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INTERVIEWS

  • Interview de Jeff Domenech, réalisateur de "Belmondo, itinéraire..." (projeté lors du Festival de Cannes 2011, pour l'hommage à Jean-Paul Belmondo)

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    Même si j'ai décidé de continuer à développer les interviews vidéo comme celle de John Malkovich (à propos, il est encore temps d'aller voir son adaptation des "Liaisons dangereuses", retrouvez mon interview et ma critique en cliquant ici) ou Anthony Delon récemment (une interview que vous pouvez retrouver là, même si la pièce pour laquelle je l'ai interviewé "Panik" est malheureusement arrêtée prématurément), je n'abandonne pas pour autant les interviews écrites et j'ai le plaisir de publier aujourd'hui celle de Jeff Domenech. Si ce nom ne vous dit peut-être rien, en revanche certainement avez-vous entendu parler de son documentaire "Belmondo, itinéraire..." projeté lors du mémorable hommage que lui a rendu le Festival de Cannes 2011 ( un documentaire par ailleurs diffusé à la télévision le même jour). Ce passionné de cinéma (et de Belmondo) au parcours atypique qui a d'abord réussi dans la restauration rapide à Grasse, très cinéphile, est parvenu, avec Vincent Perrot, à monter ce projet que certains auront sans doute jugé complètement fou et utopique.

    Moi qui n'en suis pas avare de projets fous et qui sais à quel point la route est semée d'embûches autant que passionnante, j'avais envie de connaître son regard sur cette aventure, d'en savoir plus sur sa cinéphilie et ses projets.

    Je le remercie d'avoir accepté de répondre à ces questions.

    Pour le plaisir, en bonus, après l'interview, vous trouverez la fameuse scène de l'étonnement d'"Itinéraire d'Un Enfant gâté", mon article sur l'hommage mémorable du Festival de Cannes à Jean-Paul Belmondo et mes commentaires sur le documentaire de Jeff Domenech, et la critique de "La Sirène du Mississipi" de François Truffaut, avec Jean-Paul Belmondo.

    Les photos qui illustrent l'interview appartiennent Jeff Domenech. Celles qui illustrent le compte-rendu de l'hommage sont celles que j'ai prises lors de cet évènement .

    INTERVIEW DE JEFF DOMENECH

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    . Votre propre histoire qui vous a mené à « Belmondo, itinéraire… », c’est finalement aussi, l’« itinéraire d’un enfant gâté » ?

    Oui on peut le résumer ainsi ... meme si le parcours pour monter un tel projet n'a pas été simple . On peut dire que j'ai réalisé mon rêve ... L'image la plus symbolique , c'est cette photo que mon père a prise de moi en Mai 1985 , lors de ma premiere visite au festival de Cannes.
    Je pose devant une l'affiche du film "Hold-up" ( mon père me disant : "profites-en c'est la seule fois où tu pourras approcher Belmondo ! " )

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    Et me voila 26 ans plus tard tout en haut des marches dans ce meme festival , aux côtés de mon idole pour venir présenter le film que je lui ai consacré ... Avec a l'issue de cette projection , la remise d'une palme d'or ...

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    Copyright Christophe Geral

     

    C'est une belle histoire et un beau clin d'oeil du destin. Je résume d'ailleurs tout ce parcours et cette histoire assez incroyable dans mon livre "Belmondo du rève à la réalité " . Et si cela peut donner des envies à certains d'aller au bout de leur rêves les plus fous ... j'en serai très fier.


    2. Quel souvenir gardez-vous de la projection cannoise, cet hommage bouleversant, en présence d’un incroyable générique ?

    Dès le départ de ce projet , j'ai eu deux idées en tête. La première :réunir un casting multi générationel ( où chacun nous parlerait de "son Belmondo") et la seconde de présenter le film au festival de Cannes. Deux idées ambitieuses et pas si simples à réaliser ... Mais là encore j'ai fait preuve de culot et de tenacité et j'ai réussi a aller au bout de mes rêves ... Pour le casting on retrouve Delon, Cardinale, Rochefort, Marielle, Galabru, Cardinale, Lelouch, Lautner, Blier, Besson... mais aussi la jeune génération Cassel, Dujardin, G. lellouche, Cornillac, Dupontel, Paradis, Marceau ... Et deux clins d'oeil l'un du DJ Bob Sinclar et le deuxieme de Zinedine Zidane ... Concernant le festival de Cannes, Thierry Fremaux et Gilles Jacob se sont montrés immédiatement très enthousiastes a l'idée de célèbrer la carrière de Belmondo lors d'une soirée spéciale . Restait quand meme le challenge le plus difficile, celui de réaliser un film à la hauteur de l'immense carrière de Jean-Paul.


    3. Si vous deviez définir Jean-Paul Belmondo en trois adjectifs tel que vous l’imaginiez avant de le connaître et en trois adjectifs tels que vous le définiriez après l’avoir rencontré ?

    Avant de connaitre Jean Paul , je le voyais avec les yeux d'un fan pour son idole ... Héroïque. Magnifique. Charismatique.
    A présent qu'il est devenu un ami intime je vous répondrais ... Généreux , fidèle et ... déconneur !


    4. Qu’avez-vous retiré de cette expérience que j’imagine humainement et cinématographiquement particulièrement enrichissante …et peut-être d’ailleurs parfois aussi déstabilisante?

