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  • Le programme et les jurys dévoilés!

    medium_afficge.3.JPGAnnoncés ce midi, voici toute la programmation du 6Oème Festival de Cannes ainsi que ses jurys. medium_Sfar.3.JPGJ’y reviendrai très prochainement pour les commenter. En attendant, je vous laisse déguster le programme de cette savoureuse et tant attendue 60ème édition…

    Le jury des longs métrages de la compétition officielle

    Stephen Frears, Président, entouré de :

    Maggie Cheung (actrice – Hong Kong)

    Toni Collette (actrice – Australie)

    Maria De Medeiros (actrice, Réalisatrice – Portugal)

    Sarah Polley (actrice, Réalisatrice –Canada)

    Marco Bellocchio (réalisateur – Italie)

    Orhan Pamuk (écrivain)

    Michel Piccoli (acteur et réalisateur – France)

    Abderrahmane Sissako (réalisateur – Mauritanie)

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    Jury de la Cinéfondation et des courts métrages :

     Jia Zhang Ke, Président (Réalisateur-Chine)

    Niki Karimi (Actrice-Iran)

    Deborah Nadoolman Landis (Créatrice de costumes-Etats-Unis)

    J.M.G Le Clézio (Ecrivain-France)

    Dominik Moll (Réalisateur-France)

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    Jury Un Certain Regard

    Présidente : Pascale Ferran

    Jasmine Trinca

    Cristi Puiu

    Kent Jones

    Bian Qin

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    Jury de la Caméra d’or :

    Président : Pavel Longuine

    Julie Bertucelli

    Clotilde Courau

    Renato Berta

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    Sélection Officielle :

    La compétition

    Film d’ouverture : My Blueberry nights de Wong Kar Wai

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    4 Mois, 3 semaines et 2 jours - Cristian Mungiu

    Alexandra - Alexandre Sokurov

    Death proof- Quentin Tarantino

    Breath - Kim Ki-duk

    De l'autre côté - Fatih Akin

    Import / Export - Ulrich Seidl

    Izgnanie - Andrei Zviaguintsev

    La Forêt de Mogari - Naomi Kawase

    La Nuit nous appartient - James Gray

    Le Scaphandre et le papillon - Julian Schnabel

    Les Chansons d'amour - Christophe Honoré

    L'Homme de Londres - Bela Tarr

    Lumière silencieuse - Carlos Reygadas

    No country for old men - Ethan & Joel Coen

    Paranoid Park - Gus Van Sant

    Persépolis - Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud

    Promets-le moi - Emir Kusturica

    Secret sunshine - Lee Chang-Dong

    medium_zodiac.JPGTehilim - Raphaël Nadjari

    Une vieille maîtresse - Catherine Breillat

    Zodiac - David Fincher

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    Un Certain Regardmedium_regard07.JPG

    Le rêve de la nuit d’avant-Valeria Bruni-Tedeschi

    Calle Santa Fe – Carmen Castillo

    Chung Lee-Isaac-Muyurangabo

    Lola Doillon- Et toi t’es sur qui?

    Enrique Fernandes

    Cesar Charlone-El Bano del Papa

    Eran Kolirin-La Visite de la Fanfare

    Harmony Korine-Mister Lonely

    Kadri Kousaar-Magnus

    Li Yang-Mang  Shan

    Danuele Luchetti-Mon Frère est Fils Unique

    Cristian Nemescu-California Dreamin’(Sans Fin)

    Jaime Rosales-La Soledad

    Barbet Schroeder-L’avocat de la terreur

    Céline Sciamma-Les pieuvres

    Robert Thalheim-Am Ende Kommen Touristen

    Ekachai Uekrongtham-Kuaile Gonchang

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    Sélection officielle : films présentés hors compétition

     

