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  • Présentation de « The Tree of life » de Terrence Malick – Compétition officielle du Festival de Cannes 2011

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    Après « Le gamin au vélo » des frères Dardenne, je poursuis aujourd’hui mes présentations des films de la sélection officielle avec un des films le plus attendus de cette édition 2011, et en tout cas celui qui aura suscité le plus de rumeurs : « The Tree of life » de Terrence Malick dont la sortie a été plusieurs fois repoussée. Comme toujours, ne délivrant que très peu d’informations sur son nouveau film, Terrence Malick a suscité ainsi de multiples rumeurs. La bannde-annonce reprend des formules de journaux le qualifiant déjà de "film le plus attendu de l'année", de  "récit follement ambitieux" et de "chef d'oeuvre" ("Seul un chef d'oeuvre pouvait réunir Brad Pitt et Sean Penn").

    On parlait ainsi de sa sortie dès 2009 avant que ne soit évoquée une sélection déjà au Festival de Cannes 2010. Thierry Frémaux lui-même l’avait d’ailleurs évoquée mais Terrence Malick, perfectionniste, n’étant pas satisfait de son film, avait repoussé l’échéance. Rien d’étonnant lorsqu’on sait que « The Tree of life » est seulement son cinquième film en presque quarante ans.

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     Comme toujours dans son cinéma, la musique jouera un rôle primordial. La partie originale de la nouvelle bande sonore est ainsi composée par le français Alexandre Desplat dont on ne compte plus les grands films auxquels il a collaboré à commencer par le dernier multi primé « The Ghost writer » de Roman Polanski, y compris pour la musique qui a reçu le César en 2011. Dans la bande-annonce du film, la première musique utilisée est « La Moldau de Smetana » de Bedřich Smetana qui est consacrée à la rivière qui traverse Prague, dont on suit le cours depuis le ruisseau d'origine jusqu'au moment où elle se jette dans l'Elbe. « The Tree of Life » relate ainsi la vie d'un homme et de celle du cosmos depuis aussi son origine. Le morceau suivant est une marche funéraire du compositeur contemporain Patrick Cassidy.

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    Mike Fink, responsable des effets spéciaux sur le film, a révélé  qu'il y aurait des dinosaures dans « The Tree of life » pour montrer l'évolution de la vie depuis le big bang en passant par l'ère secondaire . Ainsi, début 2009, ce dernier annonçait : " On travaille sur l’animation de dinosaures, mais ce n’est pas Jurassic Park. L’idée est de faire comme si une caméra était remontée dans le temps, quand les dinosaures se baladaient sur la planète et que les premières créatures commençaient à sortir de l’eau, quand les premiers mammifères apparaissaient. Notre travail sur ces créatures s’appuie sur des recherches très sérieuses."

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    Habitué des récompenses (un Oscar et un prix de la mise en scène en 1979 pour « Les Moissons du ciel », Ours d’or à Berlin pour « La ligne rouge » en 1999, notamment), Terrence Malick devra néanmoins affronter des habitués du palmarès cannois comme les frères Dardenne ou Pedro Almodovar.

    Le film sortira en salles le mardi 17 mai 2011 en France. Des avant-premières auront lieu le 16 mai à 20H (date et heure de projection cannoise, vous pourrez ainsi le découvrir en même temps que les festivaliers) . Il sortira le 27 mai aux Etats-Unis et est distribué en France par Europacorp.

    "The Tree of life" devrait donc être un des évènements de cette édition 2011, en raison de l’attente suscitée, de l’aura de son réalisateur et de son palmarès mais aussi de son casting avec deux habitués de la Croisette dans les rôles principaux : Brad Pitt et Sean Penn. Retrouvez ma critique en direct de Cannes très bientôt…

    Synopsis : Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...

    Distribution: Brad Pitt, Sean Penn, Jessica Chastain, Fiona Shaw…

    Films déjà présentés à Cannes par Terrence Malick :

    1979 - DAYS OF HEAVEN (LES MOISSONS DU CIEL) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    Le Palmarès

    1979 - Prix de la mise en scène - DAYS OF HEAVEN (LES MOISSONS DU CIEL) - Long métrage

    Filmographie de Terrence Malick :

    1969 : Lanton Mills (court métrage)

    1973 : La Balade sauvage (Badlands)

    1978 : Les Moissons du ciel (Days of Heaven)

    1998 : La Ligne rouge (The Thin Red Line)

    2005 : Le Nouveau Monde (The New World)

    2011 : The Tree of Life

    2012 : The Burial (post-production)

    Projets

    2014 : Untitled Jerry Lee Lewis Project

     

     

  • L'affiche définitive de "Tree of life" de Terrence Malick avec Brad Pitt, Sean Penn...

    Je vous parlais il y a quelques jours de "Tree of life" de Terrence Malick dont nous ne saurons que le 14 avril s'il est sélectionné ou non dans le cadre de ce 64ème Festival de Cannes. En attendant découvrez son affiche définitive.

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  • Mon Festival de Cannes 2008 : le miroir d'un monde aveugle et suffocant et la passion de rêver, invincible malgré tout…

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     Trois jours après cette parenthèse cannoise enchanteresse et désenchantée, je lis les comptes-rendus dans les journaux comme une réalité qui me serait étrangère, lisse, lointaine, dépourvue de la frénésie grisante dans laquelle j’ai été immergée pendant 12 jours, « entre les murs » invisibles de la Croisette comme si, à l’image du film éponyme, aucune vie n’existait hors champ, hors les quelques mètres  de cette bulle d’irréalité où les émotions, les frustrations, les joies réelles et cinématographiques procurant un sentiment d’éternité factice sont tellement disproportionnés, et où, comme dans  le film éponyme, elles en révèlent tant sur le monde extérieur.

    Cette année Cannes avait la frivolité coupable, le dérisoire utile, la dérision nécessaire. Dehors toujours les mêmes extravagances, la même Croisette insolemment insomniaque où se frôlaient, se heurtaient une faune inénarrable et volubile, une foule bigarrée aux déambulations unanimes, le même va et vient incessant de festivaliers  exaltés, harassés, excessifs, cyniques, désinvoltes, las, aveugles et sourds à tout ce qui se déroule hors les murs de la Croisette.

    Sur les écrans, une autre réalité parfois crue donnait bonne ou mauvaise conscience aux festivaliers leur jetant en pleine figure sur l’écran impitoyablement gigantesque du Grand Théâtre Lumière leur aveuglement les emmenant au Sri Lanka en plein tsunami ( « The third  wave » de Alyson Thompson), au Malawi avec Madonna, « entre les murs » d’une école  qui renvoie des échos graves et poétiques, drôles et violents d’une portée universelle, dans les prisons réelles ou fictives (parfois fictivement très réalistes), au propre comme au figuré que ce soit dans « Hunger » de Steve Mc Queen ou  « Blindness » de Fernando Mereilles ou « Les 3 singes » de Nuri Bilge Ceylan dont les titres évoquent même l’aveuglement ( les 3 singes font référence à la fable éponyme selon laquelle on choisit de nier la vérité en refusant de la voir, l’entendre ou d’en parler).

    C’est d’ailleurs particulièrement significatif : 3 des films les plus intéressants et réussis de ce festival étaient des  vrais ou faux documentaires (« Je veux voir », « La vie moderne », « Entre les murs »). Même des films qui n’en étaient pas comme « Le silence de Lorna » des Dardenne et « Il Divo »  de Paolo Sorrentino sur Giulio Andreotti nous plongeaient dans une réalité sociale ou politique, la difficile condition des immigrés dans le premier cas, les ramifications obscures de la vie politique d’Andreotti dans le second.

    Le cinéma, cette année, à Cannes, se devait d’être un témoignage avant d’être un voyage,  il se devait d’être utile plutôt que d’être futile, ouvert sur le monde pour dénoncer son enfermement. Dans un monde enfermé, le cinéma a honte de s’évader, nous en évader et préfère nous éclairer en nous montrant sa face obscure qu’il a parfois niée ou à laquelle il a parfois surtout cherché à nous faire échapper.

