En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Blog créé en 2003 par Sandra Mézière, romancière. Blog cinéma sur les éditions passées du Festival de Cannes. Et le Festival de Cannes 2026 en direct ici. Pour l'actualité cinéma quotidienne et mon actualité d'auteure : Inthemoodforcinema.com.
Ce film raconte la vie d’un village libanais dans lequel les femmes s’évertuent à protéger le village et leurs familles des menaces extérieures et surtout des dissensions religieuses. Chrétiens et musulmans y vivent en effet en bonne entente mais cette entente est très fragile et le fruit de la détermination sans failles des femmes du village, faisant tout pour distraire les hommes et les empêcher de se haïr ou de trouver le moindre prétexte à leur haine. Comme une mine prête à exploser à tout instant.
Nadine Labaki mêle gravité et légèreté et les styles (comédie musicale, comédie, drame) passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante pour ne nous dire qu’une seule chose qu’elle le chante, le crie ou le pleure : cessez cette haine meurtrière absurde.
« Et maintenant on va où » parle de la nécessité absurde mais finalement rassurante (car devenant un mode d’expression voire de distraction ou d’identification) d’appartenir à un camp, de s’exprimer par la violence qui peut surgir à tout instant et briser l’harmonie.
Une utopie enchantée, une fable parfois douloureuse et une démonstration par l’absurde maligne et efficace. Le tout servi par des actrices remarquables (à commencer par la réalisatrice elle-même) et une lumière chaleureuse rendant hommage à ces dernières et à la beauté du Liban.
Et un plan de la fin qui fait joliment et dramatiquement écho à celui du début illustrant l’insoluble question du titre. Je vous reparlerai plus longuement de ce film que je vous recommande d’ores et déjà.
C'est le film russe "Elena" d'Andrei Zviaguintsev qui fera la clôture de la section Un Certain Regard, le samedi 21 mai. Andreï Zviaguintsev était en compétition à Cannes en 2007 avec "Le Bannissement".
Synopsis d' "Elena": Elena et Vladimir forment un couple d’un certain âge. Ils sont issus de milieux sociaux différents. Vladimir est un homme riche et froid, Elena une femme modeste et docile. Ils se sont rencontrés tard dans la vie et chacun a un enfant d’un précédent mariage. Le fils d’Elena, au chômage, ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa propre famille et demande sans cesse de l’argent à sa mère. La fille de Vladimir est une jeune femme négligente, un peu bohème, qui maintient son père à distance. Suite à un malaise cardiaque, Vladimir est hospitalisé. A la clinique, il réalise qu’il pourrait mourir prochainement. Un moment bref mais tendre, partagé avec sa fille le conduit à une décision importante : c’est elle qui héritera de toute sa fortune. De retour à la maison, Vladimir l’annonce à Elena. Celle-ci voit soudain s’effondrer tout espoir d’aider financièrement son fils. La femme au foyer timide et soumise élabore alors un plan pour offrir à son fils et ses petits-enfants une vraie chance dans la vie. comes up with a plan to give her son and grandchildren a real chance in life.
Je vous annonçais tout à l'heure que ce film ferait l'ouverture de la section Un Certain Regard 2011. Vous pourrez bien entendu en trouver la critique sur ce blog. En attendant, voici la bande-annonce.
Décidément cette sélection 2011 se confirme comme celle d'un cru d'exception. La composition de la sélection officielle sera annoncée demain, à 11H, et je vous rappelle que je serai en direct de la conférence de presse que vous pourrez suivre sur http://twitter.com/moodforcannes et dont vous pourrez retrouver mon compte rendu ici demain.
Voici le communiqué de presse du festival:
Le film RESTLESS de Gus Van Sant fera l’ouverture de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes le jeudi 12 mai au soir.
Produit par Columbia Pictures, Imagine Entertainment et 360 Pictures, le film explore la relation de deux adolescents, incarnés dans le film par Mia Wasikowska et Henry Hooper
Gus Van Sant a reçu la Palme d’or en 2003 pour Elephant et le prix du 60e anniversaire pour Paranoïd Park (2007). Il avait été sélectionné pour la première fois au Festival de Cannes en 1995 avec To Die for (Prête à tout).
