Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LEçONS DE CINEMA

  • 70ème Festival de Cannes : la leçon de cinéma de Clint Eastwood

    cinéma,film,festival de cannes,in the mood for cinema,in the mood for cannes,festival de cannes 2017,70ème festival de cannes,clint eastwood,alfonso cuaron

    cinéma,film,festival de cannes,in the mood for cinema,in the mood for cannes,festival de cannes 2017,70ème festival de cannes,clint eastwood,alfonso cuaron

    Deux petits clichés en attendant mon récit de la passionnante leçon de cinéma de Clint Eastwood à laquelle j'ai eu le plaisir d'assister hier...et en attendant de vous parler de mon coup de cœur cinématographique du jour "Le jour d'après" de Hong Sangsoo mais aussi de l'hommage à André Téchiné. En bonus, ci-dessous, quelques critiques de films de Clint Eastwood.

    Critique de J.EDGAR de Clint Eatwood

    edgar2.jpg

    edgar3.jpg

    edgar4.jpg

    Clint Eastwood fait partie de ces réalisateurs dont j’essaie de ne manquer aucun film (il faut dire que, depuis 2005, il est particulièrement prolifique), en particulier depuis « Sur la route de Madison »,  sans aucun doute un des plus beaux films d’amour de l’histoire du cinéma (auquel je suis beaucoup plus sensible qu’à « Million dollar baby », trop larmoyant à mon goût). En 2010, avec « Au-delà » il avait déçu beaucoup de spectateurs (une déception que je ne partageais pas) alors que, pourtant,  ce film était aussi, à l’image de « Sur la route de Madison », un hymne à ces instants fugaces et intenses qui modifient le cours du destin, mais aussi le message d’un homme hanté par la mort comme en témoignait aussi déjà « Gran Torino ».

     «Au-delà » n’est certes certainement pas le film trépidant que certains attendaient mais au contraire un film à hauteur d’hommes qui tisse peu à peu sa toile d’émotions en même temps que les destins de ses personnages et qui laisse une trace d’autant plus profonde et aboutit à un final d’autant plus bouleversant que le cheminement pour l’atteindre a été subtil et délicat et que tout le justifiait. Une réflexion sur la mort mais surtout un hymne à la vie (au-delà de la douleur, au-delà de la perte), à l’espoir retrouvé (qui n’est pas dans l’au-delà mais dans le dépassement de son appréhension et donc bel et bien là), à la beauté troublante et surprenante du destin.

    D’une certaine manière, dans « J.Edgar », Clint Eastwood réunit les thématiques des trois films évoqués ci-dessus : Gran Torino (la hantise de la mort et de la trace laissée après celle-ci), «  Sur la route de Madison » (une histoire d’amour condamnée à l’ombre) et « Au-delà » (les rouages du destin).

    « J.Edgar » (Leonardo DiCaprio), c’est Hoover, cet homme complexe qui fut directeur du FBI de 1924 à sa mort, en 1972, soit pendant 48 ans. 48 années pendant lesquelles il a vu se succéder pas moins de 8 présidents. L’action du film débute ainsi dans les années 70. Pour préserver son héritage. Hoover dicte alors ses mémoires et se replonge dans ses souvenirs qui le ramènent en 1919. Il n’avait alors que 20 ans, était déjà ambitieux, orgueilleux et autoritaire et on ne le nommait pas encore J.Edgar.

    Dès les premiers plans, trois éléments qui ne se démentiront pas tout au long du film, sautent aux yeux du spectateur (aux miens, du moins) : la beauté sombre de la photographie de Tom Stern (fidèle chef opérateur de Clint Eastwood), l’art avec lequel Clint Eastwood s’empare du scénario de Dustin Lance Black pour entremêler passer et présent, et pour nous raconter brillamment une histoire et enfin le jeu stupéfiant et remarquable de Leonardo Di Caprio qui, bien au-delà du maquillage, devient Hoover. Au moins trois éléments qui font de ce film un bonheur cinématographique…même s’il n’est pas exempt de défauts comme certaines longueurs ou certaines scènes trop appuyées et mélodramatiques.

    Derrière ce que certains nommeront peut-être classicisme,  Clint Eastwood démontre une nouvelle fois son habileté à tisser la toile du récit pour dresser le portrait complexe d’un homme dont la vie était basée sur le secret (ceux qu’il dissimulait et ceux des autres qu’il utilisait notamment ceux qu’il détenait sur les hommes du pouvoir qu’il manipulait  sans scrupules, ce qui explique ici sa longévité à la tête du FBI) qui aspirait à être dans la lumière mais dont l’existence était une zone d’ombre, deux contrastes que la photographie de Tom Stern reflète magnifiquement. En un plan de Hoover sur son balcon, regardant les cortèges d’investiture de Roosevelt puis de Nixon, à plusieurs années de distance, il  nous montre un homme dans l’ombre qui semble n’aspirer qu’au feu des projecteurs mais qui, aussi, de son piédestal, semble néanmoins être le démiurge de la scène qui se déroule en contrebas. Tout un symbole. Celui de ses contradictions.

    Si les agents du FBI aimaient se présenter comme les « gentils », la personnalité de Hoover était beaucoup plus complexe que l’image qu’il souhaitait donner de l’organisation qu’il dirigeait et de lui-même : avide de notoriété, recherchant l’admiration et l’amour de sa mère, dissimulant son homosexualité, manipulant les politiques. Pour lui « l’information, c’est le pouvoir ».

    Cette personnalité complexe (et ce qui conduisit Hoover à devenir J.Edgar) nous est expliquée à travers ses relations avec trois personnes : sa mère, Annie Hoover ( Judi Dench) qui lui voyait un destin et voulait qu’il compense les échecs de son père et dont il recherchera toujours l’admiration, sa secrétaire Helen Gandy (Naomi Watts) qui lui restera toujours fidèle depuis ses débuts et même après sa mort, et son directeur adjoint Clyde Tolson (Armie Hammer) avec qui il entretint vraisemblablement une liaison.

    Si l’histoire de Hoover nous permet de traverser l’Histoire  des Etats-Unis, la seconde est bien en arrière-plan et c’est bien à la première que s’attache Eastwood, de son rôle dans l’instigation des méthodes modernes d’expertises médico-légales mais aussi à ses tentatives (vaines) pour faire tomber Martin Lurther King, son combat obstiné et même obsessionnel contre le communisme et évidemment la création du FBI et l’enlèvement du fils de Lindbergh, deux évènements qui témoignent de l’ambition de Hoover et de ses méthodes parfois contestables pour la satisfaire.

    Le film de Clint Eastwood épouse finalement les contradictions de son personnage principal, sa complexité, et a l’intelligence de ne pas faire de Hoover un héros, prétexte à un film à la gloire des Etats-Unis mais au contraire un personnage qui en symbolise l’ombre et la lumière et surtout ce désir d’être dans la lumière (manipulation des médias mais aussi propagande avec des albums de bd consacrés au FBI et des vignettes ornant les paquets de corn-flakes) comme le revers de la médaille d’un American dream dont l’image se voudrait lisse et irréprochable.