    A Cannes aussi, comme dans le monde extérieur que ses écrans reflètent,  on se voit sans vraiment se rencontrer, on se rencontre sans vraiment se voir. Mais dans les deux univers, fictifs et réels, dans les salles du festival et en dehors, surgirent et persistent des images indélébiles et des émotions fortes, pêle-mêle : des rendez-vous joliment manqués, des retrouvailles réelles aux accents cinématographiques, des instants intemporels, une frontière de l’aube au romantisme ensorcelant et rassurant (même si désuet et désespérant pour certains), le regard inoubliable de Catherine Deneuve (égaré, puis reconnaissant, puis passionné, puis ouvrant sur un océan d’histoires et de possibles) au dénouement du magnifique  « Je veux voir » (à mon avis le meilleur film de ce festival) , des cris déchirants et poignants jetés à la face du monde par le miroir grossissant magique et si puissant de l’écran, des applaudissements effrénés, le regard juvénile et l’enthousiasme du centenaire Manuel de Oliveira, des destins qui se frôlent, s’échappent et s’envolent, la beauté cruelle, contemplative, magnétique, poignante et picturale du film de Nuri Bilge Ceylan, la réalisation époustouflante, vertigineuse et l’humour noir décapant du portrait qui l’était tout autant d’Andreotti dans « Il Divo », l’amour inconditionnel dans « Le silence de Lorna » et l’interprétation magistrale d’Arta Dobroshi, la singularité touchante du personnage de Joaquin Phoenix dans le passionnel « Two lovers » de James Gray, la grâce et la violence et l’humanité et l’ambivalence humaine d’Entre les murs et de son interprète principal, le regard magnétique de Clint Eastwood, la passion communicative de Quentin Tarantino et l’ambiance électrique de sa leçon de cinéma, les instants de vérité désarçonnant de la « Vie moderne » de Raymond Depardon, la gravité de Sean Penn, toute cette folie excessive et dérisoire, grandiose et futile que des mots ne sauraient retranscrire, des instants « truffaldiens » inestimables, sublimés, felliniens, vains, implicites, rêvés peut-être, la folie Indiana Jones, l’oubli du lendemain, de la fin dans une valse étourdissante d’infini illusoire et de vie cinématographique, un conte d’été à l’image de celui de noël :  parfois aussi féroce et virevoltant. 12 journées denses, enrichissantes, exaltées et exaltantes, une cérémonie d’ouverture agréablement impromptue, de belles réminiscences, bref 12 jours « in the mood for Cannes ».

     A Cannes, sans doute, déjà, la mer a retrouvé son horizon bleuté débarrassée des yachts qui l’obscurcissaient, le tapis couleur pourpre qui recouvrait les marches les plus célèbres du monde a été enlevé, les plages ont retrouvé le goût du silence, les passants se sont clairsemés et ont retrouvé un rythme normal comme si tout cela n’avait jamais existé… et après tout cela semblait parfois si irréel que nous avons peut-être tout simplement rêvé…

    Vous pourrez continuer à suivre l’actualité cinématographique sur mon autre blog « In the mood for cinema » (http://monfestivalducinema.hautetfort.com ) avec notamment de nouveaux articles sur les films cannois notamment lorsqu’ils sortiront en salles en France. Je vous reparlerai également des « 3 singes »  de Nuri Bilge Ceylan  auquel je n’ai pas consacré l’article que ce très beau film aurait mérité.

     En septembre, vous pourrez suivre le Festival du Cinéma Américain de Deauville en direct sur mon blog « In the mood for Deauville » avec des comptes-rendus à l’image de ceux de ce Festival de Cannes 2008 ( http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com ) et dès le mois de juin vous pourrez y lire  les premiers échos concernant le jury et la programmation. Vous pouvez d’ores et déjà y trouver toutes les informations pratiques concernant le Festival ainsi que mes comptes-rendus des éditions précédentes.

    Je vous rappelle que vous pouvez voir ou revoir les films des sélections parallèles 2008 du festival à Paris: de la Quinzaine des Réalisateurs au Cinéma des Cinéastes et les films de la sélection Un Certain Regard au Reflet Médicis du 28 Mai au 3 Juin ainsi que la Semaine de la Critique du 3 au 8 Juin à la Cinémathèque française.

    Merci à ceux, plus nombreux que jamais cette année, qui ont suivi le festival sur « In the mood for Cannes ». Merci  au prestigieux LeMonde.fr, au glamour site de L’Oréal, au sympathique Radio France Ile-de-France, au passionnant et prolifique site des étudiants en journalisme de Science-po, et quelques autres pour les  échos retentissants qu’ils ont donnés à ce blog.

    Je vous invite à laisser ci-dessous vos commentaires sur le palmarès 2008 (que vous pouvez trouver dans mon article plus bas) ainsi que vos commentaires et suggestions sur ce blog.

    A l’année prochaine…si je le vaux et veux bien…

    En attendant, je rentre dans ma réalité avec la passion du cinéma, toujours aussi dévorante, irrépressible, et surtout avec la passion de rêver, de croire à l’impossible et de savoir et vouloir l’imaginer.

    Vive le cinéma !

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    Les  films du Festival de Cannes 2008 recommandés par « In the mood for Cannes » :

    Voici les 9 films parmi les 20 que j’ai vus cette année que je vous recommande vivement même si, pour la première fois, cette année, je n’ai pas eu de véritable coup de cœur... Vous pouvez lire mes critiques de ces films sur ce blog:

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    Ci-dessus, Catherine Deneuve dans le magnifique "Je veux voir"...

    -« Les 3 singes » de Nuri Bilge Ceylan

    -« Le silence de Lorna » de Jean-Pierre et Luc Dardenne

    -« Two lovers » de James Gray

    -« La frontière de l’aube » de Philippe Garrel

    - « Il Divo » de Paolo Sorrentino

    - « Entre les murs » de Laurent Cantet

    -« La vie moderne » de Raymond Depardon

    -« Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

    « Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal » de Steven Spielberg

     

  • Hommage du Festival de Cannes 2008 à Manuel de Oliveira: Clint, Sean, Michel et les autres

