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JURYS

  • Pedro Almodóvar : président du jury du 70ème Festival de Cannes

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    Le 70ème Festival de Cannes se déroulera du mercredi 17 au dimanche 28 mai 2017. Alors que la Sélection officielle et la composition du Jury seront dévoilées à la mi-avril, vient d'être annoncé le nom du Président du jury de cette 70ème édition. Et quel président puisqu'il s'agit de Pedro Almodovar qui, en 2016 encore, m'avait bouleversée avec "Julieta" (en compétition officielle du festival) ! Pour l'occasion, je vous propose, ci-dessous, la critique d'un de mes films préférés du cinéaste "Etreintes brisées". En bonus également, à retrouver en cliquant ici, mon compte rendu du Festival Lumière de Lyon 2014 lors duquel Pedro Almodovar avait reçu le prix Lumière (vous y trouverez notamment le récit de sa master class et de sa conférence de presse mais aussi ma critique de "Tout sur ma mère"), un compte rendu dont sont extraites mes photos et vidéos ci-dessus.

    Voici le communiqué de presse officiel du Festival à ce sujet:

    Icône flamboyante du cinéma espagnol et metteur en scène célèbre à travers le monde, le réalisateur et scénariste Pedro Almodóvar sera le prochain Président du Jury du Festival International du Film de Cannes qui débutera le 17 mai prochain et fêtera sa 70e édition.

    Suite à l’invitation de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, le cinéaste a déclaré : « Je suis très heureux de fêter le 70e anniversaire du Festival du Film de Cannes dans cette fonction si privilégiée. Je suis reconnaissant et honoré et j’ai le trac ! Être Président du Jury est une lourde responsabilité et j’espère être à la hauteur des circonstances. Je peux vous dire que je vais me dévouer corps et âme à cette tâche, qui est à la fois un plaisir et un privilège. »

    Au fil d’une filmographie éblouissante et iconoclaste, ce conteur virtuose tisse depuis 35 ans une complicité avec les spectateurs du monde entier. Depuis Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1982) jusqu’à Julieta (2016), ses 20 films dessinent une œuvre incandescente, héritée de sa jeunesse punk et contestataire, et portée par une passion insatiable pour les figures féminines et pour l’histoire du cinéma. Toujours surprenant, éclectique mais cohérent, le réalisateur originaire de La Mancha s’adonne à tous les genres – vaudeville, farce, tragédie, fantastique, comédie musicale, thriller – sans pour autant perdre de vue ses thèmes de prédilection : la passion, la filiation, le destin, la culpabilité ou les secrets enfouis.

    Dans un cinéma des corps et des cœurs, une troupe d’acteurs l’accompagne fidèlement et donne vie à cette belle humanité, parmi lesquels Penélope Cruz, Marisa Paredes, Antonio Banderas, Rossy de Palma, Javier Bardem, Javier Cámara, Carmen Maura ou Victoria Abril.

    « Pour sa 70e édition, le Festival de Cannes est heureux d’accueillir un artiste unique qui jouit d’une immense popularité. Son œuvre s’est déjà inscrite pour toujours dans l’histoire du cinéma. Une longue fidélité unit Pedro Almodóvar au Festival, dont il a été membre du Jury en 1992 sous la présidence de Gérard Depardieu », déclarent Pierre Lescure, Président du Festival, et Thierry Frémaux, Délégué général.

    Cinq de ses films – Tout sur ma mère (Todo Sobre mi Madre, Prix de la Mise en scène), Volver (Prix du Scénario, Prix collectif d’Interprétation féminine), Étreintes brisées (Los Abrazos Rotos), La Piel que Habito, Julieta – ont été sélectionnés en Compétition. Enfin La Mauvaise Éducation (La Mala Educación) a fait l’ouverture du Festival en 2004 tandis que le réalisateur figure sur l’affiche officielle de la 60e édition.

    À travers la présence de ce cinéphile passionné qui ne cesse de célébrer les pouvoirs magiques du cinéma et de rendre hommage aux maîtres Sirk, Franju, Hitchcock ou Buñuel, le Festival de Cannes fête un grand auteur international et une Espagne moderne et libre.

    Critique du film « Etreintes brisées » de Pedro Almodovar

     
     C’est dans le cadre du Festival de Cannes 2009 où il était en compétition que j’ai découvert ce film de Pedro Almodovar.
     

     Synopsis : Il y a 14 ans, dans un violent accident de voiture dans l’île de Lanzarote, un homme (Lluis Homar) a perdu la vue mais aussi la femme de sa vie, Lena (Penelope Cruz). Sa vie se partage alors en deux parties à l’image de ses deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est sonnom de baptême sous lequel il vit et signe les films qu’il réalise. Après l’accident, il n’est alors plus que son pseudonyme : Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus faire de films, il s’impose de survivre avec l’idée que Mateo Blanco est mort à Lanzarote aux côtés de Lena.

     Pedro Almodovar, habitué de la Croisette et de la compétition cannoise (juré en 1992, en compétition pour « Tout sur ma mère » en 1999- prix de la mise en scène -, pour « La mauvaise éducation » en 2004 –présenté hors compétition- ; pour « Volver » en 2006 –prix du scénario et d’interprétation collectif-) était, reparti bredouille en 2009 pour un film dont la mise en scène d’une impressionnante beauté et maîtrise,  le scénario impeccable et l’interprétation remarquable de Penelope Cruz auraient pourtant pu lui permettre de figurer au palmarès, à ces différents titres.

     Aussi invraisemblable que cela puisse paraître certains cinéastes ne sont pas des cinéphiles (j’aurais bien des exemples mais je m’abstiendrai) mais au même titre que Picasso maîtrisait parfaitement l’histoire de la peinture, condition sine qua non au renouvellement de son art, il me semble qu’un cinéaste se doit de connaître et d’être imprégné de l’histoire du cinéma, comme Pedro Almodovar qui, dans ce film, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre une véritable déclaration d’amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini… ).  Et à Penelope Cruz qu’il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée.

     « Etreintes brisées » est un film labyrinthique d’une grande richesse : un film sur l’amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l’art. Un film dans lequel,  à l’image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s’imbriquent, se confondent.

     La mise en abyme, à l’image de tout ce film, est double : il y a d’une part le film que réalise Harry Caine mais aussi le making of de son film.  Harry Caine est lui-même double puisque c’est le pseudonyme de Mateo Blanco. Il meurt doublement : il perd la vue, la cécité étant la mort pour un cinéaste ; il perd la femme qu’il aime, une étreinte brisée qui représente la mort pour l’homme amoureux qu’il est aussi. Un film morcelé à l’image de ces photos en mille morceaux de Lena, d’une beauté tragique.

     Et puis que dire de la réalisation… Flamboyante comme ce rouge immédiatement reconnaissable comme celui d’un film de Pedro Almodovar.  D’un graphique époustouflant comme ce film que Mateo Blanco réalise. Sensuelle comme ces mains qui caressent langoureusement une image à jamais évanouie. Son scénario joue avec les temporalités et les genres (film noir, comédie, thriller, drame) avec une apparente facilité admirable.

     Peut-être la gravité mélancolique a-t-elle désarçonnée les aficionados du cinéaste qui n’en oublie pourtant pas pour autant sa folie jubilatoire comme dans ce film dans le film « Filles et valises », hommage irrésistible à « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

     Un film gigogne d’une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d’un amour brisé en plein vol… Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d’une étreinte éternelle comme  dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquelles il se réfère.

     Penelope Cruz, d’une mélancolie resplendissante, pour cette quatrième collaboration,  aurait de nouveau mérité le prix d’interprétation et sa prestation (mais aussi celles de tous ses acteurs et surtout actrices auxquels il rend ici hommage, parfois juste le temps d’une scène comme pour Rossy de Palma)  prouve à nouveau quel directeur d’acteurs est Pedro Almodovar qui sait aussi, en un plan, nous embraser et embrasser dans son univers, immédiatement identifiable, la marque, rare, des grands cinéastes.

     Un film empreint de dualité sur l’amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma… le cinéma qui survit à la mort, à l’aveuglement, qui sublime l’existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l’immortalité… Un film par lequel je vous recommande vivement de vous laisser charmer et enlacer…

  • Naomi Kawase, Présidente du Jury de la Cinéfondation et des Courts métrages

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    Nombreux sont les cinéastes à avoir été révélés par la Cinéfondation à la tête de laquelle se trouve son fondateur et ancien président du Festival de Cannes, Gilles Jacob. C'est donc une grande cinéaste qui a présenté au Festival de Cannes des œuvres mémorables qui, cette année, aura la lourde et passionnante tâche de présider le jury. Voici le communiqué de presse du Festival à ce sujet:

    En 2015, Un Certain Regard s’ouvrait avec poésie sur Les Délices de Tokyo (An) de Naomi Kawase. Le Festival de Cannes est honoré de retrouver la réalisatrice japonaise à la tête du Jury de la Cinéfondation et des Courts métrages pour sa 69e édition. 

     

    Il est des cinéastes dont la carrière n’a cessé de croiser le Festival et il s’en réjouit. Avec Naomi Kawase, l’histoire commence en 1997. À 27 ans, elle devient la plus jeune lauréate à recevoir la Caméra d’or pour son film Suzaku (Moe no Suzaku). Une découverte dont la promesse ne cessera de se confirmer, comme en témoignent les sélections en Compétition de ses longs métrages suivants : Shara (Sharasojyu) en 2003, La Forêt de Mogari (Mogari no Mori) en 2007, Hanezu l’esprit des montagnes (Hanezu no tsuki) en 2011 et Still the Water (Futatsume no mado) en 2014. En 2013, c’est en tant que membre du Jury des longs métrages que Naomi Kawase siège sur la Croisette aux côtés de Steven Spielberg.