    Lorsque vous évoluez dans un monde qui n'est pas le vôtre vous commencez par faire profil bas et observer les soit-disants "professionnels de la profession". Mais je me suis vite rendu compte que la franchise , la sincérité , et la loyauté ne sont sont pas des valeurs très présentes dans ce milieu ( je ne parle pas des artistes ) . Pourtant dès le départ Belmondo , Lautner et meme Michèle Mercier m'avaient affranchis en me parlant des pièges de ce métier , et des personnes mal intentionnées qui gravitent tout autour . Alors au départ j'ai fait des erreurs que j'ai payé très cher ( dans tous les sens du terme ! ). Si l'on dit souvent que l'on paye pour apprendre ... alors on va dire que j'ai énormément appris en 3 ans . J'ai dû abandonner mon premier projet de film sur Belmondo , pour en monter un second avec Vincent Perrot qui lui a reussi a mener ce projet a son terme de facon rigoureuse et professionnelle .


    5. Y a-t-il des extraits que vous auriez souhaité mettre dans le documentaire mais que vous n’avez pas pu inclure pour des raisons de droits ou d’autres raisons ? Y a-t-il des interviews que vous auriez aimé ajouter au documentaire et que vous n’avez pas eu l’opportunité de réaliser ?

    En général, j'évite de regarder en arrière pour justement éviter d'avoir des regrets ... le seul refus d'interview que j'ai eu c'est Godard. Sinon je regrette de ne pas avoir pu utiliser les interviews de certains acteurs pourtant présents dans le premier projet . ( Romain Duris, Edouard Baer , Richard Anconina , Laurent gerra ou Michele Mercier) . Mais je regrette surtout de ne pas avoir pu réaliser la scène finale que j'avais écrite et dont je rêvais ... En fait pour conclure le film, on revoyait la scène culte d' " A bout de souffle" ou Belmondo remonte les Champs Elysées aux cotés de Jean Seberg. Il lui rend son journal en lui disant
    " Tiens je te le rends , il ya pas d'horoscope " ... Seberg lui demande
    " C'est quoi l'horoscope ? " ... Belmondo réplique :
    " L'horoscope c'est l'avenir , j'ai envie de savoir l'avenir..."

    Et a la suite de cela , on faisait un fondu enchainé sur Jean Paul avec sa fille Stella au même endroit sur les Champs Elysées mais de nos jours ...
    Avec Stella qui dit a son père ...
    " Mais papa , c'est quoi l'avenir ?" et Jean Paul baisse son regard sur elle en lui disant :
    " l'avenir ... c'est toi. "

    Voila comment j'avais imaginé la scène finale ... Donc si je devais avoir un regret ca serait celui de ne pas avoir pu filmer cette scène .



    6. Quel est le témoignage qui vous a le plus surpris et celui qui vous a le plus touché et pourquoi ?

    Difficile de ressortir un seul témoignage ... Je peux quand même vous dire que Jean-Paul a été très touché par la lettre de son ami Bruno Cremer ( décédé peu de temps près ) et il a été aussi très sensible aux témoignages de la jeunes génération , et surpris de l'influence qu'il a pu avoir sur eux .


    7. Si vous ne deviez choisir qu’un seul film de Jean-Paul Belmondo, quel serait-il et pourquoi (même s’il y a sans doutes de grandes chances pour qu’il s’agisse du « Professionnel ») ? Et si vous ne deviez choisir qu’une seule scène d’un film avec Jean-Paul Belmondo, (peut-être celle qui le représente le mieux ou que vous préférez), quelle serait-elle ?

    J'ai souvent demandé a Jean Paul quel était son film préféré ... et il m'a toujours répondu très justement , que ses films c'était comme ses enfants il est impossible d'en préférer un plutot qu'un autre.
    Je me souviens qu'un jour, mon pote Albert Dupontel m'as dit une chose très juste ... " A chaque moment de notre vie on a un Belmondo qui nous correspond"
    Alors sur ce postulat je dirais que mes préférences pour le début de sa carrière vont vers "A bout de souffle", "Un nommé la Rocca"," Un singe en hiver" et "Pierrot le fou "
    Dans les années 70 " Peur sur la ville" " Le magnifique " et surtout " l'incorrigible" où Jean Paul est en totale liberté !
    Puis evidement " Le professionnel" dont j'ai usé à l'époque la bande vhs ... Mais là ou Jean Paul arrive au sommet de son art c'est bien évidemment sous l'oeil de Claude Lelouch dans " Itineraire d'un enfant gâté" .
    La scène du face à face avec Anconina restera a jamais dans l'histoire du 7 ième art.


    8. Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet. Celui-ci ne vous a-t-il pas donné envie de passer à la réalisation de fictions ?

    C'est pas les projets ni les idées qui me manquent ... mais après une telle aventure j'ai eu besoin de faire un break. Mais J'ai quand même pris le temps d'écrire un programme court destiné au petit ecran , et je suis en préparation d'un nouveau film documentaire. Et concernant la réalisation d'un long metrage , c'est dans un coin de ma tête depuis des années.


    9. Si une baguette magique vous permettait de réaliser un documentaire sur trois personnalités que vous admirez (mortes ou vivantes), quelles seraient-elles ?

    Sans hésitation faire un face a face " De niro vs Pacino" en retracant leur parcours et leur carrière en parallèle ... Concernant la troisième personne , vous le saurez très prochainement ...