Un Certain Regard présente chaque année en sélection officielle une vingtaine de films. Le président du jury, Emir Kusturica, décernera le Prix Un Certain Regard le 21 mai prochain.
La composition de la sélection officielle sera annoncée jeudi 14 avril.
C'est dans la catégorie "Un Certain Regard" qu'était présenté cette année le très attendu « Les Amours imaginaires » de Xavier Dolan (titre qui aurait d’ailleurs très bien pu convenir au premier film précité) après son arrivée explosive dans le monde du 7ème art avec « J’ai tué ma mère », film qu’il avait réalisé à 17 ans, présenté l’an passé à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs où il avait obtenu trois prix, film que j’avais ignominieusement manqué. La rencontre de ces amours imaginairesétait donc aussi pour moi celle avec l’univers de Xavier Dolan.
Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) sont tous deux amis et épris du même jeune homme rencontré lors d’une soirée, Nicolas (Niels Schneider), et tous les deux bien déterminés à le conquérir, analysant, interprétant, scrutant obsessionnellement le moindre geste ou comportement de leur (obscur) objet du désir.
Dès les premiers plans se dégage de ce film un charme irrésistible et surtout un ton, un style qui font souffler un vent d’air frais et revigorant sur le cinéma actuel. Xavier Dolan est un vrai cinéphile et son film regorge de références cinématographiques (entre les ralentis langoureux et poétiques à la Wong Kar Waï, les couleurs chatoyantes et la fantaisie jubilatoire à la Almodovar, les plans de dos à la Gus Van Sant, les références à la Nouvelle Vague, au « Mépris » de Godard, un trio à la « Jules et Jim » de Truffaut ou encore des confessions face caméra qui rappellent Woody Allen) mais aussi picturales (Boticelli, Michel Ange) ou littéraire (Musset…).
Que de brillantes références me direz-vous. Tout cela aurait pu donner un film présomptueux mais Xavier Dolan, d’une part, a su assimiler toutes ces références pour créer son propre univers et d’autre part, y apporter une légèreté masquant savamment la mélancolie sous-jacente (que ne faut-il pas avoir souffert en amour pour faire preuve d’une telle maturité et clairvoyance à seulement 21 ans!), que ce soit par les dialogues, légèrement précieux, souvent hilarants, toujours caustiques ou le jeu des comédiens (à commencer par lui-même mais surtout celui de Monia Chokri absolument irrésistible).
La caméra de Xavier Dolan est au plus près des visages, ignorant le plus souvent le cadre spatial à l’image de cet amour obsédant qui rend Marie et Francis aveugles au monde qui les entoure. La mise en scène non seulement épouse le propos du film mais devient un élément scénaristique : puisque Marie et Francis se « font des films » (l’un se prenant pour James Dean, l’autre pour Audrey Hepburn), et sont enivrés par leur fantasmagorie amoureuse, par ce destructeur et grisant vertige de l’idéalisation amoureuse, le film en devient lui-même un vertige fantasmatique. Cette soirée aux images syncopées rappelle ce vertige à la fois grisant et déstabilisant, ce manège qui rend si floue la frontière entre enchantement et désenchantement, rêve et illusion. Marie et Francis sont amoureux d’une chimère, d’une image, d’un idéal, d’une illusion, de l’amour même qui prend ici les traits d’un bellâtre ambigu aux allures de Dieu Grec. L’histoire de notre trio est entrecoupée de « témoignages » face caméra de style documentaire de victimes d’illusions amoureuses, là aussi irrésistibles.
Xavier Dolan a aussi en commun avec quelques uns des plus brillants réalisateurs auxquels il se réfère une bande originale particulièrement soignée, à l’image du film, mêlant modernité, et titres plus anciens, et musique classique : de Dalida qui reprend « Bang Bang » à Indochine jusqu’à « The Knife », « Fever Ray », « Vive la fête » en passant par Bach qui rappelle mélodieusement la douleur de ces irrépressibles et irrationnels élans amoureux, de ces amours qui rongent et enragent.