    1330992456.JPGA Cannes, comme ou plus qu’ailleurs, c’est bien souvent quand vous vous y attendez le moins que l’émotion vous saisit, vous fait prendre conscience à quel point ce festival symbolise le septième art, son histoire, l’Histoire, et toutes les émotions qu’il peut incarner ou susciter. Le festivalier est sujet à une multitude de sollicitations étourdissantes, ne réalisant pas toujours la chance qu’il a, un peu hypnotisé, il lui arrive de
    refuser ce qu’en temps normal il accepterait sans la moindre hésitation.
    C’est bien ce qui a failli m’arriver hier après la projection du « Silence de Lorna » des frères Dardenne, c’est justement de silence dont j’avais besoin tant le film des Dardenne étaient intense de   violence, de vie, de désespoir contenus prêts d’un instant à l’autre à exploser, tant la tension et l’attention étaient soutenues, tant les souffrances de ces êtres fragiles et forts blessés par la vie se heurtent, se rencontrent, s'aimantent et nous embarquent. (J'y reviendrai). 
    150286232.JPGJ’ai donc failli préférer le silence à Manuel de Oliveira et à l’hommage rendu au cinéaste en question quelques minutes après. Et puis la crainte de regretter l’a emporté… Encore un peu étourdie par le film que je venais de voir et dont le silence résonait encore en moi, je me suis donc retrouvée devant une rangée sur les fauteuils desquels figuraient les noms de nombreuses personnalités venus assister à l'hommage à Manuel de Oliveira :de nombreuses personnalités étaient en effet présentes dont Clint Eastwood mais aussi l’intégralité du jury des longs-métrages et bien sûr son président Sean Penn ou encore le président de la Commission Européenne José Manuel Barroso et la Ministre française de la Culture et de la Communication Christine Albanel autant applaudie qu’huée. Rien à voir avec l’accueil réservé à Clint Eastwood pour lequel toute la salle du Grand Théâtre Lumière s’est levée (je verrai son dernier film « L’échange » en compétition officielle, demain, on murmure déjà qu’il pourrait bien figurer au palmarès tant il a emballé les festivaliers à sa première projection ce matin).
    C’est Michel Piccoli que Manuel de Oliveira avait filmé dans « Je rentre à la maison », en compétition à Cannes en 2001 qui lui a remis une palme d’or pour l’ensemble de sa carrière avant que soit projeté « Douro Faina Fluvial », la première œuvre de Manuel de Oliveira, un documentaire de 1931.
     Gilles Jacob a qualifié l’œuvre de De Oliveira d’ « ouverte sur le monde, le temps, les hommes », en précisant qu’il « construit chaque film contre le précèdent », qu’il cultive « le principe d’incertitude », qu’il représente « le diapason des amoureux du cinéma d’auteur ». Il a aussi parlé, avec humour, tendresse, et admiration, de la « Oliveira’s touch ».
    Manuel de Oliveira dont on peine à croire qu’il est centenaire tant il fait preuve d’humour et de vitalité, a évoqué ces « 78 ans consacrés à cette passion qui nous unit ». Il a salué la mémoire d’Henri Langlois, le fondateur de la Cinémathèque, en rappelant le rôle fondamental des cinémathèques dans la vie des films. Il a ajouté « C’est le cinéma qui m’a fait grandir » en terminant par un « Vive le cinéma » à l’enthousiasme et l’optimisme significatifs. Une magnifique leçon de vie sur le pouvoir de la passion qui semble demeurer intact chez ce centenaire au regard brillant d’enfant fasciné, malicieux, déterminé.
    Moi pour qui ce 19 Mai était aussi une journée un peu singulière (certes avec un certain nombre de décennies en moins !), cet hommage a pris une résonance toute particulière, et surtout les paroles de Manuel de Oliveira, un écho à cette passion dévorante qui m’anime et qui nous unissaient en effet tous dans cette salle prestigieuse, une passion qui ne fait pas vieillir mais grandir, une passion qui a le plus beau des pouvoirs : suspendre le vol du temps et donner à un centenaire un regard d’enfant merveilleusement émerveillé . Le regard de la passion, dévorante, qui révèle et sublime l'existence, et en atténue les tourments, parfois, autant qu'elle les cristallise.
    Oui, vive le cinéma !
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    Photos ci-dessus, Sandra.M pour "In the mood for Cannes": Clint Eastwood à l'hommage de Manuel de Oliveira
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    Photo Sandra.M pour "In the mood for Cannes": Clint Eastwood à l'hommage de Manuel de Oliveira
     
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    Photos ci-dessus et ci-dessous Sandra.M pour "In the mood for Cannes : Thierry Frémaux, Gilles Jacob et Michel Piccoli remettent la palme d'or à Manuel de Oliveira
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    Photo ci-dessus prise par Sandra.M pour "In the mood for Cannes"
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    Ci-dessus, petite pause méritée dans un célèbre restaurant cannois en attendant la suite de mes mésaventures festivalières avec ma critique du film des frères Dardenne "Le silence de Lorna", de "Two lovers" de James Gray et bien d'autres choses encore!

  • Séance du Président: "The third wave" de Alyson Thompson en présence de Sean Penn

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    Photo "In the mood for Cannes": Sean Penn et Thierry Frémaux
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    Photos "In the mood for Cannes": Thierry Frémaux et Sean Penn

     

     Ma journée d’hier a été particulièrement riche et passionnante avec au programme « Les 3 singes » de Nuri Bilge Ceylan, un habitué de la sélection officielle (« Uzak » en 2003 et « Les climats » en 2006, tous deux déjà présentés en compétition officielle), qui cette année encore n’a pas démérité (mon favori de la compétition pour le moment), ainsi que le premier des 3 films français en compétition "Un conte de noël" d'Arnaud Desplechin, qui entremêle de nouveau famille, religion, amour dans ce conte psychanalytique , mélancolique, myth(olog)ique.

    Les deux films avaient d’ailleurs un point commun puisque dans les deux cas planait l’ombre pesante d’un enfant mort. J’avoue avoir été beaucoup plus sensible au premier, aux plans d’une beauté picturale sidérante, à cette dissection si subtile de l’ambivalence humaine, de la lâcheté, du poids du secret et de la vérité habilement souligné par le poids du silence et des plans contemplatifs dont la beauté somptueuse contraste avec la douleur et les secrets enfouis et latents.

     Mais c’est en toute (il)logique cannoise que je vais commencer par évoquer le troisième évènement de cette journée, à savoir  la Séance du Président, une nouveauté de cette 61ème édition, un film choisi par le Président du jury , en l’occurrence « The third wave », un documentaire de Alison Thompson projeté dans la salle du 60ème dans laquelle régnait hier soir une fébrilité palpable, savoureusement électrique. Thierry Frémaux a d’abord salué la présence de tous les membres du jury, ainsi que de Michael Moore, et de Bono, déjà applaudis à leur arrivée, avant d’appeler sur scène le président du jury Sean Penn, également ovationné.

    Sean Penn, (dont la preuve de l'engagement politique et humanitaire n'est plus à faire d'où la sincérité de la démarche) le visage grave, dont il s’était tout juste départi pour écouter chanter « Freedom » le soir de l’ouverture a évoqué les raisons de son choix : "Ce film m'a énormément marqué émotionnellement. Je n'en dirai pas plus car ce film vous convaincra lui-même par son propos. Vu que les gouvernements nationaux ne semblent pas capables de nous aider, ce film nous indique comment il est possible de nous entraider. Ce film m'a été communiqué par une personne qui a été confrontée directement aux effets du tsunami, Petra Nemcova…"

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     Puis Sean Penn a appelé sur scène la jeune femme en question qui a annoncé avec autant de légèreté apparente qu’elle a été blessée lors du tsunami, que son fiancé y était mort, (« Ce documentaire est très cher à mon cœur, ceci pour deux raisons : parce qu'il s'agit de mon expérience personnelle et parce qu'il est ce en quoi je crois. L'action de ce film se déroule au Sri Lanka juste après le passage du tsunami. J'y ai été confrontée en Thaïlande. Heureusement, je n'ai été que blessée. L'une des choses les plus importantes que j'ai apprises, c'est que dans chaque expérience vécue, il y a du positif et du négatif. Le négatif, c'est que parmi les 100 000 personnes qui ont trouvé la mort dans cette catastrophe, il y avait mon fiancé Simon. Et le positif, c'est que j'ai créé un organisme d'aide à ces populations, le Happy Hearts Fund, auquel bénéficie ce documentaire. Merci beaucoup pour votre générosité.")  et qu’elle était tétanisée à l’idée de venir sur scène mais qu’on l’a rassurée en la disant plus belle que Sean Penn. ( !) C’est cela Cannes : évoquer les pires atrocités du monde, en robe de soirée, parfois une coupe de champagne à la main, en exhibant un air désinvolte astucieusement travaillé, s’en faire l’écho dans un cadre qui en est à l’opposé. Les flashs qui crépitent, l’atmosphère festive, les tenues de soirée paraissent soudain incongrus. Seul le visage toujours grave de Sean Penn  reste en accord avec le thème de la soirée. Puis la lumière s’éteint et nous plonge dans une réalité à des années lumière de Cannes. Cannes reflet d’un monde  dont elle symbolise aussi l’évasion, la négation presque. Cannes et ses éternels paradoxes.

    Pitch : Une histoire de volontarisme : 4 volontaires indépendants avec peu d’argent et inexpérimentés partent pour le Sri Lanka aider le pays ravagé par le tsunami. Le hasard fait qu’ils se rencontrent à l’aéroport de Colombo où ils louent un van, le remplissent avec des provisions et longent la cote pour trouver des gens à aider. Ils arrivent à Peraliya, un village détruit par une vague de 15 mètres, où un train s’est retourné tuant plus de 2500 personnes. Le documentaire suit ces volontaires pendant 19 semaines.

