de Kirsten Dunst (Justine dans le film). « Melancholia » est un film bienheureusement inclassable, qui mêle les genres habituellement dissociés (anticipation, science-fiction, suspense, métaphysique, film intimiste…et parfois comédie certes cruelle) et les styles. Un film de contrastes et d’oppositions (comme le n°3 de mon classement avec lequel il présente pas mal de points communs). Entre rêve et cauchemar. Blancheur et noirceur. La brune et la blonde. L’union et l’éclatement. La terreur et le soulagement. La proximité (de la planète) et l’éloignement (des êtres). Un film à contre-courant, à la fois pessimiste et éblouissant. L’histoire d’une héroïne incapable d’être heureuse dans une époque qui galvaude cet état précieux et rare avec cette expression exaspérante « que du bonheur ». Un film dans lequel rien n’est laissé au hasard, dans lequel tout semble concourir vers cette fin…et quelle fin ! Lars von Trier parvient ainsi à instaurer un véritable suspense terriblement effrayant et réjouissant qui s’achève par une scène redoutablement tragique d’une beauté saisissante aussi sombre que poignante et captivante qui, à elle seule, aurait justifié une palme d’or. Une fin sidérante de beauté et de douleur. A couper le souffle. D’ailleurs, je crois être restée de longues minutes sur mon siège dans cette salle du Grand Théâtre Lumière, vertigineuse à l’image de ce dénouement, à la fois incapable et impatiente de transcrire la multitude d’émotions procurées par ce film si intense et sombrement flamboyant. Un très grand film qui bouscule, bouleverse, éblouit, sublimement cauchemaresque et d’une rare finesse psychologique qui, 7 mois après l’avoir vu, me laisse le souvenir lancinant et puissant d’un film qui mêle savamment les émotions d’un poème cruel et désenchanté, d’un opéra et d’un tableau mélancoliques et crépusculaires.
En troisième position, et je passe délibérément du premier au troisième : « Black swan » de Daren Aronofsky qui présente pas mal de points communs avec le film figurant en première place de mon classement. Ce n’est pas non plus forcément un film d’emblée aimable (ce qui, pour moi, est une grande qualité quand les synopsis des films ressemblent trop souvent à des arguments marketing) : il se confond ainsi avec son sujet, exerçant tout d’abord sur le spectateur un mélange de répulsion et de fascination, entrelaçant le noir et le blanc, la lumière (de la scène ou de la beauté du spectacle, celle du jour étant quasiment absente) et l’obscurité, le vice et l’innocence mais le talent de cinéaste d’Aronofsky et de son interprète principale, sont tels que vous êtes peu à peu happés, le souffle suspendu comme devant un pas de danse époustouflant. « Black swan » à l’image de l’histoire qu’il conte (le verbe conter n’est d’ailleurs pas ici innocent puisqu’il s’agit ici d’un conte, certes funèbre) est un film gigogne, double et même multiple. Jeu de miroirs entre le ballet que le personnage de Vincent Cassel (Thomas) met en scène et le ballet cinématographique d’Aronofsky. Entre le rôle de Nina (Natalie Portman) dans le lac des cygnes et son existence personnelle. Les personnages sont ainsi à la fois doubles et duals : Nina que sa quête de perfection aliène mais aussi sa mère qui la pousse et la jalouse tout à la fois ou encore Thomas pour qui, tel un Machiavel de l’art, la fin justifie les moyens. Aronofsky ne nous « conte » donc pas une seule histoire mais plusieurs histoires dont le but est une quête d’un idéal de beauté et de perfection. La quête de perfection obsessionnelle pour laquelle Nina se donne corps et âme et se consume jusqu’à l’apothéose qui, là encore, se confond avec le film qui s’achève sur un final déchirant de beauté violente et vertigineuse, saisissant d’émotion…dont le vertige rappelle d'ailleurs celui également suscité par le dénouement de « Melancholia ». Par une sorte de mise en abyme, le combat de Nina est aussi celui du cinéaste qui nous embarque dans cette danse obscure et majestueuse, dans son art (cinématographique) qui dévore et illumine (certes de sa noirceur) l’écran comme la danse et son rôle dévorent Nina. L’art, du cinéma ou du ballet, qui nécessite l'un et l'autre des sacrifices. Le fond et la forme s’enlacent alors pour donner cette fin enivrante d’une force poignante à l’image du combat que se livrent la maîtrise et l’abandon, l’innocence et le vice. Quel talent fallait-il pour se montrer à la hauteur de la musique de Tchaïkovski, pour nous faire oublier que nous sommes au cinéma, dans une sorte de confusion fascinante entre les deux spectacles, entre le ballet cinématographique et celui dans lequel joue Nina. Une expérience sensorielle, une danse funèbre et lyrique, un conte obscur redoutablement grisant et fascinant, sensuel et oppressant dont la beauté hypnotique nous fait perdre (à nous aussi) un instant le contact avec la réalité pour atteindre la grâce et le vertige. Plus qu’un film, une expérience à voir et à vivre impérativement (et qui en cela m’a fait penser à un film certes a priori très différent mais similaire dans ses effets : « L’Enfer » d’Henri-Georges Clouzot) et à côté duquel le « Somewhere » de Sofia Coppola qui lui a ravi le lion d’or à Venise apparaît pourtant bien fade et consensuel...
En deuxième position « The Artist » de Michel Hazanavicius,…encore un film qui met l’art au centre de son sujet et qui explore la fragilité, la « mélancolie » des êtres, des artistes. Le pari était pourtant loin d’être gagné d’avance. Un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages). En noir et blanc. Tourné à Hollywood. En 35 jours. Par un réalisateur qui jusque là avait excellé dans son genre, celui de la brillante reconstitution parodique, mais très éloigné de l’univers dans lequel ce film nous plonge. Il fallait beaucoup d’audace, de détermination, de patience, de passion, de confiance, et un peu de chance sans doute aussi, sans oublier le courage -et l’intuition- d’un producteur (Thomas Langmann) pour arriver à bout d’un tel projet. Le pari était déjà gagné quand le Festival de Cannes l’a sélectionné d’abord hors compétition pour le faire passer ensuite en compétition, là encore fait exceptionnel. Qui aime sincèrement le cinéma ne peut pas ne pas aimer ce film qui y est un hommage permanent et éclatant. Hommage à ceux qui ont jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi, lui surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un hymne à l'art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster Kane (magnifiques citations de « Citizen Kane »). Le mot jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film, constamment réjouissant, vous faisant passer du rire aux larmes, ou parfois vous faisant rire et pleurer en même temps. Le scénario et la réalisation y sont pour beaucoup mais aussi la photographie (formidable travail du chef opérateur Guillaume Schiffman qui, par des nuances de gris, traduit les états d’âme de Georges Valentin), la musique envoûtante (signée Ludovic Bource, qui porte l’émotion à son paroxysme, avec quelques emprunts assumés là aussi, notamment à Bernard Herrmann) et évidemment les acteurs au premier rang desquels Jean Dujardin qui méritait amplement son prix d’interprétation cannois (même si Sean Penn l’aurait également mérité pour « This must be the place »). Flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps, il fait passer dans son regard (et par conséquent dans celui du spectateur), une foule d’émotions, de la fierté aux regrets, de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance. Il faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage (sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt. Je ne prends guère de risques en lui prédisant un Oscar pour son interprétation, et les six récentes nominations aux Golden Globes confirment ce sentiment). Michel Hazanavicius évite tous les écueils et signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures, les poignantes contradictions et la noble fragilité. Ce film est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant. Rarement un film aura aussi bien su concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante du cinéma. Oui, foudroyante comme la découverte de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente ici.
Sans doute serez-vous surpris de retrouver dans cette liste le « Minuit à Paris » de Woody Allen, certainement pas son meilleur film mais un film dans lequel il est plus inventif et juvénile que jamais, joue et se joue des fantasmes d’une ville qu’il revendique ici d’idéaliser, ce Paris qui, à l’image du titre du roman d’Hemingway «est une fête », ce Paris où un écrivain ne peut écrire qu’au Café de Flore, ce Paris où passé et présent, rêve et réalité, littérature et peinture vous étourdissent. Une déclaration d’amour à Paris, au pouvoir de l’illusion, de l’imagination, à la magie de Paris et du cinéma qui permet de croire à tout, même qu’il est possible au passé et au présent de se rencontrer et s’étreindre, le cinéma évasion salutaire « dans une époque bruyante et compliquée ». Un petit joyau d’intelligence au scénario certes moins abouti que dans d’autres films du cinéaste, mais que la vitalité de l’écriture, sa malice et son regard enamouré (sur Paris avant tout ), et la beauté des images nous font oublier et pardonner. Woody Allen réenchante Paris, ville Lumière et ville magique où tout est possible surtout donner corps à ses rêves. Un film ludique au charme ensorcelant, d’une nostalgie joyeuse.
Très différent…quoique… à nouveau explorant la fragilité des artistes…« This must be the place” de Paolo Sorrentino, un autre de mes coups de coeur cannois figure également en bonne place dans cette liste, l’histoire d’un masque qui tombe, d’un enfant qui grandit, d’un homme qui se relève. D’un artiste enfantin qui devient un homme (et fume sa première cigarette). Un film inclassable qui mélange habilement les genres, un road movie qui déroute et enchante, ou nous glace par sa lucidité. Un film envoûtant grâce à la musique de David Byrne, la virtuosité de la mise en scène de Sorrentino et de l’interprétation de Sean Penn qui nous plongent dans une atmosphère poétique, onirique et fantaisiste qui dissimule un visage grave et lucide. Un bel hommage à « Paris, Texas » de Wim Wenders, et à « Into the wild » de Sean Penn, aussi. Un personnage et un film qui vous restent dans la tête comme une petite musique. Celle des Talkings Heads. « Il faut choisir, dans l'existence, un moment, un seul, où la peur disparaît » nous dit-on dans le film. Ce périple en fait partie. Un périple réjouissant et bouleversant, grave et léger, mélancolique et enchanteur, fardé et sincère. Qui donne envie de regarder la vérité derrière le masque. Celle de l’abjection (le bourreau nazi) ou de l’humanité (Cheyenne) qui se mettent à nu (au propre comme au figuré ici). Leur rencontre improbable donne ce grand film construit sur de brillants contrastes.
Dans cette liste également un film politique, le régal impitoyable « Les Marches du pouvoir » de George Clooney. Un thriller aussi élégant que le sont en apparence ses protagonistes et qui en révèle d’autant mieux la face obscure grâce à un rythme particulièrement soutenu, un distribution brillamment dirigée, des dialogues vifs, et surtout une mise en scène métaphorique entre ombre et lumière particulièrement symptomatique du véritable enjeu (être, devenir ou rester dans la lumière) et de la part d’ombre qu’elle dissimule (souvent habilement) et implique.
Egalement dans ce palmarès, un magnifique hommage au western avec « True grit » d'Ethan et Joel Coen (reprenant même la musique du chef d’œuvre « La nuit du chasseur » de Charles Laughton) dont il respecte et détourne les codes non sans uns certaine ironie, à ses personnages aux gueules patibulaires mais au cœur d’or, à ses grandes étendues éblouissantes, à ses chevauchées fantastiques dans des plaines majestueuses au soleil levant ou couchant « dans la vallée de l’ombre et de la mort », à la mythologie américaine donc, à ses légendes. Avec « True Grit », les Coen rendent hommage au western en le renouvelant et transformant en un conte désenchanté aux paysages enchanteurs, une sorte d’Alice au pays des merveilles dans un Ouest Américain aussi hostile que magnifiquement filmée, les mésaventures d’un trio improbable entre courage et désillusions.
Et puis, dans cette liste, également des premiers films comme « La Délicatesse » de David et Stéphane Foenkinos et « J’aime regarder les filles » de Frédéric Louf mon coup de cœur du Festival de Cabourg, celui qui évoquait le mieux les tourments de l’âme et du cœur (définition du romantisme, thématique de ce festival), et qui fait preuve de sensibilité (agréablement) exacerbée. Frédéric Louf, le réalisateur, aidé par une pléiade de jeunes acteurs remarquables, arrive en effet à y transcrire la fébrilité et la fougue de la jeunesse, cet âge où tout est possible, à la fois infiniment grave et profondément léger, où tout peut basculer d’un instant à l’autre dans un bonheur ou un malheur pareillement excessifs, où les sentiments peuvent éclore, évoluer ou mourir d’un instant à l’autre, où tout est brûlant et incandescent. De son film et de ses interprètes se dégagent toute la candeur, la fraîcheur mais aussi parfois la violence et l’intransigeance de cet âge décisif. La littérature y cristallise magnifiquement les sentiments Un film simple, touchant, drôle qui a la grâce des 18 ans de ses personnages, à la fois fragiles et résolus, audacieux, d’une émouvante maladresse, insouciants et tourmentés et qui incarnent à merveille les héros romantiques intemporels. Un film au romantisme assumé, imprégné de littérature, avec un arrière-plan politique, avec un air truffaldien, voilà qui avait tout pour me plaire, sans oublier ce petit plus indicible, le charme peut-être, la sincérité sans doute, et le talent évidemment, ingrédients d’un coup de foudre cinématographique comme celui-ci.
« La Délicatesse », dernier coup de cœur en date de cette année 2011, est un film à l’image de son personnage principal : d’apparence simple, discret, grave et triste, il se révèle gai, d’une lucidité joyeuse, tendre, et il vous charme d’une manière totalement inexplicable. Le charme des rencontres impromptues, improbables, inattendues. Les plus belles. Un délicieux film d’une gravité légère à déguster sans modération, l’histoire d’une renaissance lumineuse qui fera du bien tous ceux qui ont été touchés par le deuil, à tous ceux qui ne croient plus à la beauté foudroyante des hasards et coïncidences et des rencontres singulières, qui ne croit plus que le bonheur réside là où on ne l’attend pas. Voilà ce film m’a totalement charmée, aussi rare (et précieux) que la délicatesse qu’il met en scène, avec le même charme progressif et non moins ravageur.
Dans cette liste évidemment « La Piel que habito » de Pedro Almodovar, un film troublant, éprouvant et lumineux, sombre et fascinant, remarquable de maîtrise dans le scénario comme dans la mise en scène qui tisse impitoyablement sa toile arachnéenne pour révéler une vengeance implacable et cruelle, prétexte sublime et terrible à l’évocation des thèmes chers au cinéaste.
J'aurais aussi pu vous parler de jolies découvertes comme "Poupoupidou" mais il fallait bien que cette liste se limite à un certain nombre.
J’ai bien conscience que « La guerre est déclarée », « Intouchables » et « Drive » figureront sans doute dans tous les classements et que ne pas les citer pourrait laisser penser que je suis passée à côté de trois découvertes essentielles de cette année.
Si le premier m’a bouleversée, si j’ai apprécié cet hymne à la vie, au courage, à la fugacité du bonheur, ce film plein de douce fantaisie, avec une inspiration toujours très truffaldienne, et jamais mièvre, je n’en garde pas une empreinte forte et inaltérable et je persiste à croire que ce bouleversement est lié davantage au sujet qu’au traitement, lui ayant préféré le premier film de Valérie Donzelli « La reine des pommes ».
Si le second m’a énormément fait rire, certes, cela reste néanmoins pour moi une suite de sketchs, un conte, utilisant à outrance la caricature et les oppositions (le riche avec le pauvre, l’handicapé et le valide, l’homme cultivé et celui qui n’y connaît –vraiment- rien à l’art), et son succès s’explique sans doute davantage par l’espoir qu’il porte dans une période morose que par ses qualités cinématographiques exceptionnelles.