    La réussite du film doit évidemment beaucoup à celui qui incarne Hoover et qui tourne pour la première fois pour Eastwood : Di Caprio dont le maquillage n’est pour rien dans l’étonnante nouvelle métamorphose qui le fait devenir Hoover, avec sa complexité, son autorité, son orgueil, ses doutes qui passent dans son regard l’espace d’un instant, lorsque ses mots trahissent subitement son trouble et le font alors redevenir l’enfant en quête de l’amour de sa mère qu’il n’a finalement jamais cessé d’être derrière ce masque d’intransigeance et d’orgueil (très belle scène avec Noami Watts dans la bibliothèque du Congrès ou dans la suite avec Clyde, scènes au cours desquelles il passe d’une expression ou une émotion à une autre, avec une rapidité fascinante). Une nouvelle composition magistrale. Déjà dans « Shutter island », il était  habité par son rôle qui, en un regard, nous plongeait dans un abîme où alternaient et se mêlaient même parfois, angoisse, doutes, suspicion, folie, désarroi (interprétation tellement différente de celle des "Noces rebelles" mais tout aussi magistrale qui témoigne de la diversité de son jeu). Il n’avait pourtant obtenu l’Oscar du meilleur acteur pour aucun de ces deux films, il ne l’a d’ailleurs jamais obtenu. Est-ce possible que celui qui est sans doute le plus grand acteur actuel passe une nouvelle fois à côté ? J’avoue que mon cœur balance sachant que Jean Dujardin sera sans doute nommé face à lui pour « The Artist ». Vous pourrez aussi le retrouver bientôt dans une nouvelle adaptation du chef d’œuvre de Fitzgerald « Gatsby le magnifique » même si je vous recommande surtout la version de Jack Clayton.

    En nous racontant avec une maîtrise incontestable des codes du récit l’histoire d’un homme soucieux du secret, de la trace qu’il laissera, de sa et ses mémoire(s) (et de sa subjectivité), de ses zones d’ombre, Clint Eastwood, par-delà la personnalité complexe et passionnante de Hoover traite d’un sujet particulièrement personnel (un homme qui se penche sur son passé, pétri de contradictions entre le culte du secret et l’envie d’être dans la lumière ) et universel et actuel (la manipulation des médias, le désir avide de notoriété). La marque d’un grand cinéaste. Et enfin, il permet à celui qui est le meilleur acteur actuel d’explorer une nouvelle facette de son immense talent et de trouver là un nouveau rôle, complexe et passionnant, à sa démesure et qui le mènera peut-être, enfin, à l’Oscar tant mérité.

    Critique de GRAN TORINO de Clint Eastwood

    grantorino.jpg

    Walt Kowalski ( oui, Kowalski comme Marlon Brando dans « Un tramway nommé désir » ), Walt Kowalski (Clint Eastwood) donc, ancien vétéran de la guerre de Corée et retraité de l’usine Ford de Détroit, a tout pour plaire : misanthrope, raciste, aigri, violent, cynique, irascible, intolérant. Et  très seul. D’autant plus que lorsque débute l’intrigue, il enterre sa femme méprisant autant ses enfants et petits-enfants que ceux-ci le dédaignent.  Enfin, seul… ou presque : il est toujours accompagné de la fidèle Daisy, son labrador,  de son fusil, de sa voiture de collection, une splendide Gran Torino qu’il ne se lasse pas d’admirer depuis la terrasse de son pavillon de Détroit,  de ses bières et ses douloureux souvenirs indicibles. La dernière volonté de sa femme était qu’il aille se confesser mais Walt ne fait confiance à personne ni à un prêtre (Christopher Carley) qui va le poursuivra inlassablement pour réveiller sa bonne (ou mauvaise) conscience pour susciter sa confession, ni à sa famille et encore moins ses voisins, des immigrants asiatiques qu’il méprise et qui lui rappellent de cruelles blessures.  Jusqu’au jour où, sous la pression d’un gang, un adolescent Hmong, le fils de ses voisins,  le jeune, timide -et lui aussi solitaire et incompris- Thao (Bee Vang),  tente de lui voler sa voiture, ce à quoi il tient le plus au monde. Et lorsque le gang s’attaque à Thao,  Walt s’attaque au gang non pas pour le défendre mais pour les chasser de son jardin.  Sur ce malentendu, ayant ainsi défendu Thao, malgré lui, il devient ainsi le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la sœur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Ce dernier va alors lui confier des travaux d’intérêt général. Et peu à peu,  en apprenant à se comprendre, le timide adolescent aux prémisses de son existence, et le misanthrope, aux dernières lueurs de la sienne, vont révéler un nouveau visage, et emprunter une nouvelle route…

    « Gran Torino » est un film multiple et fait partie de ces films, rares, qui  ne cherchent pas l’esbroufe et à vous en mettre plein la vue mais de ces films qui vous enserrent subrepticement dans leur univers pour vous asséner le coup de grâce au moment où vous y attendiez le moins, ou plutôt alors que vous vous y attendiez. Mais pas de cette manière. Oui la grâce. Coup de grâce dans tous les sens du terme.

    Multiple parce qu’il est aussi drôle que touchant, passant parfois de l’humour à l’émotion, du comique au tragique  en un quart de seconde, dans une même scène. La scène où son fils et sa belle-fille viennent fêter son anniversaire est à la fois redoutablement triste et drôle.

    Multiple parce qu’il réunit tous les clichés du film manichéen pour subtilement et mieux s’en départir. Et après le justement très manichéen et excessivement mélodramatique « L’Echange » on pouvait redouter le pire, surtout que ce sujet pouvait donner lieu aux pires excès.

    Multiple parce que derrière cette histoire de vétéran de la guerre de Corée c’est aussi celle d’un mythe du cinéma américain qui fait preuve d’autodérision, répondant à ses détracteurs, exagérant toutes les tares qui lui ont été attribuées et les faisant une à une voler en éclats mais créant aussi un personnage, sorte de condensé de tous ceux qu’il a précédemment interprétés. Souvent des hommes en marge, solitaires, sortes de cowboys intemporels. Et ce Kowalski  ressemble  un peu à l’entraîneur de  « Million Dollar Baby », lui aussi fâché avec sa famille et la religion. Mais aussi à l’inspecteur Harry. Ou même au Robert Kincaid de « Sur la route de Madison » dont il semble pourtant être aux antipodes.

    Multiple parce que c’est à la fois un film réaliste (les acteurs Hmong sont non professionnels, « Gran Torino » est ainsi le premier scénario de Nick Schenk –coécrit avec Dave Johannson- qui a travaillé longtemps dans des usines au milieu d’ouvriers Hmong, peuple d’Asie répartie dans plusieurs pays  avec sa propre culture,  religion, langue) et utopique dans son sublime dénouement. C’est aussi  à la fois un thriller, une comédie, un film intimiste, un drame, un portrait social, et même un western.

    Evidemment nous sommes dans un film de Clint Eastwood. Dans un film américain. Evidemment nous nous doutons que cet homme antipathique  va racheter ses fautes, que la Gran Torino en sera l’emblème, qu'il ne pourra rester insensible à cet enfant, à la fois son double et son opposé, sa mauvaise conscience (lui rappelant ses mauvais souvenirs et ses pires forfaits) et sa bonne conscience (lui permettant de se racheter, et réciproquement d'ailleurs),  que la morale sera sauve et qu’il finira par nous séduire. Malgré tout. Mais c’est là tout l’immense talent de Clint Eastwood : nous surprendre, saisir, bouleverser avec ce qui est attendu et prévisible, faire un film d’une richesse inouïe et polysémique à partir d’une histoire qui aurait pu se révéler mince, univoque et classique, voire simpliste.  D’abord, par une scène de confession qui aurait pu être celle d’un homme face à un prêtre dans une Eglise, scène qui aurait alors été convenue et moralisatrice. Une scène qui n’est qu’un leurre pour que lui succède la véritable scène de confession, derrière d’autres grilles. A un jeune garçon qui pourrait être le fantôme de son passé et sera aussi le symbole de sa rédemption.  Scène déchirante, à la fois attendue et surprenante.  Ensuite et surtout,  avec cette fin qui, en quelques plans, nous parle de transmission, de remords, de vie et de mort, de filiation, de rédemption, de non violence, du sens de la vie. Cette fin sublimée par la photographie crépusculaire de Tom Stern (dont c’est la septième collaboration avec Clint Eastwood, cette photographie incomparable qui, en un plan, vous fait entrevoir la beauté évanescente d'un instant ou la terreur d'un autre) qui illumine tout le film, ou l’obscurcit majestueusement aussi, et par la musique de Kyle Eastwood  d’une douceur envoûtante  nous assénant le coup fatal.

