30.05.2010
Critique de « L’Autre monde » de Gilles Marchand (Séance spéciale du Festival de Cannes 2010)
Alors que le virtuel prend de plus en plus le pas sur le réel ou en tout cas fait partie intégrante de nos existences, le cinéma s'empare de plus en plus du sujet, thème d'ailleurs récurrent de ce Festival de Cannes 2010. Gilles Marchand réalise là son deuxième long après « Qui a tué Bambi » qui, comme « L'Autre monde » sélectionné hors compétition du Festival de Cannes 2010, figurait en sélection officielle du Festival de Cannes (2003). Gilles Marchand est avant tout scénariste, notamment des films de Dominik Moll dans lesquels une situation ordinaire dérapait déjà toujours vers une réalité déroutante. Déjà vers un autre monde.
L'été dans le Sud de la France. Gaspard (Grégoire Leprince-Ringuet) vient de tomber amoureux de Marion (Pauline Etienne.) Il partage son temps entre cette dernière et ses deux meilleurs amis. Mais un jour, alors qu'il se trouve avec Marion, il va tomber par hasard sur un portable égaré, celui d'Audrey (Louise Bourgoin). Les jeunes amoureux vont alors aller à un rendez-vous donné sur le portable d'Audrey. Gaspard ne peut s'empêcher d'être attiré par cette jeune femme belle, sombre et double. Gaspard découvre que sur un jeu en réseau « Black hole » Audrey est Sam. Gaspard se crée à son tour un avatar pour la rejoindre. La vie de Gaspard va alors basculer. Dans L'Autre Monde...et dans celui-ci.
L'écueil à éviter était de tomber dans le film pour jeunes ou uniquement destiné aux amateurs de jeux vidéos. Un écueil intelligemment contourné par un scénario qui mêle judicieusement l'univers réaliste et lumineux de la réalité par lequel le film commence, à celui inquiétant et sombre de l'univers virtuel dans lequel il nous plonge progressivement. Si les adultes ou du moins les personnes responsables sont peu présentes, (à l'exception du père de Marion, autoritaire et menaçant) chacun peut néanmoins s'identifier à Grégoire Leprince Ringuet qui incarne un jeune homme normal et heureux qui perd progressivement le sens des réalités.
Par un habile jeu de mise en abyme, le frère d'Audrey (Melvil Poupaud) est d'une certaine manière le double du scénariste/réalisateur et le spectateur celui de Gaspard puisque le film le plonge lui aussi dans un « autre monde » sur lequel il désire en savoir davantage et puisqu'il est lui aussi manipulé par le réalisateur/démiurge comme l'est Gaspard. Le film joue sur la tentation universelle de fuir la réalité que ce soit par le cinéma ou en s'immergeant dans un univers virtuel. Audrey/Sam symbolise à elle seule cet autre monde, celui du fantasme, et des tentations adolescentes de jouer avec son identité et avec la mort. Un monde de leurres, ici aussi troublant, fascinant que malsain. Un univers factice qui donne une illusion d'évasion et rejaillit sur la réalité. Un monde qui a pour seul loi les désirs, érotiques et/ou morbides. Que serait un monde sans morale et sans loi ? Black hole. Un trou noir.
Sans être moraliste (et heureusement), le film met en garde contre ces univers virtuels dans lesquels mourir se fait d'un simple clic et où jouer avec la vie devient un jeu enfantin. Le sens, absurde, de cette réalité virtuelle se substitue alors au sens des réalités et la mort, mot qui perd alors tout sens, devient un jeu dans la vie réelle comme dans cette scène où les amis de Garspard se placent devant des voitures lancées à vive allure.
« Black hole » c'est à la fois l'évasion et le paradis (heaven comme le tatouage que porte Audrey) mais Heaven symbolise aussi cet univers de perdition dans lequel Audrey est Sam. Un univers auquel les images d'animation procurent une beauté sombre et troublante.
Par une réalisation fluide, Gilles Marchand nous embarque nous aussi dans un autre monde, un monde de contrastes entre luminosité et noirceur, entre film réaliste et archétypes du film noir (avec sa femme fatale et ses rues sombres de rigueur), un monde dangereusement fascinant, sombre et sensuel comme cette plage noire, purgatoire où se retrouvent les morts de « Black hole ».
