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PALMARES

  • Compte rendu, palmarès et bilan du Festival de Cannes 2016

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    La folie des passions

    « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence », cette phrase prononcée par Xavier Dolan (empruntée à Anatole France), bouleversant et la voix brisée par l’émotion, lorsqu’il a reçu son Grand Prix (amplement mérité, retrouvez ma critique de Juste la fin du monde en cliquant ici), je pourrais la faire mienne.

    Avant de vous livrer, au fil des semaines, mes critiques de la vingtaine de films vus pendant ce 69ème Festival de Cannes, en voici un premier bilan guidé par « la folie des passions » et les émotions qui ont jalonné ces 12 jours joyeusement tumultueux qui n’en ont pas été avares.

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    Cela commence toujours Gare de Lyon, comme il y a 15 ans, lorsque j’avais été sélectionnée par le Ministère de la Jeunesse et des sports et que j’étais invitée pour la première fois à vivre ce festival dont je rêvais depuis l’enfance, qui représentait alors pour moi un univers mystérieux, fascinant, lointain. Inaccessible. Je regardais ces trains qui menaient vers Cannes, qui me semblaient conduire vers l’inconnu, vers un univers fascinant et légèrement inquiétant, pleine de doutes et d’appréhension, ignorant encore que j’allais vivre 12 journées intenses et inoubliables et que chaque année ensuite j’aurais la joie d’y retourner. A chaque fois que je me retrouve Gare de Lyon pour partir à Cannes, sorte de sas vers une autre réalité, ou plutôt vers la réalité entre parenthèses (enchantées), je repense à ce moment qui sans aucun doute a changé le cours de mon existence et je sais que, comme à chaque fois, de ces 12 jours, je reviendrai avec un état d’esprit un peu différent, renforcée par cette tornade de rêves et de cinéma(s) dans laquelle m’emporte toujours le Festival de Cannes, m’insufflant une nouvelle énergie.

    Bien sûr, cette année, c’était différent, il y a eu une réalité tragique qu’il était difficile d’oublier, il y a eu le 13 novembre, il y a eu un basculement que la sécurité draconienne et omniprésente nous rappelait sans cesse bien qu’il m’aurait été, même sans cela, impossible de l’oublier, même si Cannes nous donne la sensation de nous plonger dans un cocon hors des vicissitudes du monde que ses écrans reflètent pourtant.

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    L’intérieur du Palais des Festivals de Cannes dont les baies vitrées ouvrent sur la mer

    « La vie est une comédie écrite par un auteur sadique » pouvait-on entendre dans le magnifique « Café Society » de Woody Allen, film d’ouverture de cette 69ème édition. Certes. Elle a par ailleurs sans aucun doute souvent au moins autant d’imagination que les fictions présentées sur les écrans du festival, nous embarquant dans une douce et hypnotique confusion entre le cinéma et la réalité, a fortiori lorsque les nuits sont si courtes, que le jour et la nuit et la réalité et la fiction ne semblent plus faire qu’un, et que le festival semble ne jamais devoir finir et toujours nous protéger des soubresauts de la vie et du monde, paradoxalement tout en nous en projetant chaque jour ses blessures et ses révoltes, dans cette atmosphère ouatée de cinéma, électrique, ce monde parallèle dans lequel assister à une séance devient impérieux et vital, manger et dormir accessoire.

    Sur un air de jazz…

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    Cela a donc commencé avec Woody Allen. Un festival ne peut être que réussi lorsqu’il commence par un film de Woody Allen surtout lorsque ce dernier signe un nouvel hommage à la beauté incendiaire de New York, un hommage empreint d’une féroce nostalgie du Hollywood et du New York des années 1930 mais aussi empreint de la nostalgie des amours passées devenues impossibles (retrouvez ma critique de « Café Society », ici). Une scène vaudevillesque digne de Lubitsch et une autre romantique à Central Park et bien sûr le dénouement d’une mélancolie foudroyante valent le voyage sans oublier de réjouissantes citations avec lesquelles nous régale toujours Woody Allen. Un film qui possède un charme nostalgique notamment grâce à une écriture d’une précision redoutable. Woody Allen fait dire à un de ses personnages «  Il sait donner au drame une touche de légèreté » alors pour le paraphraser disons que dans ce nouveau film, comme souvent, le cinéaste sait donner à la légèreté une touche de drame. Et comment ne pas avoir l’impression comme dans « La Rose pourpre du Caire » que les personnages ou que la fiction traversent l’écran quand un film est autant rythmé par le jazz (dont la tristesse sous-jacente à ses notes joyeuses fait écho à la joie trompeuse des personnages) et que le jazz rythme chaque jour l’attente des festivaliers dans le Grand Théâtre Lumière. Le festival avait à peine commencé que déjà la réalité s’éloignait, que ce magicien surdoué qu’est le Festival de Cannes refermait ses bras sur nous, nous enlaçant de cinéma…

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    Le décor du dîner de Jean-François Piège sur le thème du « Guépard » de Visconti sur la plage Nespresso.

    Ne perdriez-vous pas à votre tour contact avec la réalité si vous dîniez dans un décor inspiré de votre film préféré (en l’occurrence « Le Guépard » de Visconti), si vous rencontriez une personne d’une rare bienveillance que vous avez toujours admirée, si vous aviez écrit un roman qui justement parle de la fragile frontière entre cinéma et réalité, de la difficulté de vivre un deuil dans une société à l’attention et l’émotion volatiles et versatiles, a fortiori en plein Festival de Cannes et que vous vous retrouviez dans cette situation, si votre réalité dépassait parfois la réalité décrite dans le roman que vous avez écrit vous faisant réaliser que certains personnages que vous craigniez trop caricaturaux sont en fait en-deçà de la réalité, si par une suite de hasards rocambolesques votre roman  comme une bouteille à la mer se retrouvait entre les mains d’un talentueux cinéaste qui y est évoqué ? J’aime les bouteilles à la mer. Les actes fougueux, vains, déraisonnables. Mais c’est une autre histoire…La folie des passions, encore et toujours…

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    La mise en abyme d’une histoire de mise en abyme…

    Le miroir des blessures du monde

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    La réalité était pourtant bien présente sur les écrans du festival, Cannes, comme chaque année, en étant le reflet, le miroir informant, grossissant comme l’est en particulier le film qui a reçu la palme d’or « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach. 10 ans après l’avoir déjà obtenue pour « Le vent se lève » , Ken Loach, ainsi, intégrait le cénacle des cinéastes ayant reçu deux palmes d’or : les Dardenne, Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Michael Haneke. Alors qu’il avait annoncé il y a deux ans, après « Jimmy’s hall » (en compétition officielle du Festival de Cannes 2014) qu’il ne tournerait plus, Ken Loach est donc revenu à Cannes et en est reparti avec la récompense suprême. Une évidence tant ce film capte et clame les absurdités cruelles et révoltantes d’un monde  et d’une administration qui broient l’individu, l’identité, la dignité comme celles de Daniel Blake (formidable Dave Johns), menuisier veuf, atteint d’une maladie cardiaque mais que l’administration ne considère pas comme suffisamment malade pour avoir droit à une pension d’invalidité.  Le regard plein d’empathie, de compassion que porte Loach sur Daniel Blake, et celui plein de clairvoyance qu’il porte sur le monde qui l’entoure et plein de colère contre les injustices dont il est victime contribuent à cette  œuvre à la fois très personnelle et universelle. Que Daniel Blake évoque sa femme décédée, que Ken Loach dessine les contours d’ une famille qui se reconstitue (Daniel Blake rencontre une jeune mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450 kms de sa ville natale pour ne pas être placée en famille d’accueil), son point de vue est toujours plein de tendresse sur ses personnages, teinté d’humour parfois aussi, et de révolte contre ces « décisionnaires » qui abusent de leur pouvoir, presque de vie et de mort, dans des bureaux qui ressemblent aux locaux labyrinthiques, grisâtres et déshumanisés  de « Playtime »  comme un écho à cette époque d’une modernité  aliénante, déshumanisante et parfois inhumaine que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège. « Moi, Daniel Blake », c’est l’histoire d’un homme qui veut rester maître de son existence, qui se réapproprie son identité et son honneur que cette administration étouffante essaie de lui nier, qui prend le pouvoir, celui de dire non, de clamer son patronyme, son existence, lors de deux scènes absolument bouleversantes. Le poing levé de Ken Loach  qui nous lance un uppercut en plein cœur, ce cœur qui (ce n’est sans doute pas un hasard que le mal se situe là)  lâche peu à peu Daniel Blake, lui qui en possède tant.  « Moi, Daniel Blake » c’est un film qui donne la parole à tous ceux qu’un système inique veut murer dans le silence et leur détresse. « Moi, Daniel Blake »,  c’est la démonstration implacable de la férocité meurtrière d’un système, un film d’une force, d’une simplicité, d’une beauté, mais aussi d’une universalité redoutables et poignantes. Une palme d’or en forme de cri de colère, de douleur, et d’appel à l’humanité dont les lueurs traversent le film et nous transpercent le cœur, bien après les derniers battements de ceux de Daniel Blake.  « Dans cette période de désespoir il faut ramener de l’espoir. » «Un autre monde est possible et nécessaire » a conclu Ken Loach avant de le répéter en Français, en recevant ce prix.

    Money Monster

    Dans un style radicalement différent « Money monster » (hors compétition), de Jodie Foster nous parlait aussi d’un monde mondialisé et d’ultra-communication,  totalement déshumanisé et aveuglé. 40 ans après avoir accédé à la notoriété et après avoir foulé les marches avec « Taxi Driver », Jodie Foster était ainsi de retour pour une montée des marches au comble du glamour  en compagnie de George Clooney (qui incarne ici une personnalité influente de la télévision grâce à une émission dans laquelle il conseille des placements boursiers) et de Julia Roberts qui les gravissait pour la première fois, radieuse et, faisant fi du protocole, pieds nus s’il vous plaît. Une critique acerbe et avisée de la quête du profit à outrance mais plus encore des chaînes d’information, de leur cynisme et leur course à l’audience au mépris de la morale et de ceux qui la regardent qui ne sont alors plus que des consommateurs avides qui ingurgitent des images toujours plus sensationnelles.

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    Le tableau dressé par la plupart des cinéastes était d’ailleurs non seulement celui d’un monde inique qui dévore les plus faibles mais aussi celui d’une société et d’administrations corrompues aux quatre coins du monde, du Brésil avec « Aquarius » de Kleber Filho Mendonça (dans lequel le cinéaste filait la métaphore entre le cancer de la protagoniste et cette maladie qui gangrène la société) aux Philippines avec « Ma’Rosa » de Brillante Mendoza (qui a d’ailleurs valu à son actrice principale le prix d’interprétation féminine : « Les femmes dans les familles sont si importantes dans mon pays », « Brillante Mendoza a voulu montrer ce qui se passe dans mon pays. C’est si vrai et je le remercie pour ça » a ainsi déclaré l’actrice Jaclyn Jose lors de la conférence de presse des lauréats. « La performance de l’actrice de « Ma’Rosa » a brisé mon cœur » a par ailleurs expliqué Arnaud Desplechin  lors de la conférence de presse du jury), un prix d’interprétation féminine que l’actrice  d’ « Aquarius », Sonia Braga, aurait également mérité, deux femmes fortes qui tentent de résister à la fatalité.

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     Le tableau dressé de la Roumanie dans« Baccalaureat » de Cristian Mungiu n’était guère plus flatteur.  Un père y met ainsi tout en œuvre pour que sa fille soit acceptée dans une université anglaise, devant pour cela renoncer aux principes qu’il lui a inculqués. Chaque plan de ce film est  par ailleurs une composition d’une richesse et d’une acuité éblouissantes qui lui ont valu un prix de la mise en scène (ex-aequo avec Olivier Assayas dont j’ai manqué le film : « C’est peu de dire que je suis très ému, le plus beau prix que je partage avec un cinéaste que j’admire depuis longtemps » a ainsi déclaré ce dernier lors de la clôture).

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    Trois œuvres fortes et courageuses de cinéastes qui se font les porte-paroles d’une société muselée, en proie à la corruption et aux compromissions. Comme un écho aux paroles de Vincent Lindon  lorsqu’il a ouvert le festival (prix d’interprétation l’an passé pour « La loi du marché » qui d’ailleurs présente des similitudes avec la palme d’or de cette année) : « Je me suis empressé de dire oui au festival qui depuis plus d’un demi-siècle témoigne du monde et de son imaginaire et qui aide à se battre contre les injustices, les préjugés, les différences, il est rudement courageux. Essayons de l’être autant que lui. Vive le cinéma ».

    Des personnages de pères et de femmes forts, et des liens familiaux mis à mal

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     Peut-être est-ce pour cela que la culpabilité était aussi un thème récurrent de cette édition : notre culpabilité face à un monde soumis aux inégalités et aux injustices révoltantes, thème que l’on retrouvait, outre « Baccalauréat », dans « La fille inconnue » des Dardenne (sans doute leur film le plus bancal, avec un scénario trop cousu de fils blancs et des personnages auxquels manquait cette vérité éclatante caractéristique de leur cinéma), ou encore dans le sublimement romanesque « Julieta » de Pedro Almodovar dans lequel la perfection de tous les éléments même si ce n’est pas son film le plus exubérant ( scénario labyrinthique et ciselée sur la violence indicible du deuil et de la culpabilité que le temps qui passe cadenasse dans le silence mais n’affaiblit pas, réalisation d’une beauté éblouissante dès le premier plan, interprétation d’une justesse bouleversante, musique poignante) auraient pu faire de ce mélodrame flamboyant une palme d’or à côté de laquelle le cinéaste espagnol passe pourtant donc une nouvelle fois.

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    La palme de l’originalité pour le dossier de presse de « Julieta ».

    Là encore dans le film d’Almodovar, et comme toujours dans son cinéma, ce sont des personnages de femmes fortes comme dans de nombreux films de cette sélection, des femmes qui souvent menaient la danse comme l’indiquaient d’ailleurs les titres des films comme « Elle » ou « Mademoiselle »,  mais c’était aussi le cas notamment dans le sobre et pudique « Loving »,  des femmes qui combattent pour leur liberté, d’être, d’aimer et de vivre comme elles l’entendent.

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    Ce festival nous a offert aussi de grands et beaux scénarios avec des personnages combattifs comme celui incarné par Marion Cotillard dans le sublime film sur la cristallisation et la quête d’absolu qu’est « Mal de pierres » de Nicole Garcia. Un film fiévreux porté par un scénario parfait, avec des tonalités truffaldiennes ( au passage signé du talentueux et prolifique Jacques Fieschi) , et par une réalisation éblouissante (avec même des accents à la John Ford) et au service de très beaux personnages, « sauvagement » vivants. Un film dont je vous reparlerai longuement.

    Des personnages de femmes fortes étaient ainsi mis à l’honneur mais aussi de pères comme dans le film allemand « Toni Erdmann » qui oscille entre humour et émotion pour interroger le sens de la vie et de l’essentiel ou encore dans « Baccalauréat » de Mungiu dans lequel un père abandonne ses grands principes et se trouve à son tour pris dans l’engrenage des « services », entendez par là la corruption et le trafic d’influence.

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    Quand certains films nous projetaient la réalité en pleine face », d’autres sublimaient le vertige de l’art, que cela soit celui de la danse (« La Danseuse », dans la sélection Un Certain Regard, un film poétique dont il a été question pour l’apparition de Lily-Rose Depp qui y crève l’écran mais qui vaut aussi pour l’interprétation de Soko), ou du cinéma (« Le Bon Gros Géant » de Spielberg, métaphore du cinéma de son réalisateur dans lequel, à l’image de ce dernier, le géant capture nos rêves et nous captive avec notamment une scène hilarante avec La Reine d’Angleterre qui, à elle seule, vaut le déplacement). Dans cette sélection, l’ inclassable et misanthrope « Ma Loute » de Bruno Dumont apportait un vent de folie salutaire avec un Fabrice Luchini aussi singulier et fascinant dans le film qu’en conférence de presse, une  fantaisie délicieusement déconcertante à l’image de jeu de Luchini, savamment grotesque dont la folie décontenance et réjouit. « J’ai voulu raconter une histoire de dingues avec néanmoins une histoire d’amour, une histoire policière,… une histoire colorée.», « Je filme toujours quelque chose pour parler d’autre chose »,, « On est à la fois des salauds et des saints, des crétins et des génies. Cette coexistence me passionne. », a ainsi déclaré Bruno Dumont lors de la conférence de presse du film.

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     « Ma loute » était une des trois comédies de ce festival certes fortement teintée de noirceur à l’image des deux autres, tandis que Jim Jarmush nous berçait avec son poème filmique « Paterson ».

    La famille se trouvait donc souvent au centre des films en compétition, mais une famille écartelée, soumise aux mensonges, aux non dits, à la culpabilité et l’incommunicabilité comme dans « Sieranevada » de Cristi Puiu qui, à travers les oppositions et les dissensions d’une famille révèle celles de la société roumaine (Puiu qui, comme son compatriote aurait mérité un prix de la mise en scène) et comme dans « La fin du monde » le Grand Prix signé Xavier Dolan, même si dans l’un de ces deux films, les cris disent ce que dans l’autre ils masquent. Dans le film de Dolan, en effet, chaque silence de ses personnages interprétés par des acteurs au firmament crient l’indicible comme ceux de « Julieta » d’Almodovar s’enferment dans l’ineffabke douleur de l’absence et croulent sous le poids des silences.

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    Mensonges (étatiques ou familiaux), culpabilité, absurdité de l’administration, course au profit et à l’audience, Cannes était une fois de plus une fenêtre « ouverte sur le monde ». Un monde écartelé, blessé, dans lequel des cris contre l’indifférence et la barbarie (qu’elles soient familiales ou sociétales) se perdent dans le silence, ce que Sean Penn a lui aussi maladroitement essayé de montrer dans un film au sujet à palme d’or dont les excès mélodramatiques ont malheureusement nui au propos et ont suscité l’unanimité contre lui.

