22.05.2011
Palmarès de la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2011
Ce soir, dans le cadre du théâtre Debussy, était délivré le palmarès Un Certain Regard de ce Festival de Cannes 2011, une soirée toujours moins informelle que la remise de prix de la compétition officielle, le tout présenté par un Thierry Frémaux toujours aussi enthousiaste même après 11 jours de festival et qui partage avec Gilles Jacob , outre la passion du cinéma, un véritable sens de l'humour. C'est Kusturica, réalisateur présentant la particularité d'avoir deux fois reçu la palme d'or à Cannes qui, le premier, a pris la parole évoquant avec humour ses 25 ans de Festival de Cannes sans jamais y voir un seul film: "Depuis 25 ans que je viens ici, je n'ai jamais vu un seul film", "Un Certain Regard est vraiment une bonne section", a-t-il ajouté. Le jury a remis cette année dux prix Ex-aquo pour le prix Un Certain Regard, à Andreas Dresen et à Kim Ki Duk qui a chanté une chanson du film pour l'occasion (sous le regard interloqué de Kusturica). Mohammad Rasoulof a reçu le prix de la mise en scène.
Le film d'Andrey Zvyagintsev, Elena, récompensé d'un prix spécial était projeté en clôture
, en voici le synopsis:
Synopsis : Elena et Vladimir forment un couple d’un certain âge. Ils sont issus de milieux sociaux différents. Vladimir est un homme riche et froid, Elena une femme modeste et docile. Ils se sont rencontrés tard dans la vie et chacun a un enfant d’un précédent mariage.
Le fils d’Elena, au chômage, ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa propre famille et demande sans cesse de l’argent à sa mère. La fille de Vladimir est une jeune femme négligente, un peu bohème, qui maintient son père à distance.
Suite à un malaise cardiaque, Vladimir est hospitalisé. A la clinique, il réalise qu’il pourrait mourir prochainement. Un moment bref mais tendre, partagé avec sa fille le conduit à une décision importante : c’est elle qui héritera de toute sa fortune. De retour à la maison, Vladimir l’annonce à Elena. Celle-ci voit soudain s’effondrer tout espoir d’aider financièrement son fils.
La femme au foyer timide et soumise élabore alors un plan pour offrir à son fils et ses petits-enfants une vraie chance dans la vie.Un Certain Regard 2011 a proposé 21 films réalisés par 22 réalisateurs venus de 19 pays différents. Deux d’entre eux sont des premiers films.
Je vous reparlerai de ce film d'une rigueur mélancolique aussi bien dans le fond que dans la forme qui obéissent à la même logique froide, implacable, mais reflètant aussi un regard d'une profonde humanité.
Présidé par Emir KUSTURICA (Réalisateur, acteur et musicien - Serbie), le Jury était composé de : Elodie BOUCHEZ (Actrice - France), Peter BRADSHAW (Critique-The Guardian - Royaume Uni), Geoffrey GILMORE (Directeur artistique-Tribeca Enterprises - Etats-Unis), Daniela MICHEL (Directrice du Festival de Morelia - Mexique).
PRIX UN CERTAIN REGARD Ex-æquo
ARIRANG de KIM Ki-Duk
HALT AUF FREIER STRECKE (Arrêt en pleine voie) d’Andreas DRESEN
PRIX SPECIAL DU JURY
ELENA d’Andrey ZVYAGINTSEV
PRIX DE LA MISE EN SCENE
BÉ OMID É DIDAR (Au revoir) de Mohammad RASOULOF
Le cinéma d’art et d’essai parisien le Reflet Médicis accueillera les films de la Sélection officielle 2011 sélectionnés à Un Certain Regard du mercredi 25 mai au mardi 31 mai 2011.
00:12 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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20.05.2011
Un Certain Regard - Critique de "L'Exercice de l'Etat" de Pierre Schoeller
Hasard ou coïncidence : ce Festival de Cannes 2011 aura été aussi celui du retour des films politiques, à la veille d’une année riche en échéances électorales primordiales. Trois films et trois regards sur la politique. « Pater » d’Alain Cavalier (en compétition) : une réflexion déroutante et ludique sur le jeu et les jeux de pouvoirs (entre un président de la République et son Premier ministre, entre deux hommes, entre un père et son fils, entre un réalisateur et un acteur mais aussi entre un réalisateur et le spectateur ici allègrement manipulé) qui, témoigne d’une belle audace et liberté. « La Conquête » de Xavier Durringer, présenté hors compétition, que je n’ai pas vu mais qui me semble tout de même être le contraire du premier, notamment en ce qu’il n’est pas une représentation mais une imitation. Et enfin « L’Exercice de l’Etat » de Pierre Schoeller, présenté dans la sélection Un Certain Regard.
Olivier Gourmet y incarne le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean. Réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet (Michel Blanc) suite à un accident (un car avec des enfants a basculé dans un ravin), il n’a d’autre choix que de se rendre sur les lieux du carnage. C’est le début du parcours d’un homme qui apparaît d’abord guidé par ses convictions mais dans un Etat qui dévore ceux qui le servent, où une urgence et une actualité chassent l’autre, les idéaux sont mis à rude épreuve surtout quand on le choisit, lui, le défenseur du service public, pour réformer les gares et les privatiser.