     

    Le cinéma de Naomi Kawase s’écrit avec des budgets modestes et privilégie les acteurs non-professionnels. On y reconnaît l’ancrage originel de la réalisatrice, diplômée de l'école de photographie d'Osaka, dans le genre documentaire qui l’a révélée. La critique saluera notamment Dans ses bras (Ni tsutsumarete) en 1992, où elle expose sa quête d’un père qui l’a abandonnée, et Genpin en 2010, où elle suit des femmes ayant fait le choix de l’accouchement naturel.

     

    Avec La Forêt de Mogari en 2007, récompensé du Grand Prix à Cannes, la réalisatrice gagne encore en notoriété. Dans les rangs cinéphiles à travers le monde, on découvre une œuvre riche, intime, sensible, où l’hyperréalisme dialogue avec la spiritualité. Film après film, Naomi Kawase expérimente les genres et les formats pour questionner les thèmes autobiographiques qui lui sont chers : liens familiaux, rapport à la temporalité et à la perte, célébration de la nature, en particulier dans sa région natale de Nara, au centre du Japon.

     

    C’est aussi dans cette région que la réalisatrice à la stature internationale, qui fait aujourd’hui figure d’exception sur le continent asiatique, a fondé en 2010 le Festival International du Film de Nara, dédié à la promotion de la jeune création cinématographique. Un engagement que Naomi Kawase aura sans nul doute à cœur d’honorer lors de sa présidence du Jury de la Cinéfondation et des Courts métrages.

     

    À l’annonce de sa nomination, Naomi Kawase a déclaré : "Les films enrichissent la vie, leurs univers ouvrent des perspectives. Voilà un peu plus de 100 ans que le cinéma existe et son potentiel ne cesse de grandir. C’est un média exceptionnel pour incarner la diversité culturelle du monde et chaque histoire est une vie parallèle qui enchante le public.

    Les courts métrages sont des exercices particulièrement difficiles car comment transmettre une histoire en si peu de temps ? Parallèlement, ils offrent une myriade de possibilités inédites. Parmi les films d’étudiants que nous verrons, il y aura la découverte de pépites, et c’est ce qui me rend impatiente de prendre part à ce jury. Cela va être une belle aventure."

     

    Gilles Jacob a dit : "De ses racines nippones, Naomi Kawase (Caméra d'or 1997) a tiré son extrême délicatesse, sa courtoisie raffinée, une élégance morale. Son talent pointilliste a su diffuser une intelligence du cinéma, un art subtil fait de mystérieuse poésie et d'une grâce de la simplicité au travers des grandes émotions de la vie et des petits gestes du quotidien. Elle rejoint cette année les grands présidents du Jury de la Cinéfondation et des Courts, les Martin Scorsese, Abbas Kiarostami, Jane Campion, Hou Hsiao Hsien, John Boorman ou les Dardenne..."

  • George Miller, président du jury du 69ème Festival de Cannes

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    C'est toujours la première annonce concernant chaque nouvelle édition du Festival de Cannes: le nom de son président du jury. Cette 69ème édition qui aura lieu du 11 au 22 Mai 2016 sera donc présidé par le cinéaste George Miller. Il succèdera ainsi à Joel et Ethan Coen, présidents du jury 2015.

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    Ci-dessus, mes photos du jury du 68ème Festival de Cannes.

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    Voici le communiqué de presse et la vidéo officiels du Festival de Cannes à ce sujet.

     

     

    "A l’invitation du Festival, George Miller a déclaré : « Quel immense plaisir ! Etre au cœur de ce Festival chargé d'histoire qui dévoile les joyaux du cinéma mondial, débattre des heures passionnément avec mes compagnons de Jury, c'est un grand honneur. Je ne manquerais ça pour rien au monde ! »

     

    C’est à Cannes en mai dernier, que Mad Max: Fury Road a démarré sa chevauchée fantastique sur les écrans. Sa projection Hors Compétition en Sélection officielle, marquait le retour du héros de la saga mythique pour les millions de fans de Max Rockatansky, mais également celui de son créateur, George Miller, au cinéma visionnaire qui l’a fait connaître à travers le monde.

     

    La carrière de George Miller s’ancre aux côtés de celles de Peter Weir, Bruce Beresford et Phillip Noyce dans l’âge d’or du cinéma australien des années 80. Originaire d'une petite bourgade du Queensland, George Miller écrit et réalise Violence in the Cinema, part 1 en 1971. Produit par son complice Byron Kennedy, avec  lequel il fondera la société Kennedy Miller, le court métrage remporte deux prix de l'Australian Film Institute. Une reconnaissance qui conforte George Miller dans la voie cinématographique et l’encourage à réaliser son premier long métrage.  

     

    En 1979, Mad Max, inspiré du genre « outback gothic » alors en vogue en Australie, révèle Mel Gibson et connaît un triomphe planétaire. Formidable dialogue avec le cinéma américain, ce film d’anticipation ultra-violent donne des lettres de noblesse au cinéma d’action en jouant sur les codes du Road Movie, du Western et de la Science-Fiction. Une saga mythique vient de naître, elle se prolongera avec Mad Max 2 : le Défi en 1981, Mad Max au-delà du Dôme du Tonnerre en 1985 et Mad Max: Fury Road en 2015.

     

    Au fil de sa carrière, George Miller n’a eu de cesse d’expérimenter les genres cinématographiques en alliant avec brio film grand public et exigence artistique. En 1983, aux côtés de John Landis, Steven Spielberg et Joe Dante, le cinéaste réalise le dernier segment de La Quatrième Dimension (Twilight Zone: The Movie). Suivent Les Sorcières d'Eastwick en 1987 et le drame intimiste Lorenzo en 1992, avec Susan Sarandon et Nick Nolte, nominé aux Oscars pour le Meilleur Scénario et pour la Meilleure Actrice. 

     

    En 1995, il adapte et produit Babe - Le cochon devenu berger réalisé par Chris Noonan, qui récolte sept nominations aux Oscars parmi lesquelles celles de Meilleur Film et Meilleure Adaptation. En 2006, son premier film d’animation Happy Feet rencontre un succès retentissant auprès du public et reçoit l’Oscar du Meilleur Film d’animation. Happy Feet 2 suivra en 2011.

     

    En 2015, 30 ans après le dernier Mad Max, le 4e opus de l’épopée post apocalyptique au propos féministe et anti-totalitariste se propulse dans les salles. Depuis, le film n’a cessé de retentir dans la presse et les Festivals. Dix fois nominé aux Oscars 2016, notamment pour le Meilleur Film et pour le Meilleur Réalisateur, il vient de recevoir neuf trophées aux Critics Choice Awards dont celui du Meilleur Réalisateur. 

     

    A 70 ans, George Miller est internationalement plébiscité pour son œuvre spectaculaire et jubilatoire autant que pour son éclectisme, son inventivité et son audace. Avec lui, c’est la grande tradition du cinéma de genre qui sera mise à l’honneur. Et c’est aussi un cinéphile généreux et un homme d’une grande qualité que le Festival de Cannes 2016 accueillera."

  • La composition du jury de la caméra d'or du 68ème Festival de Cannes présidé par Sabine Azéma

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    C’est l’actrice française Sabine Azéma, inénarrable notamment dans les films d’Alain Resnais et notamment récemment dans le formidable « Vous n’avez encore rien vu »( ma critique, ici) présenté à Cannes en compétition en 2012, qui présidera cette année le Jury de la Caméra d’or, en charge de désigner le meilleur premier film présenté à Cannes. Après Bong Joon-Ho, Gael García Bernal, Carlos Diegues et Nicole Garcia, c’est donc Sabine Azéma qui présidera ce jury.

    Elle sera entourée de la réalisatrice Delphine Gleize, du comédien Melvil Poupaud, de Claude Garnier qui représente l’Association Française des directeurs de la photographie Cinématographique (AFC), Didier Huck, qui représente la Fédération des Industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia (FICAM), Yann Gonzalez, qui représente la Société des Réalisateurs de Films (SRF) et Bernard Payen, qui représente le Syndicat Français de la Critique de Cinéma (SFCC).

    La Caméra d’or, créée en 1978, est attribuée au meilleur premier film présenté en Sélection officielle (Compétition, Hors-Compétition et Un Certain Regard), à La Semaine de la Critique ou à la Quinzaine des Réalisateurs, ce qui représente en 2015 un total de 26 films. Ont déjà reçu la caméra d’or:
    Jim Jarmusch, Mira Nair, Naomi Kawase, Bahman Ghobadi ou Steve McQueen. En 2014, c’est le film français tourbillonnant Party Girl, présenté en Sélection officielle Un Certain Regard, qui a été récompensé.

    La Caméra d’or 2015 sera remise par la Présidente du Jury lors de la Cérémonie du Palmarès, dimanche 24 mai.