    Deux bémols : la VF que j’ai malheureusement dû subir est assez catastrophique et le grognement de chien enragé qu’émet inlassablement Walt, probablement excessif dans la VO devient totalement ridicule dans la VF. Et cette scène inutilement explicative face au miroir dans laquelle Walt dit qu’il se sent plus proche de ses voisins asiatiques que de sa famille. Les scènes précédant celle-ci avaient suffi à nous le faire comprendre. Dommage d’avoir ici dérogé à l’implicite et l’économie de dialogue que Clint Eastwood sait aussi bien manier.

    Mais ces deux "défauts" sont bien vite oubliés tant vous quittez ce film encore éblouis par sa drôlerie désenchantée,  à la fois terrassés et portés par sa sagesse, sa beauté douloureuse, sa lucidité, sa mélancolie crépusculaire, entre ombre et lumière, noirceur et espoir, mal et rédemption, vie et mort, premières et dernières lueurs de l'existence. Le tout servi par une réalisation irréprochable et par un acteur au sommet de son art qui réconciliera les amateurs de l’inspecteur Harry et les inconditionnels de « Sur la route de Madison » et même ceux qui, comme moi, avaient trouvé « Million dollar baby » et « L’Echange » démesurément grandiloquents et mélodramatiques. Si, les premières minutes ou même la première heure vous laissent, comme moi, parfois sceptiques, attendez…attendez que ce film ait joué sa dernière note, dévoilé sa dernière carte qui éclaireront l’ensemble et qui  font de ce film un hymne à la tolérance, la non violence (oui, finalement) et à la vie qui peut rebondir et prendre un autre sens (et même prendre sens!) à chaque instant.   Même l'ultime. Même pour un homme seul, irascible, cynique et condamné à mort et a priori à la solitude. Même pour un enfant seul, timide, a priori condamné à  une vie terne et violente. 

    Un film qui confirme le talent d’un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d’un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant.  Une belle leçon d’espoir, de vie, d’humilité. Et de cinéma…

    Critique de GRAVITY d'Alfonso Cuarón

    gravity.jpg

     

    Voila un film qui avait fait parler de lui bien avant sa présentation en ouverture de la 70ème Mostra de Venise et le Festival de Toronto dans le cadre desquels il avait été projeté, bien avant sa sortie, le terme de chef d’œuvre ayant même été employé par les plus dithyrambiques des critiques. Son réalisateur (« Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban » mais aussi « Les Fils de l'homme »...), l’atypisme du projet, la prouesse (les prouesses) technique(s), tout cela, notamment, contribuait à en faire un évènement. Avant-hier, j’ai donc pris la direction du cinéma Gaumont Marignan pour l’avant-première nationale et pour savoir exactement ce qu’il en était exactement. Le film n’était pas encore commencé que déjà résonnaient dans la salle des sons inquiétants et assourdis, pour nous plonger dans l’atmosphère oppressante du film. Et ce n’était qu’un avant-goût d’un périple époustouflant et mémorable !

    Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone (Sandra Bullock), brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalski –oui Kowalski !- (George Clooney). Mais, alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, à l'autre bout de la Terre, la destruction délibérée d'un satellite hors d'usage a propagé des fragments de métal coupants à travers l'espace qui risquent désormais de heurter brutalement Explorer. L'impact est inévitable. Ses conséquences sont catastrophiques. La navette est détruite. Ryan Stone et Matt Kowalski sont les seuls rescapés. Toute communication avec la mission de contrôle est coupée et les deux survivants n'ont plus aucune chance d'être secourus.

    Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalski se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Et nous avec eux. Perdus dans cette immensité aussi majestueuse que redoutable. Le silence autour d'eux est assourdissant. Terrifiant. Matt continue d’expliquer ce qu’ils entreprennent, à donner leur position dans l’espace, à « Houston » qui ne les reçoit plus. Il continue à croire en la moindre chance d'être sauvé. Les réserves d’oxygène vont se raréfier. Je vous laisse imaginer le bonheur de la situation… Le titre prend alors tout son (double) sens.

    « À 600 km au-dessus de la Terre, la température oscille entre – 100° et + 125° C. Il n'y a rien pour propager le son. Pas de pression atmosphérique. Pas d'oxygène. » Ainsi débute «Gravity ». En plan large, dans une immensité obscure, teintée de la lumière de quelques astres.  Puis on se rapproche de deux voix, deux personnages, jusqu’à ce que la caméra les enferme, et nous avec eux. L’infiniment grand et l’infiniment petit. L’espace et la claustrophobie.  L’univers et la solitude. Nous voilà partis pour un voyage riche de contrastes saisissants que nous n’oublierons pas de sitôt.

    Kowalski donc. Ainsi se nomme ici George Clonney. Matt et non Stanley, lequel n’a rien ici à voir avec le personnage éponyme d’ « Un tramway nommé désir », malgré leur similarité patronymique. Quoique, d’une certaine manière, ce film aurait aussi pu se nommer « Un tramway nommé désir ». Il n’y a pas de hasards dans le scénario coécrit par Alfonso Cuarón et son fils Jonás. "C'est Jonás qui m'a souvent inspiré" a ainsi déclaré le premier. "J'ai été frappé par son sens du rythme dans une situation où la moindre décision peut être fatale et qui s'attache au point de vue d'un seul personnage. Mais dans le même temps, le fait de situer l'intrigue dans l'espace nous a permis d'enrichir la dramaturgie et de multiplier les interprétations métaphoriques".

    D’abord, il faut l’avouer : le résultat est spectaculaire, vertigineux, oppressant. Brutal et poétique. Les sensations de solitude, de claustrophobie et même d’apesanteur traversent l’écran, non pas en raison de la 3D (qui n’est finalement pas la plus grande responsable de l’immersion) mais de l’interprétation et de la virtuosité de la mise en scène. La salle de cinéma délivre toute sa splendeur, et ses pouvoirs magiques, parfois oubliés. Le cinéma nous emmène littéralement ailleurs, nous ouvre d’autres horizons, nous embarque dans une autre sphère, qui finalement nous ramène à la nôtre. Les magistraux plans-séquences nous empêchent de reprendre notre souffle, nous aussi privés d’oxygène, rivés à l’écran, accrochés à notre siège, le souffle coupé (j’ai littéralement eu l’impression de retenir mon souffle !), seuls dans/malgré la foule de la salle de cinéma, aussi tétanisée.