Le troisième m’a hypnotisée par sa réalisation. J’ai apprécié la mise en scène époustouflante, flamboyante et crépusculaire, qui nous fait ressentir les sensations trépidantes, périlleuses et étourdissantes de ce chauffeur hors pair et mutique, au sourire retenu, dans une ville de Los Angeles tentaculaire, éblouissante et menaçante, qui nous fait éprouver ses sensations de vitesse et de mélancolie vertigineuses -sombre et belle alliance-, avec dans la première partie des scènes d’une beauté saisissante sans parler évidemment d’une bo remarquable qui contribue fortement au vertige sensoriel de la première partie. Nicolas Winding Refn a ravi le prix de la mise en scène à Pedro Almodovar à Cannes qui, à mon avis, l’aurait davantage mérité (pour « La Piel que habito »), ne serait-ce que parce qu’il a brillamment raconté une histoire cruelle, terrible, effroyable où toute la finesse de la mise en scène réside justement dans ce qui n’est pas montré et qui n’en a que plus de force…La violence absurde et les excès du personnage principal dans « Drive », il est vrai magistralement interprété, (qui promettait là aussi d'être d'une complexité passionnante), sans parler des réactions invraisemblablement velléitaires du personnage féminin, le manichéisme des méchants du film, l’ont emporté ainsi sur une première partie prometteuse comme rarement avec des images et une musique qui, encore maintenant, me restent en tête. Un magnifique clip, à défaut du grand film que la première partie annonçait pourtant. Surtout, un beau gâchis. (Critique complète, ici : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/09/25/crit... )
Encore une fois cette année, la frontière entre le cinéma et la réalité a été très faible, à m’y perdre parfois, à prendre mes rêves pour la réalité, à lui préférer le cinéma souvent. Je garderai sans aucun doute comme souvenirs marquants de cette année cinématographique ma rencontre avec Catherine Deneuve dont je vous ai fait un long récit, ici (http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/03/17/avan... ), l’interview de Tahar Rahim et Jean-Jacques Annaud (http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/11/23/crit... ) et des moments intenses de festivals comme l’ouverture du Festival de Cannes ou la projection de « Melancholia » ou « The Artist » mais aussi le Festival Lumière de Lyon où j’étais invitée pour débattre d'internet (http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/10/09/fest... , l’occasion de découvrir un festival formidable qui met vraiment la cinéphilie à l'honneur, ou encore le Festival de Saint-Jean de Luz, les César vécus en direct à nouveau (http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2011/02/26/palm... ) et des airs de musique qui me trottent encore dans la tête comme le "New York" de Jamie Cullum en ouverture du Festival de Cannes.
Une partie du jury du 64ème Festival de Cannes, cérémonie d'ouverture du festival
Jamie Cullum, ouverture du 64ème Festival de Cannes
L'émouvant hommage du 64ème Festival de Cannes à Jean-Paul Belmondo
La leçon de cinéma de Francis Ford Coppola au Festival du Cinéma Américain de Deauville
Pour l’année à venir, je vous promets de faire mieux, c’est-à-dire initier des projets, des rencontres, des interviews, surtout continuer à me laisser guider par la passion. Vous trouverez aussi sur mes 5 blogs mais essentiellement sur le nouveau davantage de musique, de théâtre, de littérature mais bien évidemment toujours essentiellement du cinéma. Je mettrai plus que jamais l’écriture au centre en essayant de faire de chaque compte-rendu de festival un véritable récit mais aussi en publiant des nouvelles dans la rubrique dédiée de mon nouveau blog « In the mood – Le Magazine» ( http://inthemoodlemag.com ) sur lequel et les motivations duquel vous pourrez tout savoir dans sa rubrique "A propos" ( http://inthemoodlemag.com/about/ ) tout en continuant à vous emmener dans les festivals incontournables (Cannes pour la 12ème année consécutive, Paris Cinéma, Deauville et son Festival du Cinéma Américain pour la 19ème année consécutive, son Festival du Film Asiatique, les César pour la 3ème année consécutive) mais aussi tout en en découvrant de nouveaux (Saint-Jean de Luz pour la deuxième année consécutive, peut-être les Arcs où j’étais invitée cette année mais n’ai pas pu me rendre, sans doute le nouveau Paris Film Festival pour lequel il se pourrait que je vous réserve quelques surprises, peut-être Cabourg, Dinard, Lyon et sans aucun doute des festivals qui ne sont pas encore prévus au programme).
Côté projections, je vous promets déjà de vous faire partager de belles découvertes pour l’année à venir comme « Louise Wimmer » de Cyril Mennegun ou « Une bouteille à la mer » de Thierry Binisti, deux films découverts dans le cadre du Festival de Saint-Jean de Luz et de nombreux films que j’attends avec impatience et dont vous pourrez retrouver ici les critiques en avant-première comme « J.Edgar » de Clint Eastwood. J’espère, cette année 2012, vous surprendre, vous réserver de belles surprises, aller et vous emmener là où on ne m’attend pas, oser davantage, et oser rêver et vous faire partager cela sur mon nouveau site.
Vous pourrez aussi me suivre sur My Major Company Books, site sur lequel vous pouvez vous inscrire comme « producteur » et ensuite comme fan de ma page ( http://www.mymajorcompanybooks.com/#!/meziere ) si vous souhaitez soutenir mon projet d'écriture très « cinématographique » que vous pourrez découvrir sur la page en question.
Je vous souhaite une année 2012 palpitante, riche d’émotions, et …surtout, surtout, de ne jamais cesser de rêver malgré les vicissitudes de l’existence, de ne surtout jamais céder à la facilité du cynisme, quitte à faire passer cette « délicatesse » pour une naïveté. Quoiqu’il arrive, reste le cinéma. La passion, avant tout. La devise de mon nouveau site. Aussi ingrate soit-elle parfois…mais finalement toujours victorieuse et exaltante…et c’est tout ce qui compte, et me porte.
Pour me lire :
Avant tout, mon nouveau site principal : http://inthemoodlemag.com au sujet duquel vos avis et suggestions demeurent les bienvenus et qui continuera à s’enrichir prochainement de nouvelles rubriques. Pour en savoir plus sur les objectifs de ce site, rendez-vous dans sa rubrique « A propos » (http://inthemoodlemag.com/about/ ) .
Et toujours les autres : In the mood for cinema (http://www.inthemoodforcinema.com , pour tout savoir de l’actualité cinématographique ), In the mood for Cannes (http://www.inthemoodforcannes.com , pour tout savoir de l’actualité du Festival de Cannes), In the mood for Deauville (http://www.inthemoodfordeauville.com , pour tout savoir sur Deauville, son Festival du Cinéma Américain et du Film Asiatique) et In the mood for luxe (http://www.inthemoodforluxe.com our tout savoir de l’actualité du luxe, essentiellement dans le domaine touristique et de la mode)
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Photo - Cannes 2011
Photo- Deauville octobre 2011
17:57 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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30.05.2011
Bilan du 64ème Festival de Cannes et retour sur le palmarès de ce Festival de Cannes 2011
Par ce bilan, une semaine après la clôture de ce 64ème Festival de Cannes, je vais tenter de répondre à cette question qui revient chaque jour, et qui me replonge délicieusement mais avec nostalgie dans mes nombreux souvenirs, et à laquelle je ne peux bien souvent répondre par autre chose que par un large sourire énigmatique ou un galimatias extatique tant ce festival a brassé d’émotions bien souvent ineffables : comment était cette édition 2011 du Festival de Cannes ? Pas encore tout à fait dégrisée de cinéma, d’illusions, de légèreté, d’esquisses de rêves impossibles, de cette euphorie étrange et jouissive provoquée par ce mélange subtil de cinéma et de vie qui y ressemble là-bas plus qu’ailleurs et qui vous fait oublier la fatigue et le temps qui passe et que cela ne peut durer toujours et qu’il existe un ailleurs où tout ne tourne pas autour du cinéma, je vais tenter de faire le tri dans mes souvenirs encore joyeusement embrumés. Sans doute, de loin, le festival ne dure-t-il que onze petits jours mais vécu de l’intérieur l’intensité de chaque journée en fait un tour du monde émotionnel qu’il est bien difficile de retranscrire avec justesse une fois revenue chez soi et à ce que certains appellent réalité (une notion que je revendique de n’appréhender encore pas très bien).
Comment répondre quand tant d’images, de couleurs, de sensations, de musiques, de visages défilent dans mes souvenirs dont, pour un certain nombre, je me demande s’ils étaient réels ou le fruit de mon imagination débordante qui, telle celle du héros de Woody Allen, dans « Minuit à Paris », me ferait confondre la réalité et mon « âge d’or »? C’est comme ça que cela a commencé pourtant : par une déclaration d’amour à Paris, au pouvoir de l’illusion, de l’imagination, à la magie de Paris et du cinéma qui permet de croire à tout, même qu’il est possible au passé et au présent de se rencontrer et s’étreindre, une déclaration d’amour au cinéma évasion salutaire « dans une époque bruyante et compliquée ». Cela a commencé par Mélanie Laurent qui déclarait « Cannes, c’est magique », malgré tout ce qui n’y est pas aussi à Cannes et que, cette année, sans doute ensorcelée par Woody Allen, je n’ai pas vu ou en tout cas ai préféré ignorer : les blasés, ha-ra-ssés, cyniques, las, étrangement amnésiques, et les acharnés à paraître tout cela à la fois. Cela a commencé par la voix entraînante de Jamie Cullum chantant un « New York » qui n’a cessé de m’accompagner, refrain joyeux et teinté d’une douce mélancolie entendu comme une litanie du vip room à la Terrazza Martini, du club Albane au patio Canal + où, au choix, les soirées se terminaient dans un étourdissant tumulte. Oui, une douce mélancolie. Comme un signe prémonitoire puisque c’est le titre du film de ce festival qui m’a sans doute le plus marquée : « Melancholia », sans doute victime au palmarès des déclarations désastreuses de son réalisateur, après avoir été exclu du festival quelques jours avant la clôture afin que l’œuvre soit dissociée du cinéaste.
Mais aurait-il été possible de lui attribuer la palme d’or sans entacher l’image du festival ? Il l’aurait pourtant, à mon sens, beaucoup plus méritée que « The Tree of life », le vertige mystique et poème hypnotique de Terrence Malick à la réalisation certes d’une virtuosité époustouflante, aussi fascinant, audacieux, ambitieux qu’agaçant, qui a aussi le mérite de nous rappeler que le cinéma n’est jamais aussi beau que lorsqu’il est un art insaisissable et non un produit de consommation cadenassé, une expérience cinématographique qui sonde le cosmos avec lyrisme pour appréhender la douleur intolérable de la perte d’un enfant et la vanité, l’absurdité, la brièveté de l’existence.
Mais comment aurais-je pu ne pas être envoûtée par le film de Lars Von Trier, aux accents viscontiens (« Le Guépard » et « Ludwig » ne racontant finalement pas autre chose que la déliquescence d’un monde et d’une certaine manière la fin du monde) étant inconditionnelle du cinéaste italien en question ? Dès la séquence d’ouverture (une succession de séquences et photos sur la musique de Wagner mêlant les images de Justine –Kirsten Dunst et les images de la collision cosmique), j’ai été éblouie, subjuguée. Après cette séquence éblouissante, Lars von Trier nous emmène dans un château en Suède, cadre à la fois familier et intemporel, contemporain et anachronique, lieu du mariage de Justine, hermétique au bonheur. La première partie lui est consacrée tandis que la seconde est consacrée à sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg). La première est aussi mal à l’aise avec l’existence que la seconde semble la maitriser jusqu’à ce que la menaçante planète « Melancholia » n’inverse les rôles, cette planète miroir allégorique des tourments de Justine provoquant chez tous cette peur qui l’étreint constamment, et la rassurant quand elle effraie les autres pour qui, jusque là, sa propre mélancolie était incompréhensible. Melancholia, c’est aussi le titre d’un poème de Théophile Gautier et d’un autre de Victor Hugo (extrait des « Contemplations ») et le titre que Sartre voulait initialement donner à « La nausée », en référence à une gravure de Dürer dont c’est également le titre. Le film de Lars von Trier est la transposition visuelle de tout cela, ce romantisme désenchanté et cruel. C’est aussi un poème vertigineux, une peinture éblouissante, un opéra tragiquement romantique, bref une œuvre d’art à part entière. Un tableau cruel d’un monde qui se meurt ( dont la première partie fait penser à « Festen » de Vinterberg) dans lequel rien n’échappe au regard acéré du cinéaste : ni la lâcheté, ni la misanthropie, et encore moins la tristesse incurable, la solitude glaçante face à cette « Mélancholia », planète vorace et assassine, comme l’est la mélancolie dévorante de Justine. Lars von Trier parvient de surcroît à instaurer un véritable suspense qui s’achève par une scène redoutablement tragique d’une beauté saisissante aussi sombre que poignante et captivante qui, à elle seule, aurait justifié une palme d’or. Un film inclassable, qui mêle les genres, à contre-courant, à la fois pessimiste et éblouissant, l’histoire d’une héroïne incapable d’être heureuse dans une époque qui galvaude cet état précieux et rare avec cette expression exaspérante « que du bonheur ». Le jury en a d’ailleurs semble-t-il débattu. Ainsi, selon Olivier Assayas, lors de la conférence de presse du jury : « En ce qui me concerne, c’est un de ses meilleurs films. Je pense que c’est un grand film. Je pense que nous sommes tous d’’accord pour condamner ce qui a été dit dans la conférence de presse. C’est une œuvre d’art accomplie. » Kirsten Dunst incarne la mélancolie à la perfection dans un rôle écrit au départ pour Penelope Cruz. Lui attribuer le prix d’interprétation féminine était sans doute une manière judicieuse pour le jury de récompenser le film sans l’associer directement au cinéaste et à ses propos, lequel cinéaste permet pour la troisième fois à une de ses comédiennes d’obtenir le prix d’interprétation cannois.
Quel casse-tête d’ailleurs que ce palmarès sans doute pour le jury qui, certainement, a dû répondre à cette question : qu’est-ce qu’une œuvre de cinéma ? Evidemment pas forcément le film le plus évident, le plus accessible. Au contraire, peut-être le plus impalpable ? Et à celle-ci : qu’est-ce qu’une palme d’or ? Un film avec une portée sociale, politique, philosophique ? Un film intemporel ? Un film qui exprime une idée ou une situation complexe avec simplicité ? Un film à la réalisation complexe qui exprime une idée simple ? Un film qui échappe à toute catégorisation ? Un film qui porte l’art cinématographique et chacune de ses composantes à son paroxysme ? Un film qui nous transporte, nous éblouit, nous émeut ? Un film qui nous questionne ? Un film qui nous apporte des réponses ? Comment comparer « The Artist » à « The tree of life », « Michael » à « Habemus Papam » ? Comment décider que l’un mérité la récompense suprême et non l’autre ?
Lors de la conférence de presse du jury Robert de Niro a ainsi expliqué le choix du jury pour la palme d’or décernée à « The Tree of life » : « La plupart d’entre nous avons senti que c’était LE film, que cela avait la grandeur, l’ampleur, l’importance, l’impact, les intentions qui semblaient correspondre à la palme d’or ». Le jury se démarque ainsi des palmes plus politiques ou sociales de ces dernières années, avec un palmarès équilibré et éclectique (peut-être aussi plus consensuel) à l’image de l’édition 2011 qui, cette année, a réuni tous les genres, tous les styles, tous les tons faisant de cette sélection cannoise 2011 une radiographie magistrale de la diversité, de l’inventivité du cinéma mondial (et par ailleurs de la vitalité du cinéma français). Un cinéma qui s’est beaucoup intéressé à l’enfance meurtrie, au corps malmené, à l’infiniment grand et à l’infiniment petit, à la politique, mais qui, d’une manière ou d’une autre, a fait surgir la « grâce », l’espoir ou la générosité. Une sélection avec un record de films teintés de comédie après une sélection 2010 dont l’âpreté reflétait celle de la crise.
Difficile sans doute pour le jury de ne pas primer « The Artist » de Michel Hazanavicus, film muet en noir et blanc, si différent des films habituellement primés à Cannes, passé à la dernière minute de hors compétition à la compétition. D’autant plus difficile de ne pas primer ce film qu’il s’agit un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice…et donc d’une certaine manière à Cannes. Film éblouissant, réjouissant, émouvant qui convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Déclaration d’amour au cinéma qui ressemble à tant de films du passé et à aucun autre film contemporain dont la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, Michel Hazanavicius a revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Film burlesque, inventif, malin et touchant. Parce que l’émotion n’est pas ce qui prime pour une palme d’or (mais qu’est-ce qui prime pour une œuvre, vaste question…), le jury a choisi de récompenser l’acteur qui l’incarne, cet « artiste » auquel le film est un hommage. Une récompense méritée et qui consacre une carrière construite pas-à-pas et qui n’en est sans doute qu’à ses débuts (on évoque maintenant une sélection aux prochains Oscars. Allez, je prends d’ores et déjà le pari non seulement d’une sélection mais aussi d’un Oscar à la clé ).