  • Le jury du 68ème Festival de Cannes

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    Comme chaque année, c’est un prestigieux jury qui aura la lourde et passionnante tâche de choisir la palme d’or parmi les films en compétition officielle. Nous savions déjà que le jury serait présidé par Ethan et Joel Coen. Ils seront cette année entourés de sept personnalités du cinéma mondial venues du Canada, d’Espagne, des États-Unis, de France, du Mali, du Mexique et du Royaume-Uni. Le Jury sera donc composé de quatre femmes et cinq hommes. Ce sont ainsi neuf voix singulières qui s’exprimeront, chaque membre du Jury disposant du même droit de vote. Il aura à départager les films en Compétition pour composer le Palmarès, culminant avec la Palme d’or, qui sera annoncé sur scène lors de la cérémonie de Clôture du Festival, dimanche 24 mai. Un jury professionnel et glamour. Les festivaliers auront également le plaisir de retrouver Xavier Dolan, prix du jury du festival l’an passé avec « Mommy » dont, pour l’occasion, je vous propose à nouveau ma critique ci-dessous.

     Joel & Ethan Coen – Présidents
    (Réalisateurs, Scénaristes, Producteurs – États-Unis)
    Rossy de Palma (Actrice – Espagne)
    Sophie Marceau (Actrice, Réalisatrice – France)
    Sienna Miller (Actrice – Royaume-Uni)
    Rokia Traoré (Auteur, Compositeur, Interprète – Mali)
    Guillermo del Toro (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Mexique)
    Xavier Dolan (Réalisateur, Scénariste, Producteur, Acteur – Canada)
    Jake Gyllenhaal (Acteur – États-Unis)
     
    Critique de MOMMY de Xavier Dolan

    Tout juste de retour du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz puis de Lyon et de l’exceptionnel Festival Lumière 2014 (dont vous pouvez lire mon compte rendu, ici), je me suis précipitée dans les salles obscures pour revoir Mommy de Xavier Dolan par lequel j’avais été envoûtée lors du dernier Festival de Cannes où il a obtenu un prix du jury (ex-aequo avec Jean-Luc Godard), une récompense qui avait donné lieu à un bouleversant discours de son réalisateur lors de la clôture.

    Petite digression avant d’évoquer le film : je viens de lire dans le petit journal du Festival Lumière Rue du premier film que Xavier Dolan est « un très grand fan » d’Un cœur en hiver de Claude Sautet, projeté à Lyon dans le cadre de la rétrospective consacrée à ce dernier, accessoirement mon film préféré dont je ne me lasse pas de vous parler et dont vous pourrez retrouver ma critique, ci-dessous, après celle de Mommy. Voilà qui me rassure, moi qu’on regarde toujours avec circonspection (au mieux) quand je parle de ce film avec passion.

    Mommy, c’est Diane Després (Anne Dorval), surnommée…Die (l’ironiquement bien nommée), une veuve qui hérite de la garde de son fils, Steve, un adolescent TDAH impulsif et violent (Antoine-Olivier Pilon). Ils tentent de surmonter leurs difficultés, notamment financières. Sur leurs routes, ils vont trouver Kyla (Suzanne Clément), l’énigmatique voisine d’en face, qui va leur venir en aide.

    Il y a des films, rares, singuliers, qui possèdent ce supplément d’âme ineffable, qui exhalent cette magie indicible (la vie, au fond,  cette « vitalité » dont Truffaut parlait à propos des films de Claude Sautet, on y revient…) qui vous touchent en plein cœur, qui vous submergent d’émotion(s). Au-delà de la raison. Oui, c’est cela : un tourbillon d’émotions dévastatrices qui emportent notre raison avec elles. Comme un coup de foudre…Un coup de foudre cinématographique est comme un coup de foudre amoureux. Il rend impossible toute raison, tout raisonnement, il emporte notre rationalité, nous transporte, nous éblouit, et nous donne une furieuse envie d’étreindre le présent et la vie. Et de croire en l’avenir.

    La situation vécue par Diane et son fils est âpre et chaotique mais Xavier Dolan l’auréole de lumière, de musique et d’espoir. Dès les premières minutes, avec ces éclats de lumière et du soleil qui caressent Diane, la magie opère. Xavier Dolan nous happe dans son univers pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière, bouleversante, seconde. Un univers éblouissant, étourdissant, dans la forme comme dans le fond qui envoûte, électrise, bouleverse, déroute. En un quart du seconde, il nous fait passer du rire aux larmes, mêlant parfois les deux, mêlant aussi l’emphase et l’intime (il n’est finalement pas si étonnant que Titanic  soit un de ses films de prédilection) avec pour résultat cette émotion, ce mélodrame poignant, poétique, fougueux, étincelant, vivace. Débordant de vie.

    Certaines scènes (nombreuses) sont des moments d’anthologie, parfois à la frontière entre (mélo)drame et comédie. Il y a  notamment cette scène onirique qui raconte ce que la vie aurait pu être « si » Steve n’avait pas été malade et qui m’a bouleversée. Que peut-il y avoir de plus bouleversant que de songer à ce que la vie pourrait être « si »…? Ou encore cette scène où, dans un karaoké, si fier, Steve chante Andrea Bocelli, sous les quolibets, et alors que sa mère a le dos tourné, nous faisant éprouver avec lui la douleur qu’il ressent alors, la violence, contenue d’abord, puis explosive.

    Mommy, c’est donc Anne Dorval qui incarne avec une énergie débordante et un charme et un talent irrésistibles cette mère révoltée, excentrique et pudique, exubérante, malicieuse, forte et blessée qui déborde de vitalité et surtout d’amour pour son fils. Suzanne Clément, plus en retrait, mal à l’aise avec elle-même (elle bégaie) et la vie,  est tout aussi touchante et juste, reprenant vie au contact de Diane et son fils, comme elle, blessé par la vie, et communiquant difficilement. Ces trois-là vont retrouver l’espoir au contact les uns des autres, se charmer, nous charmer. Parce que si le film raconte une histoire dramatique, il déborde de lumière et d’espoir. Un film solaire sur une situation sombre, à la fois exubérant et pudique, à l’image de Diane.

    Le film ne déborde pas seulement de lumière et d’espoir mais aussi d’idées brillantes et originales comme le format 1:1 qui n’est pas un gadget ou un caprice mais un vrai parti pris formel qui crée une véritable résonance avec le fond (Xavier Dolan l’avait déjà utilisé sur le clip College Boy d’Indochine en 2013) sans parler de ce format qui se modifie au cours du film (je vous laisse découvrir quand et comment, scène magnifique) quand l’horizon s’élargit pour les trois protagonistes.  Par ce procédé et ce quadrilatère, le visage -et donc le personnage- est au centre (tout comme il l’est d’ailleurs dans les films de Claude Sautet, et si Un cœur en hiver est mon film préféré, c’est notamment parce que ses personnages sont d’une complexité passionnante). Grâce à ce procédé ingénieux, rien ne distrait notre attention qui en est décuplée.

    Les films de Xavier Dolan, et celui-ci ne déroge pas à la règle, se distinguent aussi par une bande originale exaltante, entraînante, audacieuse, judicieuse, ici Céline Dion, Oasis, Dido, Sarah McLachlan, Lana del Rey ou encore Andrea Bocelli. Un hétéroclisme à l’image de la folie joyeuse qui réunit ces trois êtres blessés par la vie qui transporte littéralement le spectateur.

    Bien sûr plane l’ombre d’Elephant de Gus Van Sant mais ce film et le cinéma de Xavier Dolan en général ne ressemblent à aucun autre.  Sur les réseaux (a)sociaux (je repense à cette idée de Xavier Dolan -qui, comme Paolo Sorrentino et Pedro Almodovar, dans le cadre du Festival Lumière, comme le veut désormais la tradition du festival, a été invité à tourner sa version de « La sortie des usines Lumière »,- qui a choisi de demander à ses acteurs d’un jour de se filmer eux-mêmes pour montrer le narcissisme et l’égoïsme des réseaux dits sociaux), certains critiquent la précocité de Xavier Dolan encensée par les médias. Sans doute de la jalousie envers son indéniable talent. D’ailleurs, plus que de la précocité, c’est une maturité qui m’avait déjà fascinée dans Les amours imaginaires. Je m’étais demandée comment, à 21 ans, il  pouvait faire preuve d’autant de perspicacité sur les relations amoureuses. Je vous recommande au passage Les amours imaginaires, cette fantasmagorie pop et poétique sur la cristallisation amoureuse, sur ces illusions exaltantes et destructrices, sublimes et pathétiques, un film enivrant et entêtant comme… un amour imaginaire.

    Mommy est le cinquième film, déjà, de Xavier Dolan. C’est d’autant plus fascinant qu’il ne se « contente » pas de  mettre en scène et de diriger, magistralement, ses acteurs mais qu’il est aussi scénariste, monteur, producteur, costumier. Ici, il ne joue pas (en plus de tout cela, c’est aussi un très bon acteur), se trouvant trop âgé pour le rôle d’Antoine-Olivier Pilon qui crève d’ailleurs littéralement l’écran et dont le personnage, malgré ses excès de violence et de langage, emporte la sympathie du spectateur.

    Vous savez ce qu’il vous reste à faire (le film est encore à l’affiche) si vous voulez, vous aussi, ressentir les frissons savoureux procurés par le poignant Mommy de Dolan, fable sombre inondée de lumière, de musique, de courage, quadrilatère fascinant qui met au centre son antihéros attachant et sa mère dans un film d’une inventivité, maturité, vitalité, singularité,  émotion rares et foudroyantes de beauté et sensibilité. Un coup de foudre, vous dis-je.