    Le personnage de George Clooney sert de respiration dans ce cauchemar, jouant aussi avec son image de séducteur (jusqu’aux confins de l’univers et dans une situation qui peut difficilement être plus désespérée), pour mieux nous bouleverser dans une scène que le souhait de ne pas spoiler m’empêche de vous raconter mais une scène dont je peux vous dire qu’elle est d’une intensité rare et bouleversante. Et ce n’est que le début du voyage… Nous voilà nous aussi prisonniers de l’immensité de l’univers, avec la terre à portée de regard et inaccessible, sublime, même lorsque nous ne faisons que l’imaginer et que Kowalski loue la beauté du Gange qu’il entrevoit.

    Le seul reproche que je pourrais faire concerne un symbolisme appuyé, comme de longues secondes sur la position fœtale de Ryan pour nous signifier la naissance puis la renaissance de cette dernière qui  se relève, finalement, (là aussi lors d’une scène très explicite et non moins magnifique d’ailleurs). Parce que c’est avant tout cela. L’histoire d’une renaissance. D’une femme qui va avoir le choix que nous avons tous suite à un drame (deux en l’occurrence). Sombrer ou affronter. Abandonner ou essayer de survivre jusqu’à l’ultime seconde. L’ultime espoir. Même dans la solitude. Même dans l’obscurité. Même lorsqu’il reste à peine un souffle de vie. Dans les situations les plus extrêmes, l’Homme peut dépasser ses limites. Ce n’est sans doute pas un hasard si elle reprend les aboiements entendus à la radio, se retrouvant face à elle-même, son animalité, aussi.  D’où l’universalité malgré le caractère exceptionnel de la situation car c’est avant tout l’histoire d’une femme, à la fois vulnérable et forte qui a subi un choc, et a le choix entre abandonner et se relever (au propre comme au figuré), abandonner tout espoir ou croire en la vie malgré tout. Comme cette terre (mère), majestueuse et fière, malgré tous les affronts qu’elle a subis.

    En cela, « All is lost » auquel il fait évidemment penser (je vous ai dit dans le magazine « L’ENA hors les murs » tout le bien que j’en pensais, ici), le dépasse par son refus de la moindre facilité scénaristique. JC Chandor, comme Cuarón, place l’homme face à ses solitudes, ses forces et ses faiblesses. Seul face à la folle et splendide violence des éléments, de la terre, de l’univers. Seul face à nous. Avec nous. Seul face à lui-même. Seul face à l’Océan Indien à perte de vue. Ou l’univers. Seul face à la force des éléments et face à ses propres faiblesses. Seul face à la nature. Dans les deux cas, cela pourrait être ennuyeux…et c’est passionnant, palpitant, terrifiant, sublime, et parfois tout cela à la fois.

    Cuarón s'est entouré du chef-opérateur Emmanuel Lubezki à qui l’on doit des plans d’une beauté époustouflante en particulier un vers la fin d’une puissance émotionnelle renversante. D’autres, grâce à une mise en scène chorégraphiée, nous donnent l’impression que Ryan danse dans l’espace. Danse avec la mort. Danse avec la vie. Les effets visuels supervisés par Tim Webber  sont tellement magistraux qu’on s’y croirait et que nous aurions envie de la rejoindre dans cette danse macabre.

    Que dire du travail sur le son et de la musique composée par Steven Price ?  « Gravity » fait une des plus belles (une des trop rares d’ailleurs) utilisations du silence au cinéma. Pas un bruit dans la salle ne viendra troubler ces moments magiques et terribles, renforçant notre impression d’immersion.

    Thriller, allégorie, science fiction, film métaphysique, film catastrophe, oui, « Gravity » c’est tout cela mais c’est avant tout une expérience, visuelle et sensorielle, hors du commun qui, justement parce qu’elle est hors du commun nous fait oublier les quelques facilités scénaristiques, dans les dialogues/monologues parfois aussi. Nous regrettons même que le cauchemar ne s’éternise pas plus longtemps, me rappelant ainsi les sensations éprouvées après avoir vu un autre film qui relevait de l’expérience, « Inception », dans lequel le personnage principal accomplissait l’impossible : subtiliser et manipuler les rêves. Ici Cuarón manipule nos pires cauchemars, dont celui de solitude dans l’immensité de l’univers, pour mieux nous faire appréhender l’indicible beauté de la vie et de la terre. Prenez votre ticket pour l’espace, pour ce tour de manège à la beauté poétique, crépusculaire, envoûtante bien que terrifiante. Laissez-vous enivrer par cette odyssée dans l’espace, à la fois lointain et tellement universel, et cette leçon de courage.  Acceptez de vous perdre dans l’univers, de vous laisser embarquer, pour mieux renaitre et vous relever. Oui, une leçon d'espoir. Et de cinéma. Qui s’achève de manière éblouissante et poignante. Et nous laisse à terre. Littéralement.

  • La leçon de cinéma de William Friedkin au 69ème Festival de Cannes

    friedkin.jpg

     

    La leçon de cinéma est toujours un grand moment que j'essaie de ne pas manquer... Cette année, c'est le cinéaste William Friedkin qui partagera ses connaissances avec le public. La rencontre avec William Friedkin aura lieu dans l’après-midi du mercredi 18 mai, salle Buñuel, Palais des Festivals.

    Voici le communiqué de presse du festival à ce sujet:

    La Leçon de Cinéma du 69e Festival de Cannes sera donnée par le cinéaste américain William Friedkin. Après Martin Scorsese, Nanni Moretti, Wong Kar-wai, Quentin Tarantino, Marco Bellocchio ou encore Philip Kaufman et Jacques Audiard, il sera sur la scène de la salle Buñuel du Palais des Festivals pour dialoguer avec le public dans une rencontre animée par le critique Michel Ciment.

    Auteur récemment de "Friedkin Connection : Les mémoires d'un cinéaste de légende" où il se raconte avec sincérité et passion, William Friedkin est une des figures de proue de l’histoire du cinéma américain, au renouveau duquel il a contribué au début des années soixante-dix avec des films comme French Connection (1971) ou L’Exorciste (1973), qui furent aussi de grands succès populaires. Il a remporté un Oscar du meilleur réalisateur en 1972 et de multiples prix à travers le monde.

    « C’est un honneur que de venir partager mes pensées et idées avec le public du Festival de Cannes, la patrie du cinéma mondial », a-t-il déclaré en acceptant l’invitation. « Du plus loin que je me souvienne, je crois que nous vivons l’époque la plus exigeante pour le futur du cinéma à l’échelle de la planète, avec des changements extrêmement importants en matière de production et d’exploitation, bien plus que ce j’ai pu vivre depuis cinquante ans. »  

    Né à Chicago en 1935, passionné par la radio et l’opéra, le jeune Friedkin décide de devenir réalisateur en sortant ébloui du Citizen Kane d’Orson Welles. Passé par l’école de la télévision et du reportage, il en gardera des empreintes fortes qui marqueront son style où la narration se mêle à un sens aigu de la réalité. Homme cultivé et cinéphile, il réalisera une longue interview documentaire de Fritz Lang en 1974, avant de livrer Sorcerer (Le Convoi de la peur) en 1977, adaptation du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot qu’il considère comme son chef-d’œuvre.

    Durant les années quatre-vingt, il creuse la veine noire et policière avec Cruising (1980) ou Police Fédérale Los Angeles (1985), films marquants de la décennie, puis il revient à l'épouvante, en signant notamment Le Sang du Châtiment (Rampage) en 1987 et La Nurse (The Guardian) en 1990.

    Très impliqué dans la mise en scène d’opéras, William Friedkin n’en a pas moins continué à travailler dans le cinéma, réalisant notamment Bug (2006) ou Killer Joe(2011).