Sans doute le choix pour le jury du prix d’interprétation masculine a-t-il été cornélien, Sean Penn métamorphosé, transfiguré dans le film de Paolo Sorrentino, "This must be the place", étant réellement exceptionnel ! Robert De Niro a ainsi déclaré lors de la conférence de presse du jury : «« J’ai beaucoup aimé le film de Sorrentino, je pense que Sean Penn est exceptionnel dans ce film ». Le film de Sorrentino est ainsi le grand absent de ce palmarès même s’il a reçu le prix du jury œcuménique. Beaucoup de spectateurs ont été décontenancés par le mélange de genres dans l’histoire de ce chanteur de rock déchu, à la fois pathétique, touchant, ridicule, flamboyant, décalé, qui dans la deuxième partie part à la recherche d’un ancien tortionnaire nazi puis qui se transforme en parcours initiatique. La photographie ( qui fait penser aux peintures de Hopper), l’interprétation, la bande originale, le ton faisaient de ce film un de mes coups de cœur de cette édition 2011 et un prétendant idéal au prix du jury attribué à « Polisse » , le bel hommage de Maïwenn aux policiers de la BPM, à leur dévorant métier et leur dévouement, un constat effroyable sur la noirceur humaine dont la fin est bouleversante de beauté tragique, ces deux corps qui s’élancent, et font éclater ou taire la vérité, inadmissible, naitre l’espoir ou mourir de désespoir. Un film agaçant, intense, marquant, bouleversant, parfois même (sombrement) drôle.
Si de nombreux habitués étaient en sélection cette année : Moretti, Bilge Ceylan, Almodovar, les Dardenne, Kaurismaki… ils ont une nouvelle fois réussi à me surprendre. Almodovar avec son film le plus sombre, le plus inquiétant, horriblement fascinant, au scénario et à la mise en scène ciselés au scalpel, incroyablement maîtrisé, qui lui aussi mélange les genres avec une habileté déconcertante, se renouvèle sans renier ses thématiques habituelles. Les Dardenne, couronnés du Grand prix pour leur « Gamin au vélo » au contraire avec leur film visuellement le plus lumineux, aussi le plus populaire (pas mon préféré mais où leur direction d’acteur est une nouvelle fois remarquable), un film enragé, énergique, puissant, tendre et lucide qui a la force et la beauté sombre d’un concerto de Beethoven et une puissance, une émotion indéniables et qui n’enlèvent rien à la pudeur caractéristique du cinéma des Dardenne qui ont peut-être frôlé une troisième palme d’or…
Autre oublié du palmarès : « Michael » le premier film de Markus Schleinzer sur « les cinq derniers mois de la vie commune forcée d’un garçon de dix ans avec un homme de 35 ans », et qui dresse de cet homme un portrait affreusement normal, effroyablement quelconque, mais surtout sans aucun sensationnalisme, et qui aurait mérité là aussi un prix du jury. Un film fortement influencé par le cinéma de Haneke avec qui il a longtemps travaillé. Souhaitons-lui le même parcours…
Oublié également le film de Moretti, "Habemus papam", qui aurait mérité un prix du scénario, mon fou rire du festival, dont Robert de Niro a dit en conférence de presse : « Michel Piccoli est remarquable, Nani Moretti est exceptionnel. Tout est exceptionnel. Encore une fois nos décisions ont été difficiles à prendre. Il faut bien faire des choix, cela n’enlève rien aux films qui n’ont pas eu de prix. »
Je ne me prononcerai pas sur le prix de la mise en scène attribué à Nicolas Winding Refn pour « Drive » ni sur le grand prix ex-æquo reçu par Nuri Bilge Ceylan n’ayant vu ni l’un ni l’autre… même si j’aurais préféré que le prix de la mise en scène soit dévolu à Almodovar qui, cette année encore, passera à côté de la palme d’or, et même du palmarès après son sublime « Etreintes brisées » il y a deux ans qui, déjà, n’avait rien obtenu.
Le prix du scénario est revenu à la comédie maligne de Joseph Cedar « Footnote », un prix justifié pour une comédie israélienne ET universelle.
Dans les autres sélections, j’aurais eu deux coups de cœur : le premier c’est «La guerre est déclarée » de Valérie Donzelli, projeté en ouverture de la Semaine de la Critique. Une déclaration de guerre mais surtout d’amour. Un hymne à la vie, au courage, à la fugacité du bonheur, un film plein de douce fantaisie, avec une inspiration toujours très truffaldienne, et jamais mièvre. Mon autre coup de cœur dans les sections parallèles, c’est « Elena » (qui a reçu le prix spécial du jury Un Certain Regard), troisième long-métrage d’Andreï Zvianguintsev après « Le Retour » et « Le Bannissement », un film à la fois glacial, beau et cruel.
J’aurais vu moins de films sans doute cette année, mais dégusté chacun d’entre eux et chaque moment de ces 11 jours palpitants et pas seulement dans les salles de cinéma. De ce festival qui a tenu ses belles promesses, je retiendrai : un petit-déjeuner sur le toit du palais des festivals accueillis par un Thierry Frémaux toujours aussi enthousiaste, de magnifiques rencontres, l’énergie électrique de Keziah Jones, la musique envoûtante de Craig Armstrong, l’envie viscérale d’écrire qui l’emporte toujours, la frustration de ne pas en avoir toujours eu le temps, les étranges étreintes entre passé et présent (pas seulement dans le film de Woody Allen), le redoutable silence après la frénésie, des discussions à refaire le monde-souvent celui du cinéma- à n’en plus finir à des heures indues et dans des lieux improbables, des soirées sur la plage et notamment à se souvenir des belles choses, des ombres parallèles et toujours mystérieuses, une actualité qui dépassait la fiction , des conférences de presse passionnantes, des amitiés (parfois étrangement) indéfectibles, un bouleversant hommage à Jean-Paul Belmondo et une dernière soirée qui s’est achevée dans un restaurant à la table à côté de celle de Kirsten Dunst, évadée du film et du dîner de clôture, la réalité rejoignant une dernière fois la fiction, une dernière soirée à se dire si seulement la vie pouvait être toujours ce vertige étourdissant, et à rêver qu’elle puisse l’être. Et puis des images de cinéma, tant d’images de cinéma à l’aimer plus que jamais à la folie…qu’elles soient en couleur ou en noir et blanc, étourdissantes, fascinantes, terrifiantes, lumineuses, réalistes, poignantes, poétiques comme elles l’ont été tour à tour dans les films de cette édition 2011 qui resteront gravées dans ma mémoire, même un peu endolorie par un tel festival visuel, se mêlant à celles de mon étrange réalité.
Merci à France 3 pour sa mise en avant dans le documentaire « Cannes à l’envers » diffusé le soir de la clôture, à France info pour l’interview, à 20 minutes et à Orange pour la reprise de mes articles et vous pouvez encore me retrouver dans le documentaire « Tous critiques ? » (réalisé à l’occasion des 50 ans de la Semaine de la Critique) le 5 juin à 14H30 et le 11 juin à 19H45 sur ciné cinéma club. Merci à la Terrazza Martini, au restaurant de la plage Gray d’Albion, à ADR prod et au palais des festivals pour ce sympathique petit-déjeuner sur le toit du monde du cinéma.
Nous ne connaissons exceptionnellement pas encore les dates du Festival de Cannes 2012 (vraisemblablement à cause des élections) mais vous pourrez bien entendu les retrouver ici dès que ce sera le cas, ainsi que toutes les informations sur le Festival de Cannes 2012, et bientôt de nouvelles critiques de cette édition 2011. Je vous donne également rendez-vous sur In the mood for cinema pour de prochaines pérégrinations festivalières (Paris Cinéma et peut-être Cabourg, mais aussi Dinard et le Festival de Cinéma des Antipodes) et évidemment, comme chaque année, sur In the mood for Deauville pour le Festival du Cinéma Américain de Deauville au sujet duquel vous pourrez bientôt retrouver de nombreuses informations sur mes différents blogs. Pour ceux qui m’ont suivie en direct sur twitter, retrouvez-moi sur mon autre compte quotidien (@moodforcinema) mais aussi sur mon compte consacré à Deauville (@moodfdeauville ).
21:54 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans CLOTURE 2011, EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08.05.2011
Edito : Festival de Cannes 2011, j-3 : un enthousiasme lucide et revendiqué
Dans trois jours débutera le 64ème Festival de Cannes. Pour moi, ce sera le 11ème. Déjà. Enfin. Je l’aborde avec le même enthousiasme que l’année où le prix de la jeunesse m’avait permis d’être accréditée au Festival de Cannes pour la première fois (un concours qui existe toujours et que je vous recommande si vous rêvez de partir au festival, si vous avez l’âge requis et si écrire des lettres et critiques passionnées sur le 7ème art vous motive) n’imaginant pas alors que j’y retournerais accréditée chaque année et y vivrais tant de moments intenses, et que la vie y passerait chaque fois « comme un rêve », pour paraphraser le titre du livre de Gilles Jacob (que je vous recommande d’ailleurs).
Un enthousiasme lucide et revendiqué. Lucide parce que, de ce festival, je connais les travers, les excès, les parures d’orgueil que revêtissent ainsi ceux qui s’y donnent l’illusion d’exister, les semblants d’amitiés piétinés sans vergogne pour grimper dans l’échelle de la vanité, les personnalités qui se révèlent, tristement parfois dans ce théâtre des apparences. Lucide, parce que je sais que la hiérarchie festivalière, sans doute parfois inique, exacerbe les rancœurs de ceux qui sont en bas et la vanité de ceux qui sont en haut qui croient y déceler là un signe de leur supériorité, et qui oublient que, au bout de dix jours, l’égalité et la réalité reprendront leurs droits. Lucide parce que je les connais les Dorian Gray, Georges Duroy, Rastignac, Lucien de Rubempré (de pacotille). Lucide parce que je connais la célérité avec laquelle Cannes passe de l’adoration à la haine. Lucide parce que je connais le pathétique acharnement de certains pour paraître cyniques, désabusés, blasés, désinvoltes, las. Lucide parce que je sais que Cannes peut se révéler un véritable terrain de guerre où chacun ne lutte que pour son intérêt, et qui révèle les veuleries de certains. Lucide parce que je connais la violente versatilité de la Croisette, sa capacité à déifier puis piétiner, avec la même pseudo-conviction et force.
Revendiqué parce que Cannes reste un bonheur inégalé de cinéphile, la plus belle et fascinante fenêtre ouverte sur le cinéma. Et sur le monde. Un monde dont ce festival met en lumière les ombres et les blessures alors que, n’étant pas à un paradoxe près, il nous en tient tellement éloignés. Cannes, cet ailleurs proche qui abolit les frontières entre fiction et réalité. Qui vous fait tout oublier, même que cela ne dure qu’un temps. Un tourbillon de vie et de 24 images par seconde. Une danse enivrante qui vous grise de soleil, d’émotions, de cinéma, pour ceux qui comme moi, s’en contentent. Et parfois d’illusions. Une bulle d'irréalité où les émotions, les joies réelles et cinématographiques, si disproportionnées, procurent un sentiment d'éternité fugace et déroutant.
Revendiqué parce qu’il y a là celui qui, de toute façon, sortira vainqueur et qui vous fait oublier tout le reste: le cinéma presque dissimulé derrière tous ceux qui font le leur, le cinéma si multiple, si surprenant, si audacieux, si magique, là plus qu'ailleurs. D'ailleurs, à Cannes, tout est plus qu'ailleurs. Les émotions, donc. Le soleil. Les solitudes qui se grisent et s'égarent et se noient dans la multitude. Les soirées sans fin, sans faim à force d'être enchaînées pour certains. La foule impérieuse du festival qui, mieux que nulle autre, sait être passionnément exaltée et aussi impitoyable avec la même incoercible exaltation.
Revendiqué parce que j’y ai accumulé tant de souvenirs, parfois inénarrables, parce que c’est un rendez-vous de cinéma et d’amitiés cinéphiles auquel certains sont fidèles, comme moi, depuis 11 ans.
Revendiqué parce que je serai toujours plus une « éblouie » du cinéma qu’une « critique » (je ne me considère d’ailleurs pas comme telle). J’emploie les termes à dessein. Ceux des titres de deux documentaires signés des mêmes auteurs. J’aurais dû être dans le premier, je suis finalement dans le second, diffusé la veille de la clôture du festival (puis à de nombreuses reprises, je vous donnerai les dates). Ce documentaire s’intitule « Tous critiques ? »*(voir détails sur la diffusion en bas de cet article), le point d’interrogation me convient parfaitement. J’entends déjà les reproches de ceux pour qui c’est une fin en soi mais peut-on vraiment rêver et avoir pour ambition d’être critique, de vivre d’un travail qui consiste à critiquer celui des autres ? De défendre une passion viscérale, d’analyser, d’expliquer, voire de vulgariser, de vivre au rythme de cette passion en revanche oui. C’est mon parti pris, assumé et revendiqué. J’aurai d’ailleurs toujours plus d’admiration pour le plus mauvais des réalisateurs (qui, forcément s’expose et prend des « risques », relatifs certes) que pour le meilleur (pour moi synonyme de passionné, heureusement il y en a encore quelques uns) des critiques. Il se peut aussi que vous me voyiez dans un autre documentaire diffusé le lendemain, sur une autre chaine, mais je vous en dirai plus le moment venu.
Alors, oui, j’y vais avec enthousiasme, le même que cette première fois où je découvrais, fascinée, intimidée, le vertigineux et mythique théâtre Lumière, ses rituels dérisoires et sublimes, cette première fois où je gravissais les tout aussi mythiques marches tant de fois arpentées depuis. Un festival qui présente la particularité d’être un film en soi. Un film à rebondissements. Passionnant. Palpitant même, comme un film d'Hitchcock (mais je n'irai pas jusqu'à dire que la palme n'est un MacGuffin, sa portée qu'elle soit politique, symbolique, cinématographique et parfois commerciale, est réelle ). Souvent aussi fantaisiste qu’un film de Fellini. Un spectacle tantôt admirable, tantôt pathétique, tantôt réjouissant, tantôt consternant, parfois tout en même temps.
C’est le cœur battant que j’attends le rendez-vous de cette 64ème édition dont le programme s’annonce exceptionnel ! Une compétition qui aura rarement été aussi éclectique et prometteuse de suspense : premiers films et films d’auteurs confirmés ou d’habitués, (cela sonne comme un reproche pour certains, mais comment refuser un film d’Almodovar ou des Dardenne ? Dans la sélection on retrouve ainsi des « habitués » déjà primés par le festival : Lars von Trier avec « Melancholia », les frères Dardenne avec « le Gamin au vélo » - dont la bande-annonce me donne déjà des frissons- ou encore Nanni Moretti pour « Habemus Papam », Pedro Almodovar avec « La Piel que habito »), film d’action, film muet… Cannes s’annonce plus que jamais comme le miroir de la diversité et de la richesse cinématographiques et comme un festival qui « permet aux œuvres non formatées de s’exprimer » comme l’a rappelé Gilles Jacob en conférence de presse de sélection. (Retrouvez mes présentations détaillées de tous les films de la compétition, en cliquant ici, en attendant mes critiques).
Côté films français, on retrouvera en compétition Alain Cavalier avec Pater ; Maïwenn avec Polisse, son troisième film et le premier présenté à Cannes et Bertrand Bonnello avec Apollonide – souvenirs de la maison close sans oublier « The artist » de Michel Hazanavicius, film muet avec Jean Dujardin qui vient de passer de hors compétition à la section compétition. Autre aspect remarquable de cette sélection 4 femmes seront cette année en compétition (aucune l’an passé) : Lynne Ramsay, Naomi Kawase, Maïwenn, Julia Leigh.
Cannes, ce sont aussi les indissociables montées des marches qui cette année promettent d’être prestigieuses avec le film d’ouverture d’abord mais aussi avec « Pirates des caraïbes : la fontaine de Jouvence » qui donnera l’occasion à Penelope Cruz et à Johnny Depp de monter les marches, ou encore avec « The Tree of life » pour lequel Brad Pitt montera les marches, ainsi que vraisemblablement Angelina Jolie et Sean Penn. Sean Penn, absent l’an passé malgré un film en compétition, devrait ainsi revenir cette année avec deux films en sélection (celui de Terrence Malick et celui de Paolo Sorrentino).