    Les mots de Xavier Dolan lors de son discours de clôture du Festival de Cannes ont profondément résonné en moi. Un discours qui résume toute la force et la beauté de la création artistique, la violence et la légèreté surtout qu’elle suscite, qui permet de croire que, malgré les terribles vicissitudes de l’existence, tout est possible. Tout reste possible. Merci Xavier Dolan pour ce moment d’émotion sincère et partagé, pour ces films à votre image, vibrants de vie, de passion, de générosité, d’originalité, de folie, de singularité, d’intelligence. J’aurais aimé vous dire tout cela lorsque je vous ai croisé lors du dîner/buffet de clôture au lieu de passer mon chemin. Mais redoutant que mes mots ne soient à la hauteur de mes émotions et de la vôtre, j’ai préféré me taire et rester avec les mots si vibrants de votre discours dont voici un extrait :

     « Une note pour les gens de mon âge, les jeunes de ma génération. Ce sont les notes des dernières années dans ce monde de fous. Malgré les gens qui s’attachent à leurs goûts et n’aiment pas ce que vous faites, mais restez fidèles à ce que vous êtes.  Accrochons nous à nos rêves, car nous pouvons changer le monde par nos rêves, nous pouvons faire rire les gens, les faire pleurer. Nous pouvons changer leurs idées, leurs esprits. Et en changeant leurs esprits, nous pouvons changer le monde. Ce ne sont pas que les hommes politiques et les scientifiques qui peuvent changer le monde, mais aussi les artistes. Ils le font depuis toujours. Il n’y a pas de limite à notre ambition à part celles que nous nous donnons et celles que les autres nous donnent. En bref, je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Et puisse ce prix en être la preuve la plus rayonnante ».

  • Isabella Rossellini, présidente du jury Un Certain Regard du Festival de Cannes 2015

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    L' actrice et réalisatrice italienne et américaine, Isabella Rossellini, présidera le Jury Un Certain Regard, Sélection officielle du Festival de Cannes dont la composition d'une vingtaine de films sera annoncée, avec celle de la Compétition, lors de la Conférence de presse du 16 avril prochain.


    Le festival rend par ailleurs hommage à l’actrice suédoise Ingrid Bergman, mère d'Isabelle Rossellini, qui figure sur l'affiche de cette édition 2015.

    A cette occasion, je vous propose de revoir mes vidéos de la passionnante master class qu'Isabella Rossellini a donnée lors du dernier Festival Lumière de Lyon 2014 et ma critique d'un des derniers films avec Isabella Rosseillini, "Two lovers" de James Gray.

    Master class d’Isabella Rossellini au Festival Lumière de Lyon 2014

    Passionnante a également été la master class d’Isabella Rossellini. Contrairement à beaucoup de « fils de » et « filles de » qui ne souhaitent pas qu’on leur rappelle leurs origines, elle a évoqué avec beaucoup de tendresse et d’admiration les carrières de ses illustres parents, Ingrid Bergman et Roberto Rossellini, mais aussi sa propre carrière, sans langue de bois, évoquant les raisons parfois pécuniaires ou personnelles de ses choix mais sans jamais se départir de son irrésistible sourire… En plus des deux extraits vidéos ci-dessus, ci-dessous, quelques phrases extraites de cette rencontre:

    « Au départ, les films de mon père étaient plus appréciés aux USA qu’en Italie. Ses films ont eu un très grand impact en particulier sur ma mère qui avait demande à participer à ses films. Ils ont fait 5 films ensemble et 3 enfants. » » »Bergman travaillait en 5 langues. »

     » Depuis 15 ans, je n’ai plus d’agent car les agents travaillent en terme de carrière. »

     » Robert Redford a beaucoup fait dans le cinéma commercial de qualité mais aussi des choses d’avant-garde. Redford a envisagé de créer des séries de films courts de 2 minutes. N’ayant plus d’agent je suis rentrée à l’université faire des cours de biologie. J’en ai fait un monologue de théâtre. Bestiaire d’amour. »

     » Les metteurs en scène passent leu temps à demander de l’argent. J’ai deux enfants et ne peux me le permettre. »

     « Denis Villeneuve est le plus gentil des metteurs en scène que j’ai connus. James Gray m’a beaucoup touchée car avant 2 lovers, il a montré un film de mon père.  Il m’a émue par cette foi que le cinéma est quelque chose qui peut changer la vie. Il m’émeut beaucoup aussi. C’est un grand metteur en scène. »

    « La technique change tellement rapidement que les artistes n’ont pas le temps de la maîtriser. »

     « Maman disait « j’aurais pu faire seulement Casablanca et j’aurais eu la même réputation ». Le film a eu du succès à la sortie mais pas un grand classique comme après. Elle l’a présenté à Harvard et les gens connaissaient le texte par cœur. »

     » Le théâtre demande de partir 6 mois à 1 an et ce n’était pas possible pour les deux enfants que j’élevais seule. Et j’ai un accent dans toutes les langues et je n’ai pas une langue qui est complètement ma langue. »

    Critique de "Two lovers "de James Gray

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    Direction New York, ville fétiche du cinéma de James Gray, où, après avoir tenté de se suicider,  un homme hésite entre suivre son destin et épouser la femme que ses parents ont choisie pour lui, ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, belle, fragile et inconstante, dont il est tombé éperdument amoureux, un amour dévastateur et irrépressible.

     

    L’intérêt de « Two lovers » provient avant tout des personnages, de leurs contradictions, de leurs faiblesses. Si James Gray est avant tout associé au polar, il règne ici une atmosphère de film noir et une tension palpable liée au désir qui s’empare du personnage principal magistralement interprété par Joaquin Phoenix avec son regard mélancolique, fiévreux, enfiévré de passion, ses gestes maladroits, son corps même qui semble  crouler sous le poids de son existence, sa gaucherie adolescente.

     

    Ce dernier interprète le personnage attachant et vulnérable de Leonard Kraditor (à travers le regard duquel nous suivons l’histoire : il ne quitte jamais l’écran), un homme, atteint d’un trouble bipolaire (mais ce n’est pas là le sujet du film, juste là pour témoigner de sa fragilité) qui, après une traumatisante déception sentimentale, revient vivre dans sa famille et fait la rencontre de deux femmes : Michelle, sa nouvelle voisine incarnée par Gwyneth Paltrow, et Sandra, la fille d’amis de ses parents campée par l’actrice Vinessa Shaw. Entre ces deux femmes, le cœur de Leonard va balancer…

     

    Il éprouve ainsi un amour obsessionnel, irrationnel, passionnel pour Michelle. Ces « Two lovers » comme le titre nous l’annonce et le revendique d’emblée ausculte  la complexité du sentiment amoureux, la difficulté d’aimer et de l’être en retour, mais il ausculte aussi les fragilités de trois êtres qui s’accrochent les uns aux autres, comme des enfants égarés dans un monde d’adultes qui n’acceptent pas les écorchés vifs. Michelle et Leonard ont, parfois, « l’impression d’être morts », de vivre sans se sentir exister, de ne pas trouver « la mélodie du bonheur ».

     

    Par des gestes, des regards, des paroles esquissés ou éludés, James Gray  dépeint de manière subtile la maladresse touchante d’un amour vain mais surtout la cruauté cinglante de l’amour sans retour qui emprisonne ( plan de Michelle derrière des barreaux de son appartement, les appartements de Leonard et Michelle donnant sur la même cour rappelant ainsi « Fenêtre sur cour » d’Hitchcock de même que la blondeur toute hitchcockienne de Michelle), et qui exalte et détruit.

     

    James Gray a délibérément choisi une réalisation élégamment discrète et maîtrisée et un scénario pudique et  la magnifique photographie crépusculaire de Joaquin Baca-Asay qui procurent des accents lyriques à cette histoire qui aurait pu être banale,  mais dont il met ainsi en valeur les personnages d’une complexité, d’une richesse, d’une humanité bouleversantes.  James Gray n’a pas non plus délaissé son sujet fétiche, à savoir la famille qui symbolise la force et la fragilité de chacun des personnages (Leonard cherche à s’émanciper, Michelle est victime de la folie de son père etc).

     

     Un film d’une tendre cruauté, d’une amère beauté, et parfois même d’une drôlerie désenchantée,  un thriller intime d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments qui s’emparent des personnages principaux, et de l’émotion qui s’empare du spectateur. Irrépressiblement. Ajoutez à cela la bo entre jazz et opéra ( même influence du jazz et même extrait de l’opéra de Donizetti, L’elisir d’amore, « Una furtiva lagrima » que dans  le chef d’œuvre de Woody Allen « Match point » dans lequel on retrouve la même élégance dans la mise en scène et la même « opposition » entre la femme brune et la femme blonde sans oublier également la référence commune à Dostoïevski… : les ressemblances entre les deux films sont trop nombreuses pour être le fruit du hasard ), et James Gray parvient à faire d’une histoire a priori simple un très grand film d’une mélancolie d’une beauté déchirante qui nous étreint longtemps encore après le générique de fin. Trois ans après sa sortie : d’ores et déjà un classique du cinéma romantique.que de "Two lovers" de James Gray

     

  • Abderrahmane Sissako, Président du Jury de la Cinéfondation et des Courts métrages du Festival de Cannes 2015

    En 2014, « Timbuktu », véritable chef d’œuvre, était projeté à Cannes, en compétition et l’étonnant absent du palmarès. Le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako sera donc de retour pour la 68ème édition du Festival où il présidera le Jury de la Cinéfondation et des Courts métrages. Retrouvez, ci-dessous, le communiqué de presse du festival et, plus bas, ma critique du film.