  • La leçon de cinéma de Marco Bellocchio: mercredi 19 mai, salle Buñuel, à 17h00

    cannes4.jpg

    Je vous annonçais il y a quelques jours que la leçon de cinéma du Festival de Cannes 2010 serait donnée par le cinéaste italien Marco Bellocchio. Voici le dernier communiqué de presse à ce sujet avec le lieu et l'heure de la leçon de cinéma!

    Il a déclaré, en acceptant l’invitation :
    «…Une leçon de cinéma n’a de sens, à mes yeux, que si elle est pratique, le travail sur le plateau, les prises, diriger l’équipe, les acteurs, commander, fais ceci, fais cela... Sur le plateau, la démocratie, l’égalité n’existent pas, il faut de la rigueur, de l’intérêt, de l’affection, du respect... Je ne crois pas en ces réalisateurs qui, pour faire pleurer, pensent être en droit de gifler une belle fille ou de l’insulter, etc. (on raconte souvent l’histoire de ce réalisateur de la fin du néo-réalisme qui, pour faire pleurer une toute jeune actrice, la frappait sur les jambes avec une cravache tandis qu’il la filmait en gros plan.)… Mais dans la mesure où je ne peux ici apporter qu’un témoignage oral, je dis que la chose la plus précieuse qu’un réalisateur puisse enseigner à ceux qui veulent faire ce métier (un métier, entre autres, extrêmement compliqué et je suis toujours étonné qu’il séduise tant de jeunes) c’est le travail avec les acteurs et les actrices… Parce que ce n’est pas la même chose de diriger un acteur ou une actrice lorsqu’il y a nécessité de convaincre, de “séduire” (et la “séduction” uniquement “artistique” d’une actrice est totalement différente de la “séduction” d’un acteur), voire d’être “séduits”, ce qui ne signifie pas nécessairement être fragiles ou passifs… Tout le monde peut enseigner la technique mais la manière de faire interpréter un personnage que vous avez imaginé par un être humain vivant est un don de la nature. On peut toutefois l’apprendre, en partie, d’un metteur en scène qui ne se soustrait pas au risque d’un échec… Il est impossible de garantir une jolie fin à toute relation humaine… »

    Au fil de son parcours, Marco Bellocchio a présenté dix films en Sélection officielle au Festival de Cannes, du Saut dans le Vide (1980) qui a remporté deux Prix d’interprétation, à Vincere (2009) considéré par la critique internationale comme un des meilleurs films de l’année.

    Après Martin Scorsese, Stephen Frears mais aussi Nanni Moretti, Wong Kar Wai ou Sydney Pollack, il va dialoguer avec Michel Ciment de sa pratique de réalisateur, son expérience du plateau, des difficultés du métier et de la manière dont il peut être transmis.

    Marco Bellocchio accueillera les journalistes et les cinéphiles mercredi 19 mai, salle Buñuel, à 17h00

  • Marco Bellocchio donnera la "Leçon de cinéma" du Festival de Cannes 2010

    vincere.jpg

    Après les frères Dardenne l'an passé ou encore Quentin Tarantino il y a deux ans, c'est cette année le cinéaste italien Marco Bellocchio, oublié du palmarès avec "Vincere" en compétition l'an passé, qui donnera la leçon de cinéma du Festival de Cannes 2010. Un rendez-vous toujours passionnant auquel je vous conseille vivement d'assister (tous les badges y sont admis).

    Le parcours de Marco Bellocchio au Festival de Cannes:

    Films présentés à Cannes

    • 2009 - VINCERE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2006 - IL REGISTA DI MATRIMONI (LE METTEUR EN SCÈNE DE MARIAGES) - Un Certain Regard , Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2002 - "L'ORA DI RELIGIONE" (IL SORRISO DI MIA MADRE) ("L'ORA DI RELIGIONE" (LE SOURIRE DE MA MERE)) - En Compétition Scénario & Dialogues, Réalisation
    • 1999 - LA BALIA (LA NOURRICE) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1997 - IL PRINCIPE DI HOMBURG DI HEINRICH VON KLEIST (LE PRINCE DE HOMBOURG DE HEINRICH VON KLEIST) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1994 - IL SOGNO DELLA FARFALLA (REVE DE PAPILLON) - Un Certain Regard Scénario & Dialogues, Réalisation
    • 1986 - DIAVOLO IN CORPO (DIABLE AU CORPS) - Section parallèle Réalisation
    • 1984 - ENRICO IV (HENRI IV, LE ROI FOU)- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1980 - SALTO NEL VUOTO (LE SAUT DANS LE VIDE) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1977 - IL GABBIANO (LA MOUETTE) - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    Membre du Jury

    • 2007 - Sélection officielle - Membre

    Filmographie de Marco Bellocchio

    1962 : Ginepro fatto uomo

    1965 : La colpa e la pena

    1965 : Les Poings dans les poches (Pugni in tasca)

    1967 : La Chine est proche (La Cina è vicina)

    1969 : Évangile 70 (Amore e rabbia)

    1972 : Au nom du père (Nel nome del padre)

    1972 : Viol en première page (Sbatti il mostro in prima pagina)

    1975 : Fous à délier (Matti da slegare)

    1976 : La Marche triomphale (Marcia trionfale)

    1980 : Vacanze in Val Trebbia

    1980 : Le Saut dans le vide (Salto nel vuoto)

    1982 : Les Yeux, la bouche (Gli occhi, la bocca)

    1984 : Henri IV, le roi fou (Enrico IV)

    1986 : Le Diable au corps (Il diavolo in corpo)

    1988 : La Sorcière (La visione del sabba)

     1991 : Autour du désir (La condanna)

    1994 : Rêve de papillon (Il sogno della farfalla)

    1995 : Sogni infranti

    1997 : Elena

    1997 : Le Prince de Hombourg de Heinrich Von Kleist (Il principe di Homburg)

    1998 : La religione della storia

    1999 : La Nourrice (La balia)

    2000 : L'affresco

    2001 : Un altro mondo è possibile

    2002 : Le Sourire de ma mère (L'Ora di religione - Il sorriso di mia madre)

    2003 : Buongiorno, Notte

    2006 : Le Metteur en scène de mariages (Il regista di matrimoni)

    2006 : Sorelle

    2008 : Vincere (sélection officielle du Festival de Cannes 2009)

     

     

     

  • La leçon de cinéma des frères Dardenne au 62ème Festival de Cannes

    2009_0520almodovar0006.JPG
    Ci-dessus, Thierry Frémaux
    2009_0520almodovar0009.JPG
    Ci-dessus, les frères Dardenne donnant leur leçon de cinéma en salle Bunuel

    La leçon de cinéma fait partie de ces évènements du Festival de Cannes auquel j'assiste chaque année. Après Catherine Deneuve, Martin Scorsese et Quentin Tarantino (vous pouvez retrouver mes résumés de ces différentes master class sur "In the mood for Cannes" et/ sur "In the mood for cinema"), c'était cette année au tour des frères Dardenne de nous faire partager leur vision du septième art, comme d'habitude dans la petite (400 places) salle Bunuel qui confère toujours une certaine confidentialité à cette leçon, comme chaque année passionnante.

     Après une courte présentation de Thierry Frémaux, c'est  à Michel Ciment qu'est revenu le rôle d'intervieweur, plutôt facile tant les Dardenne savent partager leur passion, et semblent y prendre plaisir. Comme à chaque fois, cette leçon a été entrecoupée d'extraits ("La promesse", "Le Fils",  "Rosetta", "L'enfant", "Le silence de Lorna")  .