Un programme encore une fois diversifié et de qualité également dans la section Un certain regard qui accueillera cette année Gus Van Sant, Robert Guédiguian, Bruno Dumont, Hong Sangsoo, Kim Ki-Duk…
Un festival qui est aussi et plus que jamais un diplomate (il suffit de regarder les dernières palmes d’or pour s’en convaincre), un acteur politique, l’ambassadeur des drames et des injustices, des cris de douleur ou d’aspiration à la liberté comme le prouve cette innovation de mettre un pays à l’honneur, cette année l’Egypte, comme le prouve la sélection (hier) de Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof . Si la palme d’or continue à être en phase avec l’actualité alors le film de Naomi Kawase pourrait avoir toutes ses chances comme un signe de solidarité envers le Japon meurtri …à moins qu’un film comme « The Artist » ne crée la surprise. Quel suspense ! Pedro Almodovar aura-t-il enfin cette palme d’or qu’il convoite tant ? La surprise pourrait-elle venir d’un premier film ? L’actualité sera-t-elle à nouveau à l’honneur dans la lancée des précédentes palmes d’or, procurant encore une fois un écho politique à ce prix prestigieux ? Le grand favori « The Tree of life » pourrait-il repartir bredouille ? Sean Penn pourrait-il avoir de nouveau le prix d’interprétation ? Ou un acteur des frères Dardenne ? Un film français trois ans après « Entre les murs » de Laurent Cantet, pourrait-il se voir décerner la palme d’or ? Nuri Bilge Ceylan nous épatera-t-il encore avec sa mise en scène et sera-t-il à nouveau au palmarès ? La « Melancholia » de Lars von Trier sera-t-il le choc de cette édition à l’image de son « Antechrist », il y a deux ans ? Thierry Frémaux a, en tout cas, annoncé une « sélection d’une tonalité moins sombre cette année » après une sélection 2010 en-deçà de celle des années précédentes et, il est vrai, particulièrement sombre.
Pour moi, si j’arrive à l’heure, cela pourrait commencer ce mercredi soir avec Woody Allen et son « Minuit à Paris », et la remise de la palme d’or d’honneur (nouvelle innovation de cette édition qui n’en est décidément pas avare) à Bertolucci… En attendant, vous pouvez toujours retrouver mon dossier spécial consacré à Woody Allen, ici.
Une édition qui s’annonce aussi à l’image de son affiche : glamour, élégante, mystérieuse. Une édition que je me réjouis de vous faire vivre et rêver. Comme chaque année, je privilégierai la compétition, mais je ne manquerai pas non plus certains évènements comme la projection de « La Conquête » de Xavier Durringer, l’hommage à Jean-Paul Belmondo (le 17 mai, avec la première du documentaire de Vincent Perrot et Jeff Domenech « Belmondo, Itinéraire… » ). Je ne manquerai pas non plus la projection de la copie restaurée des « Enfants du Paradis » de Marcel Carné, émotion garantie, sans doute à l’image de la projection de la copie restaurée du «Guépard » de Visconti l’année dernière. J’irai également à la projection du «Sauvage » en présence de Catherine Deneuve (à cette occasion, retrouvez le récit de ma rencontre avec cette dernière, ici) et Jean-Paul Rappeneau et à la leçon d’acteur de Malcom McDowell, le 20 mai. J’essaierai aussi de voir quelques films des sections parallèles et notamment le film d’ouverture de la Semaine de la Critique « La guerre est déclarée » de Valérie Donzelli ou encore le film d’André Téchiné à la Quinzaine des Réalisateurs. Je vous ferai vivre aussi quelques soirées (mon programme est déjà bien riche aussi dans ce domaine, je vous promets encore plus d’évènements que les autres années mais il faudra là aussi faire des choix).
Vous pourrez me suivre bien sûr sur http://www.inthemoodforcannes.com , sur http://www.inthemoodforcinema.com , sur twitter (http://twitter.com/moodforcannes ), sur la page Facebook d’Inthemoodforcannes (http://facebook.com/inthemoodforcannes, sur le site évènementiel Orange dont ce blog est partenaire (je vous en reparle et vous donne l’adresse très vite), sur le blog spécial Cannes de 20minutes.fr dont ce blog est également partenaire. (je vous donne bientôt l’adresse exacte).
Alors rendez-vous ce 11 mai (au plus tard, le 12 au matinà pour mon premier compte rendu en direct de Cannes. Et n’oubliez pas tout ce qui compte : plongez « in the mood for cinema » et « for Cannes » sans modération et « Viva il cinema ! ».
*Le documentaire "Tous critiques" réalisé par Julien Sauvadon et Jean-Jacques Bernard sera diffusé le samedi 14 mai à 15h50 sur France 3 Méditerranée et France 3 Côte d'Azur ; le samedi 21 mai à 15h50 sur France 3 Rhône-Alpes ; et sur Ciné Cinéma Club à partir du 21 mai (samedi 21 mai à 21H45 ; dimanche 22 mai à 15H05 ; mercredi 25 mai à 12H35 ; lundi 30 mai à 12H35 ; dimanche 5 juin à 14H30 ; samedi 11 juin à 19H45).
15:23 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX, IN THE MOOD FOR NEWS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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07.06.2010
Festival de Cannes 2010, 15 jours après : mon bilan
Dans l'actualité, les images de Cannes ont déjà été évincées par un flot carnassier d'informations, mais elles sont toujours bien vivaces dans ma mémoire. 15 jours au moins étaient nécessaires pour distinguer avec recul cette tornade émotionnelle et cinématographique, pour se dégriser (à peine)...Ne vous méprenez pas: contrairement à beaucoup d'autres, je ne me suis grisée que de cinéma, d'émotions, de fêtes, d'écriture, de rêves et de soleil. Cocktail déjà bien assez enivrant. Dix ans après mon premier festival de Cannes, Cannes, ville « qui ne dort jamais » comme l'a si bien dit Kristin Scott-Thomas lors de l'ouverture, ne cessera jamais de m'éblouir, me fasciner, m'enchanter, me surprendre, m'embarquer dans un ailleurs à la fois si proche et exotique qui fait perdre toute notion du temps et de réalité, et qui parfois, aussi, m'exaspère. Concentré de vie, de cinéma et d'orgueils. Tout est disproportionné dans les joyeux excès comme dans les plus pathétiques. Une frénésie parfois réjouissante, parfois périlleuse pour ceux qui noient et oublient l'essentiel dans cette vaine course contre le temps, à l'amnésie de son écoulement, forcément temporaire, à l'ivresse et à l'information.
Eternel paradoxe cannois, et cette année plus que jamais : la vie y est tellement cinématographique, étincelante, quand le cinéma se fait lui le reflet de la réalité. Souvent sombre, désespérée. Jours et nuits, cinéma et réalité se succèdent sans réelle frontière vous faisant oublier que ce film-là aussi doit avoir une fin. Alors c'est l'étrange silence après le si doux et grisant tumulte. Après il faut bien réaliser que la vie ne peut ressembler toujours à du cinéma quoique...je m'y emploie.
Cette année plus que jamais, j'ai eu le grand plaisir de pouvoir partager ma passion sur inthemoodforcinema.com et sur inthemoodforcannes.com mais aussi sur 20minutes.fr , sur l'appli iphone d'Orange au quotidien, sur M6, sur touscoprod.com, sur Pure Channel, sur France Bleu... et j'en profite pour remercier ces différents médias sur lesquels j'ai pu m'exprimer mais aussi Pascale pour son soutien dithyrambique ou encore Alexandra d'Hautetfort pour son précieux soutien. J'en profite enfin pour remercier ceux qui ont commenté avec assiduité sur mes blogs comme Fred en regrettant de n'avoir pas eu le temps de répondre à tous et au fur et à mesure.
15jours après tellement d'images encore : de belles rencontres, des retrouvailles parfois trop furtives et/ou agréablement insaisissables, des soirées surréalistes du VIP room au Baron, de la plage Orange à la plage Martini, de la plage Majestic à la plage Chérie chéri (merci également à ADR prod) au patio Canal+.
Et puis bien évidemment, surtout, tant d'images de cinéma. Le plus beau souvenir restera sans doute pour moi la projection du « Guépard » en présence d'Alain Delon, Claudia Cardinale et Martin Scorsese et cette étrange, émouvante résonance entre le sujet du film, celui de la déliquescence d'un monde, et le présent pour ses protagonistes. Un chef d'œuvre inégalé qui n'a rien perdu de sa beauté majestueuse, nostalgique et saisissante. Un très grand moment que de revoir ce film à Cannes, 47 ans après sa palme d'or, parmi une assistance prestigieuse.
Ensuite, il y a eu le plaisir d'interviewer Bernard Blancan, un des protagonistes de « Hors-la-loi », pourtant prix d'interprétation du Festival de Cannes 2006 au même titre que les autres et complètement exclu de la promotion du film. Eternelle et injuste valse des vanités cannoises qui se grise elle aussi mais d'éphémère, de futile, de faux-semblants.
Et puis tant d'autres moments : la présentation de « Stones in Exile » par Mick Jagger, le vent d'air frais qu'a fait souffler Isabelle Huppert dans « Copacabana », le romanesque « La Princesse de Montpensier », Juliette Binoche émouvante et éblouissante dans « Copie conforme » et sur scène lors de la clôture, le concert de Charlie Winston, la si touchante « Tournée » de Mathieu Amalric, le bouleversant « Des Hommes et des Dieux » de Xavier Beauvois, l'incroyable Lesley Manville dans « Another year » de Stephen Frears », le pudique et poignant « The tree » de Julie Bertucelli...
Certes, cette année et pour la première fois en dix ans de festival, je n'ai pas eu de réel coup de cœur cinématographique comme l'an passé avec les films d'Almodovar, Tarantino, Haneke, Ghobadi, Audiard... Difficile de rivaliser avec l'édition 2009 qui pour tant de raisons fut tellement inoubliable pour moi mais Cannes reste la plus grande et riche vitrine du cinéma mondial, un voyage fabuleux, sans cesse surprenant, parfois dérangeant, et malgré tout exaltant dans les cinématographies du monde et dans les sursauts de l'Histoire contemporaine et passée. Le cinéma, à l'image du monde que Cannes a reflété cette année, suffoque, nous parle beaucoup de deuil, de pauvreté, de désespoir, de perte de repères, d'oubli du réel dans la virtualité et cherche une lueur d'espoir et d'humanité en se repliant sur la cellule familiale.
Un manège réel et cinématographique étourdissant dont je reviens avec cette envie délicieusement rageuse d'écrire et de voir des films, de partager avec vous mon enthousiasme surtout, parfois ma perplexité ou mon agacement, de me laisser étonner, déranger, dérouter, embarquer dans d'autres (ir)réalités encore et plus que jamais...
Vous trouverez ci-dessous les liens vers mes articles sur mes meilleurs moments de ce Festival de Cannes 2010 et sur les films que je vous recommande.
Prochains grands rendez-vous : le Festival Paris Cinéma dont je ferai partie du jury des 7 blogueurs et évidemment l'incontournable Festival du Cinéma Américain de Deauville et beaucoup de surprises et d'avant-premières, à Paris et ailleurs. Et évidemment, le Festival de Cannes 2011, du 11 au 22 mai !
Ouverture du 63ème Festival de Cannes: une édition ouverte sur l'éternité
"Robin des bois" de Ridley Scott: Russell Crowe décoche la flèche d'ouverture
"Tournée" de Mathieu Amalric: la beauté des âmes dénudées
Critique du "Guépard" de Luchino Visconti (sélection Cannes Classics)
"Le Guépard" 47 ans après (vidéos de Martin Scorsese, Alain Delon, Claudia Cardinale)
Critique d' "Another year" de Mike Leigh
"You will meet a tall dark stranger" de Woody Allen
Critique de "La Princesse de Montpensier" de Bertrand Tavernier
"Film Socialisme" de Jean-Luc Godard (Critique) (Un Certain Regard)
Critique et vidéos de présentation du film: "Des Hommes et des dieux" de Xavier Beauvois
Inthemoodforcannes au jt de M6
"Copie conforme" d'Abbas Kiarostami- Critique
"Poetry" de Lee Chang-dong - Critique
Mick Jagger présente "Stones in exile" (vidéos)
Concert de Charlie Winston au vip room
Critique de "Fair game" de Doug Liman
Conférence de presse de l'équipe du film "Carlos" d'Olivier Assayas
Critique de "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb
Conférence de presse de "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb
Dans les coulisses du Grand Journal à Cannes (concert de Gossip et équipe de "Hors-la-loi")
Demain: le palmarès du Festival de Cannes 2010 (le cinéma français à l'honneur?)
Palmarès complet et commenté du Festival de Cannes 2010 et images de la clôture
Critique de "L'Autre monde" de Gilles Marchand (séance spéciale- sélection officielle)
Critique de "The tree" de Julie Bertucelli (Film de clôture)
Critique de "Biutiful" d'Alejandro Gonzalez Inarritu
Conférence de presse de "La nostra vita" de Daniele Luchetti
19:41 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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11.05.2010
Festival de Cannes 2010, 63ème édition: 10 ans déjà!
10 ans. 10 ans déjà que chaque année, au mois de mai, je plonge sans modération « in the mood for Cannes », dans l'incandescente effervescence du plus grand festival de cinéma au monde, dans un bain voluptueux de cinéma. 10 ans depuis que le concours du prix de la jeunesse m'avait permis de fouler pour la première fois les célèbres marches et depuis pas une année n'a dérogé à la règle. La lassitude que certains festivaliers s'acharnent à feindre ne m'a pas encore atteinte : j'y vais cette année avec plus d'enthousiasme que jamais, avec le souvenir encore vivace de l'émotion qui m'avait étreinte la première fois que j'étais entrée dans le Grand Théâtre Lumière, antre du cinéma, de sa mythologie et de mes rêves d'enfance.
J'éprouve plus que jamais une curiosité inextinguible pour le cinéma et la vie qui s'y entremêlent, s'y défient et entrechoquent bien que (ou parce que) connaissant cette atmosphère étrange où on adore comme on abhorre. Cannes si versatile et éclectique. Cannes prompt à magnifier ou détruire. A déifier ou piétiner. Cannes où des rêves achoppent, où des illusions se brisent, où des projets s'esquissent, où des carrières s'envolent, où des films vous éblouissent, où des cinéastes émergent, se révèlent au monde, nous révèlent un monde. Le leur. Le nôtre. Cannes et sa palme. D'or et de bruit et de lumières. Tonitruante, retentissante, scintillante. Cannes aux intentions pacifistes, aux débats presque belliqueux. Cannes paradoxale. Multiple et unique. Lumineuse et violente, aussi, parfois !
Cannes, cet endroit mythique où le cinéma est omniprésent, omniscient, omnipotent même. La fête du cinéma. De tous les cinémas. Des cinémas du monde entier. Le miroir grossissant et informant du monde, déroutant parfois aussi. Le reflet de ses colères, de ses blessures, de sa poésie. Cannes qui brandit le poing comme Pialat. Cannes qui embrasse, complimente et encense comme Benigni. Qui émeut aussi, violemment même parfois. Cannes, tourbillon de la vie, envoûtant comme la voix de Jeanne Moreau. Tourbillon de cinéma aussi, évidemment. Cannes et ses rituels, sublimes et parfois ridicules, futiles et nécessaires, dérisoires et essentiels.
Cannes, c'est pour moi cette bulle d'irréalité où les émotions, les joies réelles et cinématographiques, si disproportionnées, procurent un sentiment d'éternité fugace et déroutant. Cannes, c'est aussi une Croisette insolemment insomniaque où se frôle, se heurte une faune inénarrable et volubile, une foule bigarrée aux déambulations unanimes. Cannes, c'est ce va-et-vient incessant de festivaliers exaltés, harassés, excessifs, cyniques, désinvoltes, las, aveugles et sourds à tout ce qui se déroule hors les murs de la Croisette.
Cannes, cet animal sauvage palmé, mystérieux et indomptable, qui en a perdu certains et tant à force de les éblouir, les fasciner, les aliéner. Jeu dangereux avec lequel, là plus qu'ailleurs, les personnalités peuvent prendre des reflets changeants, finalement éclairants, révélant le portrait de Dorian Gray en chacun.
Cannes et sa frénésie : de fêtes, de bruit, de rumeurs, de scandales, de cinéma, surtout, malgré tout. Cannes effervescente qui s'enivre de murmures, qui se grise de lumières éphémères, qui s'en étourdit oubliant presque celles du Septième Art. Cannes magique, insaisissable. Cannes versatile. Cannes excessive. Cannes qui ne connaît pas la demi-mesure dans la majesté comme dans la brutalité, dans le rêve comme dans le cauchemar, mais c'est aussi ce qui rend ce festival irrésistible et unique.
Et puis évidemment on aurait presque tendance à l'oublier: il y a aussi le cinéma presque dissimulé derrière tous ceux qui font le leur, le cinéma si multiple, si surprenant, si audacieux, si magique encore et plus que jamais, à Cannes, plus qu'ailleurs. D'ailleurs, à Cannes, tout est plus qu'ailleurs. Les émotions. Le soleil. Les solitudes qui se grisent et s'égarent et se noient dans la multitude. Les soirées sans fin, sans faim à force d'être enchaînées pour certains. La foule si pressée et atypique du festival qui, mieux que nulle autre, sait être passionnément exaltée et aussi impitoyable avec la même incoercible exaltation.