Le film débute par une séquence onirique et inquiétante. Une femme se glisse languissamment dans la gueule d’un crocodile qui la dévore, sous les apparats d’un bureau ministériel. L’homme est un animal politique pétri de désirs et de pouvoir(s) qui dévore ce qu’il désire et ce qui l’entrave. Le ton est donné. Bertrand Saint-Jean est alors brusquement sorti de son rêve par son directeur de cabinet. L’actualité fracassante et tonitruante, l’actualité qui ne le lâchera plus le rattrape dans ses évasions nocturnes et prémonitoires.
Ce film a priori rugueux, qui ne cherche pas à être à tout prix sympathique (au contraire de celui dont il dresse le portrait, manière habile de nous dire ce que doit être la politique ?) est aussi palpitant qu’un thriller. Après tout, l’enjeu aussi est de sauver sa peau. Au prix de ses idéaux. De ses illusions. De la vie des autres.
Il fallait un acteur de la trempe d’Olivier Gourmet pour incarner ce rôle. Connu mais assez peu pour que sa personnalité ne parasite pas celle de son personnage. Homme politique complexe (pléonasme) tour à tour mécanique, humain, imbuvable, cynique, altruiste, égoïste, idéaliste, ambitieux et finalement surtout ambitieux, notre attention ne le quitte pas une seconde partagée entre l’empathie, le rejet, l’incompréhension.
La tension est constante car la caméra traque ses faiblesses et ses sursauts d’humanité, nous fait suivre son parcours qui ne lui laisse, pas plus qu’à nous, aucun répit, guidé par une actualité et un Etat voraces.
Le film ne s’appelle pas (et à dessein) l’Exercice du pouvoir, mais de l’Etat car il s’agit d’ailleurs plutôt d’un renoncement au premier dévolu à d’autres entités (privé, économie, médias). Le manège qui l’entoure est alors essentiel et en partie responsable : des médias carnassiers, une chargée des communication qui lui dicte aussi bien sa cravate que ses réponses pour créer l’image de cet « objet non identifié », « flou » qui a une histoire à écrire pour un peuple, semble-t-il, avide d’histoires (par exemple celle d’un homme qui survit à un accident –dont il est d’ailleurs en partie responsable, ironie de l’histoire et de l’Histoire-) plus que de compétences. Le tout appuyé par une musique aux sonorités ironiques.
La réalisation, nerveuse, constamment sous tension, épouse son rythme de vie trépidant, tendu, grisant, vertigineux, périlleux, étouffant aussi. Le piège se referme comme une mâchoire de crocodile. L’obstacle auquel se retrouve confronté l’Exercice de l’Etat n’est pas tant une hiérarchie (quelle qu’elle soit) que l’ambition personnelle qui, forcément semble-t-on nous dire, dicte ses actes à l’homme politique, au mépris de ses convictions, de l’intérêt général, de la sécurité, de ses citoyens instrumentalisés (idée démagogique des chômeurs employés au service des ministères, fascinant personnage du chauffeur qui incarne ce citoyen silencieux partagé entre scepticisme, fascination, désapprobation) . Les choix s’imposent au ministre plus qu’il ne les impose : c’est cela l’Exercice de l’Etat, ici.
Dommage que la conclusion aboutisse à ce constat aux frontières poujadistes (d’autant qu’aucun homme ou parti politique n’est clairement identifiable, et ce qui en fait une qualité du film au début, contribue finalement à cet amer constat ) dont le film avait pourtant brillamment évité l’écueil (nous montrant au départ Saint-Jean dans toute son ambigüité, guidé par ses idéaux qu’il abandonne ensuite par ambition, tout comme il abandonnera son directeur de cabinet et ami lors d’une scène d’autant plus effroyablement cruelle qu’elle se déroule au calme, dans un cadre doré, avec sourires et politesses de rigueur) et surtout que son renoncement semble être la seule solution possible dans un monde politique décrit avec cynisme (« pas là pour refaire les mondes mais pour reprendre 5 points de sondage », qui « brasse du vent, n’a rien dans les mains, à part sa petite ambition »).
Brillant exercice de style ( avec un symbolisme parfois appuyé comme le début ou cette route que Saint-Jean remonte après son accident, comme tout homme politique qui « remonte la pente » parce que « ce qui ne [le] tue pas [le] rend plus fort »), démonstration implacable (mais contestable) du renoncement inéluctable à ses idéaux, de l’ambition dévorante et dévoreuse de l’homme (animal) politique. Le seul qui n’y renoncera pas (très beau personnage de Michel Blanc qui vaut une des plus belles scènes du film, lorsque celui-ci écoute le discours d’André Malraux sur Jean Moulin, presque avec ferveur, comme le témoignage d’un idéalisme révolu) sera broyé avec une ferme et impitoyable douceur.
Reste un film passionnant, parfois aussi cruel et âpre, cynique ou réaliste, selon les points de vue. Vous aurez compris le mien, sans doute idéaliste mais assumé. Une vision de l’exercice de l’Etat, contestable, mais indéniablement personnelle, et traitée avec rigueur et originalité, à voir en tout cas !
11:09 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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17.05.2011
Un Certain Regard - "Et maintenant on va où" de Nadine Labaki
Ce film raconte la vie d’un village libanais dans lequel les femmes s’évertuent à protéger le village et leurs familles des menaces extérieures et surtout des dissensions religieuses. Chrétiens et musulmans y vivent en effet en bonne entente mais cette entente est très fragile et le fruit de la détermination sans failles des femmes du village, faisant tout pour distraire les hommes et les empêcher de se haïr ou de trouver le moindre prétexte à leur haine. Comme une mine prête à exploser à tout instant.