    Qu'ils donnent cette leçon de cinéma à Cannes semble être une évidence tant leur histoire est indissociable de ce festival qui les a révèlés et plusieurs fois couronnés: palme d'or et prix d'interprétation féminine pour "Rosetta" en 1999, Prix d'interprétation masculine pour "Le Fils" en 2002, palme d'or pour "L'Enfant" en 2005, prix du scénario pour "Le silence de Lorna" en 2008.

    Ce qui étonne d'abord c'est l'immense simplicité mais aussi complicité entre les deux frères dont les paroles jamais ne se chevauchent et dont la pensée semble être une même continuité et émaner d'une seule et même personne. Sans doute cette alchimie explique-t-elle aussi celle qui existe dans leur cinéma, c'est pourquoi aussi, ci-dessous, je citerai l'un et l'autre de manière indifférenciée.

    Ils ont commencé par évoquer l'origine de ce qui est devenu par la suite leur métier, cette "impression que la vie d'adulte était ennuyeuse et qu'au cinéma la vie était plus amusante." Armand Gatti, le poète et metteur en scène avec qui ils ont débuté comme assistants les a réunis et leur a "fait croire à la possibilité de devenir vidéastes". Ils ont en effet débuté par la vidéo et le documentaire.

    Pour eux faire un film c'est "savoir où mettre la caméra par rapport au corps du comédien et par rapport au décor".

    Ils ne se considèrent pas comme des cinéphiles.

    Ils ont également évoqué leur "goût du secret", le fait qu'un troisième regard les perturbe.

    Pour eux un acteur doit en savoir le moins possible et aussi en faire le moins possible: "moins tu en dis, plus le spectateur pourra investir les choses". Il faut "toujours contredire l'acteur pour qu'il soit toujours en déséquilibre et ne s'enferme jamais  dans une image de son personnage."

    Ils ont également évoqué "l'importance accordée à la matérialité des objets" mais aussi le fait d'être deux qui leur permet de se "sentir comme des usurpateurs honteux": "c'est parce qu'on est deux qu'on est cinéastes parce que dans le cinéma il y a trop de bruit", ajoute l'un des deux frères avec ironie... Michel Ciment demande "pour rien?". Un sourire ironique de Jean-Pierre Dardenne répond à la question.

    Enfin ils ont évoqué lechangement de style avec "Le silence de Lorna" avec un scénario plus complexe (ils ont d'ailleurs obtenu le prix du scénario pour ce film) et une caméra plus stable.

    Articles connexes: Ma critique du "Silence de Lorna", ma critique de "L'enfant"

    ,

     

     

     

     

  • La leçon de cinéma des frères Dardenne: mardi 19 mai, salle Bunuel, à 14H30

    dardenne2.jpg
    © Diaphana Films

    Après notamment Catherine Deneuve, Martin Scorsese et Quentin Tarantino, c'est aux frères Dardenne que revient cette année la lourde et passionnante responsabilité de la leçon de cinéma. Un choix qui semble aller de soi tant l'histoire des frères Dardenne est indissociable de ce festival, et tant ce festival leur a apporté:

    Biographie sélective extraite du site officiel du Festival:

    chacunsoncinema.jpg

    "Ils débutent au cinéma comme assistants du poète et metteur en scène Armand Gatti et après avoir réalisé de nombreux documentaires, passent à la fiction. La reconnaissance publique et critique arrive avec leur troisième film, La Promesse (1996).

    Depuis, ils enchaînent les succès : Rosetta, présenté en Compétition, couronné par la Palme d'or et le Prix d'interprétation féminine du Festival en 1999. Le Fils, qui vaut à Olivier Gourmet le Prix d'interprétation masculine en 2002.


    Comme Francis Coppola, Emir Kusturica, Billie August et Shohei Imamura, ils obtiennent une deuxième Palme d'or, qu'ils reçoivent en 2005 pour L'Enfant. En 2008, c'est le Prix du scénario qui leur est attribué pour Le Silence de Lorna.


    Ils affirment toujours partir de la réalité. « On parle avec les gens, ça vient nourrir énormément notre narration. On parle ensemble de ce qu’on a lu, vu, entendu. Les choses s’emboîtent petit à petit. On ne peut pas accepter un élément qui n’ait pas de nécessité matérielle. »


    Après Martin Scorsese, Quentin Tarantino mais aussi Nanni Moretti ou Wong Kar Wai, ils viendront dialoguer avec Michel Ciment de leur parcours singulier, de leur travail d’échange, d’écriture filmique à quatre mains et du sens qu’ils donnent à leur création.

    Ils accueilleront les festivaliers, cinéphiles et journalistes mardi 19 mai, salle Buñuel, à 14h30."

    Mes articles liés à celui-ci:

    - ma critique de "L'enfant"

    enfant.jpg

    - ma critique de "Le silence de Lorna"

    silencedelorna.jpg

    -La leçon de cinéma de Catherine Deneuve

    -Le leçon de cinéma de Martin Scorsese

    -La leçon de cinéma de Quentin Tarantino

    A noter: la leçon de cinéma revient en Bunuel après avoir eu lieu en Debussy l'an passé. Probablement les organisateurs comptent-ils sur une affluence moins forte que pour Quentin Tarantino. En tout cas, comptez sur moi pour y être et vous en faire le compte rendu.

  • La leçon de cinéma de Quentin Tarantino au 61ème Festival de Cannes

    1771352996.JPG

     Hier a eu lieu ce qui constitue toujours un des temps forts du Festival de Cannes à savoir « Le leçon du cinéma » créée en 1991 et dont le principe est de faire intervenir un cinéaste de renommée internationale. Après Martin Scorsese l’an passé, c’est cette année Quentin Tarantino qui a fait un flash-back passionné et passionnant sur son parcours de cinéphile et de cinéaste devant un nombre impressionnant de caméras et devant un auditoire conquis d'avance , certains spectateurs ayant même attendu 4H30 à l'extérieur, sous la chaleur, pour pouvoir entrer et assister à cette leçon de cinéma unique ! Après la présentation du non moins exalté et passionné Thierry Frémaux (voir vidéo ci-dessous), la leçon de cinéma a débuté sans préambule, Quentin Tarantino étant venu à Cannes spécialement pour la leçon de cinéma. C'est, comme l'an passé, Michel Ciment qui a interviewé Quentin Tarantino avec un professionnalisme sans failles.

    1294731847.jpgQuentin Tarantino a commencé par évoquer ses influences: Brian De Palma, Martin Scorsese, Sergio Leone ainsi que le cinéma d'horreur. Il a précisé avoir arrêté ses études au lycée puis avoir étudié pour être acteur, selon lui la meilleure manière d'apprendre l'écriture, davantage qu'en suivant des cours de réalisation. Il a d'ailleurs précisé utilisé beaucoup de " trucs d'acteurs" lorsqu'il écrit ses scénarii. Il a ensuite ajouté que la meilleure école de cinéma consistait à faire son film soi-même, ce qu'il a fait. Ainsi lorsqu'il a fait l'atelier de réalisateurs à Sundance, "Reservoir dogs" était déjà en préparation.