Xavier Dolan est un véritable chef d’orchestre qui mêle les couleurs, les références les arts, un prodige du cinéma (à la fois monteur, scénariste, producteur, acteur, s’occupant aussi des costumes) faisant à la fois preuve de l’inventivité et de l’audace de sa jeunesse mais aussi d’une étonnante maturité. Déclaration d’amour au cinéma, déclaration de désespoir d’un amoureux désillusionné sous des allures de fable burlesque et hilarante, « Les amours imaginaires » est un film mélancoliquement caustique.
Xavier Dolan signe là une fantasmagorie pop, poétique sur la cristallisation amoureuse, sur ces illusions exaltantes et destructrices, sublimes et pathétiques un film enivrant et entêtant comme un amour imaginaire… sans les effets secondaires. A prescrire donc et à très haute dose !
Il vous faudra attendre le 29 septembre 2010 pour découvrir ce petit bijou cinématographique, alors en attendant, vous pouvez toujours regarder la bande-annonce (voir dans note ci-dessous)… Je vous en reparlerai. J’ai vu ce film il y a deux jours et je ne cesse d’y repenser… Beaucoup d’autres belles surprises cinématographiques pour moi au programme de ce Festival Paris Cinéma, je vous en parlerai ultérieurement, notamment de « Ondine » de Neil Jordan mais aussi des films en compétition, pour l’instant d’un haut niveau également. Si vous êtes cinéphiles et à Paris, je vous recommande vivement ce festival…
Hier l'événement c'était la projection de « Socialisme » de Jean-Luc Godard, en sélection Un Certain Regard. 50 ans après « A bout de souffle », 42 ans après avoir sabordé le festival (en mai 1968), Godard reste un cinéaste incontournable à la modernité et l'inventivité peu égalées.
A près de 80 ans le cinéaste n'a finalement pas fait le déplacement précisant : "suite à des problèmes grecs, je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Amicalement, Jean-Luc Godard.", la Grèce d'ailleurs très présente dans ce nouveau long-métrage, une symphonie divisée en trois temps, trois mouvements : « Des choses comme ça », « Notre Europe », « Nos humanités ».
La première partie se déroule en Méditerranée sur un paquebot sur lequel se croisent de multiples langues et de multiples conversations entre des passagers presque tous en vacances parmi lesquels : un vieil homme ancien criminel de guerre, un philosophe français (Alain Badiou), une chanteuse américaine (Patti Smith), un ambassadeur de Palestine, un ancien agent double... Dans la deuxième partie qui se déroule dans un garage, deux enfants demandent des explications sérieuses à leurs parents sur les thèmes de liberté, égalité et fraternité. Enfin, dans la dernière partie intitulée « nos humanités », c'est la visite de six lieux de vraies/fausses légendes : Egypte, Palestine, Odessa, Hellas, Naples et Barcelone.
Définition du socialisme : « Le socialisme est un type d'organisation sociale basé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production opposition au capitalisme. Le mouvement socialiste recherche une justice sociale, condamne les inégalités sociales et l'exploitation de l'homme par l'homme, défend le progrès social, et prône l'avènement d'une société égalitaire, sans classes sociales. »
Intituler un film socialisme, quel ambitieux projet donc ! Un mot malmené, galvaudé, parfois souillé par l'Histoire. Dans la première partie sur le paquebot de croisière tantôt fascinante et effrayante, avec certaines images d'une beauté à couper le souffle, Godard nous montre une société de l'uniformisation qui aliène plus qu'elle rend libre, qui rend esclave plus que maître de ses mouvements et pensées, indifférente aux autres et à leurs différences plus que solidaire et fraternelle. Bref, l'anti « liberté, égalité, fraternité ». Un mélancolique constat.