    L’entente plus que cordiale du jury

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    Comme l’an passé, après la clôture, j’ai eu le plaisir de couvrir la conférence de presse du jury puis des lauréats. Laszlo Nemes à propos du film de Xavier Dolan a ainsi déclaré: « Quand cela commence vous entendez la voix spécifique du réalisateur. »  C’est sans doute ce qui caractérise les cinéastes primés et un grand cinéaste : cette voix spécifique. Lors de la conférence de presse du jury, son président, George Miller, a tenu à souligner que « c’était émotionnellement épuisant car chacun parlait avec passion.. »

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    Sans doute certains auront-ils été étonnés de la double récompense reçue par « Le Client » de Farhadi (que je dois également rattraper) : prix d’interprétation masculine et prix du scénario. « Les films qui ont le grand prix, le prix de la mise en scène et la palme d’or ne peuvent gagner un autre prix » a ainsi expliqué George Miller. Le jury a également expliqué qu’un seul film peut obtenir deux prix.  « C’était une très intéressante sélection représentative du cinéma d’aujourd’hui » a  précisé Valeria Golino.  Sutherland à propos jury a tenu à souligner que : « C’était l’association du gens que vous avez envie de voir encore et encore tout le long de votre vie ».

    En conclusion :

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    La cérémonie de clôture était finalement un condensé du Festival de Cannes et en résumait toute la diversité des styles et des émotions qu’il suscite : l’émotion communicative de Xavier Dolan, le cinéma d’hier qui valsait avec celui d’aujourd’hui avec la palme d’honneur décerné à Jean-Pierre Léaud (il faudra que je vous parle du plaisir  de revoir « Un Homme et une femme » pour les 50 ans de sa palme d’or, en présence de Claude Lelouch, dans le cadre de Cannes Classics), et des récompenses décernées majoritairement à des films engagés aux messages forts : des cris de colère et de révolte dont on espère que leurs prix leurs permettront d’arriver à destination. A l’image de la sublime affiche de cette 69ème édition, incandescente, solaire, ouvrant sur de nouveaux horizons (image tirée du « Mépris » de Godard) et sur cette ascension solitaire, teintée de langueur et de mélancolie, Cannes une fois de plus nous a éclairés sur les ombres du monde et a élargi nos horizons.

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     « Le cinéma d’auteur continue à exister grâce au Festival de Cannes »  a ainsi rappelé Cristian Mungiu lors de la clôture, ajoutant lors de la conférence de presse des lauréats : »Le cinéma n’est pas une affaire de gagnants ou de perdants mais de ce que les films ont à vous dire. », « C’est très important de préserver la diversité du cinéma. C’est bien d’avoir des voix et des points de vue différents » ainsi rappelant à ceux qui en douteraient encore le rôle essentiel de ce festival pour la survie du cinéma, de tous les cinémas.

    Mais bien sûr, plus que tout, ce sont les émotions qui resteront, notamment celles suscitées par ce discours et le film de son auteur, Xavier Dolan : « L’émotion ce n’est pas toujours facile, il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres.  Il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres. La violence sort parfois comme un cri. Ou comme un regard qui tue »… « J’ai tenté au mieux de raconter les histoires et les émotions de personnages parfois méchants ou criards mais surtout blessés et qui vivent comme tant d’entre nous dans le manque de confiance dans l’incertitude d’être aimé. Tout ce qu’on fait dans la vie on le fait pour être aimé, pour être accepté. »

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    Dans ce tourbillon d’émotions, de films, de musique aussi, il y a bien sûr eu des rendez-vous manqués mais j’en reviens avec un fol amour pour le cinéma, renouvelé, l’envie d’écrire, sur les films, mais aussi de raconter des histoires, et la sensation d’avoir vécu un film de 12 jours palpitant. 12 jours de grand cinéma, de films percutants, de plans éblouissants  et de personnages forts qui m’accompagnent encore et pour longtemps. 12 jours où la vie ressemblait à du grand cinéma, celle que l’on aime dictée par « la folie des passions » même si planait l’ombre des absents. 12 jours dont le credo, emprunté au film d’ouverture, en aura été : « Vis chaque jour comme le dernier, un jour ça le sera. »

    En attendant les critiques (je commence par Juste la fin du monde de Xavier Dolan, à lire ici), quelques clichés de mes pérégrinations cannoises, version 2016.

    Palmarès du 69ème Festival de Cannes

    (Sous le palmarès, retrouvez d’autres photos de ce Festival de Cannes, prises via mon compte Instagram @sandra_meziere).

    Palme d’or

     I, DANIEL BLAKE 

     (MOI, DANIEL BLAKE) 

    Ken LOACH

    Grand Prix

     JUSTE LA FIN DU MONDE 

    Xavier DOLAN

    Prix de la mise en scène (Ex-aequo)

     Cristian MUNGIU 

     BACALAUREAT 

     (BACCALAUREAT) 

    Cristian MUNGIU

    Prix de la mise en scène (Ex-aequo)

     Olivier ASSAYAS 

     PERSONAL SHOPPER 

    Olivier ASSAYAS

    Prix du scénario

     Asghar FARHADI 

     FORUSHANDE 

     (LE CLIENT) 

    Asghar FARHADI

    Prix du Jury

     AMERICAN HONEY 

    Andrea ARNOLD

    Prix d’interprétation féminine

     Jaclyn JOSE 

     MA’ ROSA 

    Brillante MENDOZA

    Prix d’interprétation masculine

     Shahab HOSSEINI 

     FORUSHANDE 

     (LE CLIENT) 

    Asghar FARHADI

    Prix Vulcain de l’Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T.

     Seong-Hie RYU 

     MADEMOISELLE 

    PARK Chan-Wook

    Courts Métrages

    Palme d’or du court métrage

     TIMECODE 

    Juanjo GIMENEZ

    Mention spéciale – court métrage

     A MOÇA QUE DANÇOU COM O DIABO 

     (LA JEUNE FILLE QUI DANSAIT AVEC LE DIABLE) 

    João Paulo MIRANDA MARIA

    Quelques photos de ce 69ème Festival de Cannes (prises via mon compte Instagram @sandra_meziere ainsi

    que toutes les autres photos de cet article).

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    Les 24 marches les plus célèbres du monde…

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     Sur la plage Nespresso…

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    Sur le toit du palais des festivals, au Mouton Cadet Wine Bar

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    Vue depuis le toit du palais des Festivals, du Mouton Cadet Wine Bar

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    Les escabeaux toujours prêts toujours là…

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    Remise des prix de la Cinéfondation après un discours plein d’autodérision de son président, Gilles Jacob

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    Les casiers presse, passage quotidien incontournable pour récupérer les dossiers de presse (que je n’ai malheureusement pas tous ramenés).

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    Le lauréat de la palme d’or, Ken Loach, lors de la conférence de presse des lauréats.

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    Pause quotidienne sur la plage Majestic, merci à ADR Prod

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    Valeria Golino, membre du jury, lors de la conférence de presse des membres du jury après la clôture

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    Clôture de Un Certain Regard

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    LA nouvelle bonne adresse cannoise qui a ouvert juste avant le festival, située juste en face le palais des festivals, « La Californie » (qui appartient à Sénequier)

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    Petite pause goûter à la plage Majestic et une assiette sur mesure

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    Interview de Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la Critique (compte rendu à suivre)

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    L’équipe du film de Sean Penn, en compétition officielle, lors de sa conférence de presse

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    Vue sur la Croisette depuis le palais des festivals

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    Projections des films de clôture de la Semaine de la Critique signés Chloé Sévigny, Laetitia Casta et Sandrine Kiberlain

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    Une autre de mes cantines cannoises

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    L’équipe de « Aquarius » sur les marches

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    L’équipe de « Loving » de Jeff Nichols

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    Vanessa Paradis lors de la conférence de presse du jury après la clôture

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    Ken Loach lors de la conférence de presse du jury après la clôture

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    Dîner sur la plage Nespresso, signé Jean-François Piège et sur le thème du « Guépard » de Visconti (photos ci-dessous)

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    Ci-dessus, les lauréats du prix Talents Nespresso

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    Passionnante leçon de cinéma par Tomer Sisley dans un anglais irréprochable

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    Au concert privé de LEJ au Majestic Barrière

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    Vue vertigineuse sur la Croisette depuis le Club By Albane

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  • Festival de Cannes 2015 : bilan complet du festival et palmarès complet commenté

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    35 films vus, parfois grands, souvent bouleversants. 10 conférences de presse, certaines mémorables. Des dîners de grands chefs. Des soirées dans des décors fastueux souvent d’ailleurs écourtées pour ne manquer sous aucun prétexte la séance presse de 8H30, délectable rituel matinal. De belles rencontres professionnelles. 15 jours trépidants et exaltants sur la Croisette à « voir trois films par jour, dormir 2h par nuit » comme l’a dit en connaisseur Lambert Wilson lors de la clôture, 15 jours sous un soleil irréel comme si un mystérieux metteur en scène avait voulu souligner, par cette météo improbable, le sentiment d’ailleurs, l’atmosphère enivrante, à nous faire oublier que cela ne durerait pas toujours, à nous étourdir de bonheur cinématographique comme le ballet de Benjamin Millepied lors de l’ouverture, à nous faire oublier que cette réalité vers laquelle chacun des films nous ramenait pourtant et de laquelle le festival nous tenait si éloignés finirait par reprendre ses droits, à en oublier que le temps continuait à s’écouler, que tout, un jour, a une fin, y compris le Festival de Cannes.

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    De fin, d’écoulement inexorable et assassin du temps, de mort (« Chronic »), de deuil souvent impossible-pléonasme, non ?- du père, de la mère, de l’enfant, de l’amour ou du passé (« Louder than bombs », « Notre petite sœur », « Valley of love », « Mia madre », « Mon roi », « Youth ») de douleur indicible (l’incapacité à dire la souffrance serait peut-être la thématique commune de ces films du monde entier alors que, pourtant, partout, jamais nous n’avons eu autant de moyens de communiquer), c’est ce dont nous ont d’ailleurs beaucoup parlé les films en compétition de ce 68ème festival, des meurtrissures qu’un monde égoïste condamne au silence face auxquelles l’amour, le foyer, la croyance semblent être les derniers recours.

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    Si Cannes est le reflet du monde, alors il le révèle meurtri par des douleurs contenues face à la violence sociale et politique, un monde hanté par la mort, par l’absence, par une douleur ineffable dans une société souvent bavarde et sourde. L’amour (le jury a couronné deux femmes amoureuses), étouffant (« Mon roi ») ou étouffé (« Carol »), les émotions, les souvenirs, la famille (souvent celle qu’on s’est construite : « Notre petite sœur », « Dheepan ») et l’art (« Youth ») et donc le cinéma et son mystère et son miracle (« Mia madre », « Valley of love ») subsistent alors comme seuls recours contre le temps (« Youth »), ennemi éternel et invincible, contre la loi du marché (dans le film éponyme), contre l’égoïsme (« The Lobster », « Mountains may depart »), qui dévorent les êtres. C’est peut-être une phrase extraite du film de clôture, « La glace et le ciel » qui nous apportait une réponse et un espoir face à tout cela : « Je crois que l’homme n’est jamais aussi sublimement lui-même que face à l’adversité. »

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     Finalement, de ce tourbillon grisant de cinéma, « il n’y a que les émotions qui restent », pour paraphraser une réplique d’un formidable film oublié du palmarès, « Youth »de Paolo Sorrentino qui, justement, nous parlait du temps qui passe. Inexorablement.   Alors, c’est de ces émotions persistantes, indélébiles, marquantes que je vais vous parler aujourd’hui, en guise de bilan, et avant de revenir plus longuement au cours de l’année à venir, sur les films vus pendant ce 68ème Festival de Cannes :

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    moretti

     -la tristesse qui m’a ravagée au dénouement de « Mia madre » de  Nanni Moretti, ce vertige effroyable du lendemain suggéré par un regard et une réplique dévastateurs (: «– A quoi tu penses ? – A demain !» ) , un absent du palmarès (qui s’est consolé avec le prix du jury œcuménique ) qui a pourtant bouleversé les festivaliers et qui a souvent été cité comme potentielle palme d’or que Nanni Moretti avait déjà reçue en 2001 pour un film qui, déjà, portait sur le thème du deuil, « La chambre du fils ». Dans « Mia madre », Margherita est une réalisatrice confrontée à la fois à un tournage avec un acteur insupportable (irrésistible John Torturro) et à la mort annoncée de sa mère. Toute l’intelligence de Moretti réside dans l’alternance entre le burlesque et le mélodrame, la légèreté de la comédie atténuant la gravité du drame. L’illusion de légèreté du cinéma (le film de Moretti – qui lui-même avait été confronté à la mort de sa mère lors du tournage de « Habemus Papam »- mais aussi le film que tourne Margherita dans le film de Moretti, judicieuse mise en abyme) pour tenter d’affronter le gouffre étourdissant de la mort et du lendemain après la perte forcément insensée d’un parent. Il met ainsi l’accent sur tout ce qui permet d’immortaliser la vie et le temps qui s’enfuient, notamment par un mélange des degrés de narration : les souvenirs, les livres, les rêves et évidemment le cinéma. Un film pudique, profondément émouvant et un regard final qui vous hante longtemps après la projection et qui me hante et bouleverse encore.

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    - la jubilation devant « The lobster » de Yorgos Lanthimos (qui avait obtenu le prix Un Certain Regard en 2009 pour « Canines ») qui se déroule dans un futur proche dans lequel toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Un film déroutant, cinglant, burlesque, métaphorique, inventif, dans lequel l’homme est un loup pour l’homme (littéralement), profondément égoïste et dont la fin n’est pas décevante comme l’ont déploré certains commentateurs mais au contraire illustre brillamment ce propos. Le couple devient un totalitarisme condamnant le solitaire à l’animalité. Un film intelligemment singulier qui regorge de trouvailles insolites, certes sous l’influence de Buñuel (« Un chien andalou »), mais qui ne ressemble à aucun autre…

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    -le bonheur d’entendre les spectateurs du Grand Théâtre Lumière rire éperdument devant les images des frères Lumière… 120 ans plus tard. A l’occasion des 120 ans du Cinématographe, leurs films restaurés ont en effet été projetés aux festivaliers, le tout avec les commentaires cinéphiliques et inénarrables de Thierry Frémaux, avec la traduction (qui l’était tout autant) de Bertrand Tavernier. C’est le 28 décembre 1895 qu’eut ainsi lieu la première séance de cinéma payante au Grand Café à Paris. C’est un film de 93 minutes qui nous a été projeté, en réalité un montage de 114 films restaurés réalisés par Louis Lumière et ses opérateurs entre 1895 et 1905, de la « Sortie de l’usine Lumière« , « L’Arroseur arrosé » (la première fiction de l’Histoire cinéma) à des films aussi méconnus qu’étonnants, cocasses, maîtrisés avec, déjà, les prémisses du langage cinématographique, du gros plan au travelling, un véritable voyage qui nous a emmenés dans les origines du cinéma mais aussi sur d’autres continents et qui a suscité l’hilarité générale mais aussi l’admiration devant des films d’une qualité exceptionnelle dont chacun démontrait à quel point déjà les Lumière pratiquait et maîtrisait l’art de la mise en scène et qu’il s’agissait bien là de fictions et non de simples documentaires. Une projection que je ne souhaitais manquer sous aucun prétexte, et à laquelle je suis arrivée in extremis, montant les marches la dernière, après des péripéties dignes du plus burlesque des films Lumière mais c’est là une autre histoire…en tout cas, je ne le regrette pas car ce fut un moment de rare exultation cinéphilique, le tout en présence de nombreux « frères du cinéma » comme l’a souligné Thierry Frémaux : Taviani, Coen, Dardenne mais aussi en présence de Claude Lanzmann et Claude Lelouch parmi un prestigieux parterre d’invités.

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    - Une relative déception en découvrant le film ( et surtout son dénouement) qui a obtenu la palme d’or, « Dheepan » de Jacques Audiard «l’histoire de trois étrangers qui, dans des circonstances difficiles, vont tenter de former une famille» comme l’a résumé Guillermo del Toro lors de la conférence de presse du jury, pour justifier ce choix d’un jury qui s’est dit « unanimement enthousiaste », mais qui est aussi ce qu’est finalement toute palme d’or telle que l’a définie Cécile de France (qui en était la remettante) lors de la clôture : « Un reflet du monde, le cœur du cinéma qui bat, intense et régulier », néanmoins de cette histoire de trois Sri-Lankais qui fuient leur pays, la guerre civile, et qui se retrouvent confrontés à une autre forme de guerre dans la banlieue française où ils échouent, douloureuse réminiscence pour « le père de famille », Dheepan, Audiard, plus qu’un film politique a voulu avant tout faire une histoire d’amour. Dans ce nouveau long-métrage qui flirte avec le film de genre, Audiard explore un nouveau territoire mais toujours porte un regard bienveillant, et plein d’espoir sur ses personnages interprétés par trois inconnus qui apportent toute la force à ce film inattendu (dans son traitement et au palmarès). « Je remercie Michael Haneke de ne pas avoir tourné cette année » a ainsi déclaré Jacques Audiard en recevant son prix. Michael Haneke avait en effet reçu la palme d’or en 2009 pour « Le ruban blanc », alors que Jacques Audiard avait obtenu le grand prix pour l’inoubliable « Un Prophète ».

    -l’émotion procurée par des musiques qui me trottent encore dans la tête : « Famous Blue Raincoat » de Leonard Cohen dans « Mia madre », « Encore un matin » de Jean-Jacques Goldman dans « La loi du marché », « Go West » des Pet Shop Boys  dans «  Mountains May depart » de Jia Zhang-ke qui revient à plusieurs reprises dans le film mais aussi les voix envoûtantes de Benjamin Clementine et John C.Reilly lors de la clôture.