    Après le frisson électrique qui avait parcouru la salle à l’arrivée des invités, c’est peu à peu le malaise qui s’est emparé de moi : malaise devant ces volontaires qui se mettent en scène et qui, au départ, occultent totalement la réalité du drame qu’ils ont sous les yeux pour ne nous montrer que la leur, malaise devant ces images insoutenables de corps mutilés embarqués dans des sacs comme de vulgaires marchandises, malaise devant tous ces drames indicibles dont leur dispensaire se fait le réceptacle, malaise créé par cette réalité du monde qui nous frappe, nous agresse presque, sur cet impitoyable écran, réalité dans laquelle il nous immerge avec violence, encore éblouis par les flashs, encore éblouis et hypnotisés par l’illusion cannoise : celle d’un autre monde, sans heurts, sans drames, sans autres frontières que celles de la Croisette. Cannes, certes miroir éclairant mais aussi aveuglant du monde, au monde.

    Le malaise s’accroît devant l’évocation de « belles journées » par les volontaires, une expression qui résonne comme une tragique ironie après les images insoutenables qui nous sont montrées, jetées à nos regards (dont je constate qu’ils fléchissent si peu dans la salle. Fascination malsaine ? Besoin d’être informés ? Regards blasés et trop habitués, anesthésiés par tant de fictions qui rivalisent d’imagination dans l’horreur et regards devenus insensibles aux horreurs de la réalité qui apparaissent peut-être finalement plus irréelles ?), malaise accru par une musique douce probablement choisie pour atténuer l’horreur ou, effet pervers, pour involontairement la nier.

    Le malaise atteint son paroxysme lorsqu’un enfant dit en souriant qu’il a perdu une bonne partie de sa famille proche, qu’il énumère, et avec fierté (du désespoir, de l’innocence) qu’il est même passé à la radio et la télévision. Images placebo qui donnent une terrifiante illusion de vie. Terrible force des images. L’image interroge soudain son propre rôle comme lorsque le cameraman est pris à parti par une victime. Témoigner, montrer n’est-il pas aussi agir ou simplement s’en persuader, construire une fiction avec la réalité, se définir en héros de sa propre réalité ?

     Mais peu à peu le documentaire prend toute sa dimension. Tournée par une des volontaires, la réalisatrice australienne Alison Thompson, il révèle en effet progressivement toute l’ambigüité de l’aide humanitaire, là aussi toute l’ambivalence humaine.

    Les images de rires des bénévoles, des enfants en apparence joyeux et souriants sont majoritaires dans la première partie comme si une euphorie anesthésiante s’était emparée de chacun, comme si l’horreur était telle que personne ne voulait l’admettre, comme si au contraire cet univers ( de nouveau à sa manière carcéral pour faire un parallèle avec les films évoqués ces jours précédents)  révélait non pas l’inhumanité mais l’humanité en chacun (cette fois à l’inverse des films précédemment évoqués). Et puis, le choc passé, les sentiments matérialistes reprennent leurs droits, la jalousie s’empare des villageois et les bénévoles sont  menacés, victimes de violences exacerbées par la rancœur devant un sentiment d’injustice. Alyson explique ainsi qu’ils reçoivent de l’argent qu’ils donnent, obéissant bien souvent à des choix affectifs : comment faire une échelle dans la douleur ? Devant un membre du village excédé parce qu’ils ont donné de l’argent à des personnes qu’il en estime indigne, Alyson explique alors par le biais d’un schéma, que les « bonnes personnes » et les « mauvaises personnes » sont  à égalité, que les deuxièmes méritent autant l’aide que les premières, sans quoi leur situation sera encore pire qu’elle n’était avant le tsunami.

    Le documentaire, tandis que défilent les noms au générique, se termine par une sorte de « bêtisier » (j’emploie ce terme inexact, exagéré, à dessein),  qui me dérange de nouveau et qui peut être vu soit  comme la volonté d’atténuer l’horreur, de dédramatiser, ou comme le bêtisier d’un blockbuster qui annihilerait alors toute la force du documentaire et le rendrait terriblement cynique, fictionnel.

    Ce documentaire a en tout cas le mérite de refléter  l’ambiguïté des bonnes intentions comme lorsqu’un bénévole déclare qu’il n’est rien chez lui et un Dieu là-bas, et tous évoquent cette « expérience » comme chargée de bons souvenirs, comme ils évoqueraient des souvenirs de vacances. Leur aide n’est finalement pas si gratuite mais peut-on les en blâmer, comme l’évoquera ce même bénévole, ils sont juste humains, et c’est déjà énorme de savoir faire preuve d’humanité.

     Puis l’équipe de bénévoles est invitée  à monter sur scène pour un débat avec la salle, applaudie (en tenue de soirée, comme toute équipe de film qui se respecte, seulement là, créant une distance, apparentant de nouveau la réalité à une fiction dont ils seraient les héros).

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    Un drame en chasse malheureusement un autre et surtout le pouvoir émotionnel des images en chasse d'autres : Alyson annonce qu’elle part pour la Birmanie. On pourrait penser que l’orgueil dicte cette révélation mais son visage angélique qui ne sourcille pas et sa détermination forcent l’admiration.

     Une jeune femme dans l’assistance propose alors de donner une enveloppe et que chacun y fasse un don pour l’association, reflétant ainsi les dangers du sentimentalisme aveugle et aveuglé contre lequel met finalement aussi en garde le documentaire. Si j’étais cynique (non, non) je dirais que chacun courait alors après une nouvelle palme d’or : celle de la preuve irréfutable de son altruisme.  Contre toute (son) attente, les volontaires  refusent son aide pécuniaire, expliquant que s’engager c’est d’abord « balayer devant sa propre porte » et que s’engager humainement est beaucoup plus efficace. La jeune femme range son enveloppe, les trémolos dans sa voix, et ses « bonnes », mélodramatiques,, naïves (peut-être) ou démagogiques (peut-être) intentions.

    Et puis, nous ressortons, la Croisette scintille de mille feux. Le Sri Lanka, la Birmanie, la Chine sont tragiquement irréels, lointains, inaccessibles à nos regards hypnotisés d’irréalité cannoise.

    Le temps me manque pour vous parler d’ « Un conte de noël » et des « 3 singes » mais j’y reviendrai.  Je reviendrai également sur ce documentaire dont je n’ai pu vous parler que brièvement, il m’aurait fallu aussi plus de temps et de recul pour évoquer ce sujet sensible, c’est pourquoi je souhaiterais y revenir. En attendant aujourd’hui Jia Zhangke et Woody Allen sont à mon programme…

    A suivre sur « In the mood for Cannes ».

    Sandra.M

    ps: Pardon d'avance pour les éventuelles imprécisions et fautres dans cet article que je n'ai pas le temps de relire...

  • Cérémonie et film d’ouverture du 61ème Festival de Cannes en direct: du rêve à la réalité

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    Les marches vues d'en haut, photo "In the mood for Cannes" 2008
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    Le sésame pour la cérémonie d'ouverture

    Ne trouvez-vous pas que les songes et les mythes et les rêves d’enfance, parfois, paraissent plus réels que la réalité ? Dans les miens il y avait cette cérémonie d’ouverture que je regardais toujours, quoiqu’il arrive, les yeux écarquillés, avides de la moindre inflexion de ton, du moindre regard troublé, ému, désarçonné que la caméra captait, scrutait, dévorait, décuplait dans cette salle dont le souffle semblait suspendu le temps de cet étrange, solennel, mythique protocole. Ouverture de cette fenêtre elle-même ouverte sur le monde, sur un océan de possibles, de rêves, d’utopies, d’imprévus,  de découvertes et d’audaces cinématographiques, d’instants de cinéma et de vie langoureusement, dangereusement, magnifiquement entremêlés. Dans mes rêves d’enfance, l’émotion ressentie à cet instant par les 2300 privilégiés présents dans cette salle, antre du septième art, point de mire des cinéphiles et amateurs de cinéma du monde entier, devait  être indicible. J’ai alors réalisé toute la force du gros plan, de l’émotion cinématographique que la réalité ne sait pas toujours égaler mais qu’elle saisit avec parcimonie, avec plus de sincérité peut-être.