    A Mighty Heart - Michael Winterbottom

    Boarding gate - Olivier Assayas

    Go Go Tales - Abel Ferrara

    Ocean's 13 - Steven Soderbergh

    Sicko - Michael Moore

    U2 3D - Catherine Owens & Mark Pellington

    Séances spéciales

    Chronique d'une femme chinoise - Wang Bing

    La Guerre - Ken Burns & Lynn Novick

    Le Dernier virage - Leila Conners Petersen & Nadia Conners

    Retour en Normandie - Nicolas Philibert

    Film du 60e anniversaire

    Chacun son cinéma - Théo Angelopoulos, Olivier Assayas Olivier, Bille August, Jane Campion, Youssef Chahine, Michael Cimino, Joel Coen, Ethan Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Manoel de Oliveira, Raymond Depardon, Atom Egoyan, Amos Gitaï, Hou Hsiao Hsien, Alejandro González Inárritu, Chen Kaige, Wong Kar-Wai, Aki Kaurismäki, Kiarostami Abbas, Takeshi Kitano, Andrei Konchalovsky, Claude Lelouch, Ken Loach, Tsai Ming-liang, Nanni Moretti, Roman Polanski, Raoul Ruiz, Walter Salles, Elia Suleiman, Gus Van Sant Gus, Lars von Trier, Wim Wenders et Zhang Yimou.

    Hommages du 60e anniversaire

    Boxes - Jane Birkin

    Centochiodi - Ermanno Olmi

    Roman de gare - Claude Lelouch

    Ulzhan - Volker Schlöndorff

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    Les rendez-vous du festival :

    -La leçon de cinéma de Martin Scorsese

    -La leçon d’acteur de Sergio Castellito

    -La leçon de musique de Howard Shore, en présence de David Cronenberg

    -Un hommage à Henry Fonda, en présence de sa fille Jane Fonda

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    Cannes classics- Documentaires sur le cinéma :

    Maurice Pialat, l’amour existe par Anne-Marie Faux et Jean-Pierre Devillers

    Brando par Mimi Freedman et Leslie Greif

    Lindsay Anderson, never apologize par Mike Kaplan

    Pierre Rissient par Todd McCarthy

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    Le concert anniversaire :

    Dimanche 20 Mai, un concert public de musique de films sera organisé plage Macé.

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    La rencontre ouverture : Cinéma, vers le public de demain

    Débat entre professionnels sur les liens entre création cinématographique, nouvelle plateforme de promotion et de diffusion, et de l’évolution de pratique des spectateurs.

    La journée de l’Europe

    Le Festival de Cannes accueille la cinquième journée de l’Europe, samedi 26 Mai, réunissant les ministres européens de la culture et des personnalités du cinéma pour approfondir ls réflexions de la rencontre d’ouverture et chercher des solutions politiques aux mutations du paysage numérique.

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    Pour en savoir plus sur les films de la Cinéfondation et les courts métrages en compétition dont je vous parlerai ultérieurement, je vous renvoie vers le site officiel du Festival de Cannes : http://www.festival-cannes.org .

    Sandra.M

  • L'affiche du Festival 2007 en avant-première : l'élan vigoureux d'un sexagénaire enthousiaste et multiculturel!

    medium_afficge.JPG
    Pour patienter, en attendant l'annonce de la sélection officielle que nous connaîtrons demain, je vous présente l'affiche officielle de cette soixantième édition, une affiche à l'image de ce que veulent les organisateurs pour cette édition 2007 et à l'image de ce que ce festival représente: un festival ouvert aux cinémas (à tous les cinémas) du monde et de tous les continents, un festival tourné vers l'avenir et la cinéphilie qui n'oublie pas le cinéma dit plus commercial, un festival qui constitue aussi un véritable élan et un tremplin pour les cinéastes qui y présentent leurs films, un festival tourné vers ceux qui font le cinéma. Selon le communiqué de presse du festival "l'affiche du 60ème anniversaire est le manifeste d'un festival en mouvement vers l'avenir".
    Cette photographie a été réalisée par Alex Majoli qui a réalisé une série de portraits d'artistes sautant devant son objectif. A partir de ces clichés, le graphiste Christophe Renard a composé une chorégraphie réunissant Pedro Almodovar, Juliette Binoche, Jane Campion, Souleymane Cissé, Penelope Cruz, Gérard Depardieu, Samuel.L Jackson, Bruce Willis et Wong Kar Wai. 
     Plus que jamais, en 2007, à Cannes: viva il cinema!
    Sandra.M

  • Rumeurs cannoises et ode au cinéma asiatique

    medium_mood.2.JPGJe vous ai déjà parlé ici de mon goût prononcé pour le cinéma asiatique notamment en évoquant longuement Wong KAr Wai: ici.