    10. En mettant de côté les films de Jean-Paul Belmondo, quels sont les 5 films que vous considérez comme vos films de prédilection ?

    C'est pas simple ...
    Pour les films francais : 37, 2 le matin , Série Noire , Irreversible , Bernie , Le père noel est une ordure.
    Pour les films americains : Raging Bull , Voyage au bout de l'enfer, Pulp fiction , Il etait une fois en amerique, Apocalyse now.

    COMPTE-RENDU DE L'HOMMAGE A JEAN-PAUL BELMONDO - FESTIVAL DE CANNES 2011

     

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    Le festival s’achève dans 5 jours déjà, et les journées (et les soirées) se succèdent à un rythme joyeux et vertigineux sans que je trouve le temps de vous raconter tout ce que je souhaiterais (mais je le ferai après le festival), mais je ne pouvais pas ne pas vous parler de l’incroyable émotion qui s’est emparée de Cannes hier soir, un de ces moments qui resteront sans aucun doute comme un des plus beaux de la mémoire du festival, et de ma mémoire de festivalière. Devant la salle Debussy où s’est déroulé l’hommage, l’affluence n’était étrangement pas au rendez-vous, beaucoup de festivaliers ayant préféré, sans doute, assister à la montée des marches, une montée des marches qui a bouleversé l’assistance, les photographes français et internationaux ayant exceptionnellement déposé leurs appareils photos, non pas en signe de protestation comme avec Isabelle Adjani il y a quelques années mais pour applaudir Jean-Paul Belmondo (sur la musique de Chi Mai, composé par Ennio Morricone , sublime musique du film « Le Professionnel ») comme nous l’a raconté Thierry Frémaux en arrivant dans la salle, précisant que le présentateur de la montée des marches en avait même perdu la voix.

    Pendant ce temps, dans la salle Debussy, de plus en plus fébrile, tandis qu’arrivaient les premiers invités (Faye Dunaway, l’indétrônable Jack Lang…), nous attendions l’arrivée de cet acteur qui a su concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, et qui ne s’est jamais pris pour la star incontestable qu’il est. Belmondo n’était pas venu à Cannes depuis l’hommage à Gérard Oury en 2001 (auquel je me souviens d’avoir assisté, dans la salle Bunuel, avec, là aussi, une incroyable assistance), sa dernière sélection en compétition remontant à 1974 pour « Stavisky » d’Alain Resnais.

    Puis est arrivé le moment tant attendu avec la montée sur scène d’un formidable générique où se mêlaient des acteurs ayant tourné avec lui, ses amis du Conservatoire (leur présence étant la première chose souhaitée par Belmondo lorsque cet hommage lui a été annoncé) , des réalisateurs pour lesquels il a tourné etc : Claudia Cardinale, Marielle, Rochefort, Vernier, Charles Gérard, Guy Bedos, Claudia Cardinale, Claude Lelouch, Albert Dupontel, Samy Naceri, Richard Anconina, Xavier Beauvois, Michel Hazanavicius, Nicole Calfan… Puis « Il » est arrivé, descendant aussi rapidement que lui permettait son état de santé, acclamé par la salle Debussy et ses amis sur scène. Quand, comme moi, on a aimé le cinéma avec « Borsalino », « Le Doulos », « La Sirène du Mississippi » mais aussi tous ces films populaires et jubilatoires et évidemment « A bout de souffle » impossible de ne pas être bouleversée par cet homme qui a incarné tous ces rôles et qui cheminaient vers la scène avec tant de difficultés mais avec un imperturbable sourire d’enfant, et sous les acclamations d’un public particulièrement ému.

    Avec lui, c’était tout un pan du cinéma français qui se déplaçait vers la scène, dans un lent, magnifique et douloureux flashback. Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont rivalisé d’humour et d’élégance, visiblement eux aussi émus, Gilles Jacob lui disant « vous avez réussi ce soir votre plus belle cascade ». Puis ce dernier lui a remis un palme d’or pour sa carrière, une distinction reçue avant lui par Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Clint Eastwood et Gérard Oury. Pour Gilles Jacob : "l'étendue du registre de Bébel, le charisme de sa personnalité, la précision de son jeu, la gouaille de ses propos, l'aisance de son allure en ont fait avec Jean Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps". « Je suis très ému par cette Palme qui me va droit au coeur. Je veux remercier tous ceux qui sont ici, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Un grand merci du fond du coeur !" a alors déclaré Jean-Paul Belmondo, avant que la salle, toujours debout, ne l’acclame à nouveau.

    A ses côtés, son fils Paul arborait un visage grave, peut-être pour contenir son émotion, Claude Lelouch et Richard Anconina ne pouvaient retenir leurs larmes, à l’image d’une grande partie de l’assistance. Enfin, Vincent Perrot et Jeff Domenech ont pris la parole, ce dernier n’oubliant pas d’adresser une pensée pour Marie-France Pisier (qui aurait dû être là…) et pour celle qui fut sa costumière pendant plus de 50 ans.