Louise Bourgoin est parfaite en fragile femme fatale, sensuelle et mystérieuse face à un Grégoire Leprince-Ringuet dont la douceur et la normalité semblent à tout instant pouvoir basculer, un être lumineux dont « Black hole » va révéler les zones d'ombre. Pauline Etienne est elle aussi parfaite en jeune fille enjouée et fraîche qui connaît ses premiers émois amoureux.
« L'Autre monde » est une brillante mise en abyme, un film sur le voyeurisme, la manipulation, la frontière de plus en plus étroite entre réel et virtuel qui plonge le spectateur dans un ailleurs aussi inquiétant que fascinant, un film haletant, savamment « addictif » comme « Black hole », qui nous déroute et détourne habilement de la réalité. Un film que je vous recommande vivement !
En introduction à la projection, Gilles Marchand a ainsi précisé que le rapport du joueur au jeu, à l'écran l'avait toujours intrigué : « Les choses qui se passent dans le monde virtuel me paraissent particulières à notre époque et universelles. Ce qui m'intéressait c'était d'avoir une narration fluide et un montage parallèle entre ces deux mondes. Second life a fait partie de l'inspiration. Le fait qu'il n'y ait pas de but précis dans le jeu m'intéressait. On était entre le réseau social et le jeu. Ce qui m'intéressait aussi c'était le parcours de Gaspard, son hésitation entre deux femmes, deux archétypes de femmes ».
Je vous signale également que vous pouvez devenir coproducteurs de ce film sur touscoprod.com .
Sortie en salles : le 14 juillet
15:20 Écrit par Sandra.M dans SEANCES SPECIALES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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19.05.2008
« Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal » de Steven Spielberg en avant-première mondiale : jubilatoire !
Hier la fébrilité était à son comble avec la projection en avant-première mondiale du quatrième volet des Indiana Jones présenté hors compétition. (Certains se sont même paraît-il battus pour entrer, j'en ai vu d'autres se jeter comme des affamés - de cinéma ou de fierté- sur des invitations, le spectacle cannois sait décidément être aussi sublime que pathétique). C’était aussi le retour de Steven Spielberg sur la Croisette 22 ans après la projection de La Couleur Pourpre hors compétition en 1986.
A 66 ans, Harrison Ford a ainsi de nouveau revêtu son blouson de cuir, son fameux chapeau et s’est de nouveau emparé de son fouet légendaire pour de nouvelles péripéties qui le propulsent cette fois-ci en pleine Guerre Froide. Epaulé d'un jeune motard rebelle interprété par Shia LaBeouf, il embarquera pour le Pérou afin de débusquer une mystérieuse relique qui suscite depuis des siècles autant de fascination que de craintes : le Crâne de Cristal d'Akator mais des agents soviétiques menés par la cruelle Irina Spalko, personnage incarné par Cate Blanchett, convoitent également ce trésor, car il est dit que quiconque possède le Crâne et en déchiffre les énigmes s'assure alors coup le contrôle absolu de l'Univers.
Que ne ferait-on pas pour se replonger dans nos souvenirs, nos mythes d’enfance, pour retrouver cette sensation que rien n’est impossible, que la vie est un tour de manège virevoltant, que les obstacles les plus improbables peuvent se franchir avec élégance et panache ? Que ne ferait-on pas pour être là où tant auraient aimé se trouver, à être les premiers à dévoiler (ou taire) les secrets entourant le scénario jalousement gardés depuis des mois ? Que la raison soit plus ou moins noble, Indiana Jones était hier le film où tout le monde voulait être. Peut-être aussi parce que cette 61ème édition présente essentiellement des films qui nous plongent dans une âpre réalité, que retrouver l’innocence de son regard d’enfant n’a pas de prix…
La salle bruissait d’impatience et d'effervescence joyeusement enfantine avant le début de la projection, quelques spectateurs entonnèrent même la célèbre musique puis c’était parti pour 2H03 jubilatoires, ne nous laissant pas une seconde de répit, ne nous laissant pas une seconde pour nous évader de cette palpitante aventure.
Cette fois donc les Soviétiques ont remplacé les nazis, les années 50 les années 30 et Steven Spielberg s’est d’ailleurs beaucoup inspiré du cinéma de ces années-là. Le fond et la forme restent aussi très inspirés du cinéma des années 80 avec son humour sarcastique, ses scènes d’action trépidantes, époustouflantes, tonitruantes, son style série B.