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     -la déception de voir justement oublié du palmarès le mélancolique, lyrique, terriblement visionnaire « Mountains may depart » de Jia Zhang Ke, qui raconte, sur un quart de siècle et en trois périodes distinctes, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie, les espoirs, amours, désillusions de personnages face à leurs destins. A nouveau, Jia Zhang Ke met en scène les mutations de la Chine (revoyez le splendide « Still life »). Une vision sans concessions qui métaphorise une Chine qui se laisse éblouir par les sirènes du capitalisme et de l’individualisme (le fils d’un des personnages sera ainsi baptisé… Dollar). Peut-être finalement le film le plus moderne de cette sélection, terriblement clairvoyant et poignant avec une utilisation du cadre et du son remarquables. Même déception pour « Notre petite sœur » de Kore-Eda, mon premier coup de cœur du festival qui raconte l’histoire de trois sœurs qui se rendent à l’enterrement de leur père qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant et qui à cette occasion font la connaissance de leur demi-sœur qu’elles décident d’accueillir dans leur grande maison familiale, un film lumineux qui évoque avec beaucoup de délicatesse, l’indicible douleur de l’absence et des douleurs enfouies. Cette adaptation d’un roman graphique aurait mérité une plus longue ovation que celle, fugace, reçue lors de sa projection officielle.

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    carol

    -la fascination devant la photographie de « Carol », le mélo mélancolique de Todd Haynes (l’histoire d’amour, inspirée d’un roman de Patricia Highsmith, dans le New York des années 50 entre l’employée d’un grand magasin de Manhattan et une cliente distinguée et séduisante, prisonnière d’un mariage malheureux) même si sa beauté, indéniable, trop glaciale, ne m’a pas emportée. Je n’ai ressenti ni la passion, même contenue, ni l’impossibilité de cet amour. Le regard de Cate Blanchett dans le dernier long plan du film, celui d’une femme qui réalise qu’elle va finalement avoir droit au bonheur et à l’amour auxquels elle avait cru devoir renoncer, est néanmoins d’une intensité, d’une beauté, bouleversantes. Un film porté par deux immenses comédiennes, Cate Blanchett et Rooney Mara, et sur lequel planent les ombres de Douglas Sirk et David Lean.

    macbeth

     -Puisque d’actrices il est question, restera sans aucun doute aussi, le souvenir de la prestation de Marion Cotillard, impériale, et d’une justesse sidérante dans le sombre, hypnotique et spectaculaire « Macbeth » de Justin Kurzel.

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     -le mélange d’ensorcellement et d’agacement suscité par « Mon roi » de Maïwenn à l’image de son personnage principal incarné par Vincent Cassel, dans son meilleur rôle, celui de Georgio qui suscite chez Tony (Emmanuelle Bercot), une passion étouffante et destructrice qu’elle se remémore alors qu’elle est dans un centre de rééducation après une chute de ski. Finalement cette relation amoureuse tumultueuse aurait peut-être plu davantage à Truffaut (celui de « La Femme d’à côté ») que le présomptueux « Marguerite et Julien » de Valérie Donzelli qui pourtant s’y réfère sciemment tant il illustre ce mélange de « joie et de souffrance » cher au cinéaste. Finalement ces sentiments mêlés suscités par ce film sont plutôt une preuve de sa réussite, le film exerçant sur nous le même charme, doux et âpre, la même fascination troublante que le personnage principal. Le spectateur est lui aussi sous emprise. Vincent Cassel est un Georgio diaboliquement séduisant, envoûtant, un roi autoritaire, inique, détestable et malgré tout charmant, qu’il imite un serveur dans un célèbre palace deauvillais ou qu’il jette son portable (pour « donner son portable » suite à sa rencontre avec Tony) comme un roi fier, désinvolte, lunatique, arrogant, ensorcelant comme il l’est avec le sujet de son désir. Plutôt que d’en faire un pervers narcissique caricatural, Maïwenn lui dessine des failles (une relation au père puis à sa disparition moins indifférente qu’il voudrait le laisser paraître). Face à Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot incarne corps et âme cette femme aveuglée par l’amour qui aime follement dont, justement, le corps et l’âme souffrent et vibrent pour et par cet homme. Maïwenn n’a peur de rien, ni d’appeler son personnage féminin « Marie-Antoinette » (d’où Tony), ni du mal au genou parce que mal au « je nous », c’est ce qui agacera ou charmera mais cette audace fougueuse est plutôt salutaire dans un cinéma français parfois trop aseptisé. Un film qui dès les premières minutes, où Tony se jette à corps perdu dans le vide, nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière seconde et jusqu’à la très belle scène finale. A signaler : un Louis Garrel sous un nouveau jour, irrésistiblement drôle, qui apporte une respiration dans cet amour étouffant. Après le prix du jury en 2011 pour « Polisse », avec son quatrième film seulement, Maïwenn confirme être une cinéaste de talent avec laquelle il va falloir compter. Parmi les grands moments de ce festival, l’incrédulité d’Emmanuelle Bercot (aussi réalisatrice incroyablement talentueuse, retrouvez ici ma critique du film d’ouverture « La tête haute » et, là, ma critique de « Elle s’en va », LE film de l’année 2013), lorsqu’elle a reçu son prix d’interprétation : -« Mon bonheur de devoir partager ce bonheur avec une actrice car un peu trop grand pour moi toute seule car ce prix récompense son audace, son sens aigu de la liberté, son anticonformisme. », « C’est difficile pour moi d’être ici sur cette scène sans Vincent Cassel. Vincent Cassel, mon roi c’est toi et moi, je sais ce que je te dois. » , « Merci à ce jury qui visiblement a la même dinguerie que Maïwenn, le même sens de la liberté, de la non convention. Je réalise juste que parfois la vie peut aller au-delà des rêves, ce soir, la vie va au-delà de tous mes rêves. »

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    -le souhait que ne s’achève jamais le réjouissant « Irrational man» de Woody Allen, la nouvelle comédie d’une gravité légère (qui culmine dans une scène de meurtre sur une musique joyeuse, un petit bijou d’ironie) de Woody Allen pour le cinéma duquel le terme « jubilatoire » semble avoir été inventé.   Comme dans « Match point », mensonge, hasard, Dostoïevski (forte influence à nouveau de « Crime et châtiment ») se mêlent, bien qu’il soit plus léger que son chef d’œuvre précité avec quelques scènes brillantes (toujours cette faculté incroyable à exposer une scène et écrire des dialogues caustiques) et toujours ce regard mordant, incisif sur les êtres, la vie, l’amour, la mort et une fin comme un écho en négatif à celle de « Match point ». Savoureux ! Et un Joaquin Phoenix parfait dans ce rôle de professeur de philo qui trouve une bien curieuse raison de vivre que je vous laisse découvrir (en salles, le 14 octobre).

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    -l’incapacité à parler après « Le fils de Saul » de László Nemes (et aujourd’hui encore, d’ailleurs, mais ce film DOIT être vu, montré, dans les écoles et ailleurs, parce que c’est plus que jamais nécessaire de ne pas oublier jusqu’à quelle inimaginable ignominie la haine de l’autre a pu mener), le sentiment d’avoir vu un grand film, ce film dont Thierry Frémaux en conférence de presse avait parlé comme d’un « film qui fera beaucoup parler », le premier premier film à figurer en compétition depuis 4 ans. L’action se déroule en Octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums où il est chargé de « rassurer » les Juifs qui seront exterminés et qui ignorent ce qui les attend, puis de nettoyer… quand il découvre le cadavre d’un garçon en lequel il croit ou veut croire reconnaître son fils. Tandis que le Sonderkommando prépare une révolte (la seule qu’ait connue Auschwitz), il décide de tenter l’impossible : offrir une véritable sépulture à l’enfant afin qu’on ne lui vole pas sa mort comme on lui a volé sa vie, dernier rempart contre la barbarie. La profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de « Voix sous la cendre », un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire… Ma palme d’or.

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    -L’étonnement admiratif devant la beauté et la richesse remarquables de chaque plan de « The Assassin » de Hou Hsia Hsien : un prix de la mise en scène incontestable.

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    -Les larmes irrépressibles à cause de « La loi du marché » de Stéphane Brizé et de l’émotion communicative de son acteur principal, dans le film, lors de son magnifique discours lors de la clôture, lors de la conférence de presse du film et lors de la conférence de presse des lauréats (oui, Vincent Lindon a beaucoup fait pleurer et ému les festivaliers). Un immense acteur qui voit enfin son talent couronné par un prix (et quel prix !) et aussi incroyable que cela puisse paraître, comme il l’a lui-même précisé, pour la première fois. « La Loi du marché » de Stéphane Brizé nous fait suivre Thierry incarné (ce mot n’a jamais trouvé aussi bien sa justification) par Vincent Lindon, un homme de 51 ans qui, après 20 mois de chômage commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. C’était un des films que j’attendais le plus et mes attentes n’ont pas été déçues. Je suis ce cinéaste, Stéphane Brizé, depuis la découverte de son film « Le bleu des villes » (qui avait obtenu le prix Michel d’Ornano au Festival du Cinéma Américain de Deauville), il m’avait ensuite bouleversée avec « Je ne suis pas là pour être aimé » et « Mademoiselle Chambon » . Une nouvelle fois et comme dans ce film précité, le mélange de force et de fragilité incarné par Lindon, de certitudes et de doutes, sa façon maladroite et presque animale de marcher, la manière dont son dos même se courbe et s’impose, dont son regard évite ou affronte : tout en lui nous fait oublier l’acteur pour nous mettre face à l’évidence de ce personnage, un homme bien (aucun racolage dans le fait que son fils soit handicapé, mais une manière simple de nous montrer de quel homme il s’agit), un homme qui incarne l’humanité face à la loi du marché qui infantilise, aliène, broie. Criant de vérité. Dès cette première scène dans laquelle le film nous fait entrer d’emblée, sans générique, face à un conseiller de pôle emploi, il nous fait oublier l’acteur pour devenir cet homme à qui son interprétation donne toute la noblesse, la fragilité, la dignité. Comme point commun à tous les films de Stéphane Brizé, on retrouve cette tendre cruauté et cette description de la province, glaciale et intemporelle. Ces douloureux silences. Cette révolte contre la lancinance de l’existence. Et ce choix face au destin. Brizé filme Lindon souvent de dos, rarement de face, et le spectateur peut d’autant mieux projeter ses émotions sur cette révolte silencieuse. Et puis, parce que ça se passe de commentaires, quelques extraits du beau discours de clôture de l’acteur dont voici quelques, un discours dont la dernière phrase m’a ravagée autant que la fin de « Mia madre », il y avait comme un écho d’ailleurs… : «  Je vous remercie d’avoir posé un regard aussi bienveillant et avec autant d’émotion sur le travail que Stéphane Brizé a fait avec moi et a fait tout court. » , «  Ils ont contribué à un des trois plus jours de ma vie. C’est un acte politique de choisir un film comme celui-là. Je dédie ce prix à ces gens qui ne sont pas toujours considérés à la hauteur de ce qu’ils méritent et aux acteurs qui ont joué avec moi sans qui je ne serais pas là, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui suis là. », « Une pensée pour ma maman qui n’est plus là et mon père qui n’est plus là, quand je pense que j’ai fait tout cela pour qu’ils me voient et ils ne sont plus là. »

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     -le plaisir, pour l’inconditionnelle du cinéma de Claude Sautet que je suis, d’entendre Xavier Dolan lors de sa conférence de presse sur la plage Magnum, dire ceci : « J’ai un rapport plutôt incomplet avec le cinéma français tant il y a de films à voir. J’aime beaucoup, par exemple, Claude Sautet. »

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     -vaguement incrédule, vaguement charmée, et surtout pleine de regrets devant « Valley of love » de Guillaume Nicloux auquel il ne manquait pas grand-chose pour être un vrai beau film. Isabelle et Gérard (interprétés aussi par Isabelle –Huppert- et Gérard –Depardieu-) se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils, Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, six mois auparavant. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael. Quel pitch prometteur et original ! Ce film qui ne ressemble d’ailleurs à aucun autre aborde une réflexion sur le deuil et ce lien distordu avec le réel qu’il provoque, tellement absurde et fou, qu’il porte à croire à tout, même aux miracles. Aux frontières du fantastique qu’il franchit parfois, avec sa musique hypnotique, ses comédiens qui crèvent l’écran et un Depardieu à la présence plus forte que jamais (et il n’est pas question ici seulement de corpulence mais de sa capacité inouïe à magnétiser et occuper l’écran), le duo de Loulou reformé 35 ans plus tard, un décor qui pourrait être difficilement plus cinégénique, intrigant, fascinant, inquiétant, troisième personnage, de ce « Valley of love », de ce film se dégage un charme étrange   et envoûtant, et résulte une réflexion intéressante sur le deuil qui abolit ou suscite de nouvelles croyances (finalement l’homme ou la femme endeuillée devient peut-être cet homme irrationnel du film de Woody Allen) , finalement comme le cinéma… Lambert Wilson, maître de cérémonie de ce 68ème Festival de Cannes, lors de l’ouverture, n’a-t-il pas dit lui-même « Le cinéma, c’est le rêve, le secret, le miracle, le mystère ». Quelques moments de comédie (et un jeu avec les prénoms et les véritables identités de Gérard et Isabelle, Depardieu dans le film étant aussi un acteur), comme dans le film de Moretti qui aborde finalement le même sujet, permettent de respirer dans ce décor à perte de vue et étouffant, à l’image du deuil qui étouffe et donne cette impression d’infini et d’inconnu oppressants. Dommage qu’on ressorte avec ce sentiment d’inachevé pour ce film loin d’être inintéressant.

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    -l’amusement devant l’inexprimable stoïcisme d’Isabelle Huppert face aux truculentes déclarations de Depardieu à la conférence de « Valley of love », sans aucun doute l’intervenant le plus charismatique des 10 conférences auxquelles j’ai eu le plaisir d’assister.

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     – le souvenir de plans qui nous cueillent quand on s’y attend le moins dans « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot : une main tendue, un « je t’aime» furtif et poignant, une fenêtre qui soudain s’est ouverte sur « Le Monde » (littéralement, si vous regardez bien…) comme ce film s’ouvre sur un espoir…Un film qui « ouvre » sur un nouveau monde, un nouveau départ et une bouffée d’optimisme. Et ça fait du bien. Une très belle idée que d’avoir placé ce film à cette place de choix (l’ouverture du festival, habituellement réservée à de plus grosses productions) et de lui donner cette visibilité. Et le souvenir d’un jeune comédien qui ne restera pas inconnu très longtemps à voir sa maturité dans le film et en conférence de presse, Rod Paradot, un nom qu’on a certainement pas fini d’entendre.

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     -L’admiration devant les images pourtant si souvent regardées de « Cléo de 5 à 7 » d’Agnès Varda lors de la clôture à l’occasion de laquelle elle a reçu une palme d’honneur, et son discours mordant, vibrant, humble, qui lui a succédé, « Un soldat, une combattante, seule femme parmi les garçons de la nouvelle vague » comme elle s’est elle-même définie, « Cette palme d’or est un plaisir surprenant » a-t-elle ajouté rappelant que, avant elle, seuls Clint Eastwood, Woody Allen, Manuel de Oliveira, Bernardo Bertolucci avaient eu cet honneur. « Je suis française , je suis femme et mes films n’ont ni gagné ni fait gagner de l’argent», « Cette palme je la reçois comme une palme de résistance et d’endurance, je la dédie à tous les cinéastes inventifs, courageux qui ne sont pas en lumière et qui continuent », « Quand je visualise une peinture de Picasso je suis de bonne humeur », « Deux palmes qui ondulent doucement dans la brise de la Croisette »a-t-elle conclu en évoquant des sanglots dans la voix celle reçue par Jacques Demy. Et le plaisir de revoir la trop rare Jane Birkin lui remettre son prix.

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     -le message du film de Luc Jacquet sur Claude Lorius, l’homme qui a scientifiquement prouvé l’inexorable réchauffement climatique dans « La glace et le ciel » (film de clôture) qui capte la beauté fragile et éblouissante d’une nature en péril. Et cette phrase finale extraite du film, comme un appel à l’action et la résistance : «  Mon histoire s’achève, et maintenant que, comme moi, vous savez, qu’allez-vous faire ? ».

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    -les images si felliniennes (mais moins que celles, réelles celles-là, vues lors de déambulations nocturnes sur la Croisette, spectacle quotidien et surréaliste) de « Youth » de Paolo Sorrentino, symphonie visuelle éblouissante qui fait valser jeunesse, vieillesse et désirs, hymne au pouvoir émotionnel de l’art, un film qui a séduit certains festivaliers autant qu’il en a agacé d’autres (le film a été applaudi et hué lors de sa projection presse) et je fais partie de la première catégorie. Tout comme « La grande Bellezza » nous parlait de laideur et non de beauté, « Youth », logiquement ne nous parle pas de jeunesse mais de vieillesse, de ce qui reste quand le temps saccage tout ou l’histoire de deux amis, l’un chef d’orchestre (formidable Michael Caine) et l’autre réalisateur (Harvey Keitel) qui profitent de leurs vacances dans un hôtel au pied des Alpes. Quand l’un a abandonné sa carrière depuis longtemps, l’autre travaille sur son dernier film… A voir aussi pour l’apparition remarquée et remarquable de Jane Fonda. Nostalgique et caustique, élégant et parfois à la limite du vulgaire, jouant de saisissants contrastes entre les corps marqués par le temps et ceux d’une jeunesse presque irréelle, entre l’apparence de sagesse et de calme (du paysage et des personnages) et ce qu’ils dissimulent, entre le souvenir du passé et sa réalité, « Youth », à l’image de son titre aime à se jouer des paradoxes, des contrastes, des trompes-l’ œil au cœur de ce paysage trompeusement serein.

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     – l’étreinte finale dans « Béliers » de Grímur Hákonarson qui a reçu le prix (amplement mérité, j’y reviendrai) Un Certain Regard ou le plan le plus poignant et inattendu du festival

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     -le délicieux vertige suggéré par la scène d’amour de « Vertigo » d’Hitchcock sublimement chorégraphiée par Benjamin Millepied qui nous a emportés dans sa danse agréablement étourdissante, le ballet se confondant avec les images du film, de James Stewart et Kim Novak, à l’image de ce festival qui enlace et entrelace réalité et cinéma au point qu’ils se confondent, comme dans une danse enivrante, et qui célèbre aussi bien le cinéma contemporain que ses classiques.