Cannes, aussi, surtout, le plus grand festival de cinéma au monde que j'aime passionnément, où j'ai tant de souvenirs inénarrables et inoubliables : j'y ai ainsi découvert des cinéastes comme Alexandre Sokourov, Nuri Bilge Ceylan, Park Chan-wook, Paolo Sorrentino, James Gray, Fatih Akin et tant d'autres ; j'y ai vécu des instants de cinéma uniques comme les projections d' « Elephant » de Gus Van Sant, de « L'enfant » des frères Dardenne, du « Pianiste » de Roman Polanski, d' « Entre les murs » de Laurent Cantet, dans le vertigineux Grand Théâtre Lumière ; j'y ai assisté à la si émouvante cérémonie des 60 ans du festival ; j'y ai assisté aux passionnantes leçons de cinéma de Catherine Deneuve, de Martin Scorsese et de Quentin Tarantino ; j'y ai revu le burlesque et irrésistible « Mécano de la Général » de Buster Keaton ; j'y ai découvert des films saisissants comme « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ; j'y ai croisé Pedro Almodovar et ses actrices auréolées d'un prix d'interprétation lors d'un moment improbable et magique ; j'y ai découvert « Inglourious basterds » de Tarantino non loin du même Almodovar après avoir été envoûtée par ses « Etreintes brisées », j'y ai monté les marches avec l'équipe d'une célèbre marque de cosmétiques et Eva Longoria et Tony Parker après avoir remporté le concours du meilleur blog sur le Festival lors de l'édition 2008, j'y ai vécu de formidables frissons cinéphiliques. De bonheur. D'effroi. D'émotion. De tension.
Demain soir, Kristin Scott Thomas présentera la cérémonie d'ouverture du 63ème Festival de Cannes, prémisses de 11 jours de projections et festivités cannoises mais déjà Cannes tissera sa toile arachnéenne m'emportant dans son irréalité. Déjà réalité et fiction s'entrelaceront et s'enlaceront comme dans une almodovarienne étreinte brisée.
Cette année c'est le cinéaste Tim Burton qui aura la rude et passionnante tâche de présider le jury, et espérons-le de donner à cette 63ème édition la couleur de son inénarrable fantaisie. Il sera entouré de Kate Beckinsale, Giovanna Mezzogiorno, Alberto Barbera, Emmanuel Carrère, Benicio Del Toro, Victor Erice, Shekhar Kapur, Alexandre Desplat.
Un festival certes cinématographique mais qui, cette année, plus que jamais revendique sa portée politique, Gilles Jacob ayant proposé au réalisateur iranien Jafar Panahi de faire partie du jury, un geste symbolique fort. Jafar Panahi est en effet actuellement emprisonné en Iran pour avoir soutenu ouvertement l'opposition au président Mahmoud Ahmadinejad. Sans compter le boycott du festival par l'Italie en raison du film « Daquila », un documentaire sur Berlusconi et le séisme de l'Aquila.
Le jury aura à trancher parmi les 19 films de la compétition parmi lesquels on retrouve des habitués de la Croisette mais aussi d'anciens lauréats : Rachid Bouchareb (mémorable prix d'interprétation collectif en 2006 pour « Indigènes » qui présente cette année « Hors-la-loi ), le Britannique Mike Leigh (prix de la mise en scène en 1993 pour « Naked » et palme d'or 1996 pour « Secrets et mensonges » auquel je préfère au passage le magistral « All or nothing »), le Russe Nikita Mikhalkov (notamment grand prix du jury en 1994 pour « Soleil trompeur »), le Britannique Ken Loach qui vient tout juste de rejoindre la compétition (lauréat de la palme d'or en 2006 pour « Le vent se lève ») ou encore le Français Xavier Beauvois (prix du jury en 1995 avec « N'oublie pas que tu vas mourir ») qui présente cette année « Des hommes et des dieux », l'un des trois films français en compétition avec ceux de Mathieu Amalric et Bertrand Tavernier.
Pour ma part, j'attendrai surtout les films d'Inarritu, Loach, Allen (hors compétition comme toujours), Kiarostami, Tavernier, Doug Liman, Mikhalkov et dans les sélections parallèles le documentaire « Stones in exile » qui nous vaudra la présence des Stones mais aussi « Socialisme » pour le grand retour de Jean-Luc Godard à Cannes.
Quel que soit le choix du jury, à n'en pas douter la palme d'or 2010 sera « une fenêtre ouverte sur le monde » et le reflet de ses espoirs, ses blessures, ses craintes, ses désirs, ses désordres, sa folie, ses rêves.
Je sais déjà que, pendant ces 11 jours aux accents d'éternité, pour paraphraser le titre du livre de mémoires de Gilles Jacob « la vie passera comme un rêve » et que la tornade cannoise, dévastatrice mais moins dangereuse que celle qui s'est abattue ces jours derniers sur la Croisette, me laissera nostalgique, éblouie, incrédule, étourdie. Etourdie comme après une danse endiablée qui ne vous laisse le temps de reprendre ni votre souffle ni vos esprits ni de saisir la (dé)mesure de l'instant. Cannes, le temps de ce festival, comme chaque année, me procurera une inestimable illusion d'éternité. Comme ces deux amants magnifiques surpris et immortalisés en pleine étreinte dans « Voyage en Italie » de Rossellini qu'Almodovar cite dans ses « Etreintes brisées ».
Demain soir, pourtant, quand je monterai les marches puis quand retentira la musique de Saint-Saëns qui l'accompagne, indissociable de ce festival, réminiscence de tant de souvenirs, ceux de mon enfance à travers l'écran et ceux de cette irréelle réalité, je sais déjà qu'une irrépressible émotion s'emparera de moi, je sais que Cannes m'emportera dans son tourbillon éblouissant et terrifiant, je sais, surtout, après tout, que le cinéma, toujours, finira pas triompher. Un festival qui s'annonce pour moi plus que jamais surréaliste. Rendez-vous dans douze jours pour vous livrer mon bilan et en attendant chaque jour ici pour le suivre en direct!
05:11 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, cannes |
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02.01.2010
Mon bilan de l'année cinématographique 2009 (version longue)
Il y a quelques jours, je publiais mon bilan de l'année cinéma 2009 dans sa version courte , ici telle que publiée dans le journal de l'ENA (l'ENA hors les murs) de janvier. Je vous en propose ci-dessous la version longue.
Vous pouvez aussi toujours donner votre top 10 de l'année cinématographique et retrouver le mien, en cliquant ici.
Avant de vous livrer, ces jours prochains, mon bilan personnel et émotionnel de cette très riche année cinématographique 2009 ainsi que mon top 10 de l'année cinéma, je vous propose, ci-dessous, mon bilan cinématographique de l'année 2009.
Le journal de l'ENA (« L'ENA hors les murs ») m'a en effet à nouveau cette année confiée la lourde et passionnante tâche d'écrire le bilan de l'année cinéma 2009 pour son numéro de janvier.
Ci-dessous la version longue et légèrement différente de cet article (j'ai modifié et supprimé certaines parties dans la version de l'ENA pour répondre aux contraintes de publication) et pourtant (évidemment) pas exhaustive ... (je publierai ultérieurement la version courte et modifiée -par moi-même:-)- de cet article, tel que publié dans le journal de l'ENA).
Je n'ai pas le temps de relire ce soir donc merci d'avance de votre indulgence pour les éventuelles répètitions ou imprécisions...
BILAN DE L'ANNEE CINEMA 2009:
Jean Renoir estimait que « L'art du cinéma consiste à s'approcher de la vérité des hommes et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes ». En 2009, le cinéma, plus que jamais, semble s'être divisé en deux parties bien distinctes, sans doute à l'image d'un monde lui-même écartelé, divisé, avec d'un côté, des films ancrés dans la réalité, cherchant à la disséquer, à approcher la vérité, de l'autre des films, souvent fantastiques, de plus en plus surprenants, a priori éloignés du réel. Avec aussi d'un côté, des comédies, de l'autre des films relatant une sombre réalité. Cette année aura été celle de la diversité : entre simplicité et complexité, comédies classiques et cinéma engagé, succès et échecs inattendus, révélations et confirmations. L'oxymore qui a servi de titre à un des premiers grands succès de cette année 200, Slumdog Millionaire (auréolé de 8 Oscars) -slumdog signifiant taudis- est à l'image de cette année cinématographique : riche de contradictions, mettant le cinéma à l'honneur parfois même à l'intérieur des films par une savante mise en abyme, trouvant dans son propre reflet une salutaire évasion ou compréhension du monde qu'il incarne.
Un besoin d'évasion et de vérité : entre cinéma de l'intime et grand spectacle
Le premier point commun entre les grands succès de cette année est le besoin d'évasion, aussi bien des spectateurs souhaitant échapper à une actualité morose que des personnages des films, prisonniers de leur réalité, ou même prisonniers au sens propre avec d'un côté des films intimistes, centrés sur la « cellule » familiale, de l'autre des films à grand spectacle, souvent fantastiques.
Le grand succès critique (Grand prix à Cannes, prix Louis Delluc, nomination aux Oscars...) de cette année, « Un Prophète », se déroulant dans l'univers carcéral, témoigne de ce désir insaisissable de liberté, tout en conciliant drame intime et universel par une habile métaphore de la société à l'intérieur de la prison où règne notamment le racisme mais aussi par le génie poétique de son réalisateur Jacques Audiard qui mêle fantasmagorie et réalisme, violence et poésie noire, meurtre et rédemption, divertissement et sujet de société. Un autre film « Qu'un seul tienne et les autres suivront », premier long métrage choral de Léa Fehner avait d'ailleurs pour même cadre cet univers carcéral.
Entre le film phénomène « Paranormal Activity » (11000 dollars de budget pour plus de 20 millions de dollars de recettes rien qu'aux Etats-Unis), « Harry potter et le prince de sang mêlé »,, « 2012 », « Twilight » (respectivement 2ème, 7ème, 11ème-pour le chapitre 1- du box office français) mais aussi « The box » les succès de cette année auront témoigné de cette volonté d'évasion, de même avec « L'étrange histoire de Benjamin Button » de David Fincher, une métaphore magistrale sur la course-évidemment perdue d'avance- contre le temps, contre la mort, une brillante allégorie sur l'effroyable écoulement de temps mais aussi et avant tout une magnifique histoire d'amour qui défie les apparences, la raison, le temps et même la mort. L'histoire de deux destins qui se croisent, que les fils du destin, tortueux, impitoyables et sublimes, finissent toujours pas réunir, malgré le fracas du temps, de leurs temps, s'écoulant irrémédiablement dans deux directions opposées. C'est encore une formidable prouesse technique (qui a nécessité 150 millions de dollars et 150 jours de tournage) qui l'est d'autant plus qu'elle n'est jamais là pour épater mais pour servir admirablement l'histoire. Le temps de la séance (2H44) épouse ainsi judicieusement le thème du film incitant à ne pas vouloir aller à tout prix contre le temps et à apprendre à l'apprivoiser, à laisser le temps au temps, profiter de chaque rencontre et chaque instant sans pour autant vouloir tout obtenir, réussir, immédiatement . Le charme est alors plus durable que celui, volatile, d'une beauté éphémère et incandescente. Un film à portée universelle sur la perte d'être chers, la cruelle et inexorable fuite du temps, l'amour inconditionnel et intemporel.
A l'inverse cette année aura été aussi celle de films intimistes mettant en scène des personnages prisonniers d'un quotidien suffocant avec, avant tout, le chef d'œuvre de cette année 2009, « Les noces rebelles » de Sam Mendès qui met en scène un couple unique et universel mais aussi le schisme potentiel entre ce que l'on est, ce que l'on voudrait devenir ou ce que l'on a rêvé de devenir ; les idéaux de jeunesse face à la réalité de la vie familiale ; opposant le courage d'échapper à une vie médiocre, confortable et conformiste à la facilité, la lâcheté même, de s'y conformer. Cela, Sam Mendès peut l'exprimer en un plan : April (Kate Winslet) lumineuse, irréelle et déjà évanescente, dans l'embrasure d'une porte ou une danse sensuelle exprimant autant la vie que la douleur de son renoncement... ou encore cette scène à la fois d'une atroce banalité et d'une rare intensité où le contraste avec la précédente et où les enjeux sont tels que notre souffle est suspendu comme lors du plus palpitant des thrillers. Quel(s) talent(s) faut-il avoir pour faire passer dans une scène en apparence aussi insignifiante autant de complexité, de possibles, d'espoir, d'horreur. Un film palpitant qui est aussi une réflexion sur le mensonge, l'espoir, les idéaux de jeunesse, la cruauté de la réalité, la médiocrité, l'hypocrisie et le conformisme de la société. Les vingt dernières minutes sont d'une intensité rare et font atteindre des sommets de perspicacité, de complexité à ce film dont on ressort touchés en plein cœur avec cette envie aussi de le faire battre encore plus vite et plus fort. ; une rue (le titre américain est « Revolutionary road) qui vous bousculera, vous portera et vous hantera bien après l'avoir quittée après un dénouement magnifiquement cruel.
Dans « Je l'aimais », l'adaptation du roman d'Anna Gavalda, Zabou Breitman a choisi la simplicité pour filmer ses personnages prisonniers des conventions et cet amour éphémère et fantasmé qui s'écroule lorsqu'il est rattrapé par la réalité; sa caméra est au plus près des regards, souvent troublés, vacillant parfois comme eux, au plus près des battements de cœur. Un film qui a la force brûlante, douloureusement belle, des souvenirs inaltérables et qui nous plonge dans le souvenir, amer et poignant, des belles choses.
On retrouve cette même volonté d'échapper au quotidien dans, « Joueuse », mais aussi dans le film de Catherine Corsini au titre significatif « Partir » mais aussi dans « Melle Chambon », le bijou de délicatesse de Stéphane Brizé qui fait de ses personnages des héros du quotidien emprisonnés dans un fier et douloureux silence, dans la lancinance de l'existence. C'est aussi cette vérité humaine que capte magistralement Xavier Giannoli dans le bien nommé « A l'origine », dans lequel le mensonge qui va étouffer, porter, puis enchaîner son auteur incarné dans le film par François Cluzet (d'ailleurs ancien prisonnier) sera le moyen d'échapper à cette prison.
Cette prison de la cellule familiale sera portée à son paroxysme dans « Canine » avec son allégorie, perverse et décalée, de la manipulation mentale.
Il est évidemment impossible de clore cette partie sans parler d' « Avatar », révolution et défi technique, projet pharaonique, film le plus cher de tous les temps mais aussi vibrant plaidoyer pour la défense de la planète, un hymne au rêve qui transcende les difficultés et handicaps, un hymne au pouvoir de l'imagination, cette imagination qui fait que, mêmes les deux jambes immobilisés, on peut faire un voyage des plus trépidants, voler et s'envoler vers une ailleurs fascinant, cette imagination qui peut donner corps, âme, vie à un peuple et une planète imaginaires. une belle et forte expérience cinématographique, par moments visuellement vertigineuse, une plongée palpitante dans un fascinant univers avec des personnages attachants (malgré et grâce au virtuel, à la technique), un vibrant et émouvant plaidoyer pour que la planète conserve son âme et son souffle, un puissant message que la simplicité des rapports entre les personnages porte malgré tout (et peut-être d'ailleurs porté grâce à cela), et surtout un voyage spectaculaire dans l'imaginaire qui en exalte la magnifique force, créatrice et salvatrice. Finalement un film qui, aussi éloigné de la réalité puisse-t-il paraître nous ramène aux blessures de notre époque à un cinéma finalement plus engagé et ancré dans le réel qu'il n'y paraît.
Un cinéma engagé et ancré dans le réel
Dans le cinéma de 2009, le spectateur cherche visiblement à s'évader d'un quotidien étouffant mais en 2009 le cinéma cherche aussi plus que jamais à éveiller les consciences, à se faire le miroir grossissant et informant du monde, le reflet de sa poésie mais aussi de ses colères, ses blessures. « Avatar » n'ayant pas été le seul hymne à la terre, « Home » projeté dans 130 pays le documentaire de Yann Arthus-Bertrand visuellement époustouflant, pédagogique mais qui est loin d'être exempt de contradictions, prouvant qu'il serait simpliste d'opposer simplement nature et culture, mais qui a le mérite, et non des moindres (!), -espérons-le- d'éveiller ou de réveiller les consciences, individuelles, politiques, étatiques. Avec la même optique, Nicolas Hulot, avec « Le syndrome du Titanic » aura connu un cuisant échec.