    Ce grand poète de l’Afrique d’aujourd’hui succède dans ce rôle aux réalisateurs Abbas Kiarostami, Jane Campion, Michel Gondry, Hou Hsiao-hsien ou Martin Scorsese.

    D’origine mauritanienne, élevé au Mali et formé au cinéma en Union soviétique -au VGIK de Moscou-, Abderrahmane Sissako navigue entre les cultures et les continents. Il signe une œuvre humaniste et engagée, qui explore les relations complexes entre le Nord et le Sud autant que le destin d’une Afrique malmenée. Son film de fin d’étude, Le Jeu est présenté à La Semaine de la Critique en 1991, suivi deux ans plus tard du moyen métrage Octobre, à Un Certain Regard. La Vie sur Terre et En attendant le bonheur, respectivement à la Quinzaine des Réalisateurs en 1998 et à Un Certain Regard en 2002, l’imposent définitivement sur la scène internationale. Parabole politique entre colère et utopie, Bamako, présenté Hors Compétition en 2006, précède Timbuktu, en Compétition en 2014. Ce vibrant plaidoyer romanesque contre l’intégrisme religieux est la première œuvre mauritanienne en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger.
    Aux funestes résonances de l’actualité, le cinéaste africain choisit d’opposer la force de l’art et sa conviction. « Je ne ferais jamais un film que quelqu’un d’autre pourrait faire, et je veux voir des films que je ne ferais jamais. Ce qui m’importe, c’est le cinéma de l’anonymat : parler des conflits, mais surtout de la souffrance vécue par des gens anonymes pour leur donner de la force et de la visibilité, et témoigner de leur courage ainsi que de leur beauté. »
    Le Président du Jury de la Cinéfondation et des Courts métrages et les quatre personnalités du monde des arts qui l’accompagnent, décernent trois prix parmi les films d’écoles de cinéma de la Sélection Cinéfondation ainsi que la Palme d’or du Court métrage, remise lors de la cérémonie de clôture du Festival, dimanche 24 mai 2015.

    CRITIQUE de « TIMBUKTU »

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    C’est dans le cadre du dernier Festival de Cannes où il figurait en compétition que j’ai découvert « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako, son cinquième long-métrage et le seul long-métrage africain en compétition de cette édition. J’en suis ressortie bouleversée, abasourdie d’éblouissement et d’émotions, persuadée que je venais de voir la palme d’or incontestable de cette 67ème édition tant chaque image, chaque visage y sont d’une beauté inouïe éclairant magnifiquement et brillamment les aspects les plus sombres de l’actualité. Quelle ne fut donc pas ma surprise d’apprendre que le jury de ce 67ème Festival de Cannes présidé par Jane Campion ne lui attribuait pas un seul prix. « Timbuktu » a néanmoins reçu le Prix du jury œcuménique et le Prix François-Chalais. En sélection hors compétition avec « Bamako » en 2006, après avoir présenté « Octobre » en 1993 et « En attendant le bonheur » en 2002, ayant également été membre du jury en 2007, le cinéaste est un habitué de la Croisette.

    Au Mali, non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, le berger touareg Kidane (Ibrahim Ahmed dit Pino) mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima (Toulou Kiki), de sa fille Toya (Layla Walet Mohamed) et de Issan (Mehdi Ah Mohamed), son petit berger âgé de 12 ans. Pendant ce temps, en ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des Djihadistes. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou jusqu’au jour où Kidane tue accidentellement Amadou, le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il va alors subir les lois iniques et aberrantes des occupants.

    « Ce que je veux, c’est témoigner en tant que cinéaste. Je ne peux pas dire que je ne savais pas, et, puisque maintenant je le sais, je dois raconter dans l’espoir qu’aucun enfant ne puisse apprendre plus tard que leurs parents peuvent mourir parce qu’ils s’aiment » a déclaré Abderrahmane Sissako dont l’envie de réaliser ce film a surgi après un fait réel survenu en juillet 2012, dans la petite ville d’Aguelhok au Mali. Un couple d’une trentaine d’années avait alors été placé dans deux trous creusés dans le sol en place publique, puis lapidé. Leur unique « faute » était d’avoir eu des enfants hors mariage. Choqué par la lapidation publique du couple mais aussi par l’absence de médiatisation de ce fait atroce, Abderrahmane Sissako a alors décidé de réaliser « Timbuktu».

    Tout est contenu dans les premiers plans, prémonitoires : la beauté, la liberté, la grâce incarnées par une gazelle qui court poursuivie par des Djihadistes en jeep. « Ne la tuez pas, fatiguez-la ! », crie leur chef. Puis, des œuvres d’art détruites : des masques et statuettes qui servent de cible à des exercices de tir. La violence absurde, ridicule, terrible des fanatiques face à la culture, la poésie et la beauté.

    Avec beaucoup d’intelligence et de pudeur, si rare au cinéma a fortiori quand il s’agit de traiter d’une actualité aussi grave, en refusant le spectaculaire, Sissako montre avec d’autant plus de force et de portée toute l’absurdité de cette violence. Il a aussi l’intelligence d’éviter tout manichéisme, de quérir et montrer la bonté derrière la cruauté comme ce Djihadiste qui danse tandis qu’un homme et une femme sont lapidés à mort. La beauté et la violence de la scène, enlacées, n’en sont alors que plus foudroyantes et convaincantes. Aux pires moments surgissent des éclairs d’humanité comme quand cet autre Djihadiste compatit lorsque Kidane parle de sa fille bientôt orpheline tout en refusant néanmoins que soit traduite sa phrase compatissante. Des contrastes judicieux entre sérénité et brutalité, poésie et violence, le fond et la forme, grâce notamment à une construction savamment orchestrée : soleil irradiant et illuminant une scène tragique, plan mis en parallèle avec le précédent illustrant la drôlerie tragique de l’absurdité fanatique, début et fin se répondant avec une logique et violence implacables. Aucun plan n’est superflu. Chaque plan est sidérant de beauté, de significations et de minutie.

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    Il montre des fanatiques parfois courtois, mais surtout hypocrites (par exemple interdisant de fumer et fumant en cachette) et ridicules, parfois enfantins. La musique, les cigarettes, le football sont interdits. Les ordres, cocasses s’ils n’étaient dramatiquement réels, sont scandés par mégaphones. Des tribunaux rendent des sentences absurdes. Les femmes sont mariées de force ou encore obligées de porter des chaussettes et des gants…y compris la marchande de poissons qui résiste avec un courage inouï. L’équipe du film a, elle aussi, fait preuve de courage : le film, qui est sensé se situer à Tombouctou, a ainsi dû être tourné près de la frontière malienne, à l’extrême Est de la Mauritanie, dans un village hautement sécurisé. La folle Zabou est la seule femme à être épargnée. Interprétée par Kettly Noël, danseuse haïtienne installée à Bamako, faisant référence au tremblement de terre survenu le 12 janvier 2010 en Haïti, elle dit ainsi : « Le tremblement de terre, c’est mon corps. Je suis fissurée de partout ». Un autre chaos qui fait écho à celui, tout aussi ravageur, qui règne alors au Mali.

    Chaque plan est un véritable tableau dont la beauté ahurissante et la sérénité apparente exacerbent davantage encore la cruauté de ce qu’il raconte. Que dire de ce plan large vertigineux de beauté et qui nous laisse le temps (d’admirer, d’éprouver, de réfléchir), suite à la mort du pêcheur, un plan digne des plus grands westerns qui nous fait éprouver la somptuosité douloureuse et tragique de l’instant. La beauté et la dignité l’emportent sur l’horreur, constamment. La beauté formelle du film pour raconter l’âpreté du quotidien devient alors un acte de résistance. Ces personnages qui se dressent contre l’horreur comme cette jeune fille flagellée parce qu’elle a chanté et qui se met à chanter tandis qu’elle subit son châtiment est ainsi un exemple de cette résistance, une scène qui a la force poignante de « la Marseillaise » chantée dans « Casablanca».

    Sissako recours parfois aussi au burlesque pour montrer toute l’absurdité du fanatisme comme un écho à cette scène de « La vie est belle » de Benigni quand le petit garçon Giosué lit sur une vitrine « Entrée interdite aux juifs et aux chiens » et que Guido (Benigni) tourne l’inacceptable stupidité en dérision en déclarant qu’il interdirait son magasin « aux araignées et aux wisigoths ». De même, Sissako souligne aussi les contradictions grotesques des fanatiques qui interdisent la musique mais ne savent qu’en faire lorsqu’il s’agit de louanges au Dieu au nom duquel ils prétendent appliquer leur loi qui n’a pourtant rien à voir avec celle de la sagesse de l’imam de Tombouctou, impuissant face à ces horreurs et cette interprétation erronée de sa religion. Quelle intelligence faut-il pour réagir avec autant de sang-froid à une actualité aussi révoltante et brûlante sans tomber dans le mélodrame larmoyant, écueil magnifiquement évité par le cinéaste ?