    -L’émotion lors de la clôture (grâce à Vincent Lindon et Agnès Varda) et au palmarès qui confirmait la richesse, l’inventivité, la qualité du cinéma français, cruelle leçon pour ceux qui, à tort, les mettent constamment en doute.

    Et puis, pour finir, le souvenir d’une phrase, une seule, avec laquelle je quitte ce festival, m’y accrochant férocement, une phrase de Faulkner citée par Vincent Lindon lorsqu’il a reçu son prix «faire des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant » comme un écho à la phrase d’Emmanuelle Bercot lors de la clôture « Je réalise juste que parfois la vie peut aller au-delà des rêves, ce soir, la vie va au-delà de tous mes rêves» parce que le cinéma, même social ou politique peut être porteur d’espoirs (les films de la compétition s’achevaient d’ailleurs souvent sur une note d’espoir) et de rêves et ce Festival de Cannes, même s’il a débuté une nouvelle ère (un nouveau président, un film plus fragile mais non moins sublime en ouverture) n’en a pas non plus été avare.

    Conférences de presse

    Ci-dessous, quelques phrases extraites des conférences de presse des films en compétition (ainsi que des lauréats et du jury) auxquelles j’ai eu le plaisir d’assister. Retrouvez également sur mon site Inthemoodforhotelsdeluxe.com :

    - le récit de mon déjeuner à la Cucina S.Pellegrino orchestré par Cyril Lignac

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    - et le récit de mon dîner Nespresso (dont j’ai été « l’ambassadrice d’un jour », cliquez ici pour lire mon interview sur le site de Nespresso) autour du film « Les 400 coups », orchestré par le chef Florent Ladeyn.

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    Conférences de presse des lauréats après l’annonce du palmarès

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    -Son of Saul

    « On ne voulait pas faire un drame historique mais immerger le spectateur dans une expérience, que ce soit au niveau d’un être humain » LNemes

    « J’étais surpris d’être en compétition. Ce prix est énorme. » Laszlo Nemes

    -La loi du marché

    « Je suis arrivé à une petite maturité où on espère tout et n’attend rien. Je suis prêt à recevoir. J’en suis ému, fou de joie, bouleversé. » Lindon

    « Tous les films sont grands quand il y a une grande Histoire et une petite histoire. » Lindon

    « Je suis fier de faire un rôle où les gens puissent dire, ce rôle c’est moi. » Lindon

    Quand j’ai vu le film, j’ai vu des choses de moi que je ne connaissais pas: montrer de la dignité en souffrant silencieusement etc. »Lindon

    « Être regardé par des gens qui font un cinéma sublime comme les Coen, c’est très gratifiant.  » V.Lindon

    « Ce qui me touche, c’est d’avoir interprété ce rôle, c’est comme si tous mes rôles avaient convergé pour qu’un jour je fasse ce rôle. »Lindon

    -Mon roi

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    « J’espère un jour avoir un rôle aussi beau que celui-là. Je ne serais pas là si je n’avais pas eu Vincent Cassel face à moi, acteur de génie. » Emmanuelle Bercot

    « Je n’ai pas encore pas très bien réalisé et ça me plaît d’avoir un prix ex-æquo. C’est mon 3ème prix ex-æquo à Cannes. » E.Bercot

    -The Lobster

    « Je n’essaie jamais de faire des films pour prouver des choses qui me dépassent.  » Y.Lanthimos

    « On essaie toujours de faire des choses différentes et il n’y a pas d’avis unanime. C’est normal. » Y. Lanthimos

    -Carol

    « En tant que réalisateur on est un peu dans une bulle.Les 2 actrices sont extraordinaires.Le film tient grâce au personnage de Rooney. » Todd Haynes

    Conférence de presse du jury après le palmarès

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    Joël Coen : « Cela a été une expérience très intense. Cela a changé le spectateur qui est en nous de manière très positive. « 

    « Dans 24h je commence le tournage d’un film. Je n’ai jamais discuté de films avec autant de profondeur, d’émotions. » Dolan

    « On a beaucoup admiré la façon dont le script est conté. Personnellement cela m’a beaucoup plu. » Dolan à propos de « Chronic ».

    « J’ai réagi de façon profondément émotionnelle au « Fils de Saul ». C’est un film remarquable, époustouflant. » Sienna Miller

    « Nous avons débattu de tous les films. Nous reconnaissons par ces prix l’intention et la réussite d’un réalisateur » Guillermo de Toro

    « Je le savais déjà mais je me rends compte à quel point c’est difficile de faire un bon film.  » Rossy de Palma

    Rossy de Palma : « Pour moi l’immigration est un sujet très important, on est très concernés. »

    R.Traoré : « nous n’avons pas pris en considération que tel film vienne de tel pays. La question de l’immigration n’a pas été en question ».

    « Moi je suis habituée aux seconds rôles et dommage qu’il n’y ait pas de prix pour les seconds rôles. » Roissy de Palma

    « Nous avons essayé de rendre hommage au plus grand nombre possible de très grands films. » Joel Coen

    « Lorsque nous sommes sortis du « Fils de Saul » nous sommes restés longtemps silencieux. C’est un film qui peu à peu se développe en nous. » Dolan

    « Nous avons tous notre film de prédilection dans la sélection. Nous sommes tous contents du résultat.  » S.Marceau

    « La décision a été rapide pour la palme d’or. Nous étions tous très enthousiastes » Ethan et Joel Coen qui ont par ailleurs précisé avoir voté séparément

     

     Conférences de presse des films en sélection officielle

    -« La glace et le ciel »

    « Je ne suis pas défaitiste car dans le public l’état d’esprit a changé et le film va aussi y contribuer. » Claude Lorius.

    « J’étais pessimiste mais je crois que maintenant les gens changent de point de vue. On parle désormais du réchauffement tous les jours. »CLorius

    « J’ai foi dans l’humanité. C’est souvent juste après le pire qu’elle est la meilleure. » Luc Jacquet

    « Ce qui est nouveau, c’est l’urgence. J’ai confiance. Je pense que le film touchera le citoyen. » Claude Lorius

    « Ce qui m’importe c’est de passer l’émotion et c’est de passer les sensations. » Luc Jacquet

    « La vie aventurière et exemplaire de Claude Lorius est digne d’inspirer les gens ». Luc Jacquet

    -Valley of love

    « J’étais émerveillée par le scénario. » Sylvie Pialat

    « Je ne me servirai pas du deuil de Guillaume pour le rôle car c’est 1deuil à part mais je peux imaginer le poids de ces lettres. » Depardieu

    « Je n’ai pas de vision de l’Ukraine. Je suis comme tout le monde choqué. J’adore peuple ukrainien. Ces conflits ne sont pas de mon ressort. » Depardieu

    « Monsieur Poutine, je le connais bien, je l’aime beaucoup et « l’URSS » j’y vais beaucoup ». Depardieu

    « Je connais très mal les cinéastes de maintenant. J’aime beaucoup des gens comme Audiard dont le physique me fait penser à son père. » Depardieu

    « J’adore les séries et des acteurs comme B. Willis. Je ne rechigne pas devant un bon Rossellini ou un très bon Pialat. » Depardieu

    « Je me suis rendu compte que je faisais ce métier par plaisir et parce que ça facilitait la vie. » Depardieu

    « J’ai décidé de faire ce métier car je ne voulais pas travailler. Je me suis rendu compte que je voulais vivre. » Depardieu

    « Ce film, c’est comme une lecture sur des questions essentielles dont nous avons oublié de nous souvenir. » Gérard Depardieu

    « En lisant script sur ces actes manqués de l’oubli, ces interrogations qui nous retombent dessus, je l’ai rarement lu. » Depardieu

    « J’avais vu « La Religieuse », un film qui m’avait particulièrement interpellé.  » G.Depardieu

    « L’idée de départ, qu’on s’appelle Gérard et Isabelle a créé d’emblée un aspect documentaire, un rapport particulier aux rôles. » Huppert

    « On se croit sur une autre planète dans la Vallée de la mort. On ne peut se raccrocher à rien. » Isabelle Huppert

    « Le lieu a été l’élément déclencheur de l’histoire. » Guillaume Nicloux

    -Dheepan

    « Le film s’est terminé samedi dernier. Le projet est né il y a 3/4 ans. La sélection à Cannes nous a obligés à aller très très vite. » Audiard

    « Mon film est un ou des regard(s) sur la France.  » Audiard

    « A partir de la trame initiale, c’est un scénario qui a beaucoup bougé au tournage avec les comédiens, avec l’incarnation. » Audiard

    A propos de violence « je prends au pied de la lettre notion de conflit dramatique et j’ai besoin de ça pour exacerber les sentiments ». Audiard

    « L’idée initiale était de faire un remake des « Chiens de paille » mais c’était surtout le désir d’une histoire d’amour. » Audiard

    -La loi du marché

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    « Si le personnage de Vincent Lindon avait explosé, cela aurait été un cliché et la vie est plus complexe qu’un cliché. » Stéphane Brizé

    « Ce qui fait frémir dans le film: ce ne sont que des gens qui font des choses qu’ils n’ont pas envie de faire: un combat de précarités. »Lindon

    « J’ai passé beaucoup de temps dans un supermarché. J’ai même fait un stage d’agent de sécurité. » Stéphane Brizé pour « La loi du marché ».

    « Ce que j’aime dans le cinéma de Brizé: il met le spectateur en état de questionnements qui nous fait nous politiser tout doucement. »Lindon

    « Je pense que c’est une bonne chose que de nombreux films à Cannes soient des films sociaux, ce sont ces films-là qui restent. » Lindon

    « C’est quelqu’un par lequel on a envie d’être protégé et qu’on a envie de protéger. » Stéphane Brizé à propos du choix de Vincent Lindon.

    « Le dispositif dans La Loi du Marché » est une façon de faire du cinéma que je n’avais jamais appréhendée auparavant. » Vincent Lindon

    « Ma quête constante est de filmer du réel, que face à la caméra il y ait le plus de réel possible et de vérité possible. » S.Brizé

    « C’est Vincent (Lindon), le boxeur dans les cordes que je voulais avant tout filmer ». Stéphane Brizé

    « Commencer d’emblée par la première scène sans générique était une volonté dès l’écriture du scénario », explique Stéphane Brizé.

    -Mon roi

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     » Je me suis retrouvé sur un terrain que je ne connaissais pas. Une liberté apparente totale. » #Monroi Vincent Cassel

    « C’est un film que je ne fais que réécrire depuis 10 ans. » Maïwenn #monroi

    « J’avais fait 1 trilogie narcissique, j’avais envie de dépenser mon énergie pour les acteurs. » Maïwenn expliquant ainsi pourquoi elle ne joue pas dans « Mon roi » .

    -Xavier Dolan (conférence sur la plage Magnum)

    « Je lis absolument toutes les critiques et j’en apprends beaucoup de ces critiques. Mon conseil: il faut être ouvert à la critique. » X.Dolan

    « J’ai un rapport plutôt incomplet avec le cinéma français tant il y a de films à voir. J’aime beaucoup par exemple Claude Sautet. »X.Dolan

    « Je ne crois pas qu’écrire un court soit plus facile. C’est très difficile à structurer.  » Xavier Dolan

    « C’est intimidant pour moi de coacher des gens mais j’adore toutes les étapes de la production ». Xavier Dolan

    -Mia madre

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    « Je pense que le scénario était pertinent. C’était un défi passionnant. Moretti est très précis. Cela a été une excellente expérience ».Torturro

    « La manière de regarder mes films du public international: sans les interférences qu’il y a en Italie liées à mes opinions politiques. » Moretti

    « Pendant l’écriture nous avons mêlé plusieurs degrés de narration : rêves, fantasmes, film, réalité, souvenirs… ». Moretti

    « J’ai été très touché par le scénario. J’ai beaucoup aimé travailler sur ce film ». John Torturro

    « C’est un film sur ce qu’il reste des personnes qui meurent: les souvenirs, les livres… ». Moretti -

    « N’importe quel sujet peut produire un bon film ou un mauvais film. » Moretti

    « Le rôle du cinéma est de faire des bons films, si possible novateurs et qui ne donnent pas l’impression qu’on les a déjà vus. » Moretti

    -La tête haute

    « Pour être star, il faut du glamour et du secret, ne pas tout montrer de sa vie privée. » Catherine Deneuve

     « Moi c’est le scénario qui m’a beaucoup plu et tous les personnages. C’est un scénario qui m’a plu tout de suite. » Catherine Deneuve

    « En France, les femmes cinéastes ont largement la place de s’exprimer et énormément de femmes émergent. » E.Bercot

    « Ouvrir le festival avec ce film est aussi une réponse à ce début d’année difficile qu’a connu la France. » Catherine Deneuve

    « Il y a une matière documentaire très forte dans l’écriture, en revanche je ne voulais pas un style documentaire dans l’image. » Bercot

    Sara Forestier : « A la lecture du scénario, j’ai pleuré. Le film m’a piqué le cœur. »

    « C’est totalement inespéré que ce film soit à une telle place, c’est un grand honneur. » Emmanuelle Bercot

    « Je tenais à ce que tout soit absolument juste » -Emmanuelle Bercot (à propos de tout ce qui se passe dans le cadre judiciaire où elle a fait plusieurs stages avec ce souci de vraisemblance et même de véracité). « Les personnages existaient avant les stages puis ont été nourris par la part documentaire ».« La justice des mineurs est un honneur de la France » – Emmanuelle Bercot

    « Si c’est méchant, j’espère que c’est drôle ». – Catherine Deneuve à propos d’une question d’une journaliste au sujet de la caricature de Charloe Hebdo (très cruelle) à son sujet et qu’elle n’avait pas encore vue.

    « C’était très important pour moi que ce film ait son socle dans le Nord. » Emmanuelle Bercot« Ouvrir le festival avec ce film est aussi une réponse à ce début d’année difficile qu’a connu la France. » Catherine Deneuve

    « En France, les femmes cinéastes ont largement la place de s’exprimer et énormément de femmes émergent. » E.Bercot

    « Moi c’est le scénario qui m’a beaucoup plu et tous les personnages. C’est un scénario qui m’a plu tout de suite. » Catherine Deneuve

    « Pour être star, il faut du glamour et du secret, ne pas tout montrer de sa vie privée. » – Catherine Deneuve

    « Il y a une matière documentaire très forte dans l’écriture, en revanche je ne voulais pas un style documentaire dans l’image. » Bercot

    Sara Forestier : « A la lecture du scénario, j’ai pleuré. Le film m’a piqué le coeur. »

    « C’est totalement inespéré que ce film soit à une telle place, c’est un grand honneur. » Emmanuelle Bercot

    Voici le palmarès décerné par le jury présidé par Ethan et Joel Coen et composé de Rossy de Palma, Sophie Marceau, Sienna Miller, Rokia Traoré, Guillermo del Toro, Xavier Dolan, Jake Gyllenhaal .

    La cinéaste et artiste française Agnès Varda a reçu une Palme d’or d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre des mains de Jane Birkin.

    COMPÉTITION DES LONGS MÉTRAGES

    Palme d’or

    DHEEPAN réalisé par Jacques AUDIARD

    Grand Prix

    SAUL FIA (Son of Saul / Le fils de Saul) réalisé par László NEMES

    Prix de la mise en scène

    HOU Hsiao-Hsien pour NIE YINNIANG (The Assassin)

    Prix du Jury

    THE LOBSTER réalisé par Yorgos LANTHIMOS

    Prix d’interprétation féminine

    Rooney MARA dans CAROL réalisé par Todd HAYNES

    Emmanuelle BERCOT dans MON ROI réalisé par MAÏWENN

    Prix d’interprétation masculine

    Vincent LINDON dans LA LOI DU MARCHÉ (The Measure of a Man) réalisé par Stéphane BRIZÉ

    Prix du scénario

    Michel FRANCO pour CHRONIC

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    COMPÉTITION DES COURTS MÉTRAGES

    Palme d’or

    WAVES ’98 réalisé par Ely DAGHER

    UN CERTAIN REGARD

    PRIX UN CERTAIN REGARD

    HRÚTAR (Béliers / Rams) de Grímur Hákonarson

    PRIX DU JURY

    ZVIZDAN (Soleil de plomb / The High Sun) de Dalibor Matanić

    PRIX DE LA MISE EN SCENE

    Kiyoshi Kurosawa pour KISHIBE NO TABI (Vers l’autre rive / Journey to the Shore)

    PRIX UN CERTAIN TALENT

    COMOARA (Le Trésor / Treasure) de Corneliu Porumboiu

    PRIX DE L’AVENIR Ex aequo

    MASAAN de Neeraj Ghaywan

    NAHID d’Ida Panahandeh

    CAMÉRA D’OR

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    LA TIERRA Y LA SOMBRA réalisé par César Augusto ACEVEDO présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique

    CINÉFONDATION

    Premier Prix

    SHARE réalisé par Pippa Bianco

    AFI’s Directing Workshop for Women, États-Unis

    Deuxième Prix

    LOCAS PERDIDAS réalisé par Ignacio Juricic Merillán

    Carrera de Cine y TV Universidad de Chile, Chili

    Troisième Prix ex aequo

    THE RETURN OF ERKIN réalisé par Maria Guskova

    High Courses for Scriptwriters and Film Directors, Russie

    Troisième Prix ex aequo

    VICTOR XX réalisé par Ian Garrido López

    ESCAC, Espagne

    Le Jury de la CST a décerné le PRIX VULCAIN DE L’ARTISTE-TECHNICIEN à :

    Tamas ZANYI, ingénieur du son, pour la contribution exceptionnelle du Son à la narration du film SAUL FIA (Son of Saul / Le fils de Saul) réalisé par László NEMES.

    Prochain festival à suivre en ici, le Festival du Film de Cabourg, du 10 au 14 juin et, en attendant, je m’en vais dès cet après-midi rattraper « Trois souvenirs de ma jeunesse » de Desplechin. Quelques clichés supplémentaires de ce 68ème Festival de Cannes  des coulisses de la dernière du Grand Journal de Canal + à la soirée Swarovski et la soirée L’Oréal en passant par des clichés des marches et de la Croisette, l’article que le journal Ouest-France m’a consacré…

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  • Bilan du Festival de Cannes 2014 : correspondances et mises en abyme

    Cet article a été publié dans le magazine papier Clap! de juin 2014.