Les destinations desservies par le bateau seront celles évoquées dans la troisième partie : Barcelone, Naples, Odessa, la Palestine, l'Égypte, Hellas (la Grèce). Symboles à la fois de tragédies ou de richesses de l'humanité, symboles aussi de l'éternel et parfois triste recommencement de l'Histoire.
Dans la deuxième partie, plus linéaire, c'est l'histoire de la « famille Martin », la plus narrative. Le père et la mère veulent se présenter aux élections cantonales tandis qu'une équipe de télévision se trouve à leurs côtés et pendant que leurs enfants exigent d'être reconnus comme citoyen et dont le programme est. : « Avoir vingt ans. Avoir raison. Garder de l'espoir. Avoir raison quand votre gouvernement a tort. Apprendre à voir avant que d'apprendre à lire. ».
Comme toutes les œuvres de Godard (et a fortiori celle-ci) « Socialisme » pourra vous agacer ou vous ensorceler, peut-être alternativement les deux comme ce fut mon cas, en tout cas difficilement vous laisser indifférents. Et surtout à une époque où on nous sert de plus en plus des films comme des produits de consommation tout cuits dans lesquels la moindre réflexion est bannie, un film tel que celui-ci est une véritable jubilation. En ressort un vrai sentiment de liberté et de respect pour le spectateur à qui il revient de construire la « construction déconstruite » de Godard et de se faire sa propre interprétation dans ce magma d'images, de sons et de mots. Un magma dense et complexe parfois perturbant, parfois fascinant parsemé de petites touches de rouge pour rappeler que subsistent des parcelles de socialisme éparpillées.
Beaucoup plus proche de ses « Histoires de cinéma » que d' « A bout de souffle » ou du « Mépris » « Socialisme » est un poème désenchanté , lucide, parfois caustique, sur les illusions perdues personnelles ou politiques, un voyage dans notre Histoire et nos humanités, notre passé et notre présent avec des images d'une beauté troublante ou d'une âpreté déconcertante, parfois même drôles et surtout un film d'un grand auteur qui signe encore et toujours un cinéma irrévérencieux, singulier et inclassable d'une étonnante modernité qui nous apprend ou du moins nous incite « à voir » et à « garder espoir », malgré tout.
(Une critique évidemment trop courte et un simple résumé, faute de temps, pour ce film sin riche sur lequel je reviendrai donc)
Réactions dans la salle (projection du matin en salle Debussy) : Timides applaudissements (peu révélateurs néanmoins en l'absence du cinéaste).
Je fais aujourd'hui une petite incursion dans la sélection Un Certain Regard pour vous parler d'un des films les plus attendus de ce Festival de Cannes 2010 et aussi un de ceux que j'attends avec le plus d'impatience: "Socialisme" de Jean-Luc Godard. Titre riche de promesses, d'interrogations et à n'en pas douter propice à de belles et inventives idées godardiennes. En 2001, lors de mon premier Festival de Cannes, je découvrais son dernier film en compétition sur la Croisette "Eloge de l'amour" , un de mes meilleurs souvenirs cinématographiques cannois.
Du haut de ses 80 ans, à regarder ces trailers (en bas de l'article, les 6 trailers du film!) et ces images j'ai déjà l'impression que Godard nous donnera à voir l'un des films les plus jeunes et modernes de ce festival.
Après l'épisode Mail 1968 et le festival interrompu, notamment par Godard, il a fallu attendre 1980 et "Sauve qui peut /La vie" pour le retrouver en compétition à Cannes.
Dans "Socialisme", comme souvent chez Godard, sons, paroles, images se mélangent, le tout tourné dans plusieurs pays pour une oeuvre à n'en pas douter iconoclaste et surprenante. Alors, 50 ans après "A bout de souffle" une récompense cannoise pour Jean-Luc Godard?
Remarque: Anne-Marie Miéville, la compagne de Jean-Luc Godard, a coréalisé une partie du film.
Casting: Patti Smith, Elisabeth Vitali, Christian Sinniger...