    Le film est aussi une ode à l’imaginaire, arme et ultime espoir comme ces jeunes qui miment un match de foot sans ballon alors que le football leur est interdit. La musique, splendide, d’Amine Bouhafa ajoute de l’ampleur et de la force à cette scène sublimée par la photographie de Sofiane El Fani (directeur de la photographie de « La vie d’Adèle) qui nimbe le film d’une douceur poétique enivrante. La justesse de l’interprétation (quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que beaucoup des acteurs du film sont non professionnels, parfois choisis à la dernière minute), l’expressivité des visages et la beauté qui émane de l’harmonie de la famille de Kidane renforcent encore la force du film et de ses messages.

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    Laissez-vous à votre tour éblouir par la maîtrise époustouflante, par la beauté flamboyante, étourdissante, de Timbuktu, un film d’actualité empreint d’une poésie et d’une sérénité éblouissantes, de pudeur et de dérision salutaires, signifiantes : un acte de résistance et un magnifique hommage à ceux qui subissent l’horreur en silence. Sissako souligne avec intelligence et retenue la folie du fanatisme et de l’obscurantisme religieux contre lesquels son film est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme, parsemé de lueurs d’humanité et finalement d’espoir, la beauté et l’amour sortant victorieux dans ce dernier plan bouleversant, cri de douleur, de liberté et donc d’espoir déchirant à l’image de son autre titre, sublime : « Le chagrin des oiseaux ». Le film de l’année. Bouleversant. Eblouissant. Brillant. Nécessaire.

  • Joel et Ethan Coen : présidents du jury du Festival de Cannes 2015

    Chaque année, la nouvelle est attendue avec impatience par les festivaliers: l’annonce du nom du président ou de la présidente du jury du Festival de Cannes, en général la première annonce concernant le festival très en amont de celui-ci et de sa conférence de presse d’annonce de sélection.

    Situation inédite (et réjouissante) cette année puisque ce n’est pas un président mais deux qui ont été annoncés: les frères Joel et Ethan Coen, de grands habitués de Cannes, lauréats de la palme d’or en 1991 avec « Barton Fink » et qui, récemment avait obtenu le Grand prix (en 2013, pour « Inside Lleweyn Davis, dont vous retrouverez ma critique ci-dessous) ont accepté l’invitation du nouveau Président du festival Pierre Lescure et du Délégué général Thierry Frémaux de devenir le(s) Président(s) de la 68e édition du Festival.

    « Nous sommes très heureux de revenir à Cannes » ont déclaré Joel et Ethan Coen, depuis le tournage de Hail Caesar!, avec George Clooney, Christophe Lambert, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Josh Brolin et Channing Tatum. « Nous sommes surtout heureux de l’opportunité qui nous est offerte de voir des films venus du monde entier. Cannes est un festival qui, dès le début de notre carrière, a toujours joué un rôle important pour nous. Et être Présidents du Jury, cette année à Cannes, est d’autant plus un honneur que nous n’avons jamais été Présidents de quoi que ce soit. D’ailleurs, à ce titre, nous ne manquerons pas de nous exprimer le moment venu ! »

    En cette année 2015, qui est celle de la célébration des 120 ans de l’invention du Cinématographe Lumière, le Festival de Cannes sera heureux de saluer, à travers les Coen, l’œuvre de tous les « frères du cinéma » qui depuis Louis et Auguste Lumière ont enrichi son histoire. Le Festival de Cannes a aussi eu l’occasion d’accueillir des «frères», et de belle manière, puisque, outre Joel et Ethan Coen qui gagnèrent la Palme d’or en 1991, Paolo et Vittorio Taviani (en 1976) et Jean-Pierre et Luc Dardenne (en 1998 et en 2005) ont également remporté la récompense suprême.

    Le Festival de Cannes se déroulera du mercredi 13 au dimanche 24 mai 2015. La composition de la Sélection officielle et l’ensemble des membres du Jury seront dévoilés mi-avril. Comme chaque année, vous pourrez bien entendu suivre le festival en direct sur mes différents blogs http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodlemag.com et sur mon compte twitter principal (@moodforcinema ) ainsi que sur celui que je consacre au festival (@moodforcannes).

    Films des frères Coen présentés à Cannes:

    2013 – INSIDE LLEWYN DAVIS – En Compétition – Longs Métrages Réalisation, Scénario & Dialogues

    2007 – CHACUN SON CINÉMA – Hors Compétition Réalisation

    2007 – NO COUNTRY FOR OLD MEN – En Compétition – Longs Métrages Réalisation, Scénario & Dialogues

    2006 – PARIS, JE T’AIME – Un Certain Regard Réalisation

    2004 – THE LADYKILLERS (LADYKILLERS) – En Compétition – Longs Métrages Réalisation, Scénario & Dialogues

    2001 – THE MAN WHO WASN’T THERE – En Compétition – Longs Métrages Scénario & Dialogues

    2000 – O BROTHER, WHERE ART THOU? – En Compétition – Longs Métrages Scénario & Dialogues

    1996 – FARGO – En Compétition – Longs Métrages Scénario & Dialogues

    1994 – THE HUDSUCKER PROXY (LE GRAND SAUT) – En Compétition – Longs Métrages Scénario & Dialogues

    1991 – BARTON FINK – En Compétition – Longs Métrages Réalisation, Scénario & Dialogues

    1987 – RAISING ARIZONA (ARIZONA JUNIOR) – Hors Compétition Scénario & Dialogues

    Le Palmarès des frères Coen à Cannes:

    2013 – Grand Prix – INSIDE LLEWYN DAVIS – En Compétition – Longs Métrages

    2001 – Prix de la mise en scène – THE MAN WHO WASN’T THERE – En Compétition – Longs Métrages

    1996 – Prix de la mise en scène – FARGO – En Compétition – Longs Métrages

    1991 – Prix de la mise en scène – BARTON FINK – En Compétition – Longs Métrages

    1991 – Palme d’or – BARTON FINK – En Compétition – Longs Métrages

    CRITIQUE DE « INSIDE LLEWYN DAVIS »

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    Après la Palme d’or pour « Barton Fink » et le prix de la mise en scène pour « Fargo », il serait étonnant que ce nouveau film des Coen ne figure pas au palmarès. Certains esprits chagrins s’offusquent régulièrement de la présence régulière, voire automatique, de certains grands cinéastes (dont les Coen) dans cette compétition mais comment ne pas choisir un film qui présente un tel niveau de maitrise et d’enchantement ?

    « Inside Llewyn Davis » raconte une semaine de la vie d’un jeune chanteur de folk, Llewyn Davis (interprété par Oscar Isaac)  dans l’univers musical de Greenwich Village en 1961. Seul avec sa guitare, sans logement, il lutte pour gagner sa vie comme musicien tandis qu’un hiver rigoureux sévit sur New York. Il survit de petits cachets et en étant hébergé chez des amis ou des inconnus. Son périple le conduira jusqu’à Chicago où il auditionnera pour le géant de la musique Bud Grossman (John Goodman)…

    Cela commence en musique. Llewyn Davis chante au Gaslight Café, à New York. La scène est d’une beauté mélancolique déjà captivante. Le son est enregistré en direct. Oscar Isaac prête réellement sa voix à cette magnifique complainte folk. La caméra des Coen se glisse discrètement parmi les spectateurs. Nous prenons d’ores et déjà fait et cause pour Llewyn avant même de connaître ses malheurs qu’il collectionne : le chanteur avec qui il formait un duo s’est suicidé, il se fait tabasser, il n’a pas de logement, la femme de son meilleur ami  (Carey Mullingan et Justin Timberlake) attend un enfant de lui, et il enregistre une chanson sur Kennedy qui fera un succès et dont il ne touchera pas les droits d’auteur sans parler du chat des amis qui l’hébergent qui s’échappe par sa faute…

    Inside Llewyn Davis est  largement inspiré de la vie du chanteur Dave Van Ronk, chanteur de folk à New-York qui a aussi vécu au sein de la classe ouvrière et a partagé sa vie entre sa passion pour la musique et un travail dans la marine marchande. Quelques-uns de ses titres figurent d’ailleurs dans le film.  Majoritairement composée de reprises, la bande-originale d’ « Inside Llewyn Davis » est produite par le musicien T-Bone Burnett. Deuxième film des Coen sur la musique après « O’Brother », « Inside Llewyn Davis » a néanmoins un ton et une tonalité très différents.

    Le Llewyn du film est un perdant attachant, intègre, vibrant de passion pour la musique.  A l’image du chat qui va lui échapper, sa vie lui échappe. Ce chat esseulé et attendrissant qui va s’enfuir pour revenir à la maison est d’ailleurs un peu son double. Un chat qui s’appelle (évidemment pas innocemment) Ulysse.  Le périple de Llewyn sera beaucoup plus bref que celui du héros de l’Odyssée. Plus bref mais d’une certaine manière héroïque, si on considère l’intégrité comme un héroïsme dans un monde où on propose sans cesse à l’artiste de vendre son âme au diable. Seulement l’intégrité ne mène nulle part. Malgré son talent, Llewyn sera condamné à jouer sur de petites scènes, à survivre, à être parfois -souvent- méprisé, y compris par sa propre soeur.