    Fenêtre ouverte sur des mondes et des émotions

    Je plaide coupable. Coupable d’aimer le Festival de Cannes. Un crime là où on se doit d’être blasé, cynique, désinvolte, las et désireux d’être ailleurs et de revendiquer que c’était mieux avant, forcément.

    Cannes, aussi éblouissante que versatile, peut encenser, broyer, magnifier, aliéner.

    Cannes, déclaration d’amour au cinéma et aux cinéastes qui s’y transcendent ou y émergent, se révèlent au monde, nous révèlent un monde. Le leur. Le nôtre.

    Cannes, c’est la vie en concentré. Plus déconcertante et exaltante. Plus dérisoire et urgente.

    C’est surtout une passionnante et instructive fenêtre ouverte sur le rêve et le monde dont ce festival met en lumière les ombres, les blessures, les espoirs. Et sur le cinéma lui-même, mise en abyme à laquelle nous invitait déjà l’affiche, tirée d’un photogramme de Huit et demi.

    Les 18 films de  la compétition officielle de cette 67ème édition n’ont pas dérogé à la règle.

    Sentiments intenses et images indélébiles

    « Je ne me souviens plus du film mais je me souviens des sentiments» dit Trintignant en racontant une anecdote dans le sublime Amour d’Haneke. Si ne devaient rester que les sentiments, je retiendrais :

    -le sentiment d’être, comme ses personnages enfermés dans l’écran, captive des premiers plans du film éponyme d’Egoyan, étourdissants de beauté glaciale,  captivants, lyriques

    - les frissons savoureux procurés par le poignant Mommy de Dolan, fable sombre inondée de lumière, de musique, de courage, quadrilatère fascinant qui met au centre son antihéros attachant et sa mère (incroyables Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval) dans un film d’une inventivité, maturité, vitalité, singularité,  émotion rares

    -l’émotion, justement, ineffable, procurée par le supplément d’âme, la douceur et la douleur entremêlées de Still the water de Naomi Kawase, entre nage sous-marine filmée comme un ballet et travellings envoûtants exhalant la beauté et la fragilité ravageuses de la vie et de la nature

    -le choc du plan-séquence par lequel débute The Search et de la révélation d’un acteur qui y crève l’écran (Maxim Emelianov)

    -l’envoûtement de la danse éclairée par un doux halo de lumière dans Jimmy’s hall, d’une grâce infinie, ou l’entraînement de Foxcatcher chorégraphiée et filmée comme une danse

    -le rire grinçant suscité par le burlesque et finalement clairvoyant Relatos salvages

    - et, plus que tout, les larmes suscitées par la beauté flamboyante, étourdissante, de Timbuktu  de Sissako qui souligne avec tant d’intelligence la folie du fanatisme contre lequel il est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme par une construction parfaite jouant savamment des contrastes : soleil  irradiant et illuminant une scène tragique, plan  mis en parallèle avec le précédent illustrant la drôlerie tragique de l’absurdité fanatique, début et fin se répondant avec une logique et violence implacables.

    -L’incompréhension face à son absence au palmarès tant chaque image, chaque visage sont d’une beauté inouïes éclairant magnifiquement les aspects les plus sombres de l’actualité.

    Correspondances et mises en abyme

    Cannes tisse aussi une toile arachnéenne avec les échos et tourments d’un monde paradoxal, multiple et uniforme qui raisonnent et résonnent comme la «joie et la souffrance » du Dernier Métro de Truffaut semblent rimer avec « L’œil gai et l’œil triste » de Gabin dans Le Jour se lève de Carné (Cannes Classics).

    Ainsi le plus jeune (Dolan) et le plus âgé (Godard) de cette compétition couronnés du prix du jury ex-æquo ont en commun l’amour fou du cinéma, l’audace, la connaissance parfaite de son langage qu’ils réinventent, magistralement comme des poèmes, hymnes à la liberté. Liberté. Titre, aussi, du poème d’Eluard, douce et terrible litanie dans le film de Cronenberg. Résonances.

    C’est l’écho entre des personnages de femmes fortes se battant  pour leur survie, Hilary Swank et Marion Cotillard. L’une dans un film crépusculaire qui revisite l’American dream et la mythologie du western (The Homesman), l’autre dans le bouleversant et ensoleillé portrait de femme qui se relève (Deux jours, une nuit).

    L’actrice incarnée par Julianne Moore dans Maps the stars d’une ambition carnassière, sinistre et cynique, semble, elle, être le négatif de Juliette Binoche éblouissante dans la sinueuse, lucide et brillante mise en abyme d’Assayas, personnages redoutant pareillement les ravages des ans.

    L’esquisse du portrait de Turner par Leigh en toiles riches de paradoxes, entre sensibilité de son art et rudesse du personnage, parallèle entre l’artiste peintre et l’artiste cinéaste, fait écho au film de Bonello sur Saint Laurent, « odyssée dans la tête du créateur », film de contrastes par lesquels il débute d’ailleurs. Homme dans l’ombre. Avec ses zones d’ombre.  Deux artistes face à leurs démons,  hommages créatifs aux génies mélancoliques.

    Correspondances entre la dureté et la poésie de Mommy et du Grand prix, Les Merveilles d’Alice Rohrwacher, deux films qui font s’enlacer brillamment tendresse et âpreté.

    Cannes, bulle d’irréalité, nous confronte aux terribles réalités du monde qui se répondent aussi : guerre de Tchétchénie (The Search), arbitraire de l’Etat en Russie  (Leviathan),  djihadistes au Mali (Timbuktu), ayant en commun de broyer l’innocence.

    Eloge de la durée

    Cannes c’est aussi une pause salutaire dans le flux et flot d’images hypnotiques qui caricaturent l’information au lieu de la mettre en lumière, pour laisser le temps à la pensée de s’exprimer. Lenteur finalement judicieuse :

    -dans Mr. Turner de Mike Leigh, tableau qui n’offre pas d’emblée toutes ses richesses au regard mais se dévoile peu à peu comme cet éléphant à peine perceptible sur cette toile de Turner.

    -ou encore les 3H16 de la palme d’or, Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan, qui permettent d’appréhender son sens, magistral, du cadre et plus encore de la psychologie avec lesquels il capture aussi bien la complexité, la rudesse, l’hébétude et les contradictions des paysages que celles des cœurs plongés dans l’hiver. Film à la fois aride et lumineux comme ses personnages principaux que l’on quitte et abandonne à regret à leurs faiblesses désarmantes.

    Au-revoir les enfants

    Lors de l’ouverture, Lambert Wilson, maître de cérémonie, citait Desnos : « Ce que nous demandons au cinéma, c’est ce que l’amour et la vie nous refusent : le mystère et le miracle. » Miracle et mystère étaient au rendez-vous dans la fiction et la réalité entre lesquelles, là plus qu’ailleurs, la frontière est si étanche. Le miracle et le mystère des films précités. Le miracle du discours de clôture, bouleversant, de Xavier Dolan. Le mystère  du président du festival, Gilles Jacob, qui le quitte sur la pointe des pieds par un simple « au-revoir les enfants », d’une rare élégance, image éphémère sur l’écran du Théâtre Lumière, gravée  dans nos mémoires de cinéphiles reconnaissants envers celui qui a fait de Cannes ce qu’il est aujourd’hui : le plus grand évènement cinématographique au monde.

    Coupable, vous dis-je.

  • Retrouvez mon bilan du Festival de Cannes 2014 dans CLAP, nouveau magazine de cinéma

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    Longtemps, dès l'âge de 11 ou 12 ans, je pense, j'avais un rendez-vous hebdomadaire incontournable, aller acheter en kiosques les Première, Studio, et Positif (que je continue d'ailleurs à acheter de temps à autre). Allez savoir pourquoi, pour les deux premiers, j'ai cessé il y a trois ou quatre ans. Sans doute en raison d'internet qui pose un évident problème d'adaptation temporelle et d'immédiateté, sans doute aussi parce que je n'y retrouvais pas l'originalité de point de vue et les articles de fond que je recherchais.

    C'est ainsi le parti pris de ce nouveau magazine de cinéma "Clap", financé par le site participatif Ulule ayant rapidement atteint puis dépassé l'objectif fixé pour son financement.

    L'objectif du magazine lancé par Romain Dubois est ainsi défini sur le site Ulule : "Lancer la revue cinéma du futur. Nous souhaitons faire entendre aujourd’hui une voix différente et INDEPENDANTE que nous ne retrouvons pas dans la presse cinématographique actuelle. La voix de notre génération, le magazine que nous aimerions lire. Nous croyons au renouvellement de la presse cinéma autour d'une cinéphilie moins universitaire, moins poussiéreuse et plus ouverte sur tous les genres de cinéma autant que sur les séries ! Clap! s’intéresse à tous les cinémas sans préjugés : du blockbuster aux films d’auteur, des classiques de l'Age d'or hollywoodien aux films pop-corn des années 80, de la Série B au film d'animation.  A son cœur purement ciné viendra également s'ajouter un large cahier critique dédié aux séries. Vous l’aurez compris, le but est de n’exclure aucun genre, parler de TOUT, avec passion, précision et ouverture d’esprit.  Chaque numéro sera composé de longues interviews de grands cinéastes, acteurs, techniciens : ceux qui font le cinéma. Mais l'essence même de Clap! sera son dossier d’une vingtaine de pages, dans lequel chacun des rédacteurs exprimera son point de vue sur un thème commun, intemporel ou au contraire en lien avec l’actualité brûlante. Dans les deux cas, le dossier sera écrit avec l’exigence d’une approche inédite, d’un retour aux sources, d’une analyse précise, décalée, sérieuse : ce que le sujet dictera ! Exemples :  Qui est l’héritier légitime d’Hitchcock ?  La guerre du Viêtnam au cinéma. Hollywood n'a-t-il plus rien à dire ? L’animation : de Méliès à Pixar. Ceux qui ont fait l’Age d’Or hollywoodien. La mort de la grande SF.Et parce qu'il y a mille façons d'en parler, Clap! a décidé de rassembler le meilleur du web au sein de sa revue. Enfin un collectif de passionnés du ciné qui promet de tout dire, tout couvrir, pour le meilleur et pour le pire. Ont déjà rejoint la Clapteam : les excellentes plumes d’EastAsia & In the Mood for Cinéma,  qui auront leur rubrique rien qu’à eux !".

    Je suis vraiment ravie d'écrire dans ce premier numéro (et dans les suivants) pour lequel j'ai choisi d'écrire le bilan du Festival de Cannes 2014 (raison pour laquelle je ne l'ai pas publié ici cette année). Pour le lire, il vous faudra donc acheter Clap (liste des points de vente, ici) ou vous abonner, là. A lire dans ce 1er numéro: un excellent article sur David Fincher, la rencontre avec Naomi Kawase et beaucoup d'autres choses. Bonne lecture! Vos avis sur le magazine sont bien sûr les bienvenus. Je transmettrai...

    Suivez-moi aussi sur http://inthemoodlemag.com et http://inthemoodforfilmfestivals.com.

  • Bilan du Festival de Cannes 2014 : correspondances et mises en abymes

    Fenêtre ouverte sur des mondes et des émotions

    Je plaide coupable. Coupable d’aimer le Festival de Cannes. Un crime là où on se doit d’être blasé, cynique, désinvolte, las et désireux d’être ailleurs et de revendiquer que c’était mieux avant, forcément.

    Cannes, aussi éblouissante que versatile, peut encenser, broyer, magnifier, aliéner.

    Cannes, déclaration d’amour au cinéma et aux cinéastes qui s’y transcendent ou y émergent, se révèlent au monde, nous révèlent un monde. Le leur. Le nôtre.

    Cannes, c’est la vie en concentré. Plus déconcertante et exaltante. Plus dérisoire et urgente.

    C’est surtout une passionnante et instructive fenêtre ouverte sur le rêve et le monde dont ce festival met en lumière les ombres, les blessures, les espoirs. Et sur le cinéma lui-même, mise en abyme à laquelle nous invitait déjà l’affiche, tirée d’un photogramme de Huit et demi.

    Les 18 films de  la compétition officielle de cette 67ème édition n’ont pas dérogé à la règle.

    Sentiments intenses et images indélébiles

    « Je ne me souviens plus du film mais je me souviens des sentiments» dit Trintignant en racontant une anecdote dans le sublime Amour d’Haneke. Si ne devaient rester que les sentiments, je retiendrais :

    -le sentiment d’être, comme ses personnages enfermés dans l’écran, captive des premiers plans du film éponyme d’Egoyan, étourdissants de beauté glaciale,  captivants, lyriques

    - les frissons savoureux procurés par le poignant Mommy de Dolan, fable sombre inondée de lumière, de musique, de courage, quadrilatère fascinant qui met au centre son antihéros attachant et sa mère (incroyables Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval) dans un film d’une inventivité, maturité, vitalité, singularité,  émotion rares

    -l’émotion, justement, ineffable, procurée par le supplément d’âme, la douceur et la douleur entremêlées de Still the water de Naomi Kawase, entre nage sous-marine filmée comme un ballet et travellings envoûtants exhalant la beauté et la fragilité ravageuses de la vie et de la nature

    -le choc du plan-séquence par lequel débute The Search et de la révélation d’un acteur qui y crève l’écran (Maxim Emelianov)

    -l’envoûtement de la danse éclairée par un doux halo de lumière dans Jimmy’s hall, d’une grâce infinie, ou l’entraînement de Foxcatcher chorégraphiée et filmée comme une danse

    -le rire grinçant suscité par le burlesque et finalement clairvoyant Relatos salvages

    - et, plus que tout, les larmes suscitées par la beauté flamboyante, étourdissante, de Timbuktu  de Sissako qui souligne avec tant d’intelligence la folie du fanatisme contre lequel il est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme par une construction parfaite jouant savamment des contrastes : soleil  irradiant et illuminant une scène tragique, plan  mis en parallèle avec le précédent illustrant la drôlerie tragique de l’absurdité fanatique, début et fin se répondant avec une logique et violence implacables.

    -L’incompréhension face à son absence au palmarès tant chaque image, chaque visage sont d’une beauté inouïes éclairant magnifiquement les aspects les plus sombres de l’actualité.

    Correspondances et mises en abyme

    Cannes tisse aussi une toile arachnéenne avec les échos et tourments d’un monde paradoxal, multiple et uniforme qui raisonnent et résonnent comme la «joie et la souffrance » du Dernier Métro de Truffaut semblent rimer avec « L’œil gai et l’œil triste » de Gabin dans Le Jour se lève de Carné (Cannes Classics).

    Ainsi le plus jeune (Dolan) et le plus âgé (Godard) de cette compétition couronnés du prix du jury ex-æquo ont en commun l’amour fou du cinéma, l’audace, la connaissance parfaite de son langage qu’ils réinventent, magistralement comme des poèmes, hymnes à la liberté. Liberté. Titre, aussi, du poème d’Eluard, douce et terrible litanie dans le film de Cronenberg. Résonances.

    C’est l’écho entre des personnages de femmes fortes se battant  pour leur survie, Hilary Swank et Marion Cotillard. L’une dans un film crépusculaire qui revisite l’American dream et la mythologie du western (The Homesman), l’autre dans le bouleversant et ensoleillé portrait de femme qui se relève (Deux jours, une nuit).

    L’actrice incarnée par Julianne Moore dans Maps the stars d’une ambition carnassière, sinistre et cynique, semble, elle, être le négatif de Juliette Binoche éblouissante dans la sinueuse, lucide et brillante mise en abyme d’Assayas, personnages redoutant pareillement les ravages des ans.

    L’esquisse du portrait de Turner par Leigh en toiles riches de paradoxes, entre sensibilité de son art et rudesse du personnage, parallèle entre l’artiste peintre et l’artiste cinéaste, fait écho au film de Bonello sur Saint Laurent, « odyssée dans la tête du créateur », film de contrastes par lesquels il débute d’ailleurs. Homme dans l’ombre. Avec ses zones d’ombre.  Deux artistes face à leurs démons,  hommages créatifs aux génies mélancoliques.

    Correspondances entre la dureté et la poésie de Mommy et du Grand prix, Les Merveilles d’Alice Rohrwacher, deux films qui font s’enlacer brillamment tendresse et âpreté.

    Cannes, bulle d’irréalité, nous confronte aux terribles réalités du monde qui se répondent aussi : guerre de Tchétchénie (The Search), arbitraire de l’Etat en Russie  (Leviathan),  djihadistes au Mali (Timbuktu), ayant en commun de broyer l’innocence.

    Eloge de la durée

    Cannes c’est aussi une pause salutaire dans le flux et flot d’images hypnotiques qui caricaturent l’information au lieu de la mettre en lumière, pour laisser le temps à la pensée de s’exprimer. Lenteur finalement judicieuse :

    -dans Mr. Turner de Mike Leigh, tableau qui n’offre pas d’emblée toutes ses richesses au regard mais se dévoile peu à peu comme cet éléphant à peine perceptible sur cette toile de Turner.

    -ou encore les 3H16 de la palme d’or, Winter sleep de Nuri Bilge Ceylan, qui permettent d’appréhender son sens, magistral, du cadre et plus encore de la psychologie avec lesquels il capture aussi bien la complexité, la rudesse, l’hébétude et les contradictions des paysages que celles des cœurs plongés dans l’hiver. Film à la fois aride et lumineux comme ses personnages principaux que l’on quitte et abandonne à regret à leurs faiblesses désarmantes.

    Au-revoir les enfants

    Lors de l’ouverture, Lambert Wilson, maître de cérémonie, citait Desnos : « Ce que nous demandons au cinéma, c’est ce que l’amour et la vie nous refusent : le mystère et le miracle. » Miracle et mystère étaient au rendez-vous dans la fiction et la réalité entre lesquelles, là plus qu’ailleurs, la frontière est si étanche. Le miracle et le mystère des films précités. Le miracle du discours de clôture, bouleversant, de Xavier Dolan. Le mystère  du président du festival, Gilles Jacob, qui le quitte sur la pointe des pieds par un simple « au-revoir les enfants », d’une rare élégance, image éphémère sur l’écran du Théâtre Lumière, gravée  dans nos mémoires de cinéphiles reconnaissants envers celui qui a fait de Cannes ce qu’il est aujourd’hui : le plus grand évènement cinématographique au monde.