     A peine arrivée à Cannes, émergeant à peine de la réalité, le festival m’emportait dans son tourbillon frénétique et surréaliste, un éminent festivalier ( qui se reconnaîtra et que je remercie de nouveau) me proposait une invitation pour la cérémonie d’ouverture et je me retrouvais face à mes rêves d’enfance, après cet « étrange rituel  venu du Sud » pour paraphraser Edouard Baer. Alors que derrière mon écran j’imaginais que les cœurs devaient battre la chamade avant cet instant cinématographique historique qui ouvre 12 jours de festivités cinéphiliques (pas seulement certes) , dans la réalité la léthargie semblait s’être emparée des festivaliers tandis que la montée des marches se poursuivait diffusée sur les écrans à l’intérieur de la salle. Pourtant quand le générique du festival a égrené ses quelques mythiques notes, enfin alors cette musique a agi comme une réminiscence de mes souvenirs de ce festival, vécus réellement depuis mon premier festival il y a 8 ans, ou à travers mon regard d’enfant fasciné, intrigué, happé. A peine le temps de savourer un léger frisson d’émotion qu’Edouard Baer apparaîssait sur scène avec sa désinvolture élégante, son ironie faussement nonchalante, son humour décalé et sa gravité légère, son « heart full of love » aux accents shakespeariens. Il nous a parlé de fierté  et d’ arrogance là où elles sont d’ailleurs l’arme et la défense des festivaliers, si orgueilleusement exhibées. Puis, il nous a parlé du labyrinthe de David Lynch dans lequel j’ai d’ores et déjà envie de m’égarer et il a remercié Cannes pour avoir « kidnappé le grand fracas du monde au profit des beautés singulières ». Sans doute une des plus belles définitions de ce festival qui donne en effet un écho sans pareil aux fracas du monde et qui aspire de plus en plus à s’en faire l’écho retentissant (il suffit de voir le caractère politique, social de la majorité des palmes de ces dernières années). La palme d’or 2008 du jury présidé par Sean Penn s’inscrira-t-elle dans cette lignée ? Réponse dans 11 jours.

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    Sean Penn "à la barre", photo "In the mood for Cannes"

    Puis, Sean Penn, la voix fragilisée par l’émotion est intervenu brièvement, précisant  que lui et son jury « feraient de leur mieux », que Cannes a toujours sélectionné de grands films et surtout que cette année serait un « nouvel épisode du festival de Cannes », qu’il était là avant tout pour « transmettre des lettres d’amour à certains de ces films ». Enfin il a fait appel aux distributeurs pour qu’ils soutiennent les films qui ne recevront pas de prix. Le visage de Sean Penn était empreint de gravité et d’émotion contenue, probablement conscient que son rôle, par cet écho retentissant donné à un cinéaste, un thème, un fracas parmi tant d’autres est davantage que cinématographique.

    Il faudra Richie Havens pour donner un très relatif air de Woodstock au festival, un air de liberté, et un air plus léger à Sean Penn. La salle esquisse quelques battements de main. L’émotion à peine éclose est interrompue par Claude Lanzmann (présence symbolique, est-ce là le symbole de ce nouvel « épisode » du Festival, reflet des fracas du monde, des fracas passés, dont ceux du présent se font les échos sinistres et cyniques ?) et son monologue interminable, ses phrases entrecoupées, les quelques sifflements de la salle et applaudissement ironiques. Alors qu’on aurait eu envie de légèreté, il a évoqué la « lourde charge de faire exister ce festival », « d’en accroître le rayonnement, évènement unique et incomparable de la planète cinéma ». Unique et incomparable, nous l’aurions presque oublié. J'ai alors regardé les visages à la dérobée. J'ai réalisé que j'étais dans cette salle avec ces 2299 autres privilégiés. J'ai réalisé que s’ouvrait cette parenthèse enchanteresse, parfois désenchantée. J'ai réalisé que j'étais à Cannes. J'ai réalisé que si le cinéma ou l’écran sublimaient la réalité, ils n’ont jamais eu autant d’imagination, parfois cruelle mais aussi parfois sublime, que cette dernière. J'ai réalisé que je n’avais pas envie de choisir entre le rêve et la réalité. Cela tombe bien, Cannes est l’endroit idéal pour feindre l’aveuglement, pour feindre de se perdre dans cette douce (pas toujours) illusion.

    Et cela tombe bien de nouveau car c’est également d’aveuglement (au sens propre comme au sens figuré), de cécité dont aspirait à nous parler le film d’ouverture également en compétition officielle « Blindness » de Fermando Mereilles. (« La Cité de Dien », « The Constant Gardener »).

    2144627589.jpgPitch : Le pays est frappé par une épidémie de cécité qui se propage à une vitesse fulgurante. Les premiers contaminés sont mis en quarantaine dans un hôpital désaffecté où ils sont rapidement livrés à eux-mêmes, privés de tout repère. Ils devront faire face au besoin primitif de chacun : la volonté de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme (Julianne Moore) n’a pas été touchée par la « blancheur lumineuse ». Elle va les guider pour échapper aux instincts les plus vils et leur faire reprendre espoir en la condition humaine.

    L’impression qui domine à l’issue de ce film est l’agacement. L’agacement devant un film qui semble là seulement pour justifier la phrase et la morale simplistes  qui le sous-tendent, (en résumé : les voyants sont aveugles à la beauté du monde, à leur « bonheur »,  et l’aveuglement leur rend la vue, et en annihilant les différences visuelles, abat les préjugés …) d’ailleurs annoncées dès les premières minutes. Annoncé d’emblée le discours en perd toute sa force. Une nouvelle société carcérale s’instaure (soulignée lourdement à force de plans de visages derrière des grillages) où la dignité est piétinée pour survivre. Malgré l’ignominie de ce que ses protagonistes vivent le cinéaste a néanmoins eu recours au hors-champ, au fondu au blanc( !) pour épargner notre regard ou peut-être créer une empathie avec l’aveuglement dans lequel sont plongés les personnages, ce qui au lieu de nous immerger dans leur intériorité, crée une nouvelle distanciation ( déjà initiée par la multiplicité des personnages et leur manque de caractérisation).  Une voix off grandiloquente qui semble sortie d’un blockbuster contre lequel semble pourtant vouloir s’inscrire le cinéaste, surligne grossièrement le propos et apporte un classicisme qui détone avec le parti-pris (finalement faussement) moderne et radical du film. Les personnages n’existent pas (avant même d’être déshumanisés il aurait été bien qu’ils soient déjà humanisés) si bien que nous n’adhérons pas à leur déshumanisation, à leur passage à l’animalité  et encore moins à leur retour à la vie, à la condition humaine, au regard potentiellement rempli de préjugés que l’aveuglement était censé leur avoir ôté. Un hymne à la différence finalement aveugle à celle-ci. Un film  redondant, didactique, qui sous-estime l’intelligence du spectateur, qui s’égare et nous égare par la prétention de son discours dont il n’arrive pas à la hauteur, aveuglé par celui-ci.  Mereilles se prend pour Ionesco sans avoir le talent à l’échelle immense de la gravité du propos mais « Blindness » n’est pas « Rhinocéros », évidemment pas. Relisez plutôt ce dernier.

    La salle a froidement accueilli le film dont je serais très surprise qu’il figure au palmarès…même s’il pourrait s’inscrire dans la lignée de certains « Grand Prix » pour la radicalité du propos. Est-ce là la marque de ce « nouvel épisode »  du Festival de Cannes qu’a évoqué Sean Penn et que souligne peut-être la présence de Claude Lanzmann? A suivre au prochain épisode sur « In the mood for Cannes ».

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    Photo du Jury (ci-dessus) par "In the mood for Cannes"
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    Vous pouvez revoir la cérémonie d'ouverture sur l'excellent site de Canal plus consacré à ce 61ème Festival: cliquez ici.

    Sandra.M

  • Le programme détaillé du 61ème Festival de Cannes

    Compétition et film de clôture (Grand Théâtre Lumière sur invitation)

    Je vous rappelle que tous ces films repassent en "séances du lendemain" dans la salle du soixantième (voir les horaires en bas de cette note), accessible sur badge (professionnel ou presse) uniquement, donc sans invitations.