    Chaque interprétation musicale par Oscar Isaac est un moment de grâce. De chaque morceau et de la mise en scène des Coen jaillit une mélancolie bouleversante. Des plans de toute beauté aussi comme celui de Llewyn seul avec sa guitare avançant dans des rues  ternes et enneigés sous une lumière grisâtre.  Même si ce film se classe donc plutôt dans la catégorie des films plus sérieux et mélancoliques des Coen, il nous offre également quelques moments de comédie burlesque irrésistibles, comme l’enregistrement de cette chanson sur Kennedy. On  retrouve également l’humour grinçant des Coen lors du voyage de Llewyn pour Chicago avec un inénarrable duo de jazzmen dont l’un des personnages est interprété par John Goodman, incontournable acteur des films des Coen, d’une misanthropie réjouissante, sans parler de son chauffeur aux dialogues mémorables. La scène de l’audition est également tristement magique, ou quand le talent éclate face à un cynique et sinistre personnage totalement indifférent. Son parcours est ainsi jalonné de désillusions, ses rêves de gloire se transforment en cauchemar.

    Oscar Isaac et Carey Mulligan se retrouvent à nouveau dans une relation difficile après « Drive » dans lequel ils étaient mari et femme. Ici, elle est constamment en colère et méconnaissable. Oscar Isaac est quant à lui prodigieux et apporte tout ce qu’il faut d’humanité, de mélancolie, de voix envoûtante, à ce personnage de perdant talentueux et attachant.

    « Inside Llewyn Davis » est avant tout un magnifique hommage aux artistes, à ceux qui ne vivent et vibrent que pour leur art, au-delà de celui rendu à la musique folk. Un film  porté par des comédiens magnifiques, une musique ensorcelante, un scénario habile, une mise en scène brillante. Bref, un des meilleurs films des frères Coen qui justifie entièrement sa présence en compétition. Un enchantement mélancolique assaisonné  d’une note de burlesque. Un film qui transpire de l’amour des deux frères pour les artistes et l’art et qui leur permet de porter le leur à son paroxysme.

    BONUS – Critique de « True Grit » d’Ethan et Joel Coen

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    1870, juste après la guerre de Sécession, sur l’ultime frontière de l’Ouest américain. Mattie Ross (Hailee Steinfeld), 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu de sang-froid pour deux pièces d’or par le lâche Tom Chaney (Josh Brolin). L’assassin s’est réfugié en territoire indien. Pour le retrouver, se venger et le faire pendre, Mattie engage Rooster Cogburn (Jeff Bridges), un U.S. Marshal alcoolique. Mais Chaney est déjà recherché par LaBoeuf (Matt Damon), un Texas Ranger qui veut le capturer contre une belle récompense. Ayant la même cible, les voilà rivaux dans la traque. Tenaces et obstinés, chacun des trois protagonistes possède sa propre motivation et n’obéit qu’à son code d’honneur.

    Dès les premiers plans, d’une maîtrise, d’une ingéniosité et d’une beauté à couper le souffle, les Coen font une nouvelle fois preuve de leur malicieux talent de narrateurs et cinéastes. J’ai bien cru qu’il était arrivé, enfin et tardivement, ce film que j’avais attendu toute l’année 2010, enfin un film qui me scotche à mon siège, m’éblouit, me fascine, me donne envie de partager mon enthousiasme débordant, à peine sortie de la salle.

    Le début laisse même présager un très très grand film : richesses des plans et de la narration, beauté de la photographie, et incroyables personnages à commencer par la jeune Hailee Steinfeld (retenez bien son nom, il ne serait pas étonnant de la retrouver aux Oscars avec la statuette entre les mains) dont chaque apparition est réellement bluffante. J’ignore combien de jeunes filles les Coen ont vues avant de la trouver mais elle est incroyable et stupéfiante de naturel. Son jeu est (à l’image de son personnage) d’une maturité et d’une intelligence époustouflantes transformant chacune de ses apparitions en instants réellement jubilatoires. A l’image de son nom dans le film, elle est tranchante comme une lame de rasoir, pleine d’assurance et de malice.

    J’avoue que j’étais emballée à l’idée de voir un western genre qui m’a fait aimer le cinéma mais que je le redoutais aussi tant ce genre est codifié et peut apparaître aujourd’hui comme suranné mais évidemment c’était compter sans le talent des Coen. « True Grit » est ainsi unremake de “100 dollars pour un sheriff” de Henry Hathaway, un film de 1969 pour lequel John Wayne a obtenu l’Oscar du meilleur acteur, le seul de sa carrière d’ailleurs. Les Coen réfutent pourtant l’appellation de remake préférant dire qu’ils se sont basés sur le roman de Charles Portis à l’origine du film.

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    « True Grit » est un magnifique hommage aux westerns (reprenant même la musique du chef d’œuvre « La nuit du chasseur » de Charles Laughton) dont il respecte et détourne les codes non sans uns certaine ironie (comme lorsque Mattie Ross sort après une magistrale traversée de la rivière à cheval, totalement sèche comme pour nous dire que cela n’est que mythe), à ses personnages aux gueules patibulaires mais au cœur d’or, à ses grandes étendues éblouissantes, à ses chevauchées fantastiques dans des plaines majestueuses au soleil levant ou couchant « dans la vallée de l’ombre et de la mort », à la mythologie américaine donc, à ses légendes.

    Et puis un film des Coen ne serait pas un film des Coen sans le second degré, l’humour noir, l’ironie caustique, un ton sarcastique qui n’appartient qu’à eux et qui convient merveilleusement au western (autour duquel ils tournent d’ailleurs depuis un moment, « No country for old men » en étant déjà une forme) et à ce trio improbable.

    Seul bémol : un rythme qui se ralentit un peu en milieu de film et une confrontation finale (le principe même des westerns qui, souvent, revendiquent leur manichéisme) un peu décevante mais aussitôt un trait d’humour ou une chevauchée nocturne sublimement filmée à donner des frissons vous le font oublier. Et puis leurs personnages truculents et finalement touchants dépassent le cadre de l’intrigue et ses faiblesses qui finalement importent peu.

    Matt Damon confirme qu’il peut tout interpréter, et il fallait pas mal d’humour pour interpréter ce LaBoeuf, Texas ranger, aussi léger et subtile que son prénom. Quant à Jeff Bridges, il n’aurait pas moins mérité un Oscar que John Wayne pour le rôle de ce Marshall alcoolique, téméraire et bourru.

    Avec « True Grit », les Coen rendent hommage au western en le renouvelant et transformant en un conte désenchanté aux paysages enchanteurs, une sorte d’Alice au pays des merveilles dans un Ouest Américain aussi hostile que magnifiquement filmée, les mésaventures d’un trio improbable entre courage et désillusions. Un ton qui n’appartient qu’aux Coen et des personnages forts remarquablement interprétés font de ce western un des meilleurs films de l’année 2010…. Le nouveau partenaire des frères Coen, un certain producteur nommé Steven Spielberg, ne s’y est pas trompé.

  • Le jury du 67ème Festival de Cannes

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    Découvrez le jury, prestigieux et éclectique, de ce Festival de Cannes 2014. Voici le communiqué de presse du festival à ce sujet.

    Jane Campion, réalisatrice, productrice et scénariste néo-zélandaise, lauréate de la Palme d’or pour "La Leçon de piano", sera la Présidente du Jury du 67e Festival de Cannes. Conformément à la tradition universaliste et internationale de Cannes, elle sera entourée de huit personnalités du cinéma mondial venues de Chine, de Corée, du Danemark, d’Iran, des Etats-Unis, de France et du Mexique.

     Ainsi, le Jury sera composé, comme en 2009, de cinq femmes et quatre hommes. Il aura à départager les 18 films en Compétition pour composer le Palmarès qui sera annoncé sur scène lors de la cérémonie du samedi 24 mai. La Palme d’or sera projetée lors de la soirée de clôture du Festival, dimanche 25 mai, en présence du Jury et de l’équipe du film récompensé.




    LE JURY

    Jane CAMPION – Présidente
    (Réalisatrice, Scénariste, Productrice – Nouvelle-Zélande)


    Carole BOUQUET (Actrice – France)

    Sofia COPPOLA (Réalisatrice, Scénariste, Productrice – Etats-Unis)

    Leila HATAMI (Actrice – Iran)

    JEON Do-yeon (Actrice – Corée du Sud)

    Willem DAFOE (Acteur – Etats-Unis)

    Gael GARCIA BERNAL (Acteur, Réalisateur, Producteur – Mexique)

    JIA Zhangke (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Chine)

    Nicolas Winding REFN (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Danemark)

    Carole Bouquet, actrice (France)
    Après des débuts en 1977 avec Luis Buñuel dans Cet obscur objet du désir, elle alterne cinéma d’auteur et grandes productions. James Bond Girl en 1981 dans Rien que pour vos yeux, elle travaille avec Bertrand Blier pour Buffet Froid (1979) et Trop Belle pour toi (1989) qui lui vaut le César de la meilleure actrice. Elle tournera Le jour des idiots de Werner Schroeter, Grosse Fatigue et Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc, Lucie Aubrac de Claude Berri, L’Enfer de Danis Tanovic, Nordeste de Juan Diego Solanas (Festival de Cannes 2005) et Impardonnables d’André Téchiné.

    Sofia Coppola, réalisatrice et scénariste (Etas-Unis)
    Son premier long métrage,The Virgin Suicides (1999) est invité à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, où il suscite l’intérêt de la critique internationale. Quatre ans plus tard, plusieurs fois nommée aux Oscars pour Lost in Translation, notament pour le prix de la meilleure réalisatrice, elle obtient celui du meilleur scénario. Son troisième film, Marie-Antoinette est sélectionné en Compétition à Cannes en 2006. Après un Lion d’or au Festival de Venise pour Somewhere (2010), Sofia Coppola a fait l’ouverture de Un Certain Regard avec son dernier film The Bling Ring au Festival de Cannes 2013.