    La rumeur selon laquelle non seulement Wong Kar Wai serait de nouveau présent cette année au festival avec "My Blueberry nights", Hou Hsiao-Hisen avec "Le ballon rouge" et Kim Ki Duk avec "Breath" est pour moi l'occasion de vous parler de ce dernier, réalisateur particulièrement prolifique dont j'avais tout particulièrement apprécié: Printemps, été, automne, hiver et printemps ou encore Locataires. Je vous propose ainsi mes critiques de ces deux films ainsi que celle de Three times de Hou Hsiao Hsien...pour patienter en attendant l'annonce des résultats...de la programmation du 60ème Festival de Cannes, le 19 Avril.

    Locataires de Kim Ki Duk

     Ma curiosité était d’ores et déjà suscitée par le nom du prolifique et éclectique Kim Ki Duk gardant encore un souvenir émerveillé de sa symphonie picturale : « printemps, été, automne, hiver et printemps ». J’étais aussi intriguée par le silence évocateur de ceux qui avaient eu la chance de le voir.

    Résumer ce film ne ferait qu’en dénaturer immodestement l’originalité tout comme donner la parole à ses personnages aurait amoindri l’intensité et la beauté de leur relation. Alors en vous transmettant quelques bribes d’éléments j’espère medium_locataires.2.JPGvous donner envie de courir dans les salles obscures et d’accompagner ces Locataires dans leur errance langoureuse et mélancolique. Kim Ki Duk invente en effet un univers (à moins que ce ne soit les personnages qui l’inventent, une réalisation parfaitement maîtrisée entretenant délibérément l’ambiguïté) où les paroles sont superflues, inutiles, vaines puisque les deux personnages principaux n’échangent pas un mot. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de dire pour exprimer, pour ressentir l’étrange et immédiate harmonie qui les unit, un peu comme la musique transcrivait les sentiments dans le sublime « In the mood for love » de Wong Kar Waï sans nécessiter le moindre dialogue. La parole n’est ici que source de maux et d’hypocrisie. Le décor (réel protagoniste du récit ?) agit comme un symbole (espaces vides symbolisant la solitude des personnages mais aussi symbole de l’image que souhaitent donner d’eux-mêmes les propriétaires) mais aussi une cristallisation puis une réminiscence de l’histoire d’amour, comme un lien entre ces deux âmes solitaires et blessées. Lien intense et (car) indicible. L’humour, comme la violence d’ailleurs, est judicieusement distillé et apporte un aspect ludique, voire fantaisiste. Kim Ki Duk n’oublie pas non plus d’égratigner la société coréenne : corruption de la police etc.
    Cette balade poétique et surréaliste nous emmène et nous déconcerte. La frontière entre rêve et réalité (y) est parfois si étanche…alors si vous ne craignez pas de la franchir laissez-vous dériver en suivant ces Locataires et leur réjouissante et onirique errance. « Locataires » est de ces films dont vous sortez le cœur léger, ignorant la pluie et la foule, encore délicieusement endoloris, encore dans le monde dans lequel ils vous aura transportés et dont seul un silence évocateur, oui effectivement, pourra approcher l’intensité comme unique réponse aux interrogations des non initiés dont, je l’espère, vous ne ferez bientôt plus partie !
    Ce film a reçu le Lion d’Argent, prix de la mise en scène Venise 2004.

    Printemps, été, automne, hiver et printemps de Kim Ki Duk

     Grâce, notamment, à l’ingéniosité de la réalisation j’ai été happée par cet univers  surréaliste et magique, cette histoire singulière, intemporelle et universelle qui substitue mieux que jamais à notre regard « un monde qui s’accorde à ses désirs »pour reprendre la citation de Bazin qui pourrait avoir été inspirée par ce film car ces saisons-là sont avant tout celles des évènements qui rythment la vie d’un homme.

    medium_printemps.JPG Déjà le synopsis suscite la curiosité du spectateur : un maître bouddhiste et son tout jeune disciple vivent au cœur d’un temple, coupés du monde, un temple dont le cadre évolue au gré des saisons, comme le laisse entendre le titre éponyme, et au rythme des sentiments changeants du jeune disciple.

     En effet, ce synopsis promet une véritable cristallisation des passions dans cet univers dichotomique : isolé mais constamment perturbé par les tentations du monde extérieur, un monde qui reste toujours hors champ mais qui est néanmoins si présent.