    MER/WED 14 

     19.15 Cérémonie d’ouverture : 23.30 BLINDNESS 1h58 de Fernando Meirelles

    JEU/THU 15

     8.30 - 16.30 LEONERA 1h53 de Pablo Trapero

    14.00 - 22.00 WALTZ WITH BASHIR 1h27 (Valse avec Bashir) de Ari Folman

    VEN/FRI 16

    8.30 - 14.30 UN CONTE DE NOËL 2h30 19.00 de Arnaud Desplechin

    12.00 - 22.30 ÜÇ MAYMUN 1h49 (Les Trois Singes) de Nuri Bilge Ceylan

    SAM/SAT 17

     8.30 - 22.00 LINHA DE PASSE 1h48 de Walter Salles, Daniela Thomas

    16.00 ER SHI SI CHENG JI 1h52 (24 City) de Jia Zhangke

    DIM/SUN 18

     8.30 - 22.00 GOMORRA 2h15 de Matteo Garrone

    16.30 SERBIS 1h30de Brillante Mendoza

    LUN/MON 19

    9.00 - 13.00 LE SILENCE DE LORNA 1h45 19.00 de Jean-Pierre et Luc Dardenne

    22.00 TWO LOVERS 1h40 de James Gray

    MAR/TUE 20

     8.30 - 12.00 CHANGELING 2h21 19.30 (L’Échange) de Clint Eastwood

    16.00 DELTA 1h32 de Kornél Mundruczó

    MER/WED 21

    16.00 LA MUJER SIN CABEZA 1h27de Lucrecia Martel

    18.30 CHE 4h28 de Steven Soderbergh

    JEU/THU 22

     8.30 - 14.30 LA FRONTIÈRE DE L’AUBE 1h46 19.30 de Philippe Garrel

    11.30 - 22.30 ADORATION 1h40 de Atom Egoyan

    VEN/FRI 23

     8:30 - 19.30 SYNECDOCHE, NEW YORK 2h04 de Charlie Kaufman

    11.30 - 22.30 IL DIVO 1h50 de Paolo Sorrentino

    16.30 MY MAGIC 1h15 de Eric Khoo

    SAM/SAT 24

    8.30 - 16.00 ENTRE LES MURS 2h08 de Laurent Cantet

    19.30 PALERMO SHOOTING 2h04 (Rendez-vous à Palerme) de Wim Wenders

    DIM/SUN 25

    19.30 Cérémonie de clôture

    23.00 WHAT JUST HAPPENED? H.C. 1h46 de Barry Levinson

    HORS COMPÉTITION ET SÉANCES DE MINUIT

    (GRAND THÉÂTRE LUMIÈRE SUR INVITATION)

    SÉANCES SPÉCIALES

    (SALLE DEBUSSY / SALLE DU SOIXANTIÈME / SALLE BUÑUEL BADGE)

    En présence de l’équipe du film / Film crews in attendance

    JEU/THU 15

    11.15 - 19.30 KUNG FU PANDA 1h35 de Mark Osborne, John Stevenson

    SAM/SAT 17

     11.30 - 19.30 VICKY CRISTINA BARCELONA 1h36 de Woody Allen

    00.15 THE CHASER 2h03 de Na Hong-jin

    DIM/SUN 18

    13.00 - 19.00 INDIANA JONES AND THE KINGDOM OF THE CRYSTAL SKULL 2h03 (Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal) de Steven Spielberg

    LUN/MON 19

    16.00 SÉANCE HOMMAGE À MANOEL DE OLIVEIRA 1h00

    MAR/TUE 20

     23.30 MARADONA BY KUSTURICA 1h30 de Emir Kusturica

    MER/WED 21

    23.45 SURVEILLANCE 1h38 de Jennifer Lynch

    SAM/SAT 24

     11.30 - 22.30 THE GOOD, THE BAD, THE WEIRD 2h00 (Le Bon, la Brute, le Cinglé) de Kim Jee-woon

    VEN/FRI 16

    19.15 THE THIRD WAVE de Alison Thompson 1h34

    Séance du Président en présence de Sean Penn Salle du Soixantième

    SAM/SAT 17

     20.00 C’EST DUR D’ÊTRE AIMÉ PAR DES CONS 1h58 de Daniel Leconte Salle Buñuel

    DIM/SUN 18

    22.00 ASHES OF TIME REDUX 1h33 de Wong Kar Wai Salle Debussy

    LUN/MON 19

     19.15 SANGUEPAZZO (Une Histoire italienne) 2h28 de Marco Tullio Giordana Salle du Soixantième

    MAR/TUE 20

     19.45 ROMAN POLANSKI: WANTED AND DESIRED 1h39 de Marina Zenovich Salle du Soixantième

    22.00 OF TIME AND THE CITY 1h12 de Terence Davies Salle du Soixantième

    JEU/THU 22

    14.30 LEÇON DE CINÉMA de Quentin Tarantino Salle Debussy

    VEN/FRI 23

    19.45 CHELSEA ON THE ROCKS 1h24 de Abel Ferrara Salle du Soixantième

    UN CERTAIN REGARD

    (SALLE DEBUSSY BADGE)

    film concourant pour la Caméra d’Or /Les films en V.O. langue étrangère sont présentés  avec sous-titres français. 