Nadine Labaki mêle gravité et légèreté et les styles (comédie musicale, comédie, drame) passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante pour ne nous dire qu’une seule chose qu’elle le chante, le crie ou le pleure : cessez cette haine meurtrière absurde.
« Et maintenant on va où » parle de la nécessité absurde mais finalement rassurante (car devenant un mode d’expression voire de distraction ou d’identification) d’appartenir à un camp, de s’exprimer par la violence qui peut surgir à tout instant et briser l’harmonie.
Une utopie enchantée, une fable parfois douloureuse et une démonstration par l’absurde maligne et efficace. Le tout servi par des actrices remarquables (à commencer par la réalisatrice elle-même) et une lumière chaleureuse rendant hommage à ces dernières et à la beauté du Liban.
Et un plan de la fin qui fait joliment et dramatiquement écho à celui du début illustrant l’insoluble question du titre. Je vous reparlerai plus longuement de ce film que je vous recommande d’ores et déjà.
11:06 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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04.05.2011
"Elena" d'Andreï Zviaguintsev Film de clôture d'Un Certain Regard le 21 mai
C'est le film russe "Elena" d'Andrei Zviaguintsev qui fera la clôture de la section Un Certain Regard, le samedi 21 mai. Andreï Zviaguintsev était en compétition à Cannes en 2007 avec "Le Bannissement".
Synopsis d' "Elena": Elena et Vladimir forment un couple d’un certain âge. Ils sont issus de milieux sociaux différents. Vladimir est un homme riche et froid, Elena une femme modeste et docile. Ils se sont rencontrés tard dans la vie et chacun a un enfant d’un précédent mariage.
Le fils d’Elena, au chômage, ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa propre famille et demande sans cesse de l’argent à sa mère. La fille de Vladimir est une jeune femme négligente, un peu bohème, qui maintient son père à distance.
Suite à un malaise cardiaque, Vladimir est hospitalisé. A la clinique, il réalise qu’il pourrait mourir prochainement. Un moment bref mais tendre, partagé avec sa fille le conduit à une décision importante : c’est elle qui héritera de toute sa fortune. De retour à la maison, Vladimir l’annonce à Elena. Celle-ci voit soudain s’effondrer tout espoir d’aider financièrement son fils.
La femme au foyer timide et soumise élabore alors un plan pour offrir à son fils et ses petits-enfants une vraie chance dans la vie. comes up with a plan to give her son and grandchildren a real chance in life.
18:45 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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13.04.2011
Bande-annonce de "Restless" de Gus Van Sant : film d'ouverture de la section Un Certain Regard 2011
Je vous annonçais tout à l'heure que ce film ferait l'ouverture de la section Un Certain Regard 2011. Vous pourrez bien entendu en trouver la critique sur ce blog. En attendant, voici la bande-annonce.
20:28 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans BANDES-ANNONCES, UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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" Restless" de Gus Van Sant fera l’ouverture de la sélection Un Certain Regard du 64ème Festival de Cannes
Décidément cette sélection 2011 se confirme comme celle d'un cru d'exception. La composition de la sélection officielle sera annoncée demain, à 11H, et je vous rappelle que je serai en direct de la conférence de presse que vous pourrez suivre sur http://twitter.com/moodforcannes et dont vous pourrez retrouver mon compte rendu ici demain.
Voici le communiqué de presse du festival:
Le film RESTLESS de Gus Van Sant fera l’ouverture de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes le jeudi 12 mai au soir.
Produit par Columbia Pictures, Imagine Entertainment et 360 Pictures, le film explore la relation de deux adolescents, incarnés dans le film par Mia Wasikowska et Henry Hooper
Gus Van Sant a reçu la Palme d’or en 2003 pour Elephant et le prix du 60e anniversaire pour Paranoïd Park (2007). Il avait été sélectionné pour la première fois au Festival de Cannes en 1995 avec To Die for (Prête à tout).
Un Certain Regard présente chaque année en sélection officielle une vingtaine de films.
Le président du jury, Emir Kusturica, décernera le Prix Un Certain Regard le 21 mai prochain.
La composition de la sélection officielle sera annoncée jeudi 14 avril.
20:23 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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16.07.2010
Un Certain Regard- Critique - "Les amours imaginaires" de Xavier Dolan: une grisante fantasmagorie
C'est dans la catégorie "Un Certain Regard" qu'était présenté cette année le très attendu « Les Amours imaginaires » de Xavier Dolan (titre qui aurait d’ailleurs très bien pu convenir au premier film précité) après son arrivée explosive dans le monde du 7ème art avec « J’ai tué ma mère », film qu’il avait réalisé à 17 ans, présenté l’an passé à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs où il avait obtenu trois prix, film que j’avais ignominieusement manqué. La rencontre de ces amours imaginairesétait donc aussi pour moi celle avec l’univers de Xavier Dolan.
Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) sont tous deux amis et épris du même jeune homme rencontré lors d’une soirée, Nicolas (Niels Schneider), et tous les deux bien déterminés à le conquérir, analysant, interprétant, scrutant obsessionnellement le moindre geste ou comportement de leur (obscur) objet du désir.
Dès les premiers plans se dégage de ce film un charme irrésistible et surtout un ton, un style qui font souffler un vent d’air frais et revigorant sur le cinéma actuel. Xavier Dolan est un vrai cinéphile et son film regorge de références cinématographiques (entre les ralentis langoureux et poétiques à la Wong Kar Waï, les couleurs chatoyantes et la fantaisie jubilatoire à la Almodovar, les plans de dos à la Gus Van Sant, les références à la Nouvelle Vague, au « Mépris » de Godard, un trio à la « Jules et Jim » de Truffaut ou encore des confessions face caméra qui rappellent Woody Allen) mais aussi picturales (Boticelli, Michel Ange) ou littéraire (Musset…).