    Chaque saison symbolise une étape de la vie, les états d’âme, une âme divisée, éventrée même, du protagoniste : l’insouciance de l’enfance, (printemps), l’inconscience de l’adolescence, (automne), la violence de l’âge adulte (été), la sagesse de la vieillesse (hiver)…et la renaissance (printemps).

    La beauté picturale du paysage qui évolue au gré des saisons reflète les sentiments exacerbés des personnages…et la photographie d’une magnificence indicible n’a rien à envier à celle d’un autre chef d’œuvre du cinéma asiatique évoqué précédemment :  In the mood for love  de Wong Kar Wai.

     Comme cela arrive parfois la mise en scène n’est pas privilégiée au détriment du scénario, celui-ci étant réellement ciselé et retenant constamment l’attention du spectateur, un spectateur qui ne cesse d’être habilement manipulé et surpris, envoûté, emporté même par ces saisons d’une beauté hypnotisante.

    Chaque plan est empreint de poésie, une poésie parfois désenchantée mais non moins magnifique et bouleversante.

    Cruauté, passion amoureuse, jalousie, crime même : c’est la valse des sentiments autant que la valse des saisons.

    Kim Ki Duk utilise l’art de la métaphore avec subtilité faisant preuve d’une virtuosité stylistique indéniable.

    La rareté des dialogues n’est jamais dérangeante, bien au contraire, elle met en exergue la qualité de la mise en scène, le montage si judicieux, et reflète l’ascétisme du cadre de vie des personnages.

    Plus qu’un film c’est une expérience, le spectateur se trouvant immergé dans cet univers singulier dont il ne ressort pas indemne, ayant vécu en même temps que le personnage principal un véritable voyage initiatique et dont il ressort avec une seule et irréfragable envie : refaire le voyage, revivre les saisons au rythme de Kim Ki Duk, revoir le cycle de la vie dépeint avec tant de talent dans cette brillante et ensorcelante métaphore filmique, cette parabole sur l’existence si savamment représentée.

     

                                                                          Critique de Three Times de Hou Hsio Hsien

     

    Hou Hsiao Hsien avec ces « Three times » se lance, et nous lance, en effet un défi poétique : retrouver un moment medium_three.JPGd’euphorie qui ne reviendra jamais, un instant dont nous avons la nostalgie non parce-qu’il serait le meilleur mais parce-que nous l’avons perdu à jamais. De cet instant notre mémoire ne conserve que les réminiscences, et de cette manière cet instant demeure le plus beau sans comparaison possible. Ces « Three times » sont en effet trois époques, trois histoires (1911, 1966, 2005) incarnées par le même couple de comédiens. C’est surtout la triple réincarnation d’un amour infini. Dès les premiers plans le spectateur se retrouve immergé dans ce conte sentimental, fasciné par sa langueur ensorcelante, comme un tableau qui vous hypnotise et vous bouleverse instantanément sans que vous sachiez réellement pourquoi. La magie des sentiments et des moments uniques qu’il retranscrit transparaît dans chaque geste et surtout chaque silence des personnages qu’il filme comme des danses langoureuses. On songe évidemment à « In the Mood for love » de Wong Kar Waï qu’il ne détrône néanmoins pas de son piédestal, véritable perfection du genre. Ici le non dit et le silence remplacent des dialogues inutilement explicatifs (comme au temps du muet des cartons remplacent les dialogues), la lenteur judicieuse incite à la rêverie qu’une réalisation plus didactique n’aurait pas permis. Si « three times » est un bel exercice de style il ne l’est pas seulement. L’envoûtement est tel qu’on voudrait ne plus quitter cette atmosphère et ces instants sublimés. Dommage que la troisième partie ne soit pas à la hauteur des deux premières, plus expéditive, plus explicative, peut-être aussi car la contemporanéité et sa violence empêchent l’éternité. C’est enfin un poème intemporelle et nostalgique au rythme délicieusement séduisant. Plus qu’un film c’est une expérience, une belle utopie à laquelle il parvient à nous faire croire, un rêve dont on n’aimerait pas se réveiller, comme celui dans lequel vous plonge ce festival et ses instants surréalistes

     

     

     

    Sandra.

  • La magie invisible...

    Le Festival de Cannes réalise des gros plans sur le cinéma d'aujourd'hui et de demain mais aussi des travellings arrières sur l'Histoire du septième Art nous permettant de découvrir ou de redécouvrir des chefs d'oeuvre du cinéma. 