    JEU/THU 15

     14.00 - 19.30 HUNGER Ouverture 1h40 de Steve McQueen

    11.00 - 22.00 TOKYO! 1h50 de Bong Joon Ho, Leos Carax, Michel Gondry

    VEN/FRI 16

    11.00 - 17.00 SOI COWBOY 1h57 de Thomas Clay

    14.30 MILH HADHA AL-BAHR 1h49 (Le Sel de la mer) de Annemarie Jacir

    22.00 TYSON 1h30 de James Toback

    SAM/SAT 17

     11.00 - 17.00 WOLKE 9 1h38 de Andreas Dresen

    14.00 JE VEUX VOIR 1h15 de Joana Hadjithomas, Khalil Joreige

    22.00 TOKYO SONATA 1h59 de Kurosawa Kiyoshi

    DIM/SUN 18

     11.00 - 17.00 LA VIE MODERNE 1h28 de Raymond Depardon

    14.00 AFTERSCHOOL 2h02 de Antonio Campos

    LUN/MON 19

    11.00 - 17.00 VERSAILLES 1h53  de Pierre Schoeller

    14.00 DE OFRIVILLIGA 1h38 (Involontaires) de Ruben Östlund

    MAR/TUE 20

     11.00 - 17.00 LOS BASTARDOS 1h30 de Amat Escalante

    14.00 - 22.00 JOHNNY MAD DOG 1h37 de Jean-Stéphane Sauvaire

    MER/WED 21

     11.00 - 16.30 O’ HORTEN 1h30 de Bent Hamer

    14.00 A FESTA DA MENINA MORTA 1h55 (La Fête de la fille morte) de Matheus Nachtergaele

    JEU/THU 22

     11.00 - 17.00 OCEAN FLAME 2h10 de Liu Fen Dou

    22.00 WENDY AND LUCY 1h20 de Kelly Reichardt

    VEN/FRI 23

    11.00 - 17.00 TULPAN 1h40 de Sergey Dvortsevoy

    14.00 - 22.00 TING CHE 1h52 (Parking) de Chung Mong Hong

    SAM/SAT 24

     20.00 Clôture - Palmarès et projection du film primé

    SÉANCES DU LENDEMAIN

    JEU/THU 15

    12.00 S BLINDNESS de Fernando Meirelles 1h58

    VEN/FRI 16

    12.00 S KUNG FU PANDA de M. Osborne, J. Stevenson 1h35

    14.00 S WALTZ WITH BASHIR (Valse avec Bashir) de Ari Folman 1h27

    15.00 B HUNGER de Steve McQueen 1h40

    16.00 S LEONERA de Pablo Trapero 1h53

    17.00 B TOKYO! de Bong Joon Ho, Leos Carax, Michel Gondry 1h50

    SAM/SAT 17

    11.45 S TYSON de James Toback 1h30

    13.15 B TYSON de James Toback 1h30

    13.45 S ÜÇ MAYMUN (Les Trois Singes) de Nuri Bilge Ceylan 1h49

    15.15 B SOI COWBOY de Thomas Clay 1h57

    16.00 S UN CONTE DE NOËL de Arnaud Desplechin 2h30

    22.00 S MILH HADHA AL-BAHR de Annemarie Jacir 1h49

    DIM/SUN 18

     12.30 S ER SHI SI CHENG JI (24 City) de Jia Zhangke 1h52

    13.00 B TOKYO SONATA de Kurosawa Kiyoshi 1h59

    14.45 S VICKY CRISTINA BARCELONA de Woody Allen 1h36

    15.15 B JE VEUX VOIR de Joana Hadjithomas, Khalil Joreige 1h15

    16.45 S TOKYO SONATA de Kurosawa Kiyoshi 1h59

    17.00 B WOLKE 9 de Andreas Dresen 1h38

    19.00 S LINHA DE PASSE de Walter Salles, Daniela Thomas 1h48

    21.00 S THE CHASER de Na Hong-jin 2h03

    LUN/MON 19

     11.15 S GOMORRA de Matteo Garrone 2h15

    13.30 B LA VIE MODERNE de Raymond Depardon 1h28

    14.00 S SERBIS de Brillante Mendoza 1h30

    15.30 B AFTERSCHOOL de Antonio Campos 2h02

    16.00 S INDIANA JONES… de Steven Spielberg 2h03

    MAR/TUE 20

     12.00 S TWO LOVERS de James Gray 1h40

    14.00 S LE SILENCE DE LORNA de J.-P. et L. Dardenne 1h45

    15.00 B VERSAILLES de Pierre Schoeller 1h53

    16.15 S ASHES OF TIME REDUX de Wong Kar Wai 1h33

    17.15 B DE OFRIVILLIGA de Ruben Östlund 1h38

    MER/WED 21

     11.30 S CHANGELING (L’Échange) de Clint Eastwood 2h21

    14.00 S DELTA de Kornél Mundruczó 1h32

    15.00 B LOS BASTARDOS de Amat Escalante 1h30

    16.00 S MARADONA BY KUSTURICA de Emir Kusturica 1h30

    17.00 B JOHNNY MAD DOG de Jean-Stéphane Sauvaire 1h37

    JEU/THU 22

     11.15 S LA MUJER SIN CABEZA de Lucrecia Martel 1h27

    13.15 S CHE de Steven Soderbergh 4h28

    15.00 B O’ HORTEN de Bent Hamer 1h30

    17.00 B A FESTA DA MENINA MORTA de M. Nachtergaele 1h55

    18.15 S A FESTA DA MENINA MORTA de M. Nachtergaele 1h55

    22.00 S SURVEILLANCE de Jennifer Lynch 1h38

    VEN/FRI 23

     14.15 S ADORATION de Atom Egoyan 1h40

    15.00 B OCEAN FLAME de Liu Fen Dou 2h10

    16.15 S LA FRONTIÈRE DE L’AUBE de Philippe Garrel 1h46

    17.30 B WENDY AND LUCY de Kelly Reichardt 1h20

    SAM/SAT 24

     11.00 B TULPAN de Sergey Dvortsevoy 1h40

    11.30 S SYNECDOCHE, NEW YORK de Charlie Kaufman 2h04

    13.00 B TING CHE (Parking) de Chung Mong Hong 1h52

    14.00 S IL DIVO de Paolo Sorrentino 1h50

    16.15 S MY MAGIC de Eric Khoo 1h15

    Pour le programme des courts-métrages, de la Cinéfondation et du Cinéma de la plage (dans les 3 cas accessibles sur badge) et pour télécharger l'intégralité de ce programme, rendez-vous sur:

     http://www.festivalcannes.fr/assets/Pdf/General/pdf-9141.pdf

  • Compositions des jurys du 61ème Festival de Cannes

    Je précise au préalable que toutes ces informations résultent de la conférence de presse du Festival de Cannes de ce 23 Avril et que ces informations seront prochainement enrichies et annoncées sur ce blog dès leur proclamation.

    Jury des longs métrages du 61ème Festival de Cannes

    Le Jury des longs métrages: est un jury officiel international composé d'un Président et de personnalités du cinéma (artistes, réalisateurs, acteurs, écrivains, intellectuels...). Il établit le Palmarès des longs métrages en Compétition et décerne lors de la cérémonie de clôture : la Palme d'or, le Grand Prix, les Prix d'interprétation féminine et masculine, le Prix de la mise en scène, le Prix du scénario et le Prix du Jury.

    Sean PENN, Président

    (Acteur, réalisateur, scénariste américain)

    Sergio CASTELLITTO (Acteur, réalisateur, scénariste italien)

    Natalie PORTMAN (Actrice israélo-américaine)

    Alfonso CUARON (Réalisateur mexicain)

    Apichatpong WEERASETHAKUL (Réalisateur thaïlandais)

    Alexandra Maria LARA (Actrice allemande)

    Rachid BOUCHAREB (Réalisateur français)

    Ajouts du 1er Mai 2008:

    -Jeanne BALIBAR (actrice Française)

    -MARJANE SATRAPI (Auteur-réalisatrice)

    Jury de la Cinéfondation et des courts métrages du 61ème Festival de Cannes

    Le Jury de la Cinéfondation et courts métrages: est un jury officiel international composé d'un Président et de quatre personnalités du cinéma. Il décerne la Palme d'or du court métrage et récompense les trois meilleurs films de la Cinéfondation.

    HOU Hsiao Hsien, Président

    (Réalisateur et producteur taïwanais)

    Suzanne BIER (Réalisatrice danoise)

    Marina HANDS (Actrice française)

    Olivier ASSAYAS (Réalisateur français)

    Larry KARDISH (Conservateur du département cinéma du MoMA, américain)

    Jury Un Certain Regard du 61ème Festival de Cannes

    Le Jury Un Certain Regard: est composé d’un président entouré de journalistes et de professionnels. Il décerne le Prix Un Certain Regard au meilleur film et a de plus la possibilité de distinguer deux autres films.

    Fatih AKIN, Président

    (Réalisateur allemand)

    Ajout du 7 Mai:

    Fatih Akin présidera le Jury Un Certain Regard du Festival de Cannes. Réalisateur, scénariste et producteur allemand, Fatih Akin a reçu le Prix du scénario lors du 60e Festival de Cannes pour De l’Autre Côté.

    Il sera entouré pour remettre le Prix Un Certain Regard de la journaliste indienne Anupama Chopra (New Delhi Television), de la journaliste russe Catherine Mtsitouridze (1ère chaîne nationale russe), du critique Egyptien Yasser Moheb (Al Ahram Hebdo) et de José Maria Prado, Directeur de la Filmoteca Española.

    Le Prix Un Certain Regard est décerné chaque année par son jury lors de la clôture du Certain Regard, qui a lieu salle Debussy, la veille du Palmarès officiel. Il est parrainé par la Fondation Groupama-Gan pour le cinéma.

    Jury Caméra d’or

    Le Jury de la Caméra D’Or: depuis 1978, ce Jury indépendant décerne le Prix de la Caméra d'Or au meilleur premier film de toutes les sélections (Sélection officielle, Quinzaine des Réalisateurs ou Semaine Internationale de la Critique). Ce jury est composé d'un Président désigné par le Conseil d'Administration du Festival et de réalisateurs, techniciens et critiques français et étrangers désignés par leurs organisations professionnelles respectives.

    Bruno DUMONT, Président

    (Réalisateur français)

  • "What just happened" de Barry Levinson en clôture du 61ème Festival de Cannes

    1917637269.jpgAlors que "Indiana Jones 4" devrait faire l'ouverture de ce Festival de Cannes 2008, c'est "What just happened", une comédie dramatique de Barry Levinson (Rain Man, Des Hommes d'influence, Bugsy...) qui fera la clôture du 61ème Festival de Cannes.