    Coupable, vous dis-je.

     Cet article sera publié dans le magazine papier Clap! de juin 2014.

  • Palmarès et clôture du Festival de Cannes 2014

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    Deux jours après la soirée de clôture, de retour de Cannes et pas encore tout à fait à la réalité, encore éblouie par les lumières cannoises et du 7ème art, je vais vous livrer un bilan plus émotionnel que cinématographique de cette 67ème édition puisque c’est dans mon article publié dans le magazine « Clap » (dont le premier numéro sera en kiosques le 18 juin) que vous pourrez cette année découvrir mon avis sur la compétition de cette 67ème édition dont j’ai une véritable vision d’ensemble puisque j’ai vu  les 18 films sélectionnés (et quels films !) ainsi que les films d’ouverture (« Grace de Monaco ») et de clôture (« Pour une poignée de dollars ») et quelques « séances spéciales » (« Caricaturistes, fantassins de la démocratie », « Kahlil Gibran’s the prophet ») et quelques films de la section Un Certain Regard (« Incompresa », « La chambre bleue », « Party girl ») sans oublier les courts-métrages de l’ADAMI. Bref, douze jours de grand cinéma et d’un voyage passionnant, une fenêtre ouverte sur le monde, ses aspirations et ses blessures, et sur le rêve.

    Cette année, c’est aux premières loges que j’ai eu le plaisir de vivre la soirée du palmarès après ces douze jours de parenthèse enchantée. Une dernière montée des marches sous un soleil insolent, inondées de frénésie, baignées d’euphorie, paroxysme de douze jours à la frontière entre cinéma et réalité, de plus en plus ténue au fil des jours et des projections au point de confondre peu à peu l’affiche et une Croisette ô combien fellinienne quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit à laquelle je l’arpentais.

     « Les meilleures choses ont une fin, pas les meilleurs films. Ils continuent à exister. Leurs souvenirs se mélangent en nous avec ceux de notre vie réelle. Ils nous accompagnent, nous apprennent à vivre » a ainsi déclaré Lambert Wilson lors de la clôture. Sans aucun doute, quelques films de cette 67ème édition resteront gravés dans ma mémoire à se confondre avec les souvenirs de ma propre vie, à les adoucir ou les éclairer. Le mystère et le miracle du cinéma pour reprendre les mots de Desnos cité par Lambert Wilson lors de l’ouverture : « Ce que nous demandons au cinéma c’est ce que l’amour et la vie nous refusent : le mystère et le miracle. Place au miracle. »

    A quelques minutes de l’annonce du palmarès, fébrile, la salle réagit à la montée des marches et ajuste ses pronostics, applaudit Sophia Loren, majestueuse, est parcourue d’un murmure admiratif en voyant Xavier Dolan gravir les marches dont le film a fait l’unanimité,  et accueille l’arrivée de Quentin Tarantino (qui présentera ensuite le film de Sergio Leone avec l’enthousiasme et la cinéphilie qui le caractérisent) parmi nous par une standing ovation. L’espace de quelques minutes, et plus que jamais, Cannes est le centre du monde du cinéma, se croit le centre du monde. Le brouhaha laisse bientôt place à un murmure d’impatience et à la musique qui précède le direct. Je frissonne immanquablement. Un peu de nostalgie déjà. D’impatience de connaître le verdict. Et du plaisir, ineffable, inaltérable, d’être là.

    Lambert Wilson apparaît sur scène, vêtu d’un costume grenat, d’une élégance teintée d’ironie à l’image de son discours : « Les grands démocrates de ce monde pourront élargir impunément leurs frontières et Godzilla redeviendra le film le plus important de la semaine. Le monde redeviendra illisible. Dès demain, il vous faudra écrire et réaliser des films pour tenter de nous rendre compréhensible », « Même si c’est old fashion nous avons décidé de vous annoncer le palmarès depuis cette merveilleuse salle du festival plutôt que de le rendre accessible en VOD pour 6, 99 euros. »

    Vient enfin l’heure du palmarès qui, après la palme d’or du court métrage, débute avec l’attribution de la caméra d’or à « Party girl », un film dont je vous avais dit à quel point il m’avait enthousiasmée, un film plein de vie et de délicatesse pour un sublime et touchant portrait de femme qui nous emporte dans sa fête joyeusement mélancolique.

    Visiblement remué, c’est Timothy Spall qui reçoit ensuite le prix d’interprétation masculine pour son interprétation magistrale du peintre Turner dans le film de Mike Leigh, déjà remarquable dans son « All or nothing ».  Un film et un personnage à la fois âpres, rudes et sublimes d’une belle exigence dans les nuances des âmes autant que dans celles des teintes et des peintures.

    C’est ensuite à l’actrice Julianne Moore qu’est attribué le prix d’interprétation féminine pour son rôle d’actrice cruelle, ravagée par l’ambition et craignant plus que tout de l’être par les années dans « Maps to the stars » de David Cronenberg, plongée lucide et cynique dans l’envers du décor d’Hollywood.

    Le prix du scénario a été attribué à « Léviathan » pour une écriture particulière sophistiquée, habile, d’inspiration biblique et qui le méritait incontestablement.

    Le prix de la mise en scène est revenu à « Foxcatcher », le seul prix vraiment incompréhensible pour moi. Si la réalisation est indéniablement maîtrisée, c’est aussi la plus classique de tous les films sélectionnés, la moins audacieuse.

    Le prix du jury a été attribué ex-æquo au plus jeune, Xavier Dolan, et au plus âgé  (Jean-Luc Godard), des cinéastes en compétition qui ont finalement en commun la folie, l’audace, l’amour fou du cinéma, des films qui utilisent les codes du cinéma pour mieux les renouveler, les transcender. Pour Jane Campion, Xavier Dolan est « un génie » et elle s’est dit « bouleversée par le film de Godard, tellement moderne, il n’y a plus de récit, le film est une sorte de poème qui m’a frappée, voilà un homme vraiment libre. Nous avons opté pour un prix ex-æquo. Nous devons beaucoup de choses à Godard. A bout de souffle a changé le cinéma et nous avons été d’accord pour lui donner ce prix ».

    Le Grand prix est revenu au film italien « Les merveilles » d’Alice Rohrwacher. L’impression de vérité, la vie, la sincérité, qui en émanent justifient ce prix peut-être plus du cœur que de la raison mais c’est cela aussi le cinéma, se laisser porter, emporter par les émotions.

    Enfin, la palme d’or a été attribuée à « Winter sleep », le film de 3H16 de Nuri Bilge Ceylan dont je vous avais dit le soir de sa projection à quel point je ne les avais pas vues passer tant ce film est maîtrisé, d’une rare finesse psychologique, d’une beauté triste envoûtante, d’une lucidité admirable. Trop nombreux sont les festivaliers ou les journalistes à avoir critiqué ce film sans même l’avoir vu. Une palme d’or moins évidente que celle qui aurait pu/dû revenir à Sissako mais non moins méritée. J’avais été captivée par le sens du cadre et plus encore celui de la psychologie de Nuri Bilge Ceylan qui sait aussi bien capturer la rudesse des paysages que celle des cœurs, les paysages et les âmes plongés dans l’hiver. Un film à la fois aride et lumineux comme ses personnages principaux que l’on quitte et abandonne à regret à leurs faiblesses attendrissantes et solitudes désarmantes.  Jane Campion a ainsi justifié cette palme d’or lors de la conférence de presse du jury : «  Ce que j’ai apprécié dans Winter sleep : je me suis assise et ce film avait un rythme tellement merveilleux que j’aurais pu rester deux heures de plus. Comme une nouvelle de Tchekhov avec des personnages qui se torturent avec beaucoup d’intelligence. Une confrontation avec beaucoup de sophistication. »

    Pour moi, un film restera néanmoins à jamais gravé dans ma mémoire, c’est « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako. Un film d’une beauté flamboyante qui exacerbe encore la cruauté et la folie du fanatisme qu’il dénonce, sans manichéisme, mais avec une intelligence redoutable. Le film parfaitement construit (début et fin se répondant, plans d’une violence implacable) est comme une démonstration sur le cercle vicieux de la bêtise du fanatisme. Chaque plan est parfait, alliant savamment les contrastes parfois dans la même image (le soleil irradie et illumine une scène profondément triste ou un plan  mis en parallèle avec le précédent illustre toute l’absurdité criminelle et tragiquement drôle du fanatisme). Du début à la fin, j’ai été éblouie par ce film qui relève pour moi de la perfection et dont chaque image, chaque visage (d’une beauté inouïes) resteront gravées en moi. Un film immense. Non seulement le film de ce festival mais aussi le film de l’année. Parce que tout concourt à en faire un très grand film: photographie, mise en scène, écriture mais aussi parce que son sujet est en résonance avec l’actualité et éclaire magnifiquement ses aspects les plus sombres, ce film méritait indéniablement la palme d’or même si Xavier Dolan méritait la palme de l’inventivité, la maturité, la vitalité, la singularité et l’émotion pour son poignant « Mommy ».

     Cette cérémonie de clôture a été riche en émotions. Bien sûr parce qu’elle marquait la fin de douze jours de parenthèse enchantée mais aussi la fin de la présidence de Gilles Jacob  qui l’a quittée avec l’élégance et la discrétion qui le caractérisent. Son « au revoir les enfants » inscrit sur l’écran du Grand Théâtre Lumière était d’une simplicité bouleversante et résumait toute la classe et la tendre ironie de celui qui a permis que le Festival de Cannes devienne ce qu’il est aujourd’hui, le plus important évènement cinématographique au monde. Une personne rare dont la curiosité insatiable, l’élégance, la clairvoyance et malgré cela l’étonnement constant ne cesseront de forcer mon admiration qu’il m’est plus facile de clamer après son départ, sans être soupçonnée de flagornerie. Merci M. Jacob.

    Et puis, que dire du discours de Xavier Dolan qui m’a émue autant que l’avait fait son film. Des mots quin ont profondément résonné en moi. Un discours qui résume toute la force et la beauté de la création artistique, la violence et la légèreté surtout qu’elle suscite, qui permet de croire que, malgré les terribles vicissitudes de l’existence, tout est possible. Tout reste possible. Merci Xavier Dolan pour ce moment d’émotion sincère et partagé, pour ces films à votre image, vibrants de vie, de passion, de générosité, d’originalité, de folie, de singularité, d’intelligence. J’aurais aimé vous dire tout cela lorsque je vous ai croisé lors du dîner de clôture. Mais redoutant que mes mots ne soient à la hauteur de mes émotions et de la vôtre, j’ai préféré me taire et rester avec les mots si vibrants de votre discours dont voici un extrait :

     « Une note pour les gens de mon âge, les jeunes de ma génération. Ce sont les notes des dernières années dans ce monde de fous. Malgré les gens qui s’attachent à leurs goûts et n’aiment pas ce que vous faites, mais restez fidèles à ce que vous êtes.  Accrochons nous à nos rêves, car nous pouvons changer le monde par nos rêves, nous pouvons faire rire les gens, les faire pleurer. Nous pouvons changer leurs idées, leurs esprits. Et en changeant leurs esprits nous pouvons changer le monde. Ce ne sont pas que les hommes politiques et les scientifiques qui peuvent changer le monde, mais aussi les artistes. Ils le font depuis toujours. Il n’y a pas de limite à notre ambition à part celles que nous nous donnons et celles que les autres nous donnent. En bref, je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Et puisse ce prix en être la preuve la plus rayonnante ».

     Pour terminer, avant de vous récapituler le palmarès ci-dessous, rappelez-vous, dans mon article avant le festival, je vous livrais un petit « j’aime, j’aime pas » cannois, le voici à nouveau ci-dessous avec quelques ajouts et modifications suite à ces douze jours au cœur de Cannes. Je vous donne donc rendez-vous dans « Clap » pour mon compte rendu cinématographique et sur mes blogs, du 10 au 17 juin, pour la troisième édition du Champs-Elysées Film Festival dont j’ai le plaisir de faire partie du jury mais aussi la semaine prochaine pour les trophées Tribway du meilleur blog dont je fais partie des finalistes et évidemment pour les 40 ans du Festival du Cinéma Américain de Deauville en septembre…notamment !

    A Cannes, j’aime :

    -entendre le petit cliquetis lorsque les contrôleurs scannent les badges à l’entrée de la salle Debussy ou du Grand Théâtre Lumière comme un passeport pour le paradis, celui des cinéphiles,

    -me laisser envoûter par le lever du soleil en allant à la première projection presse du matin sur une Croisette alors étrangement déserte et avoir l’impression que le monde m’appartient,

    -oublier que ce tourbillon enivrant de cinéma ne durera pas toujours et que des illusions s’y perdent, aussi, souvent, brutalement,

    -oublier, l’espace de douze jours, que la vraie vie n’est pas du cinéma ou n’est pas que du cinéma,

    -avoir le cœur qui bat la chamade en entrant dans le Grand Théâtre Lumière, comme la première fois, comme pour un premier rendez-vous, notre premier rendez-vous,

    -ce moment palpitant lorsque la salle s’éteint et avant que s’allume l’écran où le souffle de la salle est suspendu à ces premières images qui nous embarqueront pour un nouvel univers, un nouveau monde, une nouvelle aventure, un nouveau rêve,

    -ne plus faire la distinction entre le jour et la nuit, la fiction et la réalité, mes souvenirs et mon imaginaire, l’affiche de Fellini et une Croisette aux accents felliniens,

    -avoir l’impression que tout recommence et que tout est possible, et même croire, l’espace de douze jours hors de la réalité, que ce deuil  qui me ravageait avant de partir et qui n’a jamais quitté mes pensées, n’était qu’un terrible cauchemar, qu’une illusion de plus,

    -entendre Gilles Jacob et Thierry Frémaux partager leur passion du cinéma, avec un constant enthousiasme, rivalisant d’humour et d’érudition,

    -ce moment à la fin du film où, aussi, la salle retient son souffle, avant de se taire ou d’applaudir,

    -lorsque les applaudissements semblent ne devoir jamais arrêter leur course folle telle une vague contagieuse de bonheur,

    - cette bulle d’irréalité où les émotions, les joies réelles et cinématographiques, si disproportionnées, procurent un sentiment d’éternité fugace et déroutant,

    - cet ailleurs proche qui abolit les frontières entre fiction et réalité, qui vous fait tout oublier, même que cela ne dure qu’un temps,

    -l’ombre parallèle d’un miroir,

    - celui qui, de toute façon, sortira vainqueur  et qui vous fait oublier tout le reste: le cinéma presque dissimulé derrière tous ceux qui font le leur, le cinéma si multiple, si surprenant, si audacieux, si magique, là plus qu’ailleurs,

    -parler cinéma  à toute heure du jour et de la nuit, avec des amis ou des inconnus dans les files d’attente( le cinéma: langage universel) avec virulence parfois, comme si la vie en dépendait,

    -redécouvrir des classiques du cinéma, ceux par lesquels j’ai commencé à l’aimer et se dire que la boucle est bouclée et que tout recommence, toujours,

    -découvrir des bijoux du septième art et en être exaltée,

    -être heurtée, brusquée par un film et en être exaltée, aussi, malgré tout,

    -gravir les marches les plus célèbres du monde au son de la musique sous un soleil éblouissant et, l’espace d’un instant, être envahie par l’irréalité étincelante que procure ce moment qui suspend le vol du temps,

    -entendre Aquarium de Camille de Saint-Saëns et savoir que la magie va à nouveau opérer,

    -sortir d’une projection tardive, un peu étourdie, éblouie, arpenter la Croisette et avoir l’impression de me retrouver dans un film de Fellini, encore,

    -retrouver la Croisette, celles et ceux, festivaliers, que je ne croise qu’une fois par an là-bas et avoir l’impression de les avoir quittés la veille. Le cinéma: langage intemporel, aussi,

    -me souvenir de la petite fille que j’étais qui, avec son père, à la télévision, regardait tout cela de loin, fascinée, impressionnée, comme un monde lointain et inaccessible et avoir conscience de ma chance et à quel point cette passion pour le cinéma est exaltante et, au milieu des vicissitudes de l’existence, salutaire, et à quel point, et m’a fait vivre et me fait vivre tant de moments inoubliables, en particulier à Cannes,

    -repartir de Cannes avec des envies d’écriture, portées par les illusions enchanteresses, les désillusions fracassantes, du festival

    Je n’ignore pas qu’à Cannes il y a aussi tous ceux qui font leur cinéma, théâtre des vanités destructeur et  assassin et pour cette raison,

    à Cannes, j’aime moins:

    - les parures d’orgueil que revêtissent ainsi ceux qui s’y donnent l’illusion d’exister,

    - les semblants d’amitiés piétinés sans vergogne pour grimper dans l’échelle de la vanité,

    - les personnalités qui se révèlent, tristement parfois, dans ce théâtre des apparences,

    - l’exacerbation par la hiérarchie festivalière des rancœurs de ceux qui sont en bas et la vanité de ceux qui sont en haut qui croient y déceler là un signe de leur supériorité, et qui oublient que, au bout de dix jours, l’égalité et la réalité reprendront leurs droits,

    - les Dorian Gray, Georges Duroy, Rastignac, Lucien de Rubempré (de pacotille) qui s’y croisent, s’y défient, s’y méprisent…et finalement s’y perdent,

    - la célérité avec laquelle Cannes passe de l’adoration à la haine : la violente versatilité de la Croisette, sa capacité à déifier puis piétiner, avec la même pseudo-conviction et force,

    -ceux qui vous disent « LE » Téchiné, « LE » Dolan au lieu du film de…, pour bien signifier qu’ils appartiennent à un cercle d’initiés, les mêmes qui parleront systématiquement (que) de daubes (que j’exècre ce mot!) ou de chefs-d’œuvre ne connaissant pas la demi-mesure et la nuance et les mêmes qui mettront invariablement « pour le coup » dans chacune de leurs critiques (mais qui a initié cette expression passe-partout?),

    - le pathétique acharnement de certains pour paraître cyniques, désabusés, blasés, désinvoltes, las,

    -les amis d’autrefois dont l’indifférence, le silence ou l’incapacité à prononcer ces mots si simples et salutaires « mes condoléances » est comme un couteau dans la plaie béante et invisible de ce deuil récent et inconcevable,

    -Les soirées sans fin, sans faim à force d’être enchaînées pour certains. La foule impérieuse du festival qui, mieux que nulle autre, sait être passionnément exaltée et aussi impitoyable avec la même incoercible exaltation,

    -la versatilité des personnalités et avis pour un sursaut de vanité, même si je sais que tant d’illusions s’y fracassent, que Cannes peut encenser, broyer, magnifier, dévaster et en a perdu certains et tant à force de les éblouir, les fasciner, les aliéner,

    -ceux qui montent les marches…pour les redescendre ensuite sans même aller voir le film et qui mépriseront en sortant ceux qui ne rêvaient que de cela,

    -ceux qui viennent à Cannes et disent que c’est forcément mieux ailleurs, que c’était forcément mieux avant, que, forcément, ils ne pouvaient pas faire autrement, parce qu’oubliant ou justement se rappelant très bien tous ceux qui aimeraient avoir leur chance,

    -préférer l’écriture nocturne au sommeil  pour partager ma passion pour les films …et réaliser que le dernier jour je peine à rester aussi attentive devant un film pourtant captivant,

    -quand Cannes  se révèle un véritable terrain de guerre où chacun ne lutte que pour son intérêt, et qui révèle les veuleries de certains,

    - arriver le jour de la clôture, avoir l’impression que le festival vient de commencer et l’avoir traversé comme un rêve éveillé (mais ça, j’aime, aussi).