    Aujourd'hui j'ai choisi de vous parler de l'un de mes cinéastes favoris qui a été maintes fois honoré à Cannes: d'une part, pour sa participation à la compétition officielle en 1970 pour "Les choses de la vie",  d'autre part grâce au documentaire intitulé "Claude Sautet ou la magie invisible" réalisé par Nguyen Trong Binh projeté en avant-première au Festival de Cannes 2003.

    En 2001, un an après sa mort, le Festival de Cannes lui a par ailleurs rendu hommage  par une exposition et une rétropective avec notamment la projection de "Max et les Ferrailleurs".

    Si Claude Sautet n'a jamais été primé à Cannes (C'est Robert Altman qui a reçu la palme d'or en 1970), il fait indéniablement partie de ceux qui en ont écrit l'Histoire et accessoiremment de ceux qui ont fait naître ma passion immodérée pour le septième Art ("Un coeur en hiver" figure ainsi en tête de mon panthéon cinématographique!), c'est pourquoi aujourd'hui en guise d'hommage je vous propose un portrait de ce cinéaste.

    Claude Sautet. Les Grands Films Classiques

     

    Il y a les cinéastes qui vous font aimer le cinéma, ceux qui vous donnent envie d’en faire, ceux qui vous font appréhender la vie différemment, voire l’aimer davantage encore. Claude Sautet, pour moi, réunit toutes ces qualités.

    « Les films de Claude Sautet touchent tous ceux qui privilégient les personnages par rapport aux situations, tous ceux qui pensent que les hommes sont plus importants que ce qu’ils font (..). Claude Sautet c’est la vitalité. » (François Truffaut)

     

    Un cinéma de la dissonance

     

    Sur la tombe de Claude Sautet au cimetière Montparnasse, il est écrit : « Garder le calme devant la dissonance », voilà probablement la phrase qui définirait aussi le mieux son cinéma : d’abord parce-que son cinéma est un cinéma de la dissonance, de l’imprévu, de la note inattendue dans la quotidienneté et ensuite parce-que cette épitaphe fait référence à la passion de Claude Sautet pour la musique. Claude Sautet a ainsi été critique musical au journal Combat, un journal de la Résistance, il avait ainsi une vraie passion pour le jazz et pour Bach, notamment. Il a par ailleurs consacré un film entier à la musique, Un cœur en hiver, (d’après un recueil de nouvelles de Lermontov : Un héros de notre temps) le meilleur selon moi, certainement le film que j’ai le plus revu, tant les personnages y sont ambivalents, complexes, bref humains, et tout particulièrement le personnage de Stéphane interprété par Daniel Auteuil, le « cœur en hiver », pouvant donner lieu à une interprétation différente à chaque vision du film.

     

    Un peintre des sentiments et de la société ?

     

    Je disais « dépeindre » car Claude Sautet est souvent évoqué comme le « peintre de la société française » ou encore comme le "peintre des sentiments ». Pour la première expression, qu’il récusait d’ailleurs, s’il est vrai que la plupart de ses films sont des tableaux de la société contemporaine, notamment de la société d’après 1968, et de la société pompidolienne, puis giscardienne, et enfin mitterandienne ses personnages et les situations dans lesquelles il les implique sont avant tout universels, un peu comme La Comédie Humaine peut s’appliquer aussi bien à notre époque qu’à celle de Balzac.

     

    Concernant l’expression « peintre des sentiments » il est vrai que rarement un cinéaste aura su esquisser aussi bien les passions contenues et les tourments de l’âme humaine. Pour moi Claude Sautet est pourtant davantage un chef d’orchestre de génie qu’un peintre. D’abord, parce-que ses films ont un véritable aspect chorégraphique, Garçon et sa mise en scène chorégraphiée qui est aussi un hommage à Tati en est la preuve flagrante, Claude Sautet y montrant la vie d’une grande brasserie filmée comme un théâtre en mouvement perpétuel, ensuite parce-que le tempo de ses films est réglé comme une partition musicle, impeccablement rythmée, une partition dont on a l’impression qu’en changer une note ébranlerait l’ensemble de la composition.