Que de brillantes références me direz-vous. Tout cela aurait pu donner un film présomptueux mais Xavier Dolan, d’une part, a su assimiler toutes ces références pour créer son propre univers et d’autre part, y apporter une légèreté masquant savamment la mélancolie sous-jacente (que ne faut-il pas avoir souffert en amour pour faire preuve d’une telle maturité et clairvoyance à seulement 21 ans!), que ce soit par les dialogues, légèrement précieux, souvent hilarants, toujours caustiques ou le jeu des comédiens (à commencer par lui-même mais surtout celui de Monia Chokri absolument irrésistible).
La caméra de Xavier Dolan est au plus près des visages, ignorant le plus souvent le cadre spatial à l’image de cet amour obsédant qui rend Marie et Francis aveugles au monde qui les entoure. La mise en scène non seulement épouse le propos du film mais devient un élément scénaristique : puisque Marie et Francis se « font des films » (l’un se prenant pour James Dean, l’autre pour Audrey Hepburn), et sont enivrés par leur fantasmagorie amoureuse, par ce destructeur et grisant vertige de l’idéalisation amoureuse, le film en devient lui-même un vertige fantasmatique. Cette soirée aux images syncopées rappelle ce vertige à la fois grisant et déstabilisant, ce manège qui rend si floue la frontière entre enchantement et désenchantement, rêve et illusion. Marie et Francis sont amoureux d’une chimère, d’une image, d’un idéal, d’une illusion, de l’amour même qui prend ici les traits d’un bellâtre ambigu aux allures de Dieu Grec. L’histoire de notre trio est entrecoupée de « témoignages » face caméra de style documentaire de victimes d’illusions amoureuses, là aussi irrésistibles.
Xavier Dolan a aussi en commun avec quelques uns des plus brillants réalisateurs auxquels il se réfère une bande originale particulièrement soignée, à l’image du film, mêlant modernité, et titres plus anciens, et musique classique : de Dalida qui reprend « Bang Bang » à Indochine jusqu’à « The Knife », « Fever Ray », « Vive la fête » en passant par Bach qui rappelle mélodieusement la douleur de ces irrépressibles et irrationnels élans amoureux, de ces amours qui rongent et enragent.
Xavier Dolan est un véritable chef d’orchestre qui mêle les couleurs, les références les arts, un prodige du cinéma (à la fois monteur, scénariste, producteur, acteur, s’occupant aussi des costumes) faisant à la fois preuve de l’inventivité et de l’audace de sa jeunesse mais aussi d’une étonnante maturité. Déclaration d’amour au cinéma, déclaration de désespoir d’un amoureux désillusionné sous des allures de fable burlesque et hilarante, « Les amours imaginaires » est un film mélancoliquement caustique.
Xavier Dolan signe là une fantasmagorie pop, poétique sur la cristallisation amoureuse, sur ces illusions exaltantes et destructrices, sublimes et pathétiques un film enivrant et entêtant comme un amour imaginaire… sans les effets secondaires. A prescrire donc et à très haute dose !
Il vous faudra attendre le 29 septembre 2010 pour découvrir ce petit bijou cinématographique, alors en attendant, vous pouvez toujours regarder la bande-annonce (voir dans note ci-dessous)… Je vous en reparlerai. J’ai vu ce film il y a deux jours et je ne cesse d’y repenser… Beaucoup d’autres belles surprises cinématographiques pour moi au programme de ce Festival Paris Cinéma, je vous en parlerai ultérieurement, notamment de « Ondine » de Neil Jordan mais aussi des films en compétition, pour l’instant d’un haut niveau également. Si vous êtes cinéphiles et à Paris, je vous recommande vivement ce festival…
Suivez également toute l'actualité sur : In the mood for Deauville, In the mood for cinema , In the mood for luxe .
11:59 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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18.05.2010
Critique de « Socialisme » de Jean-Luc Godard (Sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2010)
Hier l'événement c'était la projection de « Socialisme » de Jean-Luc Godard, en sélection Un Certain Regard. 50 ans après « A bout de souffle », 42 ans après avoir sabordé le festival (en mai 1968), Godard reste un cinéaste incontournable à la modernité et l'inventivité peu égalées.
A près de 80 ans le cinéaste n'a finalement pas fait le déplacement précisant : "suite à des problèmes grecs, je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Amicalement, Jean-Luc Godard.", la Grèce d'ailleurs très présente dans ce nouveau long-métrage, une symphonie divisée en trois temps, trois mouvements : « Des choses comme ça », « Notre Europe », « Nos humanités ».
La première partie se déroule en Méditerranée sur un paquebot sur lequel se croisent de multiples langues et de multiples conversations entre des passagers presque tous en vacances parmi lesquels : un vieil homme ancien criminel de guerre, un philosophe français (Alain Badiou), une chanteuse américaine (Patti Smith), un ambassadeur de Palestine, un ancien agent double... Dans la deuxième partie qui se déroule dans un garage, deux enfants demandent des explications sérieuses à leurs parents sur les thèmes de liberté, égalité et fraternité. Enfin, dans la dernière partie intitulée « nos humanités », c'est la visite de six lieux de vraies/fausses légendes : Egypte, Palestine, Odessa, Hellas, Naples et Barcelone.