    A ensuite débuté la projection du documentaire que vous avez pu également voir sur France 2…sans entendre néanmoins les applaudissements de la salle Debussy qui ont ponctué la projection : lors des cascades impressionnantes de Belmondo (notamment celles du « Guignolo » à Venise), lors de la lecture d’une lettre d’amitié de Bruno Crémer, lors de l’apparition à l’écran de Marie-France Pisier, lors de scènes inoubliables (comme celle d’ « Itinéraire d’un enfant gâté », une de mes préférés, ou comme celle de la fin du « Professionnel » avec Robert Hossein)...ou lorsque Delon dit que la différence entre eux se résume au fait que si Belmondo passe sa tête hors du train tout le monde rit, et reste impassible s’il s’agit de lui.

    Le documentaire fait défiler sa carrière à travers des extraits de ses films mêlés avec les témoignages d’acteurs de sa génération et d’aujourd’hui, le tout accompagné par une voix-off signée Jean Dujardin, le film commençant par Belmondo qui va assister lui-même au film de sa vie d’acteur (et le documentaire s’y cantonne strictement et c’est tant mieux), étrange mise en abyme puisque nous-mêmes voyions le film en sa compagnie. De temps, à autre, je ne pouvais m’empêcher de me retourner pour voir ses réactions, deux rangs derrière moi, assis à côté de Claudia Cardinale, comme l’était Alain Delon, dans cette même salle, pour la projection de la version restaurée du « Guépard » l’an passé. Tandis que, l’un, l’année dernière, Alain Delon, avait le visage grave et soucieux, Belmondo avait à nouveau ce visage d’enfant ébloui et amusé de ses propres blagues, échangeant des sourires complices avec Claudia Cardinale, radieuse. Que pouvait-il bien penser, en voyant défiler tous ces témoignages d’amitié, en se voyant effectuer les cascades les plus improbables, en revoyant tous ces extraits sans doute associés pour lui à tant de souvenirs ? Que pouvait bien penser Claudia Cardinale, voyant ce film, qui d’une certaine manière, à l’image du « Guépard » de Visconti, l’an passé, lui montrait l’évanouissement d’un monde, la fin d’une époque ? C’était à la fois joyeux (le festival voulait faire de cet hommage une fête et il l’a été) et douloureux, au souvenir de sa lente montée vers la scène qui contrastait tellement avec ses cascades spectaculaires sur l’écran, et qui résonnait parfois comme un hommage posthume à cet acteur qui, aujourd’hui encore incarne tellement la vie, « foudroyant de vie et d’amitié ». Comment ne pas être nostalgique aussi en revoyant tous ces comédiens comme Gabin dans l’inénarrable scène de « Un singe en hiver »… ?

    Cannes ne pouvait pas ne pas rendre hommage à celui qui résume finalement ce festival qui sait concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire. Un grand moment, vraiment. Merci Cannes. Merci M.Belmondo. Merci Jeff Domenech (qui, auparavant travaillait dans la restauration rapide à Grasse, très cinéphile et proche de Lautner et qui, avec Vincent Perrot a monté ce projet que leur envie certainement plus d’un réalisateur) pour ce documentaire qui m’a replongée dans le cinéma que j’aime et qui m’a fait aimer le septième art, un documentaire malheureusement trop court (les extraits donnant envie de revoir tous ses films !). Je crois que je garderai longtemps le souvenir de ce géant du cinéma au regard et au sourire d’un enfant malicieux qui n’a pas dit son dernier mot et qui semble déjà songer à sa prochaine blague ou pirouette. En revoyant ces archives Belmondo aurait déclaré à Vincent Perrot que cela lui avait donné envie de remonter sur scène. Si seulement…

    Pour clore cet hommage, cliquez ici pour retrouver ma critique de « Borsalino » de Jacques Deray et retrouvez ma critique de la Sirène du Mississippi, ci-dessous.

    Critique de"La Sirène du Mississipi" de François Truffaut (1969): entre joie et souffrance...

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    Après « Baisers volés » (1969) et « La Femme d’à côté » (1981), pour cet hommage à Jean-Paul Belmo,do, je poursuis également le cycle consacré à François Truffaut sur inthemoodforcinema.com, en remontant un peu dans le temps, avec « La Sirène du Mississipi », un film sorti en 1969. Dédié à Jean Renoir, adapté, scénarisé et dialogué par Truffaut d’après un roman de William Irish intitulé « Waltz into Darkness » (pour acquérir les droits François Truffaut dut emprunter à Jeanne Moreau, Claude Lelouch et Claude Berri), c’est davantage vers le cinéma d’Alfred Hitchcock, que lorgne pourtant ce film-ci, lequel Hitchcock s’était d’ailleurs lui-même inspiré d’une nouvelle de William Irish pour « Fenêtre sur cour ». Truffaut avait lui-même aussi déjà adapté William Irish pour « La mariée était en noir », en 1968.

     

    Synopsis : Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est fabriquant de cigarettes à La Réunion. Il doit épouser Julie Roussel qu’il a rencontrée par petite annonce et dont il doit faire la connaissance le jour du mariage. Lorsqu’elle débarque à La Réunion, d’une beauté aussi froide que ravageuse, elle ressemble peu à la photo qu’il possédait d’elle. Elle lui affirme ainsi lui avoir envoyé un faux portrait, par méfiance. Peu de temps après le mariage, l’énigmatique Julie s’enfuit avec la fortune de Louis. Louis engage alors le solitaire et pointilleux détective Comolli (Michel Bouquet) pour la rechercher, et il rentre en France. Après une cure de sommeil à Nice, il retrouve Julie qui se nomme en réalité Marion (Catherine Deneuve) par hasard, elle travaille désormais comme hôtesse dans une discothèque. Il est déterminé à la tuer mais elle l’apitoie en évoquant son enfance malheureuse et ses sentiments pour lui qui l’aime d’ailleurs toujours… Commence alors une vie clandestine pour ce singulier couple.