     

    L'unité dans la diversité

     

     Pour qualifier son cinéma et l'unité qui le caractérise malgré une diversité apparente, nous pourrions ainsi paraphraser cette devise de l’Union européenne. Certes a priori, L’arme à gauche est très différent de Vincent, François, Paul et les autres, pourtant si son premier film  Classe tous risques  est un polar avec Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo ( Bonjour sourire, une comédie, a été renié par Claude Sautet qui n’en avait assuré que la direction artistique), nous pouvons déjà y trouver ce fond de mélancolie qui caractérise tous ses films.

    Il faudra attendre Les choses de la vie en 1969 pour que Claude Sautet connaisse la notoriété.

    Et en 1971, s’il revient au polar avec Max et les ferrailleurs, c’est pourtant avant tout un film très noir, tragique même, une étude de mœurs qui se caractérise par l’opacité des sentiments des personnages.

    Tous ses films se caractérisent d’ailleurs par le suspense (il était fasciné par Ford et Hawks ) : le suspense sentimental avant tout, concourant à créer des films toujours haletants et fascinants.

     

    Un cinéma de l’implicite et de l’incertitude

     

    Claude Sautet citait ainsi souvent la phrase de Tristan Bernard : « il faut surprendre avec ce que l’on attend ». On ne peut certainement pas reprocher au cinéma de Claude Sautet d’être démesurément explicatif, c’est au contraire un cinéma de l’implicite, des silences et du non dit.

    Dans Nelly et M. Arnaud se noue ainsi une relation ambiguë entre un magistrat à la retraite, misanthrope et solitaire, et une jeune femme au chômage qui vient de quitter son mari. Au-delà de l’autoportrait ( Serrault y ressemble étrangement à Sautet ), c’est l’implicite d’un amour magnifiquement et pudiquement esquissé, composé jusque dans la disparition progressive des livres d'Arnaud, dénudant ainsi sa bibliothèque et faisant réfèrence à sa propre mise à nu. La scène pendant laquelle Arnaud regarde Nelly dormir, est certainement une des plus belles scènes d’amour du cinéma: silencieuse, implicite, bouleversante. Le spectateur retient son souffle, le suspense, presque hitchcockien y est à son comble. Sautet a atteint la perfection dans son genre, celui qu'il a initié: le thriller des sentiments.

     

     Pascal Jardin disait  de Claude Sautet qu’il « reste une fenêtre ouverte sur l’inconscient ». Ainsi, dans un Cœur en hiver, c’est au cours des répétitions d’un enregistrement de deux sonates et d’un trio de Ravel que les rapports ambigus des personnages se dévoilent : leurs regards sont plus explicites que n’importe quel discours. L’incertitude n’est donc pas seulement sociale mais également affective. Sautet aimait ainsi tout particulièrment La peau douce de Truffaut, ceci expliquant peut-être cela...

     

    Des caractéristiques communes

     

    Les films de Sautet ont tous des points communs : le groupe, (dont Vincent, François, Paul et les autres est le film emblématique), des personnages face à leurs solitudes malgré ce groupe, ses scènes de café,( « A chaque film, avouait Sautet, je me dis toujours : non, cette fois tu n'y tournes pas. Et puis, je ne peux pas m'en empêcher. Les cafés, c'est comme Paris, c'est vraiment mon univers. C'est à travers eux que je vois la vie. Des instants de solitude et de rêvasseries. ») les personnages filmés à travers les vitres de ces mêmes cafés, ses scènes de pluie qui sont souvent un élément déclencheur, ses scènes de colère (peut-être inspirées par les scènes de colère incontournables dans les films de Jean Gabin, Sautet ayant ainsi revu Le jour se lève …17 fois en un mois!), des femmes combatives souvent incarnées par Romy Schneider puis par Emmanuelle Béart, des fins souvent ouvertes et avant tout un cinéma de personnages : César, Rosalie, Nelly, Arnaud, Vincent, François, Paul, Max, Mado, …et les autres, des personnages égarés affectivement et/ou socialement, des personnages énigmatiques et ambivalents.

     

    Un cinéma du désenchantement enchanteur

    Claude Sautet en 14 films a imposé un style, des films inoubliables, un cinéma du désenchantement enchanteur, d'une savoureuse mélancolie, de l’ambivalence et de la dissonance jubilatoires, une symphonie magistrale dont chaque film est un morceau unique indissociable de l’ensemble.