Définition du socialisme : « Le socialisme est un type d'organisation sociale basé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production opposition au capitalisme. Le mouvement socialiste recherche une justice sociale, condamne les inégalités sociales et l'exploitation de l'homme par l'homme, défend le progrès social, et prône l'avènement d'une société égalitaire, sans classes sociales. »
Intituler un film socialisme, quel ambitieux projet donc ! Un mot malmené, galvaudé, parfois souillé par l'Histoire. Dans la première partie sur le paquebot de croisière tantôt fascinante et effrayante, avec certaines images d'une beauté à couper le souffle, Godard nous montre une société de l'uniformisation qui aliène plus qu'elle rend libre, qui rend esclave plus que maître de ses mouvements et pensées, indifférente aux autres et à leurs différences plus que solidaire et fraternelle. Bref, l'anti « liberté, égalité, fraternité ». Un mélancolique constat.
Les destinations desservies par le bateau seront celles évoquées dans la troisième partie : Barcelone, Naples, Odessa, la Palestine, l'Égypte, Hellas (la Grèce). Symboles à la fois de tragédies ou de richesses de l'humanité, symboles aussi de l'éternel et parfois triste recommencement de l'Histoire.
Dans la deuxième partie, plus linéaire, c'est l'histoire de la « famille Martin », la plus narrative. Le père et la mère veulent se présenter aux élections cantonales tandis qu'une équipe de télévision se trouve à leurs côtés et pendant que leurs enfants exigent d'être reconnus comme citoyen et dont le programme est. : « Avoir vingt ans. Avoir raison. Garder de l'espoir. Avoir raison quand votre gouvernement a tort. Apprendre à voir avant que d'apprendre à lire. ».
Comme toutes les œuvres de Godard (et a fortiori celle-ci) « Socialisme » pourra vous agacer ou vous ensorceler, peut-être alternativement les deux comme ce fut mon cas, en tout cas difficilement vous laisser indifférents. Et surtout à une époque où on nous sert de plus en plus des films comme des produits de consommation tout cuits dans lesquels la moindre réflexion est bannie, un film tel que celui-ci est une véritable jubilation. En ressort un vrai sentiment de liberté et de respect pour le spectateur à qui il revient de construire la « construction déconstruite » de Godard et de se faire sa propre interprétation dans ce magma d'images, de sons et de mots. Un magma dense et complexe parfois perturbant, parfois fascinant parsemé de petites touches de rouge pour rappeler que subsistent des parcelles de socialisme éparpillées.
Beaucoup plus proche de ses « Histoires de cinéma » que d' « A bout de souffle » ou du « Mépris » « Socialisme » est un poème désenchanté , lucide, parfois caustique, sur les illusions perdues personnelles ou politiques, un voyage dans notre Histoire et nos humanités, notre passé et notre présent avec des images d'une beauté troublante ou d'une âpreté déconcertante, parfois même drôles et surtout un film d'un grand auteur qui signe encore et toujours un cinéma irrévérencieux, singulier et inclassable d'une étonnante modernité qui nous apprend ou du moins nous incite « à voir » et à « garder espoir », malgré tout.
(Une critique évidemment trop courte et un simple résumé, faute de temps, pour ce film sin riche sur lequel je reviendrai donc)
Réactions dans la salle (projection du matin en salle Debussy) : Timides applaudissements (peu révélateurs néanmoins en l'absence du cinéaste).
11:25 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cannes, godard, un certain regard |
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28.04.2010
"Socialisme" de Jean-Luc Godard - Sélection officielle Un Certain Regard 2010
Je fais aujourd'hui une petite incursion dans la sélection Un Certain Regard pour vous parler d'un des films les plus attendus de ce Festival de Cannes 2010 et aussi un de ceux que j'attends avec le plus d'impatience: "Socialisme" de Jean-Luc Godard. Titre riche de promesses, d'interrogations et à n'en pas douter propice à de belles et inventives idées godardiennes. En 2001, lors de mon premier Festival de Cannes, je découvrais son dernier film en compétition sur la Croisette "Eloge de l'amour" , un de mes meilleurs souvenirs cinématographiques cannois.
Du haut de ses 80 ans, à regarder ces trailers (en bas de l'article, les 6 trailers du film!) et ces images j'ai déjà l'impression que Godard nous donnera à voir l'un des films les plus jeunes et modernes de ce festival.
Après l'épisode Mail 1968 et le festival interrompu, notamment par Godard, il a fallu attendre 1980 et "Sauve qui peut /La vie" pour le retrouver en compétition à Cannes.
Dans "Socialisme", comme souvent chez Godard, sons, paroles, images se mélangent, le tout tourné dans plusieurs pays pour une oeuvre à n'en pas douter iconoclaste et surprenante. Alors, 50 ans après "A bout de souffle" une récompense cannoise pour Jean-Luc Godard?
Remarque: Anne-Marie Miéville, la compagne de Jean-Luc Godard, a coréalisé une partie du film.
Casting: Patti Smith, Elisabeth Vitali, Christian Sinniger...
Sortie en salles: le 19 mai 2010
Synopsis: Une symphonie en trois mouvements.
Des choses comme ça :
En Méditerranée, la croisière du paquebot. Multiples conversations, multiples langues entre des passagers presque tous en vacances...
Notre Europe :
Le temps d’une nuit, une grande sœur et son petit frère ont convoqué leurs parents devant le tribunal de leur enfance. Ils demandent des explications sérieuses sur les thèmes de liberté, égalité, fraternité.