Sortie en salles: le 19 mai 2010
Synopsis: Une symphonie en trois mouvements. Des choses comme ça : En Méditerranée, la croisière du paquebot. Multiples conversations, multiples langues entre des passagers presque tous en vacances... Notre Europe : Le temps d’une nuit, une grande sœur et son petit frère ont convoqué leurs parents devant le tribunal de leur enfance. Ils demandent des explications sérieuses sur les thèmes de liberté, égalité, fraternité. Nos humanités : Visite de six lieux de vraies/fausses légendes, Egypte, Palestine, Odessa, Hellas, Naples et Barcelone.
Films déjà présentés à Cannes par Jean-Luc Godard
2009 - PIERROT LE FOU - Cannes Classics Réalisation, Scénario
2009 - LOIN DU VIETNAM - Cannes Classics Réalisation
2005 - MOMENTS CHOISIS DES HISTOIRE(S) DU CINEMA - Cannes Classics Réalisation
2001 - ELOGE DE L'AMOUR - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
1997 - HISTOIRE(S) DU CINÉMA - Un Certain Regard Réalisation
1990 - NOUVELLE VAGUE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
1988 - HISTOIRES DU CINÉMA - Hors Compétition Réalisation
1987 - ARIA- En Compétition Réalisation
1985 - DÉTECTIVE - En Compétition Réalisation
1982 - PASSION- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
1982 - LETTRE A FREDDY BUACHE - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
1980 - SAUVE QUI PEUT/ LA VIE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
1977 - ICI ET AILLEURS - Sectin parallèle Réalisation
1976 - COMMENT CA VA - Section parallèle Réalisation
1970 - VENT D'EST - Section parallèle Réalisation
1962 - CLEO DE 5 A 7 - En Compétition Interprète
Filmographie de Jean-Luc Godard:
Cette filmographie reprend celle établie pour Jean-Luc Godard - Documents, publié en mai 2006 par le Centre Georges Pompidou à l'occasion de l'événement Jean-Luc Godard.
1955 : Opération ‘‘Béton’’
1956 : Une femme coquette
1957 : Tous les garçons s’appellent Patrick, ou Charlotte et Véronique
1958 : Une histoire d'eau (coréalisé avec François Truffaut)
1958 : Charlotte et son Jules
1960 : À bout de souffle (+ bande-annonce)
1960 : Le Petit Soldat (+ bande-annonce)
1961 : Bande-annonce de Lola de Jacques Demy
1961 : Une femme est une femme (+ bande-annonce)
1961 : La Paresse (épisode du film Les Sept Péchés capitaux)
1962 : Vivre sa vie. Film en douze tableaux (+ bande-annonce)
1962 : Le Nouveau Monde (épisode du film RoGoPaG)
1963 : Les Carabiniers (+ bande-annonce)
1963 : Le Grand Escroc (épisode du film Les Plus Belles Escroqueries du monde)
1963 : Le Mépris (+ bande-annonce)
1964 : Bande à part (+ bande-annonce)
1964 : Une femme mariée. Fragments d’un film tourné en 1964 (+ bande-annonce)
1965 : Montparnasse-Levallois. Un action film (épisode du film Paris vu par…)
1965 : Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (+ bande-annonce)
1965 : Pierrot le fou (+ bande-annonce)
1966 : Masculin féminin (+ bande-annonce)
1966 : Made in USA (+ bande-annonce)
1966 : 2 ou 3 choses que je sais d'elle (+ bande-annonce)
1967 : Anticipation (L’amour en l’an 2000) (épisode du film Le Plus Vieux Métier du monde)
1967 : Caméra-Œil (épisode du film Loin du Viêtnam)
1967 : Bande-annonce de Mouchette de Robert Bresson
1968 : Un film comme les autres (revendiqué a posteriori par le Groupe Dziga Vertov)
1968 : One American Movie (abandonné par le Groupe Dziga Vertov puis terminé par Richard Leacock et D.A. Pennebaker en 1971 sous le titre One P.M.)