     Je vous laisse avec le palmarès et avec, encore en tête, la voix inimitable de Depardieu lisant Khalil Gibran lors d’une séance spéciale de cette 67ème édition  ou prononçant cette célèbre phrase du film de Truffaut « Le dernier métro » revu avec un immense plaisir dans le cadre de Cannes Classics : « Tu es si belle que te regarder est une souffrance. (Hier, tu disais que c’était une joie.) C’est une joie et une souffrance. »

     PALMARES DU 67ème FESTIVAL DE CANNES :

    En Compétition :

    Longs métrages

    Palme d’or

    WINTER SLEEP Réalisé par Nuri Bilge CEYLAN

     Grand Prix

     LE MERAVIGLIE (LES MERVEILLES) Réalisé par Alice ROHRWACHER

     Prix de la mise en scène

     Bennett MILLER pour FOXCATCHER

     Prix du scénario

     Andrey ZVYAGINTSEV, Oleg NEGIN pour LEVIATHAN

     Prix d’interprétation féminine

     Julianne MOORE dans MAPS TO THE STARS Réalisé par David CRONENBERG

     Prix d’interprétation masculine

     Timothy SPALL dans MR. TURNER Réalisé par Mike LEIGH

     Prix du Jury

     MOMMY Réalisé par Xavier DOLAN

     ADIEU AU LANGAGE Réalisé par Jean-Luc GODARD

     Courts métrages

     Palme d’or du court métrage

     LEIDI Réalisé par Simón MESA SOTO

     Mention spéciale – court métrage

     AÏSSA Réalisé par Clément TREHIN-LALANNE

     JA VI ELSKER Réalisé par Hallvar WITZØ

     Un Certain Regard :

     Prix Un Certain Regard

     FEHÉR ISTEN Réalisé par Kornél MUNDRUCZÓ

     Prix du Jury – Un Certain Regard

     TURIST (FORCE MAJEURE) Réalisé par Ruben ÖSTLUND

    Prix spécial Un Certain Regard

     THE SALT OF THE EARTH (LE SEL DE LA TERRE) Réalisé par Wim WENDERS, Juliano RIBEIRO SALGADO

     Prix d’ensemble

     PARTY GIRL Réalisé par Claire BURGER, Samuel THEIS, Marie AMACHOUKELI

     Prix du meilleur acteur

     David GULPILIL dans CHARLIE’S COUNTRY (LE PAYS DE CHARLIE) Réalisé par Rolf DE HEER

     Cinéfondation :

    Premier Prix de la Cinéfondation

     SKUNK Réalisé par Annie SILVERSTEIN

     Deuxième Prix de la Cinéfondation

     OH LUCY! Réalisé par Atsuko HIRAYANAGI

     Troisième Prix de la Cinéfondation Ex-aequo

     LIEVITO MADRE Réalisé par Fulvio RISULEO

     THE BIGGER PICTURE (LE TABLEAU D’ENSEMBLE) Réalisé par DAISY JACOBS

     Caméra d’or :

     Caméra d’or

     PARTY GIRL Réalisé par Samuel THEIS, Claire BURGER, Marie AMACHOUKELI

    A lire également - épisodes précédents :

    -mon article « Programme complet du Festival de Cannes 2014 et passion(s) cannoise(s) 

    -Festival de Cannes – Episode 1: Cérémonie d’ouverture et projection de « Grace de Monaco » d’Olivier Dahan

    -Festival de Cannes 2014 – Episode 2 : « Mr Turner » de Mike Leigh, ouverture d’Un Certain Regard et « Party girl »

    -Festival de Cannes 2014 – Episode 3 : Egoyan, Amalric, Ceylan, Bonello,
    Ulliel, Truffaut, Depardieu et les autres

    -Cannes Classics: analyse « Le jour se lève » de Marcel Carné

    -Quelques clichés en attendant l’épisode 4 de mes pérégrinations cannoises

    -Clôture et palmarès du 67ème Festival de Cannes: mes pronostics

  • Festival de Cannes 2014: en attendant l'épisode 4 de mes pérégrinations cannoises...

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    Emportée par le tourbillon des films et de quelques soirées (avec parcimonie pour ces dernières et avec frénésie pour les premières) ou même une escapade en mer ou des concerts, je n'ai pas écrit ici depuis plusieurs jours afin de le faire ultérieurement pour vous parler avec la précision qu'il se doit des films (une vingtaine) vus depuis mon dernier article. Samedi, j'aurai ainsi vu tous les films de la compétition officielle (d'un très haut niveau comme toujours même si je n'ai pas encore eu de coup de foudre cinématographique, en précisant qu'il me reste à rattraper les films de Dolan et Sissako et que je verrai le film d'Assayas demain matin et en précisant que l'admiration et l'émotion ont néanmoins été rendez-vous pour certains films et cinéastes) et pourrai vous en faire un bilan complet et un véritable compte rendu après le festival. Je vous parlerai également de films hors compétition comme le magnifique "Incompresa" d'Asia Argento vu ce soir, film qui exhale toutes les blessures, la cruauté et la fantaisie de l'enfance mais aussi de courts métrages (ceux des talents Cannes Adami), de documentaires ou encore des très nombreuses conférences de presse auxquelles j'ai eu le plaisir d'assister (Xavier Dolan  a donné la conférence de presse la plus passionnante du festival ce matin, je vous la résumerai également). En attendant de vous livrer mes pronostics et mon compte rendu, pour vous faire patienter, voici une petite sélection de mes clichés de quelques évènements cannois auxquels j'ai eu la chance d'assister... Pour patienter, vous pouvez aussi retrouver les premiers épisodes de mes pérégrinations cannoises sur http://inthemoodforfilmfestivals.com ...ou lire mes "Ombres parallèles" pour ma vision fictive du festival ou encore me suivre sur twitter puisque je commente le festival en direct (@moodforcannes / @moodforcinema pour le compte principal) et y donne brièvement mon opinion sur tous les films vus. A très bientôt donc pour le prochain épisode de mes pérégrinations cannoises, mes pronostics mais aussi la clôture à laquelle j'ai également le plaisir d'être invitée.

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  • Bilan et palmarès du Festival de Cannes 2013 : une édition riche et éclectique

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    2013 marquait donc ma 13ème année à Cannes…et non des moindres ! Un bon festival, c’est souvent comme un grand film, il vous laisse heureux et exténué, joyeusement nostalgique et doucement mélancolique, riche d’émotions et de réflexions, parfois contradictoires.

     «Je ne me souviens plus du film, mais je me souviens des sentiments» dit Jean-Louis Trintignant en racontant une anecdote à son épouse dans le sublime film « Amour » de Michael Haneke qui reçut la palme d’or l’an passé. De ce Festival de Cannes 2013, je me souviendrai je l’espère des films (il y en a tant que je ne souhaiterais pas oublier) et aussi des sentiments, espérant qu’ils ne se perdront pas dans ce tourbillon enivrant d’images, cette multiplicité de fenêtres ouvertes sur le monde.  Quel bonheur encore cette année de vivre au centre de cette « bulle au milieu du monde » qui en est parfois aussi le reflet fracassant.

      Joanne Woodward et Paul Newman à l’honneur sur l’affiche de cette 66ème édition, avec une photo, d’une beauté étourdissante, prise sur le tournage de « A New Kind of Love » de Melville Shavelson, nous invitaient déjà à un tourbillon de cinéma, à un désir infini de pellicule, le désir infini…comme celui (de cinéma) que suscite Cannes.   Une affiche moderne et intemporelle, d’un noir et blanc joyeusement nostalgique, paradoxale à l’image de tous ces cinémas qui se côtoient à Cannes. Une affiche  à l’image de laquelle fut cette édition 2013 : un tourbillon de (la) vie, d’envies, de cinéma, d’envies de cinéma, un vertig(o)e (presque hitchcockien) troublant et envoûtant qu’est le Festival de Cannes (le tout dans un tendre et parfait équilibre).

     L’an passé, le festival a primé un film sur l’Amour absolu, un cri d’amour ultime. C’est à nouveau une histoire d’amour qui a cette année récompensée, un film fleuve jalonné de scènes et d'instants de vérité d'une beauté, et parfois d'une cruauté, déchirantes, notamment sur le hiatus social comme cette scène du dîner, une des plus vibrantes de vérité qu'ils m'ait été donné de voir au cinéma. Un prix qui ne pouvait bien sûr pas être dissocié de ses actrice que le jury de Steven Spielberg a eu l'extrême intelligence et délicatesse d'y associer. 

    Le grand prix couronne "Inside Lllewyn Davis" faisant à nouveau figurer les frères Coen au palmarès cannois, un film qui pouvait difficilement ne pas figurer au palmarès tant il est avant tout un magnifique hommage aux artistes, à ceux qui ne vivent et vibrent que pour leur art, au-delà de celui rendu à la musique folk. Un film  porté par des comédiens magnifiques, une musique ensorcelante, un scénario habile, une mise en scène brillante. Bref, un des meilleurs films des frères Coen qui justifie entièrement sa présence au palmarès.  Un enchantement mélancolique assaisonné  d’une note de burlesque. Un film qui transpire de l’amour des deux frères pour les artistes et l’art et qui leur permet de porter le leur à son paroxysme.

     Je vous avais dit en voyant "Le Passé" d'Asghar Farhadi (un de mes coups de cœur de cette édition) à quel point Bérénice Béjo très loin ici de la lumineuse Peppy Miller, est constamment crédible dans le rôle de cette mère écartelée entre son passé et l’avenir qu’elle tente de construire. Ironie du destin qui lui fait recevoir le prix d'interprétation deux ans après celui reçu par son partenaire Jean Dujardin dans "The Artist". Emmanuelle Seigner l'aurait également mérité pour "La Vénus à la fourrure" et Marion Cotillard pour le film qui restera mon coup de cœur de cette édition 2013 "The Immigrant" dont le dernier plan savamment dichotomique aurait a lui seul mérité une palme d'or.

     « Le Passé » est aussi un film remarquable parce qu’il traite du doute et nous laisse aussi dans le doute quand tant de films nous prennent par la main, cherchant à nous dicter jusqu’à nos émotions. Faut-il privilégier la loyauté au passé ou y renoncer pour s’élancer vers l’avenir ? Pour échapper au passé, il faut continuer à avancer, mais le passé ne freine-t-il et ne condamne-t-il pas ce dessein ? Asghar Farhadi a la bonne idée de  ne pas apporter de réponse et de nous laisser, comme ses personnages, avec ces questionnements. Le scénario, pour son extrême sensibilité et sa  précision rare et parce qu’il donne au spectateur un vrai rôle (finalement comme dans le film de Folman) et qui reflète si bien l’absurdité et la complexité de l’existence mériterait sans aucun doute un prix. C’est là toute la force du « Passé », d’une justesse fascinante et rare, dont le dernier plan nous laisse astucieusement interrogatifs, et émus, enfin.

    Bruce Dern a reçu là aussi un prix d'interprétation mérité pour son rôle dans cette histoire d’un vieil homme persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, qui cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain parfait dans le rôle de ce vieux bougon sans doute moins sénile qu’il n’y parait. Un film intelligemment mis en scène et qui est, malgré ses défauts, à l’image de ce père: attachant. Un “petit” film, avec une photographie d’une splendide mélancolie, qui met joliment en scène l’amour filial (très belle scène de fin) et donne envie de profiter de ces instants inestimables en famille et d’étreindre ceux qui nous entourent et que nous aimons.

    Je me réjouis également du prix Vulcain reçu par le très beau "Grigris" de Mahamat-Saleh HAROUN  ou encore du prix de l'avenir reçu par "Fruitvale station", un film qui a la force des films britanniques de Mike Leigh ou Ken Loach et qui n'est pas non plus sans rappeler Spike Lee.

     Un beau palmarès qui reflète l'éclectisme et la richesse de cette édition 2013.

    PALMARES

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    PALME D'OR

     

    LA VIE D’ADÈLE - CHAPITRE 1 & 2 (Blue Is The Warmest Colour) réalisé par Abdellatif KECHICHE  avec Adèle EXARCHOPOULOS & Léa SEYDOUX

     Grand Prix

     INSIDE LLEWYN DAVIS réalisé par Ethan COEN, Joel COEN

     Prix de la mise en scène

     Amat ESCALANTE pour HELI

     Prix du Jury

     SOSHITE CHICHI NI NARU (Like Father, Like Son / Tel Père, Tel Fils) réalisé par KORE-EDA Hirokazu

    Prix du scénario

     JIA Zhangke pour TIAN ZHU DING (A Touch Of Sin)

     Prix d'interprétation féminine

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     Bérénice BEJO dans LE PASSÉ (The Past) réalisé par Asghar FARHADI

     Prix d'interprétation masculine

     Bruce DERN dans NEBRASKA réalisé par Alexander PAYNE

     COURTS METRAGES

     Palme d'Or

     SAFE réalisé par MOON Byoung-gon

     Mention Spéciale - Ex-aequo

     HVALFJORDUR (Whale Valley / Le Fjord des Baleines) réalisé par Gudmundur Arnar GUDMUNDSSON

    37°4 S réalisé par Adriano VALERIO

     

    CAMERA D'OR

     ILO ILO réalisé par Anthony CHEN présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs

    Le jury de la CST a décidé de décerner le PRIX VULCAIN DE L’ARTISTE-TECHNICIEN à :

     Antoine HEBERLÉ, directeur de la photographie du film GRIGRIS réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN pour le résultat remarquable de finesse et d’humilité dont le seul but a été de servir le film, dans des conditions que l’on peut imaginer difficiles.

    PRIX UN CERTAIN REGARD

    L’IMAGE MANQUANTE de Rithy PANH

    PRIX DU JURY

     OMAR de Hany ABU-ASSAD    

    PRIX DE LA MISE EN SCENE

     Alain GUIRAUDIE pour L'INCONNU DU LAC

    PRIX UN CERTAIN TALENT

     Pour l’ensemble des acteurs du film LA JAULA DE ORO de Diego QUEMADA-DIEZ

    PRIX DE L’AVENIR

     FRUITVALE STATION de Ryan COOGLER 

     PRIX DE LA CINEFONDATION

    Premier Prix :

    NEEDLE réalisé par Anahita Ghazvinizadeh

     The School of the Art Institute of Chicago, États-Unis

     Deuxième Prix :

    EN ATTENDANT LE DÉGEL réalisé par Sarah Hirtt

    INSAS, Belgique

     Troisième Prix ex aequo:

    ÎN ACVARIU (In the Fishbowl) réalisé par Tudor Cristian JURGIU

    UNATC, Roumanie

     Troisième Prix ex aequo:

    PANDY (Pandas) réalisé par Matúš VIZÁR

    FAMU, République Tchèque

  • Festival de Cannes 2013: l'Inde, pays invité

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    Le Festival de Cannes est pour moi, depuis ma participation au prix de la jeunesse il y a 12 ans, un rendez-vous incontournable et cette année ne devrait pas déroger à la règle. Première annonce concernant la programmation: l’Inde sera le pays invité pour cette édition qui aura lieu du 15 au 26 Mai. Pour retrouvez tous mes articles sur le Festival de Cannes, rendez-vous sur Inthemoodforcannes.com et en attendant l’édition 2013, retrouvez mon article bilan de l’édition 2012, en cliquant ici.

    Voici le communiqué de presse du festival à ce sujet:

    « Le Festival de Cannes a choisi Goa pour annoncer qu’il accueillera en 2013 une importante délégation de cinéma indien qui viendra sur la Croisette célébrer le centenaire de la naissance du cinéma en Inde. Le 43e Festival International du Cinéma Indien (IFFI) et le Film Bazaar 2012, qui se déroulent à Goa jusqu’au 30 novembre 2012 avec le soutien du Ministère de la culture indien présentaient l’occasion idéale pour dévoiler cet événement : l’Inde sera donc en 2013 le troisième « pays invité » à Cannes après l’Egypte en 2011 et le Brésil cette année. Le Festival de Cannes se réjouit de fêter l’un des pays les plus importants de la planète cinéma, dont l’histoire et la tradition sont prestigieuses et dont l’actualité et la création démontrent chaque année leur vitalité.
    Le détail des festivités sera annoncé ultérieurement. »

  • Compte-rendu du 65ème Festival de Cannes et de mes pérégrinations au Festival de Cannes 2012

    Un bon festival c’est souvent comme un grand film, il vous laisse heureux et exténué, joyeusement nostalgique et doucement mélancolique, riche d’émotions et de réflexions, souventcontradictoires , et il faut souvent un peu de recul pour appréhender ces multiples réflexions et émotions qu’il a suscitées, pour découvrir quelles images auront résisté à l’écoulement du temps, aux caprices de la mémoire, à ce flux et flot d’informations ininterrompues. C’est donc délibérément une semaine après cette joyeuse tornade d’émotions, d’images, de rencontres, de retrouvailles et parfois de rendez-vous manqués (parfois cinématographiques, en ayant vu une vingtaine de films dont 17 films de la compétition sur 22 et en ayant manqué 4 films figurant au palmarès) que j’ai décidé d’établir le bilan de ce 65ème Festival de Cannes avant de revenir, dans les semaines qui viennent, sur les films les plus marquants de cette édition.