Nos humanités :
Visite de six lieux de vraies/fausses légendes, Egypte, Palestine, Odessa, Hellas, Naples et Barcelone.
Films déjà présentés à Cannes par Jean-Luc Godard
- 2009 - PIERROT LE FOU - Cannes Classics Réalisation, Scénario
- 2009 - LOIN DU VIETNAM - Cannes Classics Réalisation
- 2005 - MOMENTS CHOISIS DES HISTOIRE(S) DU CINEMA - Cannes Classics Réalisation
- 2004 - NOTRE MUSIQUE- Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
- 2001 - ELOGE DE L'AMOUR - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
- 1997 - HISTOIRE(S) DU CINÉMA - Un Certain Regard Réalisation
- 1990 - NOUVELLE VAGUE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
- 1988 - HISTOIRES DU CINÉMA - Hors Compétition Réalisation
- 1987 - ARIA- En Compétition Réalisation
- 1985 - DÉTECTIVE - En Compétition Réalisation
- 1982 - PASSION- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
- 1982 - LETTRE A FREDDY BUACHE - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
- 1980 - SAUVE QUI PEUT/ LA VIE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
- 1977 - ICI ET AILLEURS - Sectin parallèle Réalisation
- 1976 - COMMENT CA VA - Section parallèle Réalisation
- 1970 - VENT D'EST - Section parallèle Réalisation
- 1962 - CLEO DE 5 A 7 - En Compétition Interprète
Filmographie de Jean-Luc Godard:
Cette filmographie reprend celle établie pour Jean-Luc Godard - Documents, publié en mai 2006 par le Centre Georges Pompidou à l'occasion de l'événement Jean-Luc Godard.
1955 : Opération ‘‘Béton’’
1956 : Une femme coquette
1957 : Tous les garçons s’appellent Patrick, ou Charlotte et Véronique
1958 : Une histoire d'eau (coréalisé avec François Truffaut)
1958 : Charlotte et son Jules
1960 : À bout de souffle (+ bande-annonce)
1960 : Le Petit Soldat (+ bande-annonce)
1961 : Bande-annonce de Lola de Jacques Demy
1961 : Une femme est une femme (+ bande-annonce)
1961 : La Paresse (épisode du film Les Sept Péchés capitaux)
1962 : Vivre sa vie. Film en douze tableaux (+ bande-annonce)
1962 : Le Nouveau Monde (épisode du film RoGoPaG)
1963 : Les Carabiniers (+ bande-annonce)
1963 : Le Grand Escroc (épisode du film Les Plus Belles Escroqueries du monde)
1963 : Le Mépris (+ bande-annonce)
1964 : Bande à part (+ bande-annonce)
1964 : Une femme mariée. Fragments d’un film tourné en 1964 (+ bande-annonce)
1965 : Montparnasse-Levallois. Un action film (épisode du film Paris vu par…)
1965 : Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (+ bande-annonce)
1965 : Pierrot le fou (+ bande-annonce)
1966 : Masculin féminin (+ bande-annonce)
1966 : Made in USA (+ bande-annonce)
1966 : 2 ou 3 choses que je sais d'elle (+ bande-annonce)
1967 : Anticipation (L’amour en l’an 2000) (épisode du film Le Plus Vieux Métier du monde)
1967 : Caméra-Œil (épisode du film Loin du Viêtnam)
1967 : Bande-annonce de Mouchette de Robert Bresson
1967 : La Chinoise (+ bande-annonce)
1967 : L’Amour (épisode du film Amore e Rabbia)
1967 : Week-End (+ bande-annonce)
1968 : Le Gai Savoir
1968 : Cinétracts (numéros 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 23, 40)
1968 : Un film comme les autres (revendiqué a posteriori par le Groupe Dziga Vertov)
1968 : One American Movie (abandonné par le Groupe Dziga Vertov puis terminé par Richard Leacock et D.A. Pennebaker en 1971 sous le titre One P.M.)
1968 : One Plus One (distribué dans une version modifiée par le producteur sous le titre Sympathy for the Devil)
1969 : British Sounds (signé a posteriori par le Groupe Dziga Vertov)
1969 : Pravda (signé a posteriori par le Groupe Dziga Vertov)
1969 : Vent d’est (signé par le Groupe Dziga Vertov)
1970 : Luttes en Italie (Lotte in Italia) (signé par le Groupe Dziga Vertov)
1970 : Jusqu’à la victoire (Méthodes de pensée et de travail de la révolution palestinienne) (signé par le Groupe Dziga Vertov) (inachevé)
1970 : Vladimir et Rosa (signé par le Groupe Dziga Vertov)
1971 : Schick (coréalisé avec Jean-Pierre Gorin) (film publicitaire)
1972 : Tout va bien (coréalisé avec Jean-Pierre Gorin) (+ bande-annonce)
1972 : Letter to Jane : An Investigation About a Still (coréalisé avec Jean-Pierre Gorin)
1974 : Ici et ailleurs (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1975 : Numéro deux (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1976 : Comment ça va (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1976 : Six fois deux (Sur et sous la communication) (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1a : Y a personne
1b : Louison
2a : Leçons de choses
2b : Jean-Luc
3a : Photos et Cie
3b : Marcel
4a : Pas d’histoires
4b : Nanas
5a : Nous trois
5b : René(e)s
6a : Avant et après
6b : Jacqueline et Ludovic
1977 : Quand la gauche aura le pouvoir
1979 : France tour détour deux enfants (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1. Obscur/Chimie
2. Lumière/Physique
3. Connu/Géométrie/Géographie
4. Inconnu/Technique
5. Impression/Dictée
6. Expression/Français
7. Violence/Grammaire
8. Désordre/Calcul
9. Pouvoir/Musique
10. Roman/Économie
11. Réalité/Logique
12. Rêve/Morale
1979 : Scénario de Sauve qui peut (la vie). Quelques remarques sur la réalisation et la production du film
1979 : Sauve qui peut (la vie) (+ bande-annonce)
