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lodge kerigan

  • "Les films naissent libres et égaux en droit": gros plan sur la Quinzaine des Réalisateurs

    L’intérêt du Festival de Cannes ne réside pas uniquement dans la compétition officielle mais aussi dans ses sélections parallèles.  Je vous parlais récemment de la Semaine de la Critique qui n’est cependant pas la seule à se dérouler en parallèle de la compétition officielle. En 1968, la France était en ébullition…le Festival de Cannes, miroir et reflet du monde, aussi. Le Festival fut même interrompu notamment à l’initiative de Godard et Truffaut. C’est aussi cette année-là que fut initiée une autre section parallèle, la Quinzaine des Réalisateurs, créée par la Société des Réalisateurs de Films. (SRF). Son but initial était de donner la place aux films de toutes origines, sans compétition, ni censure, « étrangère à toute considération diplomatique, vitrine de tous les cinémas du monde » car comme le disait Pierre Kast « Les films naissent libres et égaux en droit ». Eux aussi. La 39ème édition de la Quinzaine des Réalisateurs aura lieu du 17 au 27 Mai 2007. Pour mieux présenter cette section je vous propose  trois films présentés dans ce cadre: deux en 2005, « Keane » et « La Moustache » d’Emmanuel Carrère, et un en 2006: "Ca brûle" de Claire Simon.

    Lien: Site officiel de la Quinzaine des Réalisateurs

    La Moustache d'Emmanuel Carrère- Quinzaine des Réalisateurs 2005

    medium_moustache.JPG« La moustache », premier long métrage d’Emmanuel Carrère et adaptation de son roman fait partie de ces films cauchemardesques pendant lesquels vous regardez votre montre non pas parce-que vous aimeriez qu’il se termine mais au contraire parce-que même cauchemardesque l’univers dans lequel il vous plonge vous fascine, vous déroute tellement que vous aimeriez prolonger votre immersion. E. Carrère signe un film oppressant dans lequel on se sent immédiatement impliqué, en empathie avec son personnage principal auquel nous nous identifions immédiatement…même sans moustache car c’est davantage du regard des autres et de dépendance à celui-ci, et de perte d’identité que de moustache qu’il est question ici. La moustache, élément du paraître symbolise ici l’être, celui auquel nous sommes tellement habitués que nous ne le voyons , ne l’interrogeons plus. On ne ressort pas indemnes de cette dérive magistralement effroyable…car nous dérivons avec le protagoniste tant la réalisation et le cadre nous enferment avec lui aux frontières de la folie et du fantastique. En présentant le film avant sa projection Vincent Lindon l’a annoncé, c’est celui dont il est le plus fier et dans lequel il a enfin été filmé comme il avait toujours rêvé de l’être, ce à quoi nous ne pouvons qu’adhérer tant ce rôle dans lequel il excelle semble avoir été écrit pour lui....

    Keane de Lodge Kerrigan-Quinzaine des Réalisateurs 2005

    medium_keane.JPGAvec Keane de Lodge Kerrigan, produit par Steven Soderbergh, c’est un autre univers dans lequel nous nous trouvons immergés, par lequel nous sommes inexorablement saisis. Le regard de Keane semble accroché au nôtre, à la caméra,  et semble s’en emparer comme d’une bouée de sauvetage, et ne plus pouvoir s’en détacher, ou bien l’inverse nous sentant les témoins impuissants de sa douleur indicible. William (Damian Lexis) est un père qui tente d’accepter l’inacceptable, la disparition de son enfant de six ans, six mois plus tôt, à New York. Il se retrouve face à ses démons, ses remords, ses angoisses, la vacuité de son existence. La caméra à l’épaule de Lodge Kerigan ne le quitte pas une seconde, la tension (et l’attention) est constante. Elle cherche et vacille avec lui, égaré dans New York, indifférente à sa détresse. A tout moment il menace de sombrer dans l’inéluctable, l’irréversible. Puis, il se lie d’amitié avec une mère célibataire et sa petite fille. Son regard hagard, désoeuvré y trouve un réconfort, un miroir rassurant, ou un exutoire, on ne sait pas trop. Kerrigan ne veut pas que l’on sache. Le doute plane constamment, son regard devient le nôtre, nous épousons son point de vue, entraînés dans son malaise incessant , avec lui au bord du gouffre, suffoquant, implorant, soliloquant. Qu’importe la réalité. Peu importe qu’il s’agisse de la folie simplement ou de la folie  du désarroi,  c’est un film criant de vérité, vociférant sa vérité, sa douleur inextinguible. Une errance bouleversante,  brillamment portée par Damian Lewis.

     

    ça brûle de Claire Simon-Quinzaine des Réalisateurs 2006

    medium_brule.JPG- Livia est une jeune fille de 15 ans. Elle passe son temps à faire du cheval jusqu’au jour où elle chute et se relève grâce à l’aide de Jean (Gilbert Melki), un pompier beaucoup plus âgé qu’elle dont elle tombe amoureuse. Elle entreprend tout ce qu’elle peut pour séduire cet homme pour qui elle éprouve une brûlante et irrépressible passion. Son amour la dévore et la conduit sur les pentes abruptes de l’exaltation jusqu’à l’irréparable. C’est le début des vacances et d’un été éternel…Un été meurtrier incandescent rythmé par le bruit strident des sirènes. Le désastre auquel va aboutir le film et que je vous laisse découvrir est un moyen d’exprimer cette passion qui la ronge et qui transpire du début à la fin du film. Le feu va être le théâtre d’une bataille sanglante entre son désir et le monde. Film mystérieux, poétique, onirique qui s’achève comme dans un rêve par un brouillard presque abstrait. Projeté à la Quinzaine ce film a été, à juste titre, ovationné.

    Sandra.M