    La première séquence, magistrale de maîtrise, du film qui renouvèle le genre du polar "Reservoir dogs" avec ses plans circulaires, vertigineux, enveloppant les acteurs et les spectateurs, a ensuite été projetée. Un extrait et un film d'ailleurs de nouveau fortement inspiré de De Palma. Tandis que l'extrait défile sur l'écran, Quentin Tarantino, de dos au public, face à l'écran et ces images gigantesques (alors dans tous les sens du terme) qu'il a créés, esquisse un sourire en réaction aux rires du public, illustrant magnifiquement cette complicité que crée le cinéma et qu'évoquait Manuel de Oliveira lors de son hommage il y a quelques jours.

    Il a ensuite évoqué son amour du langage, certes très différent par exemple de celui de Mankiewicz, d'autant plus que cet amour du langage va de paire avec l'amour de l'action. Un deuxième extrait de Reservoir Dogs  mettant en scène Harvey Keitel est ensuite projeté, un extrait qui exprime toute la douleur, la violence, et en même temps la tendresse du cinéma si singulier de Tarantino. Quentin Tarantino avoue même pour cet extrait avoir emprunté une réplique de Sean Penn dans un film de Brian de Palma.

    C'est ensuite un extrait de "Pulp fiction" (palme d'or 1994) qui a été projeté, un plan séquence avec la profondeur de champ qui caractérise aussi le cinéma du cinéaste, qui allie de nouveau humour et tension, à la fois empreint de drôlerie et de tension latente qui explosera...ou pas. Quentin Tarantino fait alors de nouveau référence à Sergio Leone qui maniait si bien scènes "théâtrales et dramatiques".

    Il a ensuite évoqué son départ pour l'Europe après "Reservoir dogs", il voulait "savoir ce que c'était que de vivre en Europe".

    Interrogé par Michel Ciment sur l'importance de la musique dans son cinéma mais aussi sur l'utilisation constante de musiques préexistantes, Quentin Tarantino a répondu qu'il aimerait savoir faire comme Clint Eastwood à savoir composer ses propres musiques, ce que ce dernier a fair pour "L'échange" présenté en compétition officielle à Cannes, et qu'il ne faisait pas confiance aux compositeurs. Il a ensuite évoqué ce que pour lui représentaient les musiques de films lorsque les vidéos n'existaient pas: une manière de se remémorer des scènes de films, de les imaginer en achetant et écoutant la musique qui les portait.

    Il est ensuite revenu sur la définition de son cinéma dans lequel "même les scènes dramatiques tendent vers la comédie", "créant" ainsi "une nouvelle sorte de comédie". Il a ensuite évoqué le rire suscité par l'excitation de choses qui ne sont normalement pas drôles qui unissent alors les spectateurs.

    Il a enfin distingué ses films en deux catégories: ses films plus classiques et ses "films filmiques" que regarderaient les personnages de ses films comme "Kill bill" par exemple.

    Et puis...et puis j'aurais aimé continuer à suivre cette leçon de cinéma d'un des maîtres du cinéma mais à Cannes dans la réalité comme sur les écrans, une actualité en chasse une autre et je devais filer, coupable, pour un autre rendez-vous, encore porté par l'enthousiasme débordant, la passion communicative de Quentin Tarantino.

    Je précise que les vidéos de cette leçon ont été prises avec un appareil photo rudimentaire d'où leur mauvaise qualité. Pour ceux qui voudraient suivre cette leçon de cinéma dans son intégralité vous pouvez la retrouver ici sur TV Festival de Cannes .

    Aujourd'hui à mon programme: "La frontière de l'aube" de Philippe Garrel, première vraie controverse du festival entre ceux qui l'ont trouvé poétique et ceux qui l'ont trouvé anachronique, caricatural (Retrouvez bientôt ma critique ici) le huant lors de chacune de ses projections hier et  "Il divo" de Paolo Sorrentino dont je reconnais avoir été totalement allergique à son précédent film également en compétition à Cannes, "L'ami de la famille". A suivre sur "In the mood for Cannes"!

    Sandra.M

  • La leçon de cinéma de Quentin Tarantino

    1842948812.jpgLes leçons de cinéma constituent chaque année un des temps forts du festival  (accessibles sur badge) et cette année 2008 ne devrait pas déroger à la règle puisqu’on vient de nous annoncer que Quentin Tarantino donnerait cette année la traditionnelle leçon de cinéma.

    De grands noms l’ont précédé à commencer par Martin Scorsese l’an passé (cliquez ici pour lire mon récit de la leçon de cinéma de Martin Scorsese au Festival de Cannes 2007) ou encore Stephen Frears, Nanni Moretti, Wong Kar Wai, Sydney Pollack ou encore des comédien(ne)s comme Catherine Deneuve (cliquez ici pour lire mon récit de la leçon de cinéma de Catherine Deneuve au Festival de Cannes 2005).

    Quentin Tarantino est un habitué de la Croisette qu’il a d’abord arpentée en tant que sélectionné de la compétition officielle avec « Reservoir Dogs » , en 1992. En 1994 il revenait en compétition avec « Pulp Fiction », le jury présidé par Clint Eastwood lui avait alors attribué la palme d’or.

    En 2004, c’est en tant que président du jury qu’il revenait à Cannes (Michael Moore avait alors reçu la palme d’or pour "Fahrenheit 9/11"), tout en présentant « Kill bill  2 » hors compétition.

    Enfin, il est revenu l’an passé en compétition avec « Death proof » (Boulevard de la mort), vous pouvez voir la vidéo de la montée des marches de l’équipe du film dans la colonne de gauche du blog.

    Vous pourrez bien sûr retrouver le récit de la leçon de cinéma de Quentin Tarantino sur ce blog.

    FILMOGRAPHIE DE QUENTIN TARANTINO

    En tant qu’acteur

    Sukiyaki Western Django (Prochainement), de Takashi Miike

    1294731847.jpgDiary of the Dead - Chronique des morts vivants (2008), de George A. Romero  

    Planète terreur - un film Grindhouse (2007), de Robert Rodriguez

    Boulevard de la mort - un film Grindhouse (2007), de Quentin Tarantino

    Michael Moore : Polémique Système (2007), de Rick Caine

    Z Channel : Une Obsession Magnifique (2004), de Alexandra Cassavetes

    Alias (2003) - Saison 3 SÉRIE TV épisode : 13

    Alias (2001) - Saison 1 SÉRIE TV  épisode : 12,

    Little Nicky (2000), de Steven Brill  

    Jackie Brown (1998), de Quentin Tarantino

    Full Tilt Boogie (1997), de Sarah Kelly

    Une nuit en enfer (1996), de Robert Rodriguez

    Girl 6 (1996), de Spike Lee

    Desperado (1995), de Robert Rodriguez

    Somebody to love (1995), de Alexandre Rockwell

    302169733.jpgGroom service (1995), de Allison Anders Chester

    Sleep With Me (1994), de Rory Kelly

    Pulp Fiction (1994), de Quentin Tarantino

    Reservoir Dogs (1992), de Quentin Tarantino

    Le Magicien d'Oz des Muppets, de Kirk R. Thatcher

    En tant que réalisateur

      Kill Bill : volume 3 (Prochainement)

    Kill Bill : volume 4 (Prochainement)

    The Inglorious Bastard (projet) (Prochainement)

    Boulevard de la mort - un film Grindhouse (2007)

    Grindhouse (2007)

    Sin City (2005)

    Kill Bill : volume 2 (2004)

    Les Experts (2004) - Saison 5 SÉRIE TV

    épisode : 24, 25

      Kill Bill : volume 1 (2003)  

    Jackie Brown (1998)

    Groom service (1995)

    Pulp Fiction (1994)