1980 : Une bonne à tout faire
1982 : Lettre à Freddy Buache. À propos d’un court-métrage sur la ville de Lausanne
1982 : Passion, le travail et l’amour : introduction à un scénario, ou Troisième état du scénario du film Passion
1982 : Passion (+ bande-annonce)
1982 : Scénario du film Passion
1982 : Changer d’image. Lettre à la bien-aimée (épisode de la série Le Changement à plus d’un titre)
1983 : Prénom Carmen (+ bande-annonce)
1983 : Petites notes à propos du film Je vous salue, Marie
1985 : Je vous salue, Marie (+ bande-annonce)
1985 : Détective
1985 : Soft and Hard. Soft Talk On a Hard Subject Between Two Friends (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1985 : Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma révélées par la recherche des acteurs dans un film de télévision publique d’après un vieux roman de J.H. Chase
1986 : Meetin' WA
1987 : Armide (épisode du film Aria)
1987 : Soigne ta droite. Une place sur la Terre
1987 : King Lear
1987 : On s'est tous défilés
1987 : Closed (deux séries de dix et sept films publicitaires)
1988 : Puissance de la parole
1988 : Le Dernier Mot (épisode de la série Les Français vus par…)
1988 : Histoire(s) du cinéma
1A : Toutes les histoires
1B : Une histoire seule
1989 : Le Rapport Darty
1990 : Nouvelle vague (+ bande-annonce)
1990 : Metamorphojean (série de cinq films publicitaires)
1990 : Pue Lulla (film publicitaire)
1991 : L'Enfance de l'art (épisode de la série Comment vont les enfants ?) (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1991 : Allemagne année 90 neuf zéro. Solitudes, un état et des variations
1991 : Pour Thomas Wainggai (épisode du film Écrire contre l’oubli) (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1992 : (Parisienne People)s (coréalisé avec Anne-Marie Miéville) (film publicitaire)
1993 : Hélas pour moi(+ bande-annonce)
1993 : Les enfants jouent à la Russie
1993 : Je vous salue Sarajevo
1995 : JLG/JLG. Autoportrait de décembre (+ bande-annonce)
1995 : Deux fois cinquante ans de cinéma français (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1996 : Espoir/Microcosmos
1996 : Le monde comme il ne va pas
1996 : For Ever Mozart (+ bande-annonce)
1996 : Adieu au TNS
1996 : Plus Oh!
1998 : Histoire(s) du cinéma
1A : Toutes les histoires (nouvelle version)
1B : Une histoire seule (nouvelle version)
2A : Seul le cinéma
2B : Fatale beauté
3A : La Monnaie de l’absolu
3B : Une vague nouvelle
4A : Le Contrôle de l’Univers
4B : Les Signes parmi nous
1998 : The Old Place. Small Notes Regarding the Arts at Fall of 20th Century (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
2000 : L'Origine du XXIe siècle
2001 : Éloge de l'amour (+ bande-annonce)
2002 : Dans le noir du temps (épisode du film Ten Minutes Older : The Cello)
2002 : Liberté et patrie (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
2004 : Notre musique (+ bande-annonce)
2004 : Moments choisis des Histoire(s) du cinéma
2004 : Prière pour refusniks
2004 : Prière (2) pour refusniks
2006 : Reportage amateur (maquette expo)
2006 : Vrai faux passeport. Fiction documentaire sur des occasions de porter un jugement à propos de la façon de faire des films
2006 : Ecce homo
2006 : Une bonne à tout faire (nouvelle version)
2008 : TSR - Journal des réalisateurs : Jean-Luc Godard
2008 : Une catastrophe (bande-annonce de la Viennale 2008)
2010 : Maurice Schérer
2010 : Film Socialisme (en production) (+ bande-annonce)
13:58 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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27.12.2009
Mention spéciale Un Certain Regard 2009- "Le Père de mes enfants" de Mia Hansen-Love
Peut-être vous en souvenez-vous : en 2005 quelques jours avant le triomphe aux César de « Quand la mer monte » de Yolande Moreau et Gilles Porte qu'il avait produit, le producteur de films indépendants (notamment de Youssef Chahine, Elia Suleiman, Sandrine Veysset...) Humbert Balsan se suicidait. Mia Hansen-Love l'avait rencontré, un an auparavant, ce dernier voulait en effet produire son premier film « Tout est pardonné ». De sa rencontre avec cet homme passionné est né son désir de réaliser ce film... même s'il ne s'agit nullement (je vous rassure...) d'un biopic.
Le producteur dont Mia Hansen-Love nous parle ici s'appelle Grégoire Canvel (Louis-Do Lencquesaing), il dirige avec passion sa société de production « Moon films ». Il a, a priori, tout pour lui. Une femme qu'il aime (Chiara Caselli), trois filles délicieuses, un métier qui le passionne, producteur de films donc. Pas le producteur caricatural avec cigares, limousines, cynique et désabusé mais un producteur de films indépendants pour qui le cinéma est la vie, sa vie, qui s'investit (et investit) pleinement dans chaque projet. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà sa raison de vivre, sa vocation. C'est un homme hyperactif qui ne s'arrête jamais à l'exception des week end, à la campagne, et en famille, et encore... les téléphones portables vissés aux oreilles. Mais à force de produire trop de films et de prendre trop de risques Grégoire va mettre en péril sa société... et surtout son propre équilibre.