C'est une autre cruelle réalité, cette fois de l'Amérique latine, que deux metteurs en scène ont mise en scène, et qui a coûté la vie au premier d'entre eux : Christian Poveda dans « La vida loca » et Cary Joji Fukunaga dans « Sin nombre », éclairage édifiant sur la sombre et impitoyable réalité des gangs dont le style documentaire (caméra à l'épaule) épouse judicieusement l'impression de rage, de violence, de risque, d'urgence que connaissent les personnages principaux en lesquels combattent innocence et violence, rage de vivre et de tuer pour vivre.
Cette cruelle réalité est aussi celle de l'immigration également présent dans « Eden à l'ouest » de Costa-Gavras.
Dans « Puisque nous sommes nés », Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, par des images d'une beauté âpre, à travers le regard de ces deux enfants, sidérants de maturité, nous montre quant à eux un Brésil où règnent les inégalités flagrantes et révoltantes mais qui semblent là-bas être devenus une morne habitude, et en nous parlant de ce pays ils évoquent évidemment le dénuement de tous les autres pays en voie de développement, la ségrégation économique du Brésil mais aussi d'ailleurs.
Le cinéma permet aussi de donner de la voix à une révolte étouffée, celle de la jeunesse iranienne dans le lyrique « Les Chats persans » qui suit le bouillonnement musical underground en Iran et qui exprime à la fois l'audace, la révolte, l'imagination, la fureur de vivre de la jeunesse iranienne qui manifeste, et même joue de la musique ou dans des films au péril de sa vie. Si le film porte en filigrane un message politique et de liberté, le véritable héros du film reste la musique mais aussi la jeunesse iranienne qui la porte comme un acte de résistance pacifiste. Un voyage musical sans cesse surprenant où la musique est un cri d'autant plus vibrant qu'il est constamment étouffé, un moyen d'exorciser une souffrance intolérable d'un peuple que son gouvernement contraint à sombrer dans le silence mais aussi la pauvreté. Quand jouer de la musique devient un acte de résistance, comble de l'absurdité qui témoigne de la bêtise de l'intolérance devenue la loi de l'Etat.
Avec « L'armée du crime », c'est à une autre résistance d'une autre armée des ombres que Guédiguian, avec solennité et sobriété, rend hommage, celle de juifs résistants et communistes tandis qu'Haneke avec le multi primé « Le Ruban blanc « (notamment palme d'or 2009) , un ruban blanc voile symbolique de l'innocence qu'on veut imposer pour nier la barbarie, explore les racines du mal par l'élégance moribonde du noir et blanc, poursuivant ainsi son examen de la violence en décortiquant ici les racines du nazisme, par une démonstration implacable et saisissante. La somptuosité glaciale et glaçante de la réalisation, la perfection du cadre et des longs plans fixes où rien n'est laissé au hasard sont aussi paralysants que l'inhumanité qui émane des personnages qui y évoluent. Derrière ce noir et blanc, ces images d'une pureté étrangement parfaite, à l'image de ces chérubins blonds symboles d'innocence et de pureté (que symbolise aussi le ruban blanc qu'on leur force à porter) se dissimulent la brutalité et la cruauté. Cette violence, thème cher à Haneke, est toujours hors champ, « cachée », et encore plus effrayante et retentissante. Ce ruban blanc c'est le symbole d'une innocence ostensible qui dissimule la violence la plus insidieuse et perverse. Ce ruban blanc c'est le signe ostentatoire d'un passé et de racines peu glorieuses qui voulaient se donner le visage de l'innocence. Une œuvre inclassable malgré ses accents bergmaniens. L'œuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, impressionnante d'un grand metteur en scène.
Avec « The Messenger », grand prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville, Oren Movermann stigmatise les conséquences effroyables d'une guerre et ses douleurs et horreurs indicibles et parfois niées, une guerre qui n'a pas fini de panser ses plaies encore béantes.
Avec « Rapt » (inspiré de l'affaire du Baron Empain) Lucas Belvaux, avec une angoissante austérité, analyse la barbarie et l'inhumanité contemporaine mais dénonce aussi, en filigrane, les outrances des médias, lunatiques et amnésiques. Comme dans « La Saint Victoire », il met en scène une société de l'image où cette dernière l'emporte sur les faits. Christian Clavier y incarne Cluzel, un homme politique intègre, humain, et pas un calculateur froid prêt à tout pour réussir et satisfaire ses ambitions personnelles. Avec beaucoup d'habileté François Favrat nous montre comment, malgré son intégrité, pour gravir les échelons et donc appliquer sa politique, Cluzel, machiavélien sans être machiavélique, va devoir faire des compromis avec ses principes, va être confronté à des dilemmes moraux, va devoir renoncer à certaines de ses idées pour en défendre d'autres et pour conserver le pouvoir. « La Sainte-Victoire » est une décortication des mécanismes du pouvoir et de ses compromissions qui réhabilite et interroge la notion souvent mise à mal d'intégrité.
Des succès et des échecs : entre incontournables et inattendus
Outre le cinéma fantastique, le grand vainqueur de cette année 2009 aura été la comédie, l'humour ayant été plus que jamais « la politesse du désespoir ». Ce sont surtout des comédies sur l'enfance et l'adolescence, essentiellement françaises, qui ont emporté l'adhésion du public au premier rang desquelles « Le petit Nicolas » (plus de 5 millions d'entrées), « LOL » (3,6 millions d'entrées), « Neuilly sa mère » (2, 5 millions d'entrées), « La première étoile », ou encore des comédies étrangères comme « Very bad trip » sans oublier le phénomène « Twilight » qui n'est pas une comédie mais également destiné à un public adolescent. « OSS 117 : Rio ne répond plus » avec un humour salutairement décapant et moins formaté a, quant à lui, engrangé 2, 5 millions d'entrées. Et le grand vainqueur du box office français de cette année est une comédie d'animation qui totalise plus de 7, 8 millions de spectateurs : « L'Age de glace 3 ».
Certains échecs ont été aussi inattendus que ces surprenantes réussites : Jean-Pierre Jeunet avec son tour de manège sépia « Micmacs à Tire-Larigot », Gérard Jugnot avec sa comédie noire sur l'intolérance religieuse « Rose et noir », Francis Huster qui a raté le retour de Jean-Paul Belmondo avec le larmoyant « Un homme et son chien ».
Et puis il y a ceux qui, années après années, films après films, continuent à nous surprendre malgré leur imposante filmographie : Clint Eastwood avec « Gran Torino », un film qui nous enserre subrepticement dans son univers et nous assène le coup (et le moment) de grâce au moment où nous nous y attendons le moins ; Woody Allen qui, avec « Whatever works » parvient encore à nous émouvoir et nous étonner, avec une audace toujours aussi étonnante et réjouissante, avec cet hymne à la liberté amoureuse ou artistique, mais aussi hymne à la vie et ses »hasards dénues de sens. » ; Alain Resnais enfin qui, bien qu'octogénaire, avec « Les herbes folles » a signé le film le plus fou, jeune, inventif, iconoclaste de cette année.
De grands rôles plus que de grands films : entre révélations, contre-emplois et confirmations
Plus que de grands scénarii, cette année 2009 nous aura surtout offert de beaux personnages et de grands rôles permettant à des acteurs de se révéler et à d'autres de revenir là où on ne les attendait pas. Evidemment on songe à celle qui, en recevant son prix d'interprétation à Cannes a espéré que son père aurait été « fier et choqué », Charlotte Gainsbourg pour « Antéchrist » mais aussi à Isabelle Adjani dans le rôle inattendu d'un professeur de banlieue (« La Journée de la jupe » de Jean-Paul Lilienfeld ) dans un film au départ destiné seulement à la télévision. Dans « L'homme de chevet » ce sont Sophie Marceau et Christophe Lambert qui ont incarné ces corps et donné une âme à leurs personnages broyés par l'existence, cette dernière ayant signé cette année son grand retour avec pas moins de quatre films à l'affiche. Mickey Rourke en boxeur dans « The Wrestler », ou Christian Clavier en homme politique intègre ont aussi eu de très beaux contre-emplois sans oublier Kate Winslet dont, dans « les Noces Rebelles », chacune de ses expressions contient une infinitude de possibles, contribuant à ce suspense et cette sensation de suffocation intolérable avec une impression sur le spectateur à la fois jubilatoire et insoutenable.
Et puis il y a ceux qui ont laissé éclater un talent qu'on leur connaissait déjà : Kristin Scott Thomas dans « Partir » avec son regard changeant, tour à tour celui d'une enfant perdue, celui désarçonné d'une femme séduite puis tombant amoureuse, celui lumineux de femme éperdument amoureuse, celui d'une femme dévorée par la passion et sa violence ravageuse, celui d'une épouse blessée, humiliée, mais déterminée, celui d'une femme aux frontières de la folie et au-delà. Face à elle, Yvan Attal, plus que convaincant dans son rôle de mari obséquieux devenant l'odieux maître d'un ignoble chantage pécuniaire est carrément époustouflant dans « Rapt »,émacié, méconnaissable mais faisant face, avec son regard renversant d'homme blessé mais debout, seul mais digne.
Il faudrait encore parler de Penelope Cruz d'une mélancolie resplendissante dans « Etreintes brisées » ; Vincent Lindon dans « Welcome » tout en violence et sensibilité, en force et fragilité maniant et alliant les contradictions et les ambiguïtés de son personnage avec un talent époustouflant mais aussi dans « Melle Chambon » dans lequel tout en lui fait oublier l'acteur pour nous mettre face à l'évidence de son personnage ( son mélange de force et de fragilité, de certitudes et de fêlures, sa façon maladroite et presque animale de marcher, de manier les mots, avec parcimonie, sa manière gauche de tourner les pages ou la manière dont son dos même se courbe et s'impose, dont son regard évite ou affronte.) Et puis, face à lui, Sandrine Kiberlain, rayonnante, lumineuse, mais blessée qui parvient à faire passer l'émotion sans jamais la forcer.
François Cluzet, dans « A l'oriogine » incarne un portrait d'homme touchant, énigmatique et dense qui porté par un acteur au sommet de son art nous emporte totalement dans son aventure aussi improbable soit-elle (et pourtant inspirée d'une histoire vraie s'étant déroulée en 1997 dans la Sarthe), dans ses mensonges, dans ses contradictions, dans sa conquête.
Enfin, Sandrine Bonnaire dans « Joueuse » , de dos, courbée puis droite et résolue, de face, dans son regard, dur ou conquis, dans son sourire, rare et ravageur, ses gestes, ses intonations, ses traits tirés puis illuminés, elle EST Hélène avec une justesse admirable sans en faire des tonnes, sans non plus donner l'impression de réaliser une performance.
On a aussi redécouvert Christoph Waltz, acteur autrichien méconnu, récompensé du prix d'interprétation à Cannes ou encore Louis-Do de Lencquesaing qui dans « Le père de mes enfants », donne un visage humain à ce producteur, parvient à le rendre vivant, attachant, proche et mystérieux, incarnant cet homme solaire qui a fini par se suicider, à la fois robuste et vulnérable, fort et fragile.
Quant aux révélations, on pense évidemment à Firat Ayverdi dans « Welcome » mais surtout à l'interprétation magistrale de Tahar Rahim dans « Un Prophète dans dont c'est le premier grand rôle et qui campe ici un personnage à la fois fragile, énigmatique, égaré, malin, angélique et (puis) diabolique dont le regard et la présence, le jeu nuancé magnétisent l'écran, et qui est pour beaucoup dans le caractère attachant de ce personnage tout en ambivalence, orphelin illettré fragile, influençable, qui va s'en sortir grâce à son intelligence et qui va devenir un héros meurtrier.
Mais sans doute les plus bouleversants ont-il été deux acteurs que la magie du cinéma a fait revivre dans « L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot » : Romy Schneider et Serge Reggiani, la première qui hante, capture, captive, éblouit, séduit l'écran, dont le jeu, les attitudes et le regard témoignaient d'une fascinante modernité et face à elle, Serge Reggiani qui épouse le visage de la folie maladive avec une rage bouleversante.
La mise en abyme : le cinéma à l'honneur
Peut-être parce que, comme le disait François Truffaut « Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps mort » le cinéma a-t-il autant été mis à l'honneur cette année à commencer dans le film précité, « L'enfer d'Henri-Georges Clouzot » , un film avec des images époustouflantes de beauté, d'inventivité, d'audace, de modernité qui concilie avec un perfectionnisme et une imagination rares le fond et la forme, créant des images d'une force hypnotique jamais atteinte pour travail à la confluence des arts qui frôle l'expérimental et l'abstraction. Un film d'une étrange beauté, une expérience visuelle et sonore, sensuelle, novatrice et éblouissante qui prouve qu'il n'est peut-être pas besoin d'atteindre le budget d' « Avatar » pour innover, éblouir et surprendre, ce que Clouzot avait réussi avec ces images de 1964.
Avec « Etreintes brisées », Pedro Almodovar, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre lui aussi une véritable déclaration d'amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini... ). Et à Penelope Cruz qu'il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée. « Etreintes brisées » est un film labyrinthique d'une grande richesse : un film sur l'amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l'art. Un film d'une gravité mélancolique dans lequel, à l'image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s'imbriquent, se confondent notamment grâce à une réalisation flamboyante sensuelle qui joue avec les temporalités et les genres. Un film gigogne d'une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d'un amour brisé en plein vol... Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d'une étreinte éternelle comme dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquels il se réfère. Un film empreint de dualité sur l'amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma... le cinéma qui survit à la mort, à l'aveuglement, qui sublime l'existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l'immortalité...
Avec « Inglourious basterds » Quentin Tarantino signait lui aussi des plans qui sont ceux d'un grand cinéaste mais aussi d'un vrai cinéphile (comme ce plan magnifique qui est un hommage à « La Prisonnière du désert » de John Ford ) et d'un amoureux transi du cinéma. Il y a du Hitchcock dans ce film mais aussi du Chaplin pour le côté burlesque et poétique et du Sergio Leone pour la magnificence des plans, et pour cet humour ravageur, voire du Melville aussi pour la réalisation. Un film qui enlace avec brio poésie et sauvagerie, humour et tragédie. Et puis, il y a en effet le cinéma. Le cinéma auquel ce film est un hommage permanent, une déclaration d'amour passionnée, un hymne vibrant à tel point que c'est le cinéma qui, ici, va sauver le monde, réécrire la page la plus tragique de l'Histoire, mais Tarantino peut bien se permettre : on pardonne tout au talent lorsqu'il est aussi flagrant. Plus qu'un hommage au cinéma c'est même une leçon de cinéma, même dans les dialogues : « J'ai toujours préféré Linder à Chaplin. Si ce n'est que Linder n'a jamais fait un film aussi bon que « Le Kid ». Le grand moment de la poursuite du « Kid ». Superbe . » Le cinéma qui ravage, qui submerge, qui éblouit, qui enflamme (au propre comme au figuré, ici). Comment ne pas aimer un film dont l'art sort vainqueur, dans lequel l'art vainc la guerre, dans lequel le cinéma sauve le monde ? Quentin Tarantino avec ce septième long-métrage a signé un film audacieux, brillant, insolent, tragique, comique, lyrique, exaltant, décalé, fascinant, irrésistible, cynique, ludique, jubilatoire, dantesque, magistral. Une leçon et une déclaration d'amour fou et d'un fou magnifique, au cinéma. Ce n'est pas que du cinéma d'ailleurs : c'est un opéra baroque et rock. C'est une chevauchée fantastique. C'est un ouragan d'émotions. C'est une explosion visuelle et un ravissement permanent et qui font passer ces 2H40 pour une seconde !
Evidemment, on ne peut évoquer ces films sur le cinéma sans songer au « Bal des actrices » de Maïwenn, à « Visage » de Tsaï Ming-Liang et surtout « Le père de mes enfants » de Mia Hansen-Love, un film sur le cinéma mais aussi l'engagement, sur le caractère indissociable entre vie professionnelle et privée quand la matière principale d'un métier comme celui-là est humaine, et donc si complexe et fragile, quand il n'y a plus de distance entre le cinéma et la vie, quand le cinéma devient la vie.
D'autres films ont aussi évoqué le cinéma de manière plus implicite et métaphorique comme « Gran Torino » dans lequel un mythe du cinéma américain que représente Clint Eastwood fait preuve d'autodérision et dans lequel il confirme le talent d'un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d'un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant. Une belle leçon d'espoir, de vie, d'humilité. Et de cinéma...