    Urgences (1994) - Saison 1 SÉRIE TV épisode : 25

    Reservoir Dogs (1992)

    En tant que scénariste

    Kill Bill : volume 3 (Prochainement), de Quentin Tarantino

    Kill Bill : volume 4 (Prochainement), de Quentin Tarantino

    The Inglorious Bastard (projet) (Prochainement), de Quentin Tarantino

    Boulevard de la mort - un film Grindhouse (2007), de Quentin Tarantino

    Grindhouse (2007), de Quentin Tarantino

    Kill Bill : volume 2 (2004), de Quentin Tarantino

    Kill Bill : volume 1 (2003), de Quentin Tarantino

    Jackie Brown (1998), de Quentin Tarantino

    Rock (1996), de Michael Bay

    Une nuit en enfer (1996), de Robert Rodriguez

    Groom service (1995), de Allison Anders

    Pulp Fiction (1994), de Quentin Tarantino

    Tueurs nés (1994), de Oliver Stone

    True Romance (1993), de Tony Scott

    Reservoir Dogs (1992), de Quentin Tarantino

    En tant que producteur

    Hell Ride (Prochainement), de Larry Bishop

    Planète terreur - un film Grindhouse (2007), de Robert Rodriguez

    Boulevard de la mort - un film Grindhouse (2007), de Quentin Tarantino

    Grindhouse (2007), de Quentin Tarantino

    Kill Bill : volume 2 (2004), de Quentin Tarantino

    En tant que directeur de la photographie

    Boulevard de la mort - un film Grindhouse (2007), de Quentin Tarantino

    En tant que producteur exécutif

    Daltry Calhoun (Prochainement), de Katrina Holden Bronson

    Killshot (Prochainement), de John Madden

    Hostel - Chapitre II (2007), de Eli Roth

    Hostel (2006), de Eli Roth  

    Sang-froid (1997), de Reb Braddock

    Une nuit en enfer (1996), de Robert Rodriguez

     Groom service (1995), de Allison Anders

    Killing Zoe (1994), de Roger Avary

    En tant que producteur associé

    Past Midnight (1992), de Jan Eliasberg

     

  • La leçon de cinéma de Martin Scorsese au 60ème Festival de Cannes

    e51ea8065325d0ca57fa01e22dfea400.jpg
    5fe6661977634705d99bcbf61fbb7c89.jpg

    Jeudi 24 Mai 2007. Le festivalier est confronté à des choix cornéliens. Si je veux pouvoir assister à la leçon de cinéma de Scorsese, je dois malheureusement partir avant la fin d’Ocean’s thirteen de Steven Soderbergh. Je quitte à regret la projection et Las Vegas, cadre vertigineux de ce 3ème opus,  même si ce film certes ludique voit son scénario approximatif et parfois ridiculement abracadabrantesque complètement étouffé dans la virtuosité démonstrative de la réalisation et  dans les numéros de ses acteurs principaux dont le plaisir évident à jouer ensemble est néanmoins communicatif.

     

    Lorsque je ressors du Grand Théâtre Lumière, plus d’une heure trente avant la leçon de cinéma de Martin Scorsese une file impressionnante de badgés s’est déjà massée devant la salle Debussy.  Mes scrupules me quittent soudain.

    La leçon de cinéma est toujours un moment crucial du Festival de Cannes, a fortiori cette année avec Martin Scorsese comme professeur prestigieux, le Festival en a d’ailleurs pleinement conscience puisque exceptionnellement la leçon de cinéma se déplace de la salle Buñuel à la salle Debussy, beaucoup plus spacieuse et donc néanmoins moins intime.

    Thierry Frémaux annonce l’arrivée du cinéaste avec son emphase et son enthousiasme habituels évoquant même ses « larmes aux yeux » à l’occasion des Oscars 2007,  Scorsese ayant reçu l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film pour « Les Infiltrés ». Après avoir salué la présence dans la salle de Quentin Tarantino, longuement ovationné, puis avoir accueilli celui qui aura la passionnante tâche de questionner Scorsese, Michel Ciment, le critique de Positif et « ami de Stanley Kubrick »  comme le précise Thierry Frémaux, ce dernier annonce que la leçon peut commencer , et elle commence, dans un silence attentif, sous le regard des spectateurs, élèves d’un jour sages car admiratifs.

    Martin Scorsese évoque d’abord le lien émotionnel que le cinéma représente pour lui, celui-ci lui ayant d’abord permis, à travers ses films, de dire ce qu’il ressentait pour eux à ses parents.  Il évoque sa famille conservatrice et catholique tout en précisant que son père votait démocrate

    Il évoque sa cinéphilie et sa passion pour le cinéma, sa collection d’affiches  aussi. Avec humour, il dit avoir alors réalisé que ce qui lui « restait à faire » c’était de « refaire Citizen Kane ». Il évoque aussi surtout l’influence du cinéma européen, du cinéma français d’abord avec Truffaut, Rivette, Godard, Chabrol, mais aussi l’influence du cinéma italien avec Fellini, Antonioni, Bertolucci  et enfin du cinéma américain avec Cassavetes.  Il cite également Bergman. Il cite quelques films français de la Nouvelle Vague : Jules et Jim, Tirez sur le pianiste, Vivre sa vie, Le Mépris. Il cite Truffaut : «  Un film c’est comme un train qui vous rattrape ». 

     Il rend hommage à Roger Corman qui lui a appris la discipline qui consiste à "travailler même lorsqu’on n’est pas inspiré".

    Il parle surtout de la narration, de sa déconstruction que lui a enseigné la Nouvelle Vague, et évoque ainsi son envie de la réinventer constamment, de "décomposer la narration".

    Il parle de son goût du storyboard qui reflète sa nature obsessionnelle.

    Pour lui, la caméra se déplace « comme une musique, comme une mélodie ».

    Concernant la violence qui caractérise chacun de ses films, il ne s’agit pas de montrer la violence mais la violence émotionnelle : « la menace de la violence ».

    Il évoque enfin la création de la World Cinema Foundation, fondation créée à son initiative et dont le but sera de préserver et restaurer les chefs d'oeuvre du cinéma mondial.

    Ces 90 minutes, trop courtes mais passionnantes, jalonnées d’extraits de quelques films (After hours, Casino, Le temps de l’innocence, Kundun etc), trop courts et passionnants eux aussi, pourront peut-être se résumer par cette phrase de Scorsese lors de cette leçon de cinéma : « Il faut vouloir faire un film plus que toute autre chose dans votre vie » qui me rappelle la citation d’exergue de mon autre blog « se perdre dans sa passion plutôt que vivre sans passion ». Une passion qui vaut la peine de s’y égarer, un délicieux et ensorcelant égarement.

    "Un film est l'expression d'une vision unique-plus il est personnel et plus il s'approche du statut d'oeuvre d'art, ce qui signifie qu'il résistera plus longtemps à l'épreuve du temps". "J'ai toujours pensé que le film représente la réponse à une vieille question que se pose l'humanité: le désir de partager une mémoire commune, un héritage". Martin Scorsese- Festival de Cannes 207-

     Des vidéos de la leçon de cinéma de Martin Scorsese seront bientôt mises en ligne, dans la colonne de gauche du blog.

    Demain, sur « In the mood for Cannes », ma critique du passionnant documentaire de Barbet Schroeder consacré à Jacques Vergès et intitulé « L’avocat de la terreur », un documentaire présenté dans le cadre d’Un Certain Regard.

    Sandra.M