1968 : One Plus One (distribué dans une version modifiée par le producteur sous le titre Sympathy for the Devil)
1969 : British Sounds (signé a posteriori par le Groupe Dziga Vertov)
1969 : Pravda (signé a posteriori par le Groupe Dziga Vertov)
1969 : Vent d’est (signé par le Groupe Dziga Vertov)
1970 : Luttes en Italie (Lotte in Italia) (signé par le Groupe Dziga Vertov)
1970 : Jusqu’à la victoire (Méthodes de pensée et de travail de la révolution palestinienne) (signé par le Groupe Dziga Vertov) (inachevé)
1970 : Vladimir et Rosa (signé par le Groupe Dziga Vertov)
1971 : Schick (coréalisé avec Jean-Pierre Gorin) (film publicitaire)
1972 : Tout va bien (coréalisé avec Jean-Pierre Gorin) (+ bande-annonce)
1972 : Letter to Jane : An Investigation About a Still (coréalisé avec Jean-Pierre Gorin)
1974 : Ici et ailleurs (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1975 : Numéro deux (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1976 : Comment ça va (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1976 : Six fois deux (Sur et sous la communication) (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1a : Y a personne
1b : Louison
2a : Leçons de choses
2b : Jean-Luc
3a : Photos et Cie
3b : Marcel
4a : Pas d’histoires
4b : Nanas
5a : Nous trois
5b : René(e)s
6a : Avant et après
6b : Jacqueline et Ludovic
1977 : Quand la gauche aura le pouvoir
1979 : France tour détour deux enfants (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1. Obscur/Chimie
2. Lumière/Physique
3. Connu/Géométrie/Géographie
4. Inconnu/Technique
5. Impression/Dictée
6. Expression/Français
7. Violence/Grammaire
8. Désordre/Calcul
9. Pouvoir/Musique
10. Roman/Économie
11. Réalité/Logique
12. Rêve/Morale
1979 : Scénario de Sauve qui peut (la vie). Quelques remarques sur la réalisation et la production du film
1979 : Sauve qui peut (la vie) (+ bande-annonce)
1980 : Une bonne à tout faire
1982 : Lettre à Freddy Buache. À propos d’un court-métrage sur la ville de Lausanne
1982 : Passion, le travail et l’amour : introduction à un scénario, ou Troisième état du scénario du film Passion
1982 : Passion (+ bande-annonce)
1982 : Scénario du film Passion
1982 : Changer d’image. Lettre à la bien-aimée (épisode de la série Le Changement à plus d’un titre)
1983 : Prénom Carmen (+ bande-annonce)
1983 : Petites notes à propos du film Je vous salue, Marie
1985 : Je vous salue, Marie (+ bande-annonce)
1985 : Détective
1985 : Soft and Hard. Soft Talk On a Hard Subject Between Two Friends (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1985 : Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma révélées par la recherche des acteurs dans un film de télévision publique d’après un vieux roman de J.H. Chase
1986 : Meetin' WA
1987 : Armide (épisode du film Aria)
1987 : Soigne ta droite. Une place sur la Terre
1987 : King Lear
1987 : On s'est tous défilés
1987 : Closed (deux séries de dix et sept films publicitaires)
1988 : Puissance de la parole
1988 : Le Dernier Mot (épisode de la série Les Français vus par…)
1988 : Histoire(s) du cinéma
1A : Toutes les histoires
1B : Une histoire seule
1989 : Le Rapport Darty
1990 : Nouvelle vague (+ bande-annonce)
1990 : Metamorphojean (série de cinq films publicitaires)
1990 : Pue Lulla (film publicitaire)
1991 : L'Enfance de l'art (épisode de la série Comment vont les enfants ?) (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1991 : Allemagne année 90 neuf zéro. Solitudes, un état et des variations
1991 : Pour Thomas Wainggai (épisode du film Écrire contre l’oubli) (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1992 : (Parisienne People)s (coréalisé avec Anne-Marie Miéville) (film publicitaire)
1993 : Hélas pour moi(+ bande-annonce)
1993 : Les enfants jouent à la Russie
1993 : Je vous salue Sarajevo
1995 : JLG/JLG. Autoportrait de décembre (+ bande-annonce)
1995 : Deux fois cinquante ans de cinéma français (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
1996 : Espoir/Microcosmos
1996 : Le monde comme il ne va pas
1996 : For Ever Mozart (+ bande-annonce)
1996 : Adieu au TNS
1996 : Plus Oh!