     

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    Ce film connut un échec public et critique à sa sortie. Truffaut expliqua ainsi cet échec : « Il est aisé d’imaginer ce qui a choqué le monde occidental. La Sirène du Mississipi montre un homme faible (en dépit de son allure), envoûté par une femme forte (en dépit de ses apparences) ». Voir ainsi Belmondo ravagé par la passion qui lui sacrifie tout explique pour Truffaut l’échec du film. C’est vrai que ce film peut dérouter après « Baisers volés », quintessence du style Nouvelle Vague. Son romantisme échevelé, sombre, voire désespéré (même si Doinel était déjà un personnage romantique) mais aussi son mélange des genres (comédie, drame, film d’aventures, film noir, policier) ont également pu dérouter ceux qui voyaient avant tout en Truffaut un des éminents représentants de la Nouvelle Vague.

     

    Comme chacun de ses films « La Sirène du Mississipi » n’en révèle pas moins une maîtrise impressionnante de la réalisation et du sens de la narration, des scènes et des dialogues marquants, des références (cinématographiques mais aussi littéraires) intelligemment distillées et le touchant témoignage d’un triple amour fou : de Louis pour Marion, de Truffaut pour Catherine Deneuve, de Truffaut pour le cinéma d’Hitchcock.

     

    Truffaut traite ainsi de nouveau d’un de ses thèmes de prédilections : l’amour fou, dévastateur, destructeur. Malgré la trahison de la femme qu’il aime, Louis tue pour elle et la suit au péril de sa propre existence… Après les premières scènes, véritable ode à l’île de La Réunion qui nous laisse penser que Truffaut va signer là son premier film d’aventures, exotique, le film se recentre sur leur couple, la troublante et trouble Marion, et l’amour aveugle qu’elle inspire à Louis. Truffaut traitera ce thème de manière plus tragique, plus subtile, plus précise encore dans « L’Histoire d’Adèle.H », dans « La Peau douce » (réalisé avant « La Sirène du Mississipi) notamment ou, comme nous l’avons vu, dans « La Femme d’à côté », où, là aussi, Bernard (Gérard Depardieu) emporté par la passion perd ses repères sociaux, professionnels, aime à en perdre la raison avec un mélange détonant de douceur et de douleur, de sensualité et de violence, de joie et de souffrance dont « La sirène du Mississipi » porte déjà les prémisses.

     

    Bien qu’imprégné du style inimitable de Truffaut, ce film est donc aussi une déclaration d’amour au cinéma d’Hitchcock, leurs entretiens restant le livre de référence sur le cinéma hitchcockien (si vous ne l’avez pas encore, je vous le conseille vivement, il se lit et relit indéfiniment, et c’est sans doute une des meilleures leçons de cinéma qui soit). « Les Oiseaux », « Pas de printemps pour Marnie », « Sueurs froides», « Psychose », autant de films du maître du suspense auxquels se réfère « La Sirène du Mississipi ». Et puis évidemment le personnage même de Marion interprétée par Catherine Deneuve, femme fatale ambivalente, d’une beauté troublante et mystérieuse, d’une blondeur et d’une froideur implacables, tantôt cruelle, tantôt fragile, empreinte beaucoup aux héroïnes hitchcockiennes, à la fois à Tippie Hedren dans « Pas de printemps pour Marnie » ou à Kim Novak dans « Sueurs froides » notamment pour la double identité du personnage dont les deux prénoms (Marion et Julie) commencent d’ailleurs comme ceux de Kim Novak dans le film d’Hitchcock- Madeleine et Judy-.

     

    A Deneuve, qui vient d'accepter le film, Truffaut écrivit : « Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux. » Et il est vrai qu’émane de ce couple, une beauté ambivalente et tragique, un charme tantôt léger tantôt empreint de gravité. On retrouve Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo dans des contre-emplois dans lesquels ils ne sont pas moins remarquables. Elle en femme fatale, vénale, manipulatrice, sirène envoûtante mais néanmoins touchante dont on ne sait jamais vraiment si elle aime ou agit par intérêt. Lui en homme réservé, follement amoureux, prêt à tout par amour, même à tuer.

     

    A l’image de l’Antiquaire qui avait prévenu Raphaël de Valentin dans « La Peau de chagrin » à laquelle Truffaut se réfère d’ailleurs, Louis tombant par hasard sur le roman en question dans une cabane où ils se réfugient ( faisant donc de nouveau référence à Balzac après cette scène mémorable se référant au « Lys dans la vallée » dans « Baisers volés »), et alors que la fortune se réduit comme une peau de chagrin, Marion aurait pu dire à Louis : « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ».

     

    Enfin ce film est une déclaration d’amour de Louis à Marion mais aussi et surtout, à travers eux, de Truffaut à Catherine Deneuve comme dans cette scène au coin du feu où Louis décrit son visage comme un paysage, où l’acteur semble alors être le porte-parole du cinéaste. Le personnage insaisissable, mystérieux de Catherine Deneuve contribue largement à l’intérêt du film, si bien qu’on imagine difficilement quelqu’un d’autre interprétant son rôle.