Xavier Giannoli quant à lui nous fait revenir « à l'origine » avec le film éponyme. Il nous fait croire à l'impossible. A une seconde chance. Aux routes qui ne mènent nulle part. A ce que le cinéma lui aussi était à l'origine : un mensonge exaltant qui peut nous faire croire que tout est possible. Même si la réalité, un jour ou l'autre, finira par reprendre ses droits.
La mise en abyme est également très présente dans « Micmacs à tire-larigot » qui est aussi et avant tout un hommage au cinéma. En témoignent ces affiches de « Micmacs » plantés dans le décor, discrète mise en abyme pour nous signifier que le vrai héros, c'est finalement le cinéma. Il y a aussi ce très bel hommage au « Grand sommeil » d'Howard Hawks, ou encore à Tati avec cette scène de l'aéroport digne de « Playtime » sans parler de Dany Boon qui emprunte autant à Bourvil qu'à Chaplin et s'intègre merveilleusement à l'univers de Jeunet.
Enfin, comment ne pas évoquer « This is it » de Kenny Ortega sorti quatre mois tout juste après la mort de Michael Jackson qui permet aussi de confronter un artiste, dans l'exercice de son art, à son image médiatique, si éloignée de ce que nous montrent ces images qui imposent le silence ; et de montrer le travail, l'exigence que cet art implique. Les références cinématographiques y foisonnent (on imagine quel bonheur cela aurait été de le voir sortir des images de films qu'il a tournées, où la magie du cinéma le faisait se retrouver avec Rita Hayworth et Humphrey Bogart, dans « Le Grand Sommeil » ou « Gilda »), et cet extrait de thriller en 3D montre aussi qu'il savait se référer au cinéma d'hier tout en influençant celui d'aujourd'hui.
Nombreux sont donc ainsi les cinéastes à avoir signé des films de cinéastes et de cinéphiles, des mises en abyme tortueuses et savoureuses, signant des déclarations passionnées au cinéma mais finalement aussi des hymnes à la vie que le cinéma exhale et exalte.
Des musiques inoubliables
Plus que des images fortes, cette année j'ai décidé de retenir des musiques fortes (comme celles précitées), peut-être parce que dans une époque où l'image est devenue omnisciente, omniprésente, manipulée, la musique est porteuse de davantage d' « accents de vérités », expression chère à Claude Lelouch.
Au premier rang de ces accents de vérité, la musique du film « Les chats persans » de Bahman Ghobadi, un miracle, un chant de résistance, un hymne à la liberté où la musique se fait l'écho d'une rage d'une force saisissante, un vibrant cri de liberté jalonné de notes de musique et d'humour d'une jeunesse qui résiste, envers et contre tout.
Que dire de la BO incroyable qui, comme toujours chez Tarantino, apporte un supplément de folie, d'âme, de poésie, de lyrisme et nous achève... ou de celle de la fin de « Le père de mes enfants » qui rappelle un autre grand classique du cinéma.
Dans « Melle Chambon »: la musique va alors devenir le langage qui va cristalliser les émotions des personnages, et les sanglots longs des violons (pas de l'automne, comme ceux de Verlaine, mais ici du printemps, avec une langueur plus mélancolique que monotone) exprimer la violence de leurs irrépressibles sentiments avec cette sensualité dans les gestes chorégraphiés, déterminés et maladroits.
Un des grands succès de cette année, « Le concert » de Radu Mihaileanu (déjà plus de1,5 millions d'entrées) est d'ailleurs avant tout un hymne à la musique, celle de Tchaïkovski avec ses notes mélodieuses, tantôt joyeuses et bouleversantes, mélancoliques et exaltantes, romantiques et tourmentées du concert pour violon et orchestre, opus 35.
Dans « Gran Torino » c'est la musique de Kyle Eastwood d'une douceur envoûtante qui nous assène le coup fatal.
Dans « A l'origine » c'est la musique de Cliff Martinez qui achève de rendre poétique ce qui aurait pu être prosaïque. Une poésie aussi inattendue que la tournure que prend cette histoire pour son protagoniste qui va finalement vivre les choses plutôt que les prévoir.
Et puis il y a l'œuvre posthume du « king of pop » immortalisée dans « This is it » qui le fait entrer dans la légende et nous laisse avec une impression d'inachevé et un air de musique qui n'a pas fini de nous accompagner.
CONCLUSION
2009 aura donc été une année phare pour la comédie et le cinéma fantastique mais aussi pour les films de genre(s) conciliant les paradoxes et transcendant les genres (Un Prophète, Inglourious basterds, Etreintes brisées...), nous faisant passer dans le même film d'un ton mais aussi un genre à un autre. 2009 aura vu le cinéma redevenir un évènement (sorties savamment orchestrées : This is it, Avatar, Home...), s'inventer et se réinventer des mythes et des légendes. Plus que jamais, en 2009, le cinéma aura signifié un besoin de rêve et d'évasion, de retour aux sources de l'enfance et de l'adolescence et, même si « la vraie vie est ailleurs », comme le dit Rimbaud mais aussi Frédéric Choffat dans son très beau film éponyme, c'est aussi dans son propre reflet et son propre univers que le cinéma en trouve finalement les clefs, en décèle les failles et les remèdes. Peut-être que finalement l'art du cinéma, en 2009, consistait à concilier cet apparent paradoxe défini par Renoir : s'approcher de la vérité des hommes tout en ne cessant pas de nous surprendre ...
18:19 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, bilan |
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30.05.2009
Mon bilan du Festival de Cannes 2009 : l’étourdissante nostalgie d’une étreinte brisée
Cannes n’est déjà plus qu’une rumeur lointaine, qu’un brouhaha étouffé par l’actualité arachnéenne qui tisse sa toile dévoreuse et impitoyable, pourtant, il y a à peine une semaine que le Festival de Cannes s’achevait et avec lui 13 jours d’une tornade dévastatrice qui me laissent encore nostalgique, éblouie, incrédule, étourdie, mélancolique comme après une almodovarienne étreinte brisée, mais aussi enrichie d’illusions magnifiques, ou magnifiquement tragiques.
Nostalgique après ces 13 jours qui, dans ma mémoire, déjà, se teintent de noir et blanc tant ils semblent appartenir à une mythologie cinématographique. Tant le temps semblait glisser au lieu de s’écouler. Tant tout paraissait joyeux, idyllique, désinvolte, léger. Tant c’était agréable de jouer à l’être le temps d’un festival.
Comment, d’ailleurs, ne pas être nostalgique après 13 jours aussi intenses dont je n’ai pu et voulu retranscrire qu’une infime part ici? Comment ne pas être nostalgique après 13 jours où réalité et fiction n’ont cessé de s’entrelacer, s’enlacer même au point de se confondre, me duper parfois même? Comment ne pas être nostalgique après 13 jours de rencontres improbables et magiques, cinématographiques et humaines? Comment ne pas être nostalgique après ce qui était pour moi un 9ème Festival de Cannes et sans nul doute le meilleur...jusqu'à présent? Comment ne pas être nostalgique quand la déroutante réalité a repris ses droits ? Comment ne pas être nostalgique quand, à trop tutoyer les étoiles, on en oublie que même elles, meurent un jour, que l’éblouissement peut-être trompeur, voire fatal ?
Incrédule tant ce festival semble s’être évanoui comme un songe qui procure une douloureuse et parfois illusoire beauté à ces instants aussi magiques qu’éphémères. De projections en soirées, de l’ouverture à la clôture, de rencontres magnifiques en retrouvailles trop vite esquissées ou d'autres insensées démontrant l’imagination d’une beauté et d’une violence cruelles et sans bornes de la réalité, de la vertigineuse salle du Théâtre Lumière à la luminosité d’une Croisette insolemment radieuse, de la projection jubilatoire d’ « Inglourious Basterds » à ma journée ludique et princière avec l’équipe L’Oréal, de ces instants festifs et joyeux avec les autres blogueurs, de l’inénarrable projection du magistral et nerveux « Prophète » de Jacques Audiard à la leçon de cinéma des frères Dardenne, de la plage Miramar à la plage Majestic 62, de la plage du Martinez aux coulisses du Grand Journal, du 3 :14 à la villa Murano, d'un documentaire d'une poésie rageuse à des films mis en scène avec une maestria sidérante, de la voix ensorcelante de Bryan Ferry à l'enthousiasme communicatif de Quentin Tarantino, de la gravité légère d'Edouard Baer à l'exubérance mélancolique de Pedro Almodovar, de voitures officielles en limousines, de la salle du soixantième à la salle Bunuel, tant d’instants indicibles gravés dans ma mémoire, tant d’instants où lueurs et bruits incessants vous troublent, déguisent la réalité, transportent.
Etourdie comme après un rêve dont le réveil est parfois douloureux mais dont l’état semi-comateux dans lequel il vous laisse anesthésie agréablement les pensées aussi confuses et troublantes soient-elles. Etourdie comme après une danse endiablée qui ne vous laisse le temps de reprendre ni votre souffle ni vos esprits ni de saisir la (dé)mesure de l’instant.
Moi que l’actualité passionne habituellement, je me suis surprise à ne même pas ouvrir un journal pendant ces 13 jours si ce n’est le quotidien du Film Français, bible du festivalier. Cannes plus que jamais cette année pour moi a été une sorte de bulle où rien d’autre ne semblait exister, où le monde s’arrêtait aux portes de la Croisette et tournait autour du palais des festivals. Le cinéma m’environnait, m’absorbait, procurait des reflets éblouissants à la réalité. Bien sûr tout était, comme toujours, excessif et dérisoire. J’ai juste feint de l’ignorer. Bien sûr la crise n’était pas bien loin : les plages étaient cette année deux fois moins nombreuses, de même que les affiches de film qui ornent habituellement les façades, certaines sociétés comme la Paramount étaient d'ailleurs pour la première fois absentes de la Croisette, le cinéma américain était ainsi peu présent sur la Croisette… Qu’importe: Cannes, le temps de ce festival, nous a donné une illusion d’éternité. Comme ces deux amants magnifiques surpris et immortalisés en pleine étreinte dans « Voyage en Italie » de Rossellini qu’Almodovar cite dans ses « Etreintes brisées ».
Emportée par le tourbillon cannois, cette année plus que jamais, je regrette juste de n’avoir vu aucun film de la section Un Certain Regard où chaque année je fais les plus belles découvertes cinématographiques et de n’avoir vu qu’un film de la Quinzaine des Réalisateurs. Ma soif de découvertes cinématographiques n’a pas été étanchée, ce festival l’a même intensifiée…
J’évoquais il y a quelques jours mes pronostics avec un bref avis sur chaque film en compétition (voir article ici), j’y évoquais aussi ce que représente depuis quelques années une palme d’or cannoise, le message qu’elle adresse au monde, le reflet qu’elle souhaite donner de ses espoirs, ses blessures, ses craintes, ses désirs, ses désordres, sa folie, de ses rêves… même si depuis quelques années les rêves n’ont plus leur place dans un palmarès et surtout une palme d’or qui se veut avant tout engagée et sociale, ce qui sans doute éloignait d’office le film de Quentin Tarantino qui, pourtant, certes est un film de divertissement qui s’assume comme tel mais montre aussi un visage de la barbarie, étonnamment et tristement actuel à l’image du film de Haneke « Le ruban blanc », palme d’or de cette édition 2009, sans doute d’apparence (d’apparence seulement) plus cinéphilique (En lisant ma critique d’ “Inglourious Basterds” en cliquant ici vous constaterez à quel point ce film est celui d’un cinéphile pour les cinéphiles) et en tout cas plus austère. A la définition de l'art(iste) d'Anatole France "L'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle. Sous lui, nous en douterions", le palmarès a préféré celle de Rodin "L'art est la plus sublime mission de l'homme puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre." Sans doute cette "machine de vérité" qu'évoquait la présidente du jury de ce 62ème Festival de Cannes, Isabelle Huppert, en ouverture... mais le cinéma ne peut être que cela, n'est heureusement pas que cela, même si cet autre pan du cinéma a été ignoré cette année par le palmarès cannois (mais aussi, il faut le dire, par sa sélection).
Cette année, plus que jamais la compétition cannoise avait à son générique de grands réalisateurs qui, néanmoins, souvent , n’ont pas réalisé leurs meilleurs films et j’avoue que cette année aucun film ne m’a enthousiasmée comme « Entre les murs » de Laurent Cantet, « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, « La frontière de l’aube » de Philippe Garel, « Le silence de Lorna » des frères Dardenne, « Two lovers » de James Gray, « Valse avec Bachir » d’Ari Folman ou « Vicky Cristina Barcelona » de Woody Allen, l’année passée. (Vous pouvez trouver les critiques de tous ces films sur ce blog).
Cette année aucune thématique n’a été mise en exergue, si ce n’est la mise en abyme, comme si le cinéma, tel Narcisse, se mirait dans son reflet, à s’y noyer, pour oublier, s’oublier, se rassurer, à nous y perdre délicieusement, et dangereusement parfois aussi. On retrouve bien sûr, notamment dans “Un prophète” et “A l’origine” la thématique carcérale beaucoup plus présente l’an passé (avec de nombreux plans derrière une vitre, un grillage etc), témoignage d’un monde qui étouffe et peine à respirer mais ce dont a surtout témoigné ce cru 2009: c’est de la rassurante diversité du cinéma mondial (et l’étonnante inventivité, audace du cinéma asiatique ou de "jeunes" cinéastes comme Alain Resnais !) malgré une austérité, et même une radicalité, une violence assez prégnantes au-delà des disparités géographiques et cinématographiques, plaie béante qui semble dépasser les frontières. On a aussi observé cette année davantage de grandes mises en scènes (Almodovar, Tarantino, Resnais…) que de grands scénarii…
Mais pour l’heure, je vais essayer de comprendre et analyser les émotions ravageuses de ce festival, loin de la violence et / de l’éclat parfois trompeurs des images, loin de l'éblouissement cannois, loin de la frénésie carnassière, loin de l’urgence rageuse cannoise qui fait que les mots jetés à la va-vite trahissent parfois les pensées, et ne les traduisent pas toujours avec justesse et avec le recul nécessaire pour apprécier chaque instant à sa juste et (dé)mesurée valeur…
J’en profite aussi pour vous donner rendez-vous au Festival du Cinéma Américain de Deauville qui fêtera cette année ses 35 ans, prochain grand rendez-vous festivalier que vous pourrez suivre en direct sur mes blogs (avant-premières, films en compétition, soirées, conférences de presse…) et auquel j’assisterai pour la 17ème année consécutive… mais en attendant vous pourrez retrouver sur ce blog de nombreuses critiques de films , en avant-première, à l'affiche ou de classiques du septième art mais aussi des nouvelles...
A suivre : notamment ma critique de « Map of the sounds of Tokyo » d’Isabel Coixet (compétition officielle 2009)
23:08 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, cannes, festival, palmarès, huppert, tarantino, haneke, almodovar |
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13.05.2009
Edito "In the mood for Cannes" n°1: ce que le Festival de Cannes représente pour moi...
Dernier article avant d'arriver sur la Croisette sur le chemin de laquelle je serai quand cette note sera mise en ligne!
Le prochain article sera publié en direct de Cannes, ce soir...
A la demande d'Allociné (pour son site "Off Cannes" dont je vous communiquerai le lien cette semaine), un article medley "in the mood for Cannes" sur ce que représente le Festival de Cannes pour moi, un article à la suite duquel vous aussi, dans les commentaires, pouvez bien entendu écrire ce que le Festival de Cannes représente pour vous.
Ce que le Festival de Cannes représente pour moi (notamment...):
Avant d’en fouler les célébrissimes marches, pour la première fois, il y a neuf ans déjà (j’avais alors été sélectionnée pour le prix de la jeunesse du Ministère de la Jeunesse et des Sports, avec 39 autres jeunes cinéphiles qui, eux, en revanche, n’étaient pas des marches, ce qui, vu leur nombre, aurait procuré une allure hitchcockienne à cette aventure), Cannes représentait pour moi une mythologie inaccessible, l’image d’Epinal d’un festival idéalisé à travers le petit écran qui me renvoyait le cliché insaisissable et majestueux d’un cénacle impénétrable (aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours regardé les cérémonies d’ouverture et de clôture, et l’annonce de la sélection cannoise, avec un vif intérêt), idéalisé comme un diamant pur et étincelant (j’ignorais alors que le diamant, en plus de briller, fasciner, peut dangereusement éblouir et surtout couper, blesser). Cannes représentait alors pour moi cet endroit mythique où le cinéma est omniprésent, omniscient, omnipotent même. La fête du cinéma. De tous les cinémas. Des cinémas du monde entier. Le miroir grossissant et informant du monde, déroutant parfois aussi. Le reflet de ses colères, de ses blessures, de sa poésie. C’était Cannes qui brandit le poing comme Pialat. Cannes qui embrasse, complimente et encense comme Benigni. Qui émeut aussi, violemment même parfois. Cannes, tourbillon de la vie, envoûtant comme la voix de Jeanne Moreau. Tourbillon de cinéma aussi, évidemment. Cannes et ses rituels, sublimes et parfois ridicules, futiles et nécessaires, dérisoires et essentiels.