    Même s’il était forcément difficile, voire impossible, de rivaliser avec l’édition 2011 (pour moi, la meilleure en 12 ans avec notamment « Melancholia » sans aucun doute un de mes plus grands chocs cinématographiques), quoiqu’en disent certains observateurs, cette édition 2012, si elle nous a proposé un cinéma particulièrement morose et pessimiste mais aussi des œuvres exprimant une quête d’amour(s) effrénée et souvent désespérée fut, comme chaque année, le révélateur ou la confirmation de grands films et auteurs et le reflet clairvoyant et souvent terrible de la société, une société en perte et quête de repères.

    Ecrire ce bilan c’est un peu mettre le mot fin sur 11 jours dont je rechigne à m’éveiller mais c’est aussi s’y replonger un peu, oublier un temps la réalité, retourner dans cette « bulle au milieu du monde dans laquelle on se réfugie, on se cache blottie contre un siège rouge dans le noir d’une grande salle » pour reprendre les propos de Bérénice Béjo à la clôture. Si cette bulle nous isole du monde, nous plonge dans une irréalité étourdissante, et cette année n’a pas dérogé à la règle, en revanche elle nous a aussi paradoxalement ramenés à ce monde, ses doutes, ses désespoirs, une parenthèse enchantée qui a mis en lumière les ombres d’un monde désenchanté, des films dans lesquels les sursauts de l’histoire (« Après la bataille ») mais surtout la crise étaient présents au premier plan ou en arrière-plan (« Killing them softly ») avec des personnages anesthésiés en quête d’une ivresse (« L’ivresse de l’argent »), de désirs (« Cosmopolis »), d’un rêve (« Reality ») ou parfois simplement d’un quotidien meilleur mais surtout d’amour(s). Un monde enragé « à en perdre la raison », avide d’amour(s), qui a du mal à communiquer, symboliquement enfermé dans l’habitacle aseptisé et clinique d’une voiture (« Holy motors », « Cosmopolis »). Des œuvres pessimistes dont la mort était bien souvent la seule issue et paradoxale respiration. Des œuvres qui s’opposaient aussi dépeignant tantôt un monde sur papier glacé, glaçant, glacial, tantôt des êtres de chair et de sang, ou « de rouille et d’os ». Tantôt des œuvres formellement radicales et des œuvres plus classiques (« Sur la route », « Mud »…). Ou des œuvres qui montraient des mondes qui s’opposaient : deux Egypte dans « Après la bataille », « Trois mondes » dans le film éponyme de Catherine Corsini. Subtile alliance et confrontation de force et de fragilité, de glamour et de cinéma d’auteur que résumait si bien l’affiche de cette 65ème édition. Marilyn, les yeux baissés, comme une invitation douce et langoureuse au rêve. A la fois sophistiquée et simple. Fragile et complexe. Moderne et intemporelle. Elégante et à fleur de peau. Le symbole idéal pour le Festival de Cannes qui concilie si bien ces beaux paradoxes. Et puis Marilyn souffle une bougie, une manière de nous rappeler que ce festival, un autre mythe, fête ses 65 ans, et qu’il découvre et célèbre le cinéma d’aujourd’hui aussi bien que celui d’hier.

    Comme souvent les films cannois ont aussi affectionné la mise en abyme comme l’avaient fait les magnifiques « Etreintes brisées », « The Artist », « Minuit à Paris » les années précédentes et cette année « Holy motors » et « Vous n’avez encore rien vu ». Le film d’Alain Resnais m’a autant éblouie et fascinée que celui de Leos Carax m’a agacée (mais je suis minoritaire, je l’admets, combien de journalistes ai-je entendu crier au génie, rares sont en revanche ceux ayant été capables de m’expliquer les raisons de leur admiration), le premier m’a semblé aussi généreux que le second m’a parue égocentrique. Et puis le documentaire de Gilles Jacob qui s’attarde sur la géographie des visages était aussi une mise en abyme d’une mise en abyme puisqu’il raconte le 60ème anniversaire du Festival et la projection de « Chacun son cinéma » dont chaque segment avait pour sujet la salle de cinéma. Projeté à l’occasion de l’anniversaire du festival qui célébrait cette année ses 65 ans, il a donné lieu au plusimprobable et magnifique générique du festival, un de ces moments cannois qui retiennent le temps et font que cinéma et réalité se rejoignent dans une joyeuse, émouvante et troublante confusion (une projection suivie d’un dîner signé Pierre Gagnaire avec un générique tout aussi impressionnant auquel j’ai eu le grand plaisir d’être conviée).

    Si je devais moi aussi m’attarder sur la géographie des visages, je retiendrais pêle-mêle : celui de William Hurt dans le film de Sandrine Bonnaire, enragé de douleur indicible, d’amour massacré, de folie désespérée ; le beau visage de Raphaël Personnaz, ravagé par la culpabilité dans « Trois mondes » ; celui d’Isabelle Huppert, fantaisiste et mélancolique à souhait dans le film ludique et rohmerien de Hong Sang-Soo. Celui de Robert Pattinson, judicieusement cynique et sinistre, présent dans tous les plans de « Cosmopolis », une vraie révélation. Celui de Mahmoud, le cavalier de la place Tahrir, dans le sublime et significatif dernier plan de « Après la bataille » ; ceux d’Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant douloureusement enlacés dans leur tendre et ultime amour jusqu’au dernier souffle dans le film d’Haneke. Celui d’Emilie Dequenne sur la musique de Julien Clerc, saisissant de douleur et d’émotion (au passage, signalons que face à elle une autre révélation de Cannes, Tahar Rahim est sidérant de justesse et Niels Arestrup plus inquiétant que jamais). Si je devais retenir une musique, ce serait un Impromptu de Schubert que j’aimais déjà tant désormais indissociable du film d’Haneke, infiniment triste et beau. La voix puissante de Beth Ditto à l’ouverture. La musique de Mark Snow d’une puissance émotionnelle renversante dans « Vous n’avez encore rien vu ». Et puis tant de regards. Trop souvent désabusés. Heureusement aussi souvent passionnés. Des regards de cinéastes si incisifs et tristement lucides sur notre époque. Des bruits aussi. Ceux d’une Croisette insomniaque. Ceux d’une presse vengeresse. Ceux de ces médias carnassiers qui ne laissent pas le temps à la pensée de s’exprimer alors que, justement, la richesse de Cannes est de nous faire découvrir des œuvres exigeantes qui nécessitent un peu de recul et un peu plus que ces réactions passionnelles et souvent brutales. Ceux des applaudissements, parfois conventionnels ou de politesse, parfois ne pouvant plus arrêter leur course folle à vous faire chavirer de bonheur et d’émotion comme ce fut le cas pour « De rouille et d’os », « Amour », « A perdre la raison », « J’enrage de son absence ».

    Je retiendrai encore que ce festival a couronné l’ « Amour » d’une palme d’or, « Reality » d’un grand prix. Paradoxe cannois que de primer deux films qui sont pour le premier d’une certaine manière l’antithèse de Cannes, pour le second une sorte de miroir. Dans le premier : l’Amour absolu, un cri d’amour ultime et désespéré qui montre ce qui est « caché » avec une infinie pudeur et délicatesse alors que tant, à Cannes, s’enivrent de rencontres et plaisirs éphémères. Dans le second, le rêve d’un homme qui ne voit le bonheur possible que dans le regard d’une multitude d’autres, fut-ce au mépris de sa dignité, une fable qui aboutit à la désillusion, sorte de miroir de Cannes, aussi. Et comme Luciano, le personnage principal, qui finit par imaginer qu’un criquet l’espionne, l’omniprésence médiatique à Cannes fait parfois perdre le sens des réalités et imaginer être dans un immense Truman show.

    Lors de la conférence de presse du jury à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister Nanni Moretti a déclaré que tous les prix auraient pu revenir à « Amour » (le règlement ne permet pas à un film d’avoir un autre prix en plus de la palme d’or) et qu’aucun prix n’avait fait l’unanimité du jury. « Amour », trois ans après la palme d’or pour « Le Ruban blanc » fait ainsi entrer Michael Haneke dans le cercle très fermé des cinéastes doublement palmés. En plus de sa maitrise formelle incontestable, « Amour » est un film tragique, bouleversant, universel qui nous ravage, un film lucide, d’une justesse et d’une simplicité remarquables, tout en retenue. Un film éprouvant et sublime, d’une beauté tragique et ravageuse que vous hante et vous habite longtemps après la projection, après ce dernier plan d’une femme seule dans un appartement douloureusement vide.

    «Je ne me souviens plus du film, mais je me souviens des sentiments» dit Jean-Louis Trintignant en racontant une anecdote à son épouse dans le sublime film « Amour » de Michael Haneke. C’est aussi ce que je pourrais dire de mon film du Festival de Cannes. Je serais incapable de vous raconter ces 11 jours, en revanche m’en restent des sentiments forts : la fascination devant le long premier plan-séquence de « Reality » ; l’admiration devant ce premier plan de « Like Someone in love », cette manière de capter notre attention, de laisser le spectateur libre, la richesse, la force et la douceur du cinéma de Kiarostami envoûtant et pluriel comme un air de jazz ; l’admiration encore devant la beauté froide et triste et la richesse du scénario de « Dans la brume » de Sergei Loznitsa (qui a d’ailleurs obtenu le prix de la critique internationale) ; le bouleversement devant la fin de « A perdre la raison » et sa violence absolue hors-champ qui m’a rappelée ce plan de « Tess » projeté à Cannes Classics cette année, cette tâche de sang qui s’étend et en dit plus que n’importe quelle démonstration de force et violence ; un sentiment fugace et salvateur de légèreté devant « In another country » ; les frissons devant la poésie étourdissante des premières images du prochain film de Wong Kar Wai (séance surprise du festival avec projections de bandes-annonces) ; le vertige sensoriel devant « De rouille et d’os », mélange habile et poignant de rudesse et de délicatesse, qui culmine dans ces derniers mots, cri d’amour et d‘espoir poignant et dévastateur.

    Ce même vertige sensoriel devant le film d’Alain Resnais dont je ne peux m’empêcher de vous parler longuement à nouveau qui a suscité ce qui arrive parfois au théâtre, cette émotion presque irrationnelle, lorsqu’il y a ce supplément d’âme, de magie, lorsque ce pouvoir des mots vous embarque ailleurs, vous hypnotise, vous fait oublier la réalité, tout en vous ancrant plus que jamais dans la réalité, vous faisant ressentir les palpitations de la vie. Chaque phrase prononcée, d’une manière presque onirique, magique, est d’une intensité sidérante de beauté et de force et exalte la force de l’amour. Mais surtout Alain Resnais nous livre ici un film inventif et ludique. Il joue avec les temporalités, avec le temps, avec la disposition dans l’espace (usant parfois aussi du splitscreen entre autres « artifices »). Il donne à jouer des répliques à des acteurs qui n’en ont plus l’âge. Cela ne fait qu’accroître la force des mots, du propos, leur douloureuse beauté et surtout cela met en relief le talent de ses comédiens. Rarement, je crois, j’aurais ainsi été émue et admirative devant chaque phrase prononcée quel que soit le comédien. A chaque fois, elle semble être la dernière et la seule, à la fois la première et l’ultime. C’est une des plus belles déclarations d’amour au théâtre et aux acteurs, un des plus beaux hommages au cinéma qu’il m’ait été donné de voir et de ressentir. Contrairement à ce qui a pu être écrit ce n’est pas une œuvre posthume mais au contraire une mise en abyme déroutante, exaltante d’une jeunesse folle, un pied-de-nez à la mort qui, au théâtre ou au cinéma, est de toutes façons transcendée. C’est aussi la confrontation entre deux générations ou plutôt leur union par la force des mots. Ajoutez à cela la musique de Mark Snow et vous obtiendrez un film inclassable et si séduisant (n’usant pourtant d’aucune ficelle pour l’être mais au contraire faisant confiance à l’intelligence du spectateur). Ce film m’a enchantée, bouleversée, m’a rappelé pourquoi j’aimais follement le cinéma et le théâtre, et les mots. Ce film est d’ailleurs au-delà des mots auquel il rend pourtant un si bel hommage. Malgré tout ce que je viens de vous en dire, dîtes-vous que de toutes façons, « Vous n’avez encore rien vu ». C’est bien au-delà des mots et cela fait un bien fou dans un lieu comme Cannes où ils sont tant galvaudés …

    Je retiendrai encore des retrouvailles trop brèves, des émotions intenses, des hasards et coïncidences troublants. Ce sentiment aussi d’avoir vécu un film de 11 jours déroutant, souvent enthousiasmant, parfois une histoire sans fin et puis cette impression que si Cannes est un paradis pour les cinéphiles, il ne l’est pas pour les âmes sensibles comme le disait Gilles Jacob dans son livre « La vie passera comme un rêve », la mienne ayant été souvent mise à rude épreuve.

    Cannes, c’est la vie en concentré. Plus belle et plus violente. Plus déconcertante et exaltante. Plus dérisoire et urgente. Comme sur l’écran, tout y est plus triste, plus tragique, plus intense, tellement excessif. Chacun se pare d’un masque, souvent de vanité, parfois d’hypocrisie, me faisant songer à cette citation de Molière tellement à propos à Cannes « L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertu ». Cannes, « c’est une joie et une souffrance » , pourrais-je dire en paraphrasant Truffaut. La joie de vivre au rythme de sa passion. La souffrance de voir des passions moins nobles l’emporter. La joie de faire taire la réalité. La joie de voir la vie ressembler à du cinéma. La joie d’être immergée dans un monde de cinéma et de se plonger dans des regards et des univers de cinéastes captivants, dérangeants, en tout cas éminemment talentueux. La joie de partager sa passion, de passer ses journées au rythme du cinéma. Oui, la joie l’emporte forcément.

    Une certitude subsiste : que j’aime Cannes et le cinéma à la folie, toujours et encore et malgré tout, ce vertige émotionnel et cinématographique qui vous enivre, mais beaucoup moins ceux qui font le leur et le prennent pour prétexte à l’expression de leurs frustrations, beaucoup moins ceux qui se gavent et se grisent, beaucoup moins ceux qui piétinent les autres et leur orgueil pas même pour un quart d’heure cher à Warhol. Je déplore la présence voire l’omniprésence des marques pour qui Cannes n’est qu’une vitrine et plus un festival de cinéma.

    J’en retiens un voyage dans les cinématographies, les espoirs et les tourments du monde entier exigeant, passionnant, instructif; l’envie toujours et plus que jamais viscérale d’écrire et de partager cette passion qui ne s’étiole pas avec les ans. Enfin, je précise (suite à quelques réflexions à ce sujet) que, comme chaque année, je ne devais mon accréditation et ma présence à Cannes à aucun sponsor, que ma contribution pour d’autres sites a été réalisée à titre gracieux. L’occasion aussi de souhaiter conserver cette indépendance mais aussi de faire évoluer mes blogs, d’écrire ou m’exprimer pour d’autres médias, la prise de conscience de l’utilisation par certaines marques des écrits des blogueurs comme une matière indifférenciée, simplement dictée par l’audience et la visibilité, et non la qualité.

    Alors, sans aucun doute serai-je à Cannes pour la treizième fois l’an prochain, revenant à mes premières amours, à cette émotion qui ne manque pas de m’étreindre quand je pénètre chaque année pour la première fois dans le Grand Théâtre Lumière, a fortiori cette année, aux premières loges pour l’ouverture. Non, jamais je n’oublierai cette émotion dont j’éprouve chaque année la douce et violente réminiscence, jamais je n’oublierai ces moments exaltants de cinéma qui vous élèvent et qui éclairent et illuminent la réalité.

    Remerciements à ceux qui ont lu quotidiennement mes articles en direct du festival, surtout à un « gentleman old school » à la curiosité et la jeunesse d’esprit réjouissantes et inaltérées et qui fait de ce festival cette magnifique et inégalable manifestation cinématographique et qui a fait qu’ « une journée particulière » l’était encore plus pour moi, à ceux que j’y croise trop rarement, chaque année, de façon éphémère etjoliment irréelle, mais que je n’oublie pas pour autant, aux passionnés de cinéma avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger pendant ce festival…

    Je vous donne rendez-vous dans les semaines à venir pour de nouveaux articles sur ce 65ème Festival de Cannes mais aussi cette semaine pour mes articles en direct du Champs-Elysées Film Festival, du 6 au 12 juin, et dont ce sera cette année la première édition, avant le Festival Paris Cinéma, fin juin, à suivre ici comme chaque année. Retrouvez également d’autres articles et visions du Festival de Cannes sur mes autres blogs http://www.inthemoodforcannes.com , http://www.inthemoodforcinema.com et http://www.inthemoodforluxe.com et pour ceux qui m’ont suivie sur twitter pendant le festival sur @moodforcannes, vous pouvez également me suivre toute l’année sur mon compte twitter principal et quotidien @moodforcinema .

    Ci-dessous en vidéos et en images, quelques autres de mes meilleurs moments en attendant de revenir en critiques sur mes coups de cœur de cette édition (« Amour », « A perdre la raison », « J’enrage de son absence », « Après la bataille », « Vous n’avez encore rien vu », « De rouille et d’os », « Dans la brume », « Reality »…).

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    Toutes les photos de cet article sont la propriété d’ http://inthemoodlemag.com . Les photos du jury sont celles de la conférence de presse du clôture du festival. Le menu est celui du dîner des 65 ans du Festival de Cannes.