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    Comme souvent, Truffaut manie l’ellipse avec brio, joue de nouveau avec les temporalités pour imposer un rythme soutenu. Il cultive de nouveau le hasard comme dans « Baisers volés » où il était le principal allié de Doinel, pour accélérer l’intrigue.

     

    Alors, même si ce film n’est pas cité comme l’un des meilleurs de Truffaut, il n’en demeure pas moins fiévreux, rythmé, marqué par cette passion, joliment douloureuse, qui fait l’éloge des grands silences et que symbolise si bien le magnifique couple incarné par Deneuve et Belmondo. Avec « La Sirène du Mississipi » qui passe brillamment de la légèreté au drame et qui dissèque cet amour qui fait mal, à la fois joie et souffrance, Truffaut signe le film d’un cinéaste et d’un cinéphile comme récemment Pedro Almodovar avec « Les Etreintes brisées ».

     

    « La Sirène du Mississipi » s’achève par un plan dans la neige immaculée qui laisse ce couple troublant partir vers son destin, un nouveau départ, et nous avec le souvenir ému de cet amour fou dont Truffaut est sans doute le meilleur cinéaste.

     

    Dix ans plus tard, Catherine Deneuve interprétera de nouveau une Marion dans un film de Truffaut « Le dernier métro », et sera de nouveau la destinataire d’ une des plus célèbres et des plus belles répliques de Truffaut, et du cinéma, que Belmondo lui adresse déjà dans « La Sirène du Mississipi »:

     

    « - Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.''

     

    Sans doute une des meilleures définitions de l’amour, en tout cas de l’amour dans le cinéma de Truffaut… que nous continuerons à analyser prochainement avec « L’Histoire d’Adèle.H ». En attendant je vous laisse méditer sur cette citation et sur le chant ensorcelant et parfois déroutant de cette insaisissable « Sirène du Mississipi ».

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    Le communiqué de presse sur le livre "Du rêve la réalité" de Jeff Domenech:

    C’est l’histoire d’un gamin de Marseille qui réalise son rêve à quarante ans.

    C’est l’histoire d’un fan qui entre dans le cercle intime de l’une des plus grandes stars du cinéma français.

    C’est l’histoire d’un ancien serveur dans une chaine de fast-food qui devient auteur et produc­teur d’un documentaire diffusé en prime-time sur France 2.

    Jeff Domenech est depuis toujours incondition­nel de Jean-Paul Belmondo. Il aime autant sa décontraction insolente dans À bout de souffle que son goût des cascades dans Peur sur la ville ou son tempérament comique dans L’as des as. Il a toujours rêvé de le rencontrer. Il va faire mieux : le convaincre de participer à un film retraçant sa carrière.

    Rien ne le prédisposait pourtant à pareille réussite : entré comme serveur chez Mc Donald’s, devenu directeur de la succursale de Grasse, dans les Alpes Maritimes, il n’avait aucun rapport avec le monde du cinéma. Mais Jeff Domenech est de ces hommes qui savent saisir les opportunités : il deviendra ami avec le réalisateur Georges Lautner qui lui présentera son légendaire interprète de Flic ou voyou.

    Comment devient-on ami avec une star ? Comment vit Jean-Paul Belmondo au quotidien ? Quel homme est-il ? Comment réussit-on à convaincre les plus grands stars françaises de participer à un tel projet ? A travers les coulisses d’un documentaire exceptionnel, ce livre est une manière de découvrir Jean-Paul Belmondo dans son intimité et sa simplicité chaleureuse. Une manière aussi pour Jeff Domenech de dire : tout est possible, il suffit d’y croire.

    L’auteur

    Entré comme serveur en 1989 au Mc Donald’s de Marseille, Jeff Domenech a gravit tout les échelons de responsabilités de la chaîne internationale de restauration rapide jusquà diriger le restaurant de Grasse qu’il quittera en Janvier 2011 pour se consacrer exclusivement à l’écriture et à la production audiovisuelle.

    Son premier documentaire en tant qu’auteur et producteur avec Vincent Perrot qui en est aussi le réalisateur, Belmondo, Itinéraire est projeté au Festival de Cannes, dans le cadre d’un hommage à Jean-Paul Belmondo, le mardi 17 mai et diffusé le même jour en prime time dans le cadre d’une soirée spéciale Jean-Paul Belmondo sur France 2.

  • Interview de Bernard Blancan (prix d’interprétation du Festival de Cannes 2006 pour « Indigènes »)

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    Ce Festival de Cannes 2010 aura été pour moi particulièrement mouvementé et avant tout riche de belles rencontres. Derrière la superficialité, la frénésie, le bal des vanités et des masques que Cannes est aussi, il y a tous ceux qui font leur métier avec enthousiasme, le défendent avec passion, humilité, conviction à l'image de Bernard Blancan, présent cette année à Cannes pour « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb.

    Je vous ai déjà dit ce que Cannes évoquait pour moi (ici) mais à cette définition il faudrait aussi ajouter la versatilité et le caractère souvent grégaire des médias traditionnels. Ainsi, vous vous souvenez sans doute du prix d'interprétation collectif reçu par les acteurs d' « Indigènes » en 2006 (Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan). Qui a oublié ce grand moment d'émotion de la clôture 2006 quand ils entonnèrent le chant des tirailleurs sénégalais ?