Et désormais ? Désormais, Cannes, c’est pour moi cette bulle d’irréalité où les émotions, les frustrations, les joies réelles et cinématographiques, si disproportionnées, procurent un sentiment d’éternité fugace et déroutant. Désormais, Cannes, c’est aussi une Croisette insolemment insomniaque où se frôle, se heurte une faune inénarrable et volubile, une foule bigarrée aux déambulations unanimes. Cannes, c’est ce va-et-vient incessant de festivaliers exaltés, harassés, excessifs, cyniques, désinvoltes, las, aveugles et sourds à tout ce qui se déroule hors les murs de la Croisette.
Cannes, cet animal sauvage palmé, mystérieux et indomptable, qui en a perdu certains et tant à force de les éblouir, les fasciner, les aliéner. Jeu dangereux avec lequel, là plus qu’ailleurs, les personnalités peuvent prendre des reflets changeants, finalement éclairants, révélant le portrait de Dorian Gray en chacun.
Ne vous méprenez pas: malgré la noirceur, ou plutôt la lucidité du tableau, j’y vais avec un enthousiasme inégalé, une curiosité inextinguible pour le cinéma et la vie qui s’y entremêlent, s’y défient et entrechoquent, étrangement et parfois même sublimement, l’espace d’un inestimable instant, lequel instant sublime, à lui seul, éclipse alors le souvenir amer de la foire aux vanités que Cannes est aussi. C’est en effet parfois le culte du dérisoire qui y devient essentiel mais qui, à y regarder de plus près, le révèle aussi, si bien ou si mal, cet essentiel.
Et puis évidemment on aurait presque tendance à l’oublier: il y a aussi le cinéma presque dissimulé derrière tous ceux qui font le leur, le cinéma si multiple, si surprenant, si audacieux, si magique encore et plus que jamais, à Cannes, plus qu’ailleurs. D’ailleurs, à Cannes, tout est plus qu’ailleurs. Les émotions. Le soleil. Les solitudes qui se grisent et s’égarent et se noient dans la multitude. Les soirées sans fin, sans faim à force d’être enchaînées pour certains. La foule si pressée et atypique du festival qui, mieux que nulle autre, sait être passionnément exaltée et aussi impitoyable avec la même incoercible exaltation.
Cannes, c’est aussi cet endroit où on ne cesse d’être surpris, de s'acharner à ne pas le paraître, même si d'autres sont vraiment blasés, tristement: valse troublante des apparences que Cannes exhale et exhibe, adore et abhorre. Cannes décidément si versatile et éclectique. A Cannes, nous sommes tous des enfants gâtés, capricieux qui oublions le lendemain, qui oublions que tout doit finir un jour, que la vie ne peut être une fête et un spectacle et une histoire et une nuit sans fin.
Cannes passionnément : tour à tour haïssable et adorable donc. Effrayante et fascinante. Là où la réalité titube, où la vie virevolte. Cannes hiérarchique et arrogante où, soudain, subrepticement, magnifiquement, surgissent des instants de grâce. Cannes et ses applaudissements effrénés, ses réactions exacerbées, ses émotions démultipliées, ses regards parfois blasés, harassés, rassasiés. Rassasiés de feindre d’être blasés. Rassasiés d’images. Rassasiés d’hypocrisie, là où, aussi, pour paraphraser Molière, elle est « un vice à la mode » et, là où aussi, elle « passe pour vertu ». Ou, comme le mien, captivé et curieux, le plus souvent.
Cannes et sa frénésie : de fêtes, de bruit, de rumeurs, de scandales, de cinéma, surtout, malgré tout. Cannes effervescente qui s’enivre de murmures, qui se grise de lumières éphémères, qui s’en étourdit oubliant presque celles du Septième Art. Cannes magique, insaisissable. Cannes versatile. Cannes excessive. Cannes qui ne connaît pas la demi-mesure dans la majesté comme dans la brutalité, dans le rêve comme dans le cauchemar, mais c’est aussi ce qui rend ce festival irrésistible et unique.
Cannes prompt à magnifier ou détruire. A déifier ou piétiner. Cannes où des rêves achoppent, où des illusions se brisent, où des projets s’esquissent, où des carrières s’envolent, où des films vous éblouissent, où des regards étincellent, où des cinéastes émergent, se révèlent au monde, nous révèlent un monde. Le leur. Le nôtre. Cannes et sa palme. D’or et de bruit et de lumières. Tonitruante, retentissante, scintillante. Cannes aux intentions pacifistes, aux débats presque belliqueux. Cannes paradoxale. Multiple et unique. Lumineuse et violente. Inimitable.
Cannes, aussi, surtout, le plus grand festival de cinéma au monde que j’aime passionnément, où j’ai tant de souvenirs inénarrables et inoubliables : j’y ai ainsi découvert des cinéastes comme Alexandre Sokourov, Nuri Bilge Ceylan, Park Chan-wook, Paolo Sorrentino, James Gray, Fatih Akin et tant d’autres ; j’y ai vécu des instants de cinéma uniques comme les projections d’ « Elephant » de Gus Van Sant, de « L’enfant » des frères Dardenne, du « Pianiste » de Roman Polanski, d’ « Entre les murs » de Laurent Cantet, dans le vertigineux Grand Théâtre Lumière ; j’y ai assisté à la si émouvante cérémonie des 60 ans du festival ; j’y ai assisté aux passionnantes leçons de cinéma de Catherine Deneuve, de Martin Scorsese et de Quentin Tarantino ; j’y ai revu le burlesque et irrésistible « Mécano de la Général » de Buster Keaton ; j’y ai découvert des films saisissants comme « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ; j’y ai croisé Pedro Almodovar et ses actrices auréolées d’un prix d’interprétation lors d’un moment improbable et magique ; j’y ai vécu de formidables frissons cinéphiliques. De bonheur. D’effroi. D’émotion. De tension.
Cannes où, pour paraphraser Gilles Jacob dans son autobiographie, cette année plus que jamais la « vie passera comme un rêve », Cannes qui, pourtant, n’est « pas un paradis pour les âmes sensibles » : Cannes qui marie si bien les paradoxes. Cannes dont j’attends avec une impatience fébrile et grandissante cette 62ème édition avec sa myriade inégalée ( ?) de grands réalisateurs : Almodovar, Resnais, Haneke, To, Campion, Lee, Audiard, Loach et tant d’autres, mais aussi tous ceux, inconnus et non moins talentueux peut-être, que ce festival me fera découvrir!
Alors… quand retentira la musique de Saint-Saëns, indissociable de ce festival, réminiscence de tant de souvenirs, ceux de mon enfance à travers l’écran et ceux de mon irréelle réalité, je sais déjà qu’une irrépressible émotion s’emparera de moi, je sais que Cannes m’emportera dans son tourbillon éblouissant et terrifiant, je sais, surtout, après tout, que le cinéma, toujours, finira pas triompher.
Sandra.M
08:00 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, éditorial, allociné, cannes, représentation, festival |
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28.05.2008
Mon Festival de Cannes 2008 : le miroir d'un monde aveugle et suffocant et la passion de rêver, invincible malgré tout…
Trois jours après cette parenthèse cannoise enchanteresse et désenchantée, je lis les comptes-rendus dans les journaux comme une réalité qui me serait étrangère, lisse, lointaine, dépourvue de la frénésie grisante dans laquelle j’ai été immergée pendant 12 jours, « entre les murs » invisibles de la Croisette comme si, à l’image du film éponyme, aucune vie n’existait hors champ, hors les quelques mètres de cette bulle d’irréalité où les émotions, les frustrations, les joies réelles et cinématographiques procurant un sentiment d’éternité factice sont tellement disproportionnés, et où, comme dans le film éponyme, elles en révèlent tant sur le monde extérieur.
Cette année Cannes avait la frivolité coupable, le dérisoire utile, la dérision nécessaire. Dehors toujours les mêmes extravagances, la même Croisette insolemment insomniaque où se frôlaient, se heurtaient une faune inénarrable et volubile, une foule bigarrée aux déambulations unanimes, le même va et vient incessant de festivaliers exaltés, harassés, excessifs, cyniques, désinvoltes, las, aveugles et sourds à tout ce qui se déroule hors les murs de la Croisette.
Sur les écrans, une autre réalité parfois crue donnait bonne ou mauvaise conscience aux festivaliers leur jetant en pleine figure sur l’écran impitoyablement gigantesque du Grand Théâtre Lumière leur aveuglement les emmenant au Sri Lanka en plein tsunami ( « The third wave » de Alyson Thompson), au Malawi avec Madonna, « entre les murs » d’une école qui renvoie des échos graves et poétiques, drôles et violents d’une portée universelle, dans les prisons réelles ou fictives (parfois fictivement très réalistes), au propre comme au figuré que ce soit dans « Hunger » de Steve Mc Queen ou « Blindness » de Fernando Mereilles ou « Les 3 singes » de Nuri Bilge Ceylan dont les titres évoquent même l’aveuglement ( les 3 singes font référence à la fable éponyme selon laquelle on choisit de nier la vérité en refusant de la voir, l’entendre ou d’en parler).
C’est d’ailleurs particulièrement significatif : 3 des films les plus intéressants et réussis de ce festival étaient des vrais ou faux documentaires (« Je veux voir », « La vie moderne », « Entre les murs »). Même des films qui n’en étaient pas comme « Le silence de Lorna » des Dardenne et « Il Divo » de Paolo Sorrentino sur Giulio Andreotti nous plongeaient dans une réalité sociale ou politique, la difficile condition des immigrés dans le premier cas, les ramifications obscures de la vie politique d’Andreotti dans le second.
Le cinéma, cette année, à Cannes, se devait d’être un témoignage avant d’être un voyage, il se devait d’être utile plutôt que d’être futile, ouvert sur le monde pour dénoncer son enfermement. Dans un monde enfermé, le cinéma a honte de s’évader, nous en évader et préfère nous éclairer en nous montrant sa face obscure qu’il a parfois niée ou à laquelle il a parfois surtout cherché à nous faire échapper.
A Cannes aussi, comme dans le monde extérieur que ses écrans reflètent, on se voit sans vraiment se rencontrer, on se rencontre sans vraiment se voir. Mais dans les deux univers, fictifs et réels, dans les salles du festival et en dehors, surgirent et persistent des images indélébiles et des émotions fortes, pêle-mêle : des rendez-vous joliment manqués, des retrouvailles réelles aux accents cinématographiques, des instants intemporels, une frontière de l’aube au romantisme ensorcelant et rassurant (même si désuet et désespérant pour certains), le regard inoubliable de Catherine Deneuve (égaré, puis reconnaissant, puis passionné, puis ouvrant sur un océan d’histoires et de possibles) au dénouement du magnifique « Je veux voir » (à mon avis le meilleur film de ce festival) , des cris déchirants et poignants jetés à la face du monde par le miroir grossissant magique et si puissant de l’écran, des applaudissements effrénés, le regard juvénile et l’enthousiasme du centenaire Manuel de Oliveira, des destins qui se frôlent, s’échappent et s’envolent, la beauté cruelle, contemplative, magnétique, poignante et picturale du film de Nuri Bilge Ceylan, la réalisation époustouflante, vertigineuse et l’humour noir décapant du portrait qui l’était tout autant d’Andreotti dans « Il Divo », l’amour inconditionnel dans « Le silence de Lorna » et l’interprétation magistrale d’Arta Dobroshi, la singularité touchante du personnage de Joaquin Phoenix dans le passionnel « Two lovers » de James Gray, la grâce et la violence et l’humanité et l’ambivalence humaine d’Entre les murs et de son interprète principal, le regard magnétique de Clint Eastwood, la passion communicative de Quentin Tarantino et l’ambiance électrique de sa leçon de cinéma, les instants de vérité désarçonnant de la « Vie moderne » de Raymond Depardon, la gravité de Sean Penn, toute cette folie excessive et dérisoire, grandiose et futile que des mots ne sauraient retranscrire, des instants « truffaldiens » inestimables, sublimés, felliniens, vains, implicites, rêvés peut-être, la folie Indiana Jones, l’oubli du lendemain, de la fin dans une valse étourdissante d’infini illusoire et de vie cinématographique, un conte d’été à l’image de celui de noël : parfois aussi féroce et virevoltant. 12 journées denses, enrichissantes, exaltées et exaltantes, une cérémonie d’ouverture agréablement impromptue, de belles réminiscences, bref 12 jours « in the mood for Cannes ».
A Cannes, sans doute, déjà, la mer a retrouvé son horizon bleuté débarrassée des yachts qui l’obscurcissaient, le tapis couleur pourpre qui recouvrait les marches les plus célèbres du monde a été enlevé, les plages ont retrouvé le goût du silence, les passants se sont clairsemés et ont retrouvé un rythme normal comme si tout cela n’avait jamais existé… et après tout cela semblait parfois si irréel que nous avons peut-être tout simplement rêvé…
Vous pourrez continuer à suivre l’actualité cinématographique sur mon autre blog « In the mood for cinema » (http://monfestivalducinema.hautetfort.com ) avec notamment de nouveaux articles sur les films cannois notamment lorsqu’ils sortiront en salles en France. Je vous reparlerai également des « 3 singes » de Nuri Bilge Ceylan auquel je n’ai pas consacré l’article que ce très beau film aurait mérité.
En septembre, vous pourrez suivre le Festival du Cinéma Américain de Deauville en direct sur mon blog « In the mood for Deauville » avec des comptes-rendus à l’image de ceux de ce Festival de Cannes 2008 ( http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com ) et dès le mois de juin vous pourrez y lire les premiers échos concernant le jury et la programmation. Vous pouvez d’ores et déjà y trouver toutes les informations pratiques concernant le Festival ainsi que mes comptes-rendus des éditions précédentes.
Je vous rappelle que vous pouvez voir ou revoir les films des sélections parallèles 2008 du festival à Paris: de la Quinzaine des Réalisateurs au Cinéma des Cinéastes et les films de la sélection Un Certain Regard au Reflet Médicis du 28 Mai au 3 Juin ainsi que la Semaine de la Critique du 3 au 8 Juin à la Cinémathèque française.
Merci à ceux, plus nombreux que jamais cette année, qui ont suivi le festival sur « In the mood for Cannes ». Merci au prestigieux LeMonde.fr, au glamour site de L’Oréal, au sympathique Radio France Ile-de-France, au passionnant et prolifique site des étudiants en journalisme de Science-po, et quelques autres pour les échos retentissants qu’ils ont donnés à ce blog.
Je vous invite à laisser ci-dessous vos commentaires sur le palmarès 2008 (que vous pouvez trouver dans mon article plus bas) ainsi que vos commentaires et suggestions sur ce blog.
A l’année prochaine…si je le vaux et veux bien…
En attendant, je rentre dans ma réalité avec la passion du cinéma, toujours aussi dévorante, irrépressible, et surtout avec la passion de rêver, de croire à l’impossible et de savoir et vouloir l’imaginer.
Vive le cinéma !
Les films du Festival de Cannes 2008 recommandés par « In the mood for Cannes » :
Voici les 9 films parmi les 20 que j’ai vus cette année que je vous recommande vivement même si, pour la première fois, cette année, je n’ai pas eu de véritable coup de cœur... Vous pouvez lire mes critiques de ces films sur ce blog:
-« Les 3 singes » de Nuri Bilge Ceylan
-« Le silence de Lorna » de Jean-Pierre et Luc Dardenne
-« Two lovers » de James Gray
-« La frontière de l’aube » de Philippe Garrel
- « Il Divo » de Paolo Sorrentino
- « Entre les murs » de Laurent Cantet
-« La vie moderne » de Raymond Depardon
-« Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
« Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal » de Steven Spielberg
12:13 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans EDITORIAUX | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival, cannes, entre les murs, laurent cantet, sean penn, blog |
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