     

    Il a signé aussi bien des "drames gais" avec César et Rosalie, ou encore le trop méconnu, fantasque et extravagant Quelques jours avec moi, un film irrésistible, parfois aux frontières de l’absurde, des films plus politiques notamment le très sombre Mado dans lequel il dénonce l’affairisme et la corruption…

     

    Claude Sautet disait lui-même que ses films n’étaient pas réalistes mais des fables. Son univers nous envoûte en tout cas, et en retranscrivant la vie à sa « fabuleuse » manière, il l’a indéniablement magnifiée. Certains lui ont reproché son classicisme, pour le manque de réflexivité de son cinéma, comme on le reprocha aussi à Carné dont Sautet admirait tant Le jour se lève. On lui a aussi reproché de toujours filmer le même milieu social (bourgeoisie quinquagénaire et citadine). Qu’importe, un peu comme l’ours en peluche du Jour se lève qui a un œil qui rit et un autre qui pleure, nous ressortons de ses films, entre rires et larmes, bouleversés, avec l’envie de vivre plus intensément encore car là était le véritable objectif de Claude Sautet : nous « faire aimer la vie »…et il y est parvenu, magistralement. Personne après lui n’a su nous raconter des « histoires simples » aux personnages complexes qui nous parlent aussi bien de « choses de la vie ».

    Né à Montrouge (près de Paris) en 1924, Claude Sautet est mort à Paris le samedi 22 juillet 2000 à l'âge de soixante-seize ans…

     

    Longs-métrages réalisés par Claude Sautet

    Bonjour sourire (1955)

    Classe tous risques (1960)

     L'Arme à gauche (1965)

    Les Choses de la vie (1970)

     Max et les Ferrailleurs (1970)

    César et Rosalie (1972)

    Vincent, François, Paul et les autres (1974)

    Mado (1976)

    Une histoire simple (1978)

     Un mauvais fils (1980)

    Garçon ! (1983)

    Quelques jours avec moi (1988)

    Un coeur en hiver (1991)

     Nelly et Monsieur Arnaud (1995)

     

    A voir : le documentaire de N.T.Binh Claude Sautet ou la magie invisible , festival de Cannes 2003.

    A noter: Claude Sautet a également travailler comme ressemeleur de scénarii pour de nombreux cinéastes et notamment sur  (parmi de nombreux autres films ) Borsalino de Jacques Deray.

     

    Sandra.M

  • La leçon de cinéma 2007 par Martin Scorsese: invité d'exception du 6Oème anniversaire du Festival

    medium_18680972.2.JPGMartin Scorsese donnera pour le 60e Festival une Leçon de cinéma d'exception : après Oliver Stone, Nanni Moretti et Sydney Pollack, il viendra évoquer son métier de réalisateur et sa passion pour le cinéma.

    En outre, Martin Scorsese, entouré de plusieurs cinéastes, annoncera pendant le Festival de Cannes le lancement de la World Cinema Foundation, vouée à la préservation et la restauration des chefs d'œuvre du cinéma mondial.

    Enfin, le Dimanche 27 mai, lors la cérémonie de clôture, il remettra le prix de la Caméra d'or au réalisateur du meilleur premier film présenté au Festival de Cannes.

    Palme d'or en 1976 avec Taxi Driver et Président du Jury en 1998, Martin Scorsese a remporté cette année l'Oscar du meilleur réalisateur et celui du meilleur film avec The Departed (Les Infiltrés).

     Pour vous donner une idée de ce que sont ces leçons de cinéma qui constituent toujours un des évènements  du Festival, ci-dessous mon récit de la leçon de cinéma donnée par Catherine Deneuve lors du Festival de Cannes 2005:

    LECON DE CINEMA DE Mme CATHERINE DENEUVE AU FESTIVAL DE CANNES 2005

    "Le premier rendez-vous de ce jeudi 12 Mai 2005 a eu lieu salle Bunuel avec "Belle de jour"...enfin Catherine Deneuve...Salle Bunuel la bien nommée donc. La petitesse de la salle procure toujours à ces rencontres avec des cinéastes ou acteurs un ton de confidence. Cette fois le confesseur a pris les traits de Frédéric Mitterrand. Agnès Varda, membre du jury, tente de se faufiler discrètement dans la salle. Peine perdue. Dans la file d'attente des spectateurs la remarquent. Ainsi glane-t-elle autant de compliments que d'applaudissements impromptus. Puis, Gilles Jacob prononce son discours comme il en réserve un à chaque personnalité du septième art ainsi invitée...le terme discours est d'ailleurs quelque peu incorrect celui-ci s'apparentant davantage à une déclaration d'amour à l'actrice. Catherine Deneuve écoute sagement esquissant de temps à autre un sourire, mi-amusée, mi-flattée ou peut-être simplement ailleurs, indifférente à des compliments maintes fois réitérés ou inquiète à la perspective d'être ainsi pour la énième fois observée, détaillée, scrutée et aléatoirement critiquée sur les outrages éventuels des ans qui l'ont pourtant épargnée. Gilles Jacob emporté par la passion révèle qu'il considère que les jurés avaient gaspillé le prix d'interprétation l'année où il ne l'avait pas remis à Catherine Deneuve pour" Le lieu du crime" de Téchiné. En guise de consolation mais surtout d'hommage du festival de Cannes, il remet donc une palme d'honneur d'interprétation à celle qu'il qualifie de "Katharine Hepburn à la française". La salle applaudit timidement. En guise de préambule elle précise qu'elle ne donnera pas de leçon, contrairement à l'intitulé de la rencontre "leçon d'actrice". Après les compliments maintes fois réitérés viennent donc les questions maintes fois réitérées: ses débuts, Françoise Dorléac, François Truffaut... A sa demande défilent quelques extraits de films dans lesquels elle n'a pas joué : "Une femme qui s'affiche" de Cukor, "Le vent de la nuit" de P.Garel, "To be or not to be" de Lubitsch...mais le vrai film n'est pas réellement sur l'écran. Quand la lumière s'éteint pour laisser place à un extrait, Catherine Deneuve, apparemment fébrile, demande à voix basse si elle peut fumer. Son micro la trahit. La salle tressaille. Un léger soubresaut d'imprévu. Dans le clair obscur alors que les images défilent sur l'écran, sa silhouette, cigarette à la main, rappelle furtivement celle des actrices des films noirs. La lumière se rallume. Elle cite Bergman, Kazan aussi beaucoup. Avec l'obscurité,l'imprévu s'est éclipsé. "

    Sandra.M

  • Pascale Ferran, présidente du jury "Un Certain Regard" 2007

    medium_chatterleyb.JPGPascale Ferran présidera le Jury Un Certain Regard. Pour en savoir plus sur Un Certain Regard je vous invite à lire mon article concernant cette section:

     

                                                                 Article sur Un Certain Regard.

     

    Pascale Ferran a été sélectionnée pour la première fois au Festival en 1990 pour son court métrage le Baiser.

     

    Elle revient en 1992 comme scénariste de La Sentinelle d'Arnaud Desplechin présenté en compétition.

    En 1994, elle remporte la Caméra d'Or pour son premier long métrage Petits Arrangements avec les morts. L'Age des possibles sort deux ans plus tard.

     

    En 2006, elle réalise Lady Chatterley qui sera couronné successivement par le Prix Louis-Delluc du meilleur film français de l'année, puis par le César du meilleur film.

    La sélection du Certain Regard sera dévoilée le 19 avril.

    Une reprise de la sélection est d'ores et déjà programmée au Reflet-Médicis (Paris Ve) du 30 mai au 5 juin.
  • Flash-back: pour tout savoir sur Cannes 2005 et 2006

    medium_Cannes_2005.2.JPGBien que j'aille au Festival de Cannes depuis ma participation au prix de la jeunesse, en 2001, j'en rédige un compte-rendu seulement depuis 2005, mon autre blog "In the mood for cinema" ayant été créé en novembre 2004.

     Sur ces comptes-rendus, vous pourrez ainsi lire des récits d'ambiance, les critiques de tous les films en compétition et des avant-premières, des critiques de films présentés dans les sélections parallèles, de nombreuses anecdotes, et mon regard sur ce festival relaté parfois sous forme de feuilleton à épisodes.

     Vous voulez en savoir plus?

     medium_Cannes_2006.JPGVous voulez vous plonger à nouveau dans les éditions 2005 et 2006 du Festival de Cannes?

    Vous voulez avoir l'impression d'y être et de les revivre en direct?

    Alors cliquez sur les deux liens ci-dessous et plongez "In the mood for Cannes" 2005 et 2006:

     Compte-rendu complet du Festival de Cannes 2005

    Compte-rendu complet du Festival de Cannes 2006

    Sandra.M