    J'aime autant et aussi passionnément le cinéma et Cannes que j'en exècre d'autres aspects comme cette capacité à se laisser éblouir par un miroir aux alouettes, des personnalités excentriques dissimulant par cette esbroufe la vacuité de leur talent mais c'est aussi le jeu, parfois cruel, absurde, et injuste, de Cannes.

     Pourquoi Bernard Blancan qui a au moins autant de talent que les autres, a reçu le prix d'interprétation exactement au même titre, a au moins autant de choses à dire et de l'avis général est exceptionnel dans « Hors-la-loi » comme il l'était dans « Indigènes », a-t-il été privé de conférence de presse et de montée des marches avec ses acolytes ? Pourquoi aucun journaliste ou presque n'a-t-il eu la curiosité de s'intéresser à son travail ?  Pourquoi le festival, la production et la distribution du film ont-ils permis qu'il soit ainsi évincé de la promotion ? Mystère... Certes il ne répète pas deux fois la même plaisanterie douteuse pour attirer l'attention (ceux qui auront suivi Le Grand Journal et la conférence de presse comprendront). C'est d'autant plus absurde que son rôle est essentiel, qu'il en « impose » dans ce rôle du colonel Faivre (notamment lors d'un dialogue passionnant et une scène particulièrement forte avec Sami Bouajila) et qu'il l'impose avec beaucoup de force, de rigueur, de droiture. L'humilité et la simplicité ne font pas toujours bon ménage avec l'exubérance cannoise où Paris Hilton est précédée d'une nuée de photographes quand un acteur talentueux les voit l'ignorer.

     Je vous reparlerai de « Hors-la-loi » dont j'ai écrit une première courte critique, ici et qui mérite beaucoup mieux que cette polémique absurde (le massacre sujet à polémique fait 6 minutes dans le film et se justifie par le point de vue qui est celui des Algériens).

    Enfin avant de laisser place à l'interview, je voulais remercier l'équipe de touscoprod, une autre belle rencontre de ce festival dont je vous conseille vraiment de regarder les excellents reportages souvent faits (dans le cadre de tousàCannes) dans l'urgence mais avec enthousiasme et un vrai souci de bien faire et de s'intéresser REELLEMENT au cinéma et aux talents dans la lumière mais aussi dans l'ombre.

     De mon côté, je pense renouveler sur le blog ces interviews pour donner la parole à ceux qui ne l'ont pas suffisamment et le méritent.

      Je vous recommande également le blog de Bernard Blancan sur lequel vous pourrez notamment lire son point de vue sur son expérience cannoise mais aussi sur son métier de comédien pour lequel il vit et vibre et sur lequel vous constaterez là aussi une nouvelle fois que l'humilité est la marque du talent mais aussi la diversité de ce talent (one man show etc).

     Alors que le marché du film commençait à être démonté, que Bernard Blancan repartait aussitôt après pour un tournage en Corse  (je le remercie à nouveau de nous avoir accordé cette interview), rencontre sur une plage cannoise et sous un soleil éblouissant.

    FILMOGRAPHIE  DE BERNARD BLANCAN (vous avez également pu le voir dans de nombreuses séries tv ) :