1998 : Histoire(s) du cinéma
1A : Toutes les histoires (nouvelle version)
1B : Une histoire seule (nouvelle version)
2A : Seul le cinéma
2B : Fatale beauté
3A : La Monnaie de l’absolu
3B : Une vague nouvelle
4A : Le Contrôle de l’Univers
4B : Les Signes parmi nous
1998 : The Old Place. Small Notes Regarding the Arts at Fall of 20th Century (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
2000 : L'Origine du XXIe siècle
2001 : Éloge de l'amour (+ bande-annonce)
2002 : Dans le noir du temps (épisode du film Ten Minutes Older : The Cello)
2002 : Liberté et patrie (coréalisé avec Anne-Marie Miéville)
2004 : Notre musique (+ bande-annonce)
2004 : Moments choisis des Histoire(s) du cinéma
2004 : Prière pour refusniks
2004 : Prière (2) pour refusniks
2006 : Reportage amateur (maquette expo)
2006 : Vrai faux passeport. Fiction documentaire sur des occasions de porter un jugement à propos de la façon de faire des films
2006 : Ecce homo
2006 : Une bonne à tout faire (nouvelle version)
2008 : TSR - Journal des réalisateurs : Jean-Luc Godard
2008 : Une catastrophe (bande-annonce de la Viennale 2008)
2010 : Maurice Schérer
2010 : Film Socialisme (en production) (+ bande-annonce)
Peut-être vous en souvenez-vous : en 2005 quelques jours avant le triomphe aux César de « Quand la mer monte » de Yolande Moreau et Gilles Porte qu'il avait produit, le producteur de films indépendants (notamment de Youssef Chahine, Elia Suleiman, Sandrine Veysset...) Humbert Balsan se suicidait. Mia Hansen-Love l'avait rencontré, un an auparavant, ce dernier voulait en effet produire son premier film « Tout est pardonné ». De sa rencontre avec cet homme passionné est né son désir de réaliser ce film... même s'il ne s'agit nullement (je vous rassure...) d'un biopic.
Le producteur dont Mia Hansen-Love nous parle ici s'appelle Grégoire Canvel (Louis-Do Lencquesaing), il dirige avec passion sa société de production « Moon films ». Il a, a priori, tout pour lui. Une femme qu'il aime (Chiara Caselli), trois filles délicieuses, un métier qui le passionne, producteur de films donc. Pas le producteur caricatural avec cigares, limousines, cynique et désabusé mais un producteur de films indépendants pour qui le cinéma est la vie, sa vie, qui s'investit (et investit) pleinement dans chaque projet. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà sa raison de vivre, sa vocation. C'est un homme hyperactif qui ne s'arrête jamais à l'exception des week end, à la campagne, et en famille, et encore... les téléphones portables vissés aux oreilles. Mais à force de produire trop de films et de prendre trop de risques Grégoire va mettre en péril sa société... et surtout son propre équilibre.
Rarement un film aura réussi à nous faire éprouver une telle empathie pour une famille et les personnages qui la composent et cela dès les premières minutes, la première séquence nous embarquant d'emblée dans l'enthousiasme, l'énergie du bouillonnant Grégoire. C'est néanmoins d'abord dû à l'humanité, la délicatesse avec laquelle Mia Hansen-Love les filme, nous plongeant dans leur intimité tout en leur laissant leur voile de mystère, mais surtout à la personnalité de son personnage principal, à sa façon de le filmer, et à l'acteur qui l'incarne.