Indiana Jones c’est le héros de nos rêves, nos lectures et nos images d’enfance, celui qui nous aurions tous aimé être à commencer par Spielberg lui-même, avec son charme intemporel, sa désinvolture élégante, son ironie dans les situations les plus dramatiques (ou plutôt désespérées, rien n’est jamais dramatique dans Indiana Jones -même lorsqu'il proclame sur un ton faussement désolé son célèbre "This is bad"-, nous sommes là pour nous amuser, pour faire semblant à l'image des décors délibérément là non pour pas pour être réalistes mais pour nous faire croire à cet ailleurs merveilleux avec ses couleurs ocres et irréelles tout droit issues de nos songes d'enfance). Harrison Ford, c’est Humphrey Bogart, Cary Grant et James Bond réunis. C'est la quintessence du film d'action avec le regard du grand auteur qu'est ici Steven Spielberg, qui n'est jamais dupe... Indiana Jones c'est le blockbuster auteuriste qui ne se prend pas au sérieux mais qui prend les rêves d'enfant de ses spectateurs au sérieux. Il ne faut jamais plaisanter avec les rêves d'enfant, jamais les abandonner, y renoncer non plus mais c'est une autre histoire...quoique justement...
Je ne vous en dirai pas plus d’abord pour une raison prosaïque, c’est que je n’en ai malheureusement pas le temps, et une autre tout à mon honneur (si,si) c’est que je préfère vous laisser découvrir ce tour de manège époustouflant, tourbillonnant, toutes ces épreuves qu’il vous faudra franchir à un rythme effréné, entre cascades diluviennes, fourmis dévoreuses, explosion nucléaire, et menaces mystiques et tant d’autres encore.
Cette projection m’a donnée la sensation d’avoir fait un tour dans un parc d’attractions, tellement ludique (aussi parce que Steven Spielberg s’amuse avec le propre mythe Indiana Jones) m’a donnée un inestimable sentiment de légèreté, a fait jaillir l’étincelle dans nos regards d’enfant parfois voilés, un pouvoir sans doute encore plus magique que tous ceux d’Indiana réunis. Une parenthèse ludique, enchantée, enchanteresse dans lequel le savoir est le plus grand des trésors, dans lequel les amours de jeunesse sont intemporels et forcément inoubliables.
Il ne vous reste que deux jours à patienter avant la sortie en salles, avant de plonger dans vos souvenirs et vos rêves d’enfance, avant de prendre votre ticket pour ce tour de manège qui défie le temps et l’âpreté de la réalité…
J’aimerais encore vous parler de « La vie moderne » , le magnifique documentaire de Raymond Depardon présenté à Un Certain Regard , de mes déambulations et observations nocturnes, de la vie cannoise mais une nouvelle fois le temps me manque…
A mon programme aujourd’hui : l’hommage à Manuel de Oliveira, « Le silence de Lorna » des frères Dardenne notamment… et forcément de ces savoureux imprévus que chaque journée cannoise recèle...
09:46 Écrit par Sandra.M dans SEANCES SPECIALES | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, festival de cannes, steven spielberg, indiana jones, harrison ford, shia leboeuf |
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07.05.2007
Complément de programmation
Avant de vous faire un récit personnel du festival à l'image de ce qu'ont pu être mes comptes-rendus des précèdents festivals de Cannes et d'autres festivals de cinéma, en attendant la date fatidique du 16 Mai, je poursuis ici le détail de la programmation de ce 60 ème Festival.
1-A la recherche du ballon rouge (titre provisoire) de Hou Hsiao Hsien avec Juliette Binoche fera l'ouverture du Certain Regard, jeudi 17 mai.
2-Du Levande de Roy Andersson et Una Novia Errante de Ana Katz complètent cette sélection Un Certain Regard.
3-Young Yakusa de Jean-Pierre Limosin sera programmé en séance spéciale.
4-Enfin, lors d'une soirée consacrée à l'Algérie le vendredi 25 mai, Mehdi Charef présentera son nouveau film Cartouches Gauloises.
10:31 Écrit par Sandra.M dans SEANCES SPECIALES, UN CERTAIN REGARD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, Festival de Cannes |
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