    Leila Hatami, actrice (Iran)
    Née à Téhéran dans une famille de cinéastes, elle joue d’abord dans les films de son père, Ali Hatami, avant de décrocher le premier rôle de Leila de Dariush Mehrjui (1998) qui lui confère une reconnaissance nationale. C’est Asghar Farhadi qui la fera connaitre dans le monde entier avec Une séparation (Ours d’or au Festival de Berlin 2011). Elle reçoit le Prix d’interprétation à Karlovy Vary pour Last Step d’Ali Mosaffa en 2012.

    Jeon Do-yeon, actrice (Corée du Sud)
    Première actrice coréenne à recevoir le Prix d’interprétation au Festival de Cannes pour son rôle dans Secret Sunshine de Lee Chang-dong (2007), Jeon Do-yeon a commencé sa carrière à la télévision avant de se consacrer exclusivement au cinéma : elle a joué notamment I Wish I Had a Wife de Ryoo Seung, My Mother, The Mermaid de Park Jin-pyo ou The Housemaid de Im Sang-soo, présenté à Cannes en 2010. Immense star dans son pays, elle vient de tourner Memories of the Sword de Park Heung-sik.

    Willem Dafoe, acteur (Etats-Unis)
    Deux fois nommé aux Oscars, pour Platoon d’Oliver Stone et L’Ombre du Vampire, Dafoe a tourné dans 80 films parmi lesquels Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, Light Sleeper de Paul Schrader, La dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese, Antichrist de Lars von Trier ou Le Patient anglais d’Anthony Minghella. On pourra bientôt le voir dans A Most Wanted Man d’Anton Corbijn et Pasolini d’Abel Ferrara. Co-fondateur du Wooster Group, collectif de théâtre expérimental, il est actuellement en tournée avec le spectacle de Bob Wilson, The Old Woman.

    Gael García Bernal, acteur, réalisateur et producteur (Mexique)
    Il fait des débuts remarqués dans Amours chiennes d’Iñárritu et enchaîne avec Y Tu Mamá También d’Alfonso Cuarón. Il tourne avec de grands noms du cinéma international : Carnets de voyage de Walter Salles, La Mauvaise éducation de Pedro Almodóvar, La Science des rêves de Michel Gondry, Babel de Gonzalez Iñárritu, ou encore The Limits of Control de Jim Jarmusch. Il fonde en 2005 avec Diego Luna sa société de production Canana et après quelques courts métrages, dirige son premier long en 2010, Deficit, sélectionné à La Semaine de la Critique de Cannes.

    Nicolas Winding Refn, réalisateur, scénariste et producteur (Danemark)
    Son premier film, Pusher (1996), écrit et réalisé à 24 ans, devient immédiatement une œuvre culte et le rend célèbre dans le monde entier. Il signe ensuite Bleeder (1999), Fear X (2003), Pusher II & III (2004 & 2005), Bronson (2008) et Valhalla Rising (2009), caractéristiques de ce qu’on appellera le style "Refn-esque". En 2011, Drive est invité en Compétition au Festival de Cannes et remporte le Prix de la Mise en scène, décerné par le Jury présidé par Robert De Niro. Son dernier film, Only God Forgives, était en Compétition à Cannes en 2013.

    Jia Zhangke, réalisateur, scénariste et producteur (Chine)
    Après avoir étudié la peinture, Jia Zhangke, né en 1970, a intégré dans les années 90, l’Académie du Film de Pékin. Après le succès de son premier film, Xiao Wu (1998), il réalise Platform (Zhantai, 2000) et Unknown Pleasures (Ren xiao yao, 2002) respectivement sélectionnés à Venise et à Cannes. Still Life reçoit le Lion d’or à Venise en 2006. Il a également présenté au Festival de Cannes, 24 City en Compétition en 2008 et I Wish I Knew au Certain Regard en 2010. L’an dernier, A Touch of Sin a remporté le Prix du Scénario décerné par le Jury présidé par Steven Spielberg.

    Suivez aussi mes pérégrinations en direct du Festival de Cannes sur http://inthemoodforfilmfestivals.com, mon nouveau site entièrement consacré aux festivals de cinéma.

  • Jury de la Cinéfondation et des courts métrages du Festival de Cannes 2014

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    Le Jury 2014 de la Cinéfondation et des Courts métrages réunira autour de son président, Abbas KIAROSTAMI (Iran), les réalisateurs Noémie LVOVSKY (France),  Daniela THOMAS (Brésil),  Mahamat-Saleh HAROUN (Tchad), et Joachim TRIER (Norvège).
    Ils auront à décerner trois prix parmi les films d’étudiants d’écoles de cinéma du monde entier présentés dans la Sélection Cinéfondation qui sera annoncée ultérieurement. 


    Les Prix de la Cinéfondation seront annoncés par le Jury, jeudi 22 mai, lors d’une cérémonie qui sera suivie de la projection des films primés.
    Le Jury devra également désigner la Palme d’or du Court métrage qui sera remise lors de la cérémonie du Palmarès, samedi 24 mai.
     
    A cette occasion, je vous propose, ci-dessous, la critique d'un film pour lequel j'avais eu un véritable coup de foudre "Copie conforme" de Kiarostami découvert au Festival de Cannes 2010.

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    La sélection de ce film avait (à tort) suscité quelques remous avant même son annonce officielle en raison de la présence de Juliette Binoche au casting également sur l'affiche officielle du 63ème Festival de Cannes parce que ce serait susceptible sans doute d'influer sur le vote du jury. Vaine polémique (mais Cannes aime, aussi, les polémiques surtout quand elles sont vaines) à laquelle son jeu magistral est une cinglante réponse.

    « Copie conforme » est le premier film du cinéaste iranien tourné hors de ses frontières, un film qu'il a écrit pour Juliette Binoche.

    Face à James (William Shimell), un écrivain quinquagénaire anglo-saxon qui donne en Italie, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, une conférence ayant pour thème les relations étroites entre l'original et la copie dans l'art elle est une jeune femme d'origine française, galeriste qu'il rencontre. Ils partent ensemble pour quelques heures à San Gimignano, petit village près de Florence. Comment distinguer l'original de la copie, la réalité de la fiction ? Ils nous donnent ainsi d'abord l'impression de se rencontrer puis d'être en couple depuis 15 ans.

    Selon James, lors de sa conférence,  une bonne copie peut valoir un original et tout le film semble en être une illustration. James et la jeune femme semblent jouer à « copier » un couple même si la réponse ne nous est jamais donnée clairement. Peut-être est-elle folle ? Peut-être entre-t-elle dans son jeu ? Peut-être se connaissent-ils réellement depuis 15 ans ? Ce doute constitue un plaisir constant pour le spectateur qui devient alors une sorte d'enquêteur cherchant dans une phrase, une expression une explication. Il n'y en aura pas réellement et c'est finalement tant mieux.

    Ainsi Kiarostami responsabilise le spectateur. A lui de construire son propre film. Les personnages regardent souvent face caméra en guise de miroir, comme s'ils se miraient dans les yeux du spectateur pour connaître leur réelle identité. « Copie conforme » est donc un film de questionnements plus que de réponses et c'est justement ce qui le rend si ludique, unique, jubilatoire. Le jeu si riche et habité de Juliette Binoche, lumineuse et sensuelle, peut ainsi se prêter à plusieurs interprétations.

    Un film qui nous déroute, un film de contrastes et contradictions, un film complexe derrière une apparente simplicité. A l'image de l'art évoqué dans le film dont l'interprétation dépend du regard de chacun, le film est l'illustration  pratique de la théorie énoncée par le personnage de James. De magnifiques et longs plans-séquences, des dialogues brillants, une mise en scène d'une redoutable précision achèvent de faire de ce film en apparence si simple une riche réflexion sur l'art et sur l'amour.

    William Shimell (chanteur d'opéra dont c'est le premier rôle) et Juliette Binoche excellent et sont aussi pour beaucoup dans cette réussite. Un film sur la réflexivité de l'art  qui donne à réfléchir. Un dernier plan délicieusement énigmatique et polysémique qui signe le début ou le renouveau ou la fin d'une histoire plurielle. Un très grand film à voir absolument. Un vrai coup de cœur.

    « Copie conforme » est le 9ème film présenté à Cannes par Kiarostami qui a par ailleurs été membre du jury longs métrages  en 1993, du jury de la Cinéfondation en 2002 et Président du jury de la Caméra d'Or en 2005. Enfin, il a  remporté la Palme d'Or en 1997 pour "Le goût de la cerise."

    Juliette Binoche raconte ainsi sa rencontre avec Kiatostami: "Je suis partie en Iran rencontrer Abbas (je l'avais croisé à Cannes, à l'Unesco, chez Jean-Claude Carrière). Il m'a dit "Viens à Téhéran !". Je l'ai cru, j'y suis allée, deux fois. Un soir il m'a raconté l'histoire que nous avons tourné ensemble cet été, il m'a raconté chaque détail, le soutien-gorge, le restaurant, l'hôtel, bref, il m'a dit que c'était une histoire qui lui était arrivée. A la fin, après avoir parlé pendant 45 minutes dans un anglais impeccable, il m'a demandé : "Tu me crois ?". Je lui ai dit : "Oui". Il m'a dit : "Ce n'est pas vrai !". Je suis partie d'un éclat de rire qui lui a donné envie de faire ce film, je crois !", explique-t-elle.