     Dans ce film dans lequel jouent également Sean Penn, Bruce Willis, Stanley Tucci, John Torturro, Kristen Stewart, Catherine Keener, Robin Wright Penn, Robert De Niro interprète un producteur indépendant vieillissant qui tente de donner un nouveau souffle à sa carrière et ce malgré les humiliations fréquentes dont il fait l'objet à Hollywood.

  • "Into the wild" de Sean Penn (président du Festival 2008): une quête de vérité bouleversante

    Voici la première critique consacrée au Président du Festival de Cannes 2008, Sean Penn (voir l'article précédent consacré au président du Festival 2008), avec "Into the wild", la dernière réalisation de l'acteur-réalisateur. D'autres suivront bientôt et bien sûr à l'image de l'an passé, toutes les informations concernant ce Festival de Cannes 2008 vous seront communiquées au fur et à mesure de leur annonce... Les articles sur "In the mood for Cannes" vont donc prochainement s'intensifier et devenir de nouveau quotidiens.

    f974babb100e87a39f2094f4bfe3ede1.jpgQuel voyage saisissant ! Quelle expérience envoûtante ! A la fois éprouvante et sublime. Je devrais commencer par le début avant d’en venir à mes impressions mais elles étaient tellement fortes que parmi toutes ces sensations puissantes et désordonnées suscitées par ce film, c’était ce qui prévalait, cette impression pas seulement d’avoir vu un film mais d’avoir effectué un voyage, un voyage en moi-même, et d’avoir vécu une véritable expérience sensorielle. Depuis que j’ai vu ce film, hier, il me semble penser à l’envers, du moins autrement, revenir moi aussi (plutôt, moi seulement, certains n’en reviennent pas) d’un voyage initiatique bouleversant.

    Mais revenons au début, au jeune Christopher McCandless, 22 ans, qui reçoit son diplôme et avec lui le passeport pour Harvard, pour une vie tracée, matérialiste, étouffante. Il décide alors de tout quitter : sa famille, sans lui laisser un seul mot d'explication, son argent, qu’il brûle, sa voiture, pour parcourir et ressentir la nature à pied, et même son nom pour se créer une autre identité. Et surtout sa vie d’avant. Une autre vie. Il va traverser les Etats-Unis, parcourir les champs de blé du Dakota, braver les flots agités du Colorado, croiser les communautés hippies de Californie, affronter le tumulte de sa conscience pour atteindre son but ultime : l’Alaska, se retrouver « into the wild » au milieu de ses vastes étendues grisantes, seul, en communion avec la nature.

    Dès les premières secondes la forme, qui attire d’abord notre attention, épouse intelligemment le fond. Des phrases défilent sur l’écran sur des paysages vertigineux, parce que ce sont les deux choses qui guident Christopher : l’envie de contempler la nature, de se retrouver, en harmonie avec elle et la littérature qui a d’ailleurs en partie suscité cette envie, cette vision du monde. Jack London. Léon Tolstoï.  Et en entendant ces noms, je commence à me retrouver en territoires connues, déjà troublée par ce héros si différent et si semblable. Influencé par Henry David Thoreau aussi, connu pour ses réflexions sur une vie loin de la technologie…et pour la désobéissance civile.

    Puis avec une habileté déconcertante et fascinante Sean Penn mélange les temporalités ( instants de son enfance, sa vie en Alaska, seul dans un bus au milieu de paysages sidérants de beauté) et les rencontres marquantes de son périple, les points de vue (le sien, celui de sa sœur), les fonctions de la voix off (lecture, citations, impressions)brouillant nos repères pour en créer d’autres, trouver les siens, transgressant les codes habituelles de la narration filmique, s’adressant même parfois à la caméra, à nous, nous prenant à témoin, nous interpellant, nous mettant face à notre propre quête. De bonheur. De liberté. Et surtout : de vérité.

    Au travers de ces différentes étapes,  nous le découvrons, ainsi que ce qui l’a conduit à effectuer ce périple au bout de lui-même en même temps que lui chemine vers la réconciliation avec lui-même, avec son passé, avec son avenir. En phase avec l’instant, l’essentiel, le nécessaire. Un instant éphémère et éternel. Carpe diem. Au péril de sa vie, au péril de ceux qui l’aiment. Mais c’est sa vérité. Paradoxale : égoïste et humaniste. 

     Comme son protagoniste, la réalisation de Sean Penn est constamment au bord du précipice, à se faire peur, à nous faire peur mais jamais il ne tombe dans les écueils qu’il effleure parfois : celui d’un idéalisme aveugle et d’un manichéisme opposant la nature innocente et noble à la société pervertie. Non : la nature est parfois violente, meurtrière aussi, et sa liberté peut devenir étouffante, sa beauté peut devenir périlleuse. Et la mort d’un élan la plus grande tragédie d’une vie. De sa vie. La fin d’un élan, de liberté.

    « Into the wild » fait partie de ces rares films qui vous décontenancent et vous déconcertent d’abord,  puis vous intriguent et vous ensorcellent ensuite progressivement, pour vous emmener vous aussi bien au-delà de l’écran, dans des contrées inconnues, des territoires inexplorées ou volontairement occultées, même en vous-même. Avec le protagoniste, nous éprouvons cette sensation de liberté absolue, enivrante. Ce désir de simplicité et d’essentiel, cette quête d’un idéal. D’un chemin particulier et singulier ( C’est une histoire vraie, Christopher McCandless a réellement existé, son histoire a inspiré « Voyage au bout de la solitude » du journaliste américain Jon Krakauer) Sean Penn écrit une histoire aux échos universels . Un chemin au bout de la passion, au bout de soi, pour se (re)trouver. Pour effacer les blessures de l’enfance. Et pour en retrouver la naïveté et l’innocence.

    2H27 pour vivre une renaissance. Enfance. Adolescence. Famille. Sagesse. Au fil de ses rencontres, magiques, vraies, il se reconstitue une famille. Chaque rencontre incarne un membre de sa famille, l’autre, celle du cœur : sa mère, son père, sa sœur.  Sur chaque personnage Sean Penn porte un regard empli d’empathie, jamais condescendant  à l’image de cette nature. A fleur de peau. Sauvage. Blessée. Ecorchée vive.

    La photographie du célèbre et talentueux Eric Gautier révèle la beauté et la somptuosité mélancolique de la nature comme elle révèle Christopher à lui-même, confrontant l’intime au grandiose. La bande originale poignante  composée par Eddie Vedder du groupe « Pearl Jam » contribue à cette atmosphère sauvage et envoûtante, il a d’ailleurs obtenu le Golden Globe 2008 de la meilleure chanson. Et puis évidemment Emile Hirsch d’une ressemblance troublante avec Leonardo Di Caprio (Sean Penn avait d’ailleurs pensé à lui pour le rôle), par son jeu précis et réaliste, par sa capacité à incarner ce personnage à tel point qu’il semble vraiment exister, vibrer, vivre, mourir et renaître, sous nos yeux, est indissociable à la réussite de ce film.

    Avec ce quatrième long-métrage (après « The Indian Runner », « Crossing guard », « The pledge ») Sean Penn signe (il a aussi écrit le scénario) un film magistralement écrit, mis en scène (avec beaucoup de sensibilité, d’originalité et de sens) et mis en lumière, magistralement interprété, un road movie animé d’un souffle lyrique, un road movie tragique et lumineux, atypique et universel. 

     Vous ne ressortirez ni  indifférents, ni indemnes. Ce film va à l’essentiel, il vous bouscule et vous ensorcelle, il vous embarque bien au-delà de l’écran, dans sa quête d’absolu, de liberté, de bonheur. Un voyage aux confins du monde,  de la nature, un voyage aux confins  de l'être, de vous-même… Un film d’auteur. Un très grand film. D'un très grand auteur. Qui se termine sur des battements de cœur. Celui du héros qui renait. Au cœur de la vérité.

    Voilà qui est de très bon augure pour ce 61ème Festival de Cannes dont Sean Penn présidera le jury. De belles surprises en perspective…

    Sandra.M