     Les Nuits de Sister Welsh  de Jean-Claude Janer - Prochainement

     Quand la guerre sera loin (TV)de Olivier Schatzky - 2010

     Carmen  2010

     Hors-la-loi  de Rachid Bouchareb - 2010

    La Robe du soir  de Myriam Aziza - 2010  

     Louise Michel la rebelle  de Solveig Anspach - 2010

     London River  de Rachid Bouchareb - 2009

     No Pasaran  de Emmanuel Caussé, Eric Martin - 2009

    Léger tremblement du paysage  de Philippe Fernandez - 2009

     Partir  de Catherine Corsini - 2009

    Adieu Gary  de Nassim Amaouche - 2009

     Charlotte Corday (TV)  de Henri Helman - 2008

     Le Voyage de la Veuve (TV)  de Philippe Laik - 2008

     Le Voyage aux Pyrénées  de Jean-Marie Larrieu, Arnaud Larrieu - 2008

     Les Insoumis  de Claude-Michel Rome - 2008  

     Capitaine Achab  de Philippe Ramos - 2008

     Les Hauts murs  de Christian Faure - 2008

     Résistance aux tremblements  de Olivier Hems - 2007

     Tel père, telle fille  de Sylvie Ballyot - 2007

      Indigènes  de Rachid Bouchareb - 2006

     Un jour d'été (TV)  de Franck Guérin - 2006

    La Chasse à l'homme (Mesrine) (TV)  de Arnaud Selignac - 2006

    Lettres de la mer rouge (TV)  de Eric Martin, Emmanuel Caussé - 2006

    Un an  de Laurent Boulanger - 2006

     Cache-cache  de Yves Caumon - 2006

     Les Mâtines  de Annick Raoul - 2005

     La Maison de Nina  de Richard Dembo - 2005

      La Ravisseuse  de Antoine Santana - 2005

     Connaissance du monde (drame psychologique)  de Philippe Fernandez - 2004  

     Je suis un assassin  de Thomas Vincent - 2004

    Inguelezi  de François Dupeyron - 2004

     Rencontre avec le dragon  de Hélène Angel - 2003

      L'Etang  2002

     A cause d'un garçon  de Fabrice Cazeneuve - 2002

     Le Chignon d'Olga  de Jérôme Bonnell - 2002

     Un moment de bonheur  de Antoine Santana - 2002

     Fais-moi des vacances  de Didier Bivel - 2002

     Amour d'enfance  de Yves Caumon - 2001

     Un dérangement considérable  de Bernard Stora - 2000

     Peau d'homme, coeur de bête  de Hélène Angel - 1999

    Réflexion  de Philippe Fernandez - 1999

      La Beauté du monde de Yves Caumon - 1998

     Conte philosophique (la caverne)  de Philippe Fernandez - 1998

      Le Cri de Tarzan  de Thomas Bardinet - 1996

      Antonin  de Yves Caumon - 1989

  • Interview de Bernard Blancan, prix d'interprétation masculine pour "Indigènes" au Festival de Cannes 2006!

    Bernard Blancan. Les Films du Losange

    medium_indigenes.2.JPG Bernard Blancan inaugure une série d'interviews que j'ai réalisées pour ce blog. Si je l'ai choisi en premier c'est d’abord parce qu’il est emblématique du Festival de Cannes 2006 où il a reçu le prix d’interprétation masculine (ex-aequo avec les autres acteurs principaux du film : Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Sami Bouajila) pour sa magnifique prestation dans Indigènes de Rachid Bouchareb, le film évènement de 2006 qui comme des millions de spectateurs m’avait bouleversée et qui a d'ailleurs aussi bouleversé l’Histoire (et pas seulement celle du cinéma) puisque suite à la projection privée du film à l'Elysée le Président de la République Française a décidé « d’abolir les discriminations entre les tirailleurs et les soldats français », ensuite parce que son parcours et son passage si soudain de l’ombre à la lumière et sa vision du festival me paraissaient passionnantes, enfin parce qu’il possède lui-même un blog sur lequel il raconte ses expériences.

     

    Bernard Blancan a répondu aujourd'hui à mes questions envoyées par email. Vous pouvez retrouver ses réponses ci-dessous… J’en profite pour le remercier de nouveau. 

     

     

    Retrouvez également mes commentaires sur ce film dans mon compte-rendu du Festival de Cannes 2006.

     

    Liens, Blogs de Bernard Blancan: http://www.blancan.org et http://www.blancan.com .

     

    Sandra.M:Que symbolisait pour vous le Festival de Cannes avant d’y aller ?

    Bernard Blancan: Un temple du paraître un peu futile et vain. Néanmoins, le palmarès est très déterminant pour le cinéma.

     
    Sandra.M: Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lorsque vous y êtes allé pour la première fois ? Etait-ce une bonne expérience ?

    Bernard Blancan: La première fois que j’y suis allé (film de Caumon, Amour d’Enfance, prix Un Certain Regard) , je m’y suis senti très mal. Pas à ma place.

    Sandra.M: Quels souvenirs gardez-vous du Festival de Cannes 2006 et de votre prix d'interprétation?

    Bernard Blancan: Cannes 2006 a été un conte de fée. J’y allais pour regarder faire les copains et, finalement, j’ai fait pleinement partie de l’aventure. Les moments forts ont été les premiers retours après la projection de presse, la conférence de presse au cours de laquelle j’ai trouvé ma place sans avoir l’impression d’être un usurpateur, la montée des marches, la projection elle-même aux côtés d’un ancien combattant (sans doute le moment le plus fort), le moment où on m’annonce que je fais partie du lot “prix d’interprétation” et pour finir, la remise du prix avec “C’est nous les Africains”...
     
    Sandra.M: Ce prix a-t-il changé beaucoup de choses pour vous?

    Bernard Blancan:Il m’a donné le diplôme que je n’espérais pas. Dès lors, je n’ai plus à me justifier d’être acteur. J’ai davantage de propositions et je suis plus “respecté”. Néanmoins, je tiens à continuer mon boulot dans le cinéma mais aussi le court-métrage et la télévision. Mais je me sens changé en profondeur. Moins dans le doute permanent.
     
    Sandra.M: J'ai parfois eu le sentiment que vous aviez été injustement moins médiatisé que vos 4 collègues également primés, comment avez-vous ressenti cela?

    Bernard Blancan: J’ai eu ma place dans les médias. Bien au-delà de ce que j’aurais pu espérer. Quand il y a eu des injustices, je l’ai signifié. Il y a eu par exemple une affiche avec la mention “prix d’interprétation” et seulement les noms de mes collègues. Je ne suis pas non plus allé à Hollywood car je n’étais pas clairement invité. Le sentiment de frustration, dès lors qu’il est exprimé et entendu ne dure pas.

    Sandra.M : Le Festival de Cannes, si excessif, peut être aussi magique que cauchemardesque ? Avez-vous une anecdote qui aille dans un sens ou dans l’autre ?

    Bernard Blancan: Magique, il l’a été dans l’ensemble. Le cauchemar (petit) c’était de voir les caméras m’éviter. On ne changera pas les média...


    Sandra.M : Si vous souhaitez vous pouvez ajouter quelques mots, notamment sur votre actualité.

    Bernard Blancan: J’ai fait un spectacle qui s’appelle “Bernard Blancan, enfin disponible” qui reprend mes expériences cannoises et jette un regard amusé et décalé sur mon parcours d’acteur. Tournée 2007/2008.