Rarement un film aura réussi à nous faire éprouver une telle empathie pour une famille et les personnages qui la composent et cela dès les premières minutes, la première séquence nous embarquant d'emblée dans l'enthousiasme, l'énergie du bouillonnant Grégoire. C'est néanmoins d'abord dû à l'humanité, la délicatesse avec laquelle Mia Hansen-Love les filme, nous plongeant dans leur intimité tout en leur laissant leur voile de mystère, mais surtout à la personnalité de son personnage principal, à sa façon de le filmer, et à l'acteur qui l'incarne.
Grégoire vibre constamment pour le cinéma, il s'emballe, croit en des cinéastes que personne ne connaît, les défend contre vents et marées, contre la raison parfois, souvent. Il défend un cinéma qui prend le temps du sens, comme lui n'économise pas son temps pour le défendre. Charmant, charmeur, rayonnant, charismatique, de lui émane une impressionnante et séduisante prestance. Il s'engage pleinement, inconditionnellement, il n'y a plus de distance entre le cinéma et la vie. Le cinéma est sa vie, même s'il a aussi une femme et trois filles aimantes. Plus que de nous montrer un homme outrancièrement déprimé, complètement anéanti, Mia Hansen-Love montre ses fêlures à peine perceptibles et comment son horizon s'obscurcit subrepticement au point qu'il en oublie, l'espace d'un fatal instant, celles qui l'entourent. Son geste restera mystérieux, il n'en est que plus bouleversant. Là encore Mia Hansen-Love a la délicatesse de la filmer de dos. Je suppose autant par pudeur que pour signifier le secret dont lui et sa mort resteront auréolés.
Que dire de Louis-Do de Lencquesaing tant sa prestation est époustouflante ! Pas parce qu'il ferait de l'esbroufe. Non, parce qu'il donne un visage humain à ce producteur. Dans sa gestuelle bouillonnante, ses regards profondément empathiques qui parfois laissent entrevoir un voile d'ombre. Il EST ce producteur au point qu'on a vraiment l'impression de le voir exister. Il parvient à le rendre vivant, attachant, à la fois proche et mystérieux.
Rien n'est jamais appuyé, tout est fait avec énormément de subtilité. Une simple boucle d'oreilles suffit à nous faire comprendre d'abord la distraction d'un père, obsédé par le cinéma, son amour aussi puis plus tard l'amour de sa fille qui prendra la relève.
Même si la deuxième partie du film évoque un sujet sombre (la manière de vivre le deuil), le film est constamment éclairé d'une clarté rassurante, d'une belle luminosité, pas seulement formelle. Cette luminosité provient aussi de la gaieté des enfants qui finit par prendre le dessus et qu'elle parvient à rendre si attachantes sans en faire des singes mièvres ou savants. C'est aussi la luminosité qui émanait de la personnalité de Grégoire qui semble subsister même après son décès mais aussi de son épouse (Chiara Caselli).
D'ailleurs Mia Hansen-Love fait savamment jongler les contraires, son film étant lui-même coupé en deux parties, avant et après la mort, les deux étant finalement indissociables, la présence de l'absent se faisant toujours sentir (même mort il restera ainsi le père de ses enfants, bien évidemment), tout comme sont indissociables lumière et noirceur. Un film lumineux sur le secret et le deuil. Un homme solaire qui finira par se suicider, à la fois robuste et vulnérable, fort et fragile. Un film d'une belle clarté malgré le deuil et qui chemine ensuite vers une belle quête de lumière (comme en témoigne cette très belle scène avec les bougies qui ouvrent la voie). Son désir de vie, de construire, de créer et celui de mort qui s'affrontent. Sa mort étant ainsi la fin de quelque chose mais aussi le début d'une autre, de l'émancipation pour sa fille (forte présence d'Alice de Lencquesaing).
C'est bien sûr un film sur le cinéma, sur l'engagement, l'investissement pécuniaire (Mia Hanse-Love n'élude pas la question et montre à quel point il peut être aliénant) et surtout personnel qu'il représente, le caractère indissociable entre vie professionnelle et privée quand la matière principale d'un métier comme celui-là est humaine, et donc si complexe et fragile.
Mais, par-dessus-tout, ce film possède ce grand quelque chose si rare et indéfinissable qui s'appelle la grâce. Sans doute en raison de la profonde sensibilité de la réalisatrice et de celui qui a inspiré son film mais aussi par l'universalité des situations et le caractère si attachant des personnages malgré (et à cause de ) leurs mystères.
Un film qui a l'ambivalence et les nuances de la vie : à la fois lumineux et mélancolique, tragique et plein d'espoir, mystérieux et séduisant. Un film qui m'a bouleversée comme je ne l'avais pas été depuis longtemps au cinéma. La musique de la fin qui vous rappellera un classique du cinéma m'ayant complètement achevée.
Ce film a la malchance de sortir le même jour que le rouleau compresseur « Avatar ». Que le second ne vous empêche pas d'aller voir le premier. Je vous le recommande sans aucune réserve. « Le Père de mes enfants » a reçu la mention spéciale Un certain regard à Cannes.
11:45 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans UN CERTAIN REGARD (2007 à 2011) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, un certain regard, festival de cannes, le père de mes enfants, mia hansen love |
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