Grégoire vibre constamment pour le cinéma, il s'emballe, croit en des cinéastes que personne ne connaît, les défend contre vents et marées, contre la raison parfois, souvent. Il défend un cinéma qui prend le temps du sens, comme lui n'économise pas son temps pour le défendre. Charmant, charmeur, rayonnant, charismatique, de lui émane une impressionnante et séduisante prestance. Il s'engage pleinement, inconditionnellement, il n'y a plus de distance entre le cinéma et la vie. Le cinéma est sa vie, même s'il a aussi une femme et trois filles aimantes. Plus que de nous montrer un homme outrancièrement déprimé, complètement anéanti, Mia Hansen-Love montre ses fêlures à peine perceptibles et comment son horizon s'obscurcit subrepticement au point qu'il en oublie, l'espace d'un fatal instant, celles qui l'entourent. Son geste restera mystérieux, il n'en est que plus bouleversant. Là encore Mia Hansen-Love a la délicatesse de la filmer de dos. Je suppose autant par pudeur que pour signifier le secret dont lui et sa mort resteront auréolés.
Que dire de Louis-Do de Lencquesaing tant sa prestation est époustouflante ! Pas parce qu'il ferait de l'esbroufe. Non, parce qu'il donne un visage humain à ce producteur. Dans sa gestuelle bouillonnante, ses regards profondément empathiques qui parfois laissent entrevoir un voile d'ombre. Il EST ce producteur au point qu'on a vraiment l'impression de le voir exister. Il parvient à le rendre vivant, attachant, à la fois proche et mystérieux.
Rien n'est jamais appuyé, tout est fait avec énormément de subtilité. Une simple boucle d'oreilles suffit à nous faire comprendre d'abord la distraction d'un père, obsédé par le cinéma, son amour aussi puis plus tard l'amour de sa fille qui prendra la relève.
Même si la deuxième partie du film évoque un sujet sombre (la manière de vivre le deuil), le film est constamment éclairé d'une clarté rassurante, d'une belle luminosité, pas seulement formelle. Cette luminosité provient aussi de la gaieté des enfants qui finit par prendre le dessus et qu'elle parvient à rendre si attachantes sans en faire des singes mièvres ou savants. C'est aussi la luminosité qui émanait de la personnalité de Grégoire qui semble subsister même après son décès mais aussi de son épouse (Chiara Caselli).
D'ailleurs Mia Hansen-Love fait savamment jongler les contraires, son film étant lui-même coupé en deux parties, avant et après la mort, les deux étant finalement indissociables, la présence de l'absent se faisant toujours sentir (même mort il restera ainsi le père de ses enfants, bien évidemment), tout comme sont indissociables lumière et noirceur. Un film lumineux sur le secret et le deuil. Un homme solaire qui finira par se suicider, à la fois robuste et vulnérable, fort et fragile. Un film d'une belle clarté malgré le deuil et qui chemine ensuite vers une belle quête de lumière (comme en témoigne cette très belle scène avec les bougies qui ouvrent la voie). Son désir de vie, de construire, de créer et celui de mort qui s'affrontent. Sa mort étant ainsi la fin de quelque chose mais aussi le début d'une autre, de l'émancipation pour sa fille (forte présence d'Alice de Lencquesaing).
C'est bien sûr un film sur le cinéma, sur l'engagement, l'investissement pécuniaire (Mia Hanse-Love n'élude pas la question et montre à quel point il peut être aliénant) et surtout personnel qu'il représente, le caractère indissociable entre vie professionnelle et privée quand la matière principale d'un métier comme celui-là est humaine, et donc si complexe et fragile.
Mais, par-dessus-tout, ce film possède ce grand quelque chose si rare et indéfinissable qui s'appelle la grâce. Sans doute en raison de la profonde sensibilité de la réalisatrice et de celui qui a inspiré son film mais aussi par l'universalité des situations et le caractère si attachant des personnages malgré (et à cause de ) leurs mystères.
Un film qui a l'ambivalence et les nuances de la vie : à la fois lumineux et mélancolique, tragique et plein d'espoir, mystérieux et séduisant. Un film qui m'a bouleversée comme je ne l'avais pas été depuis longtemps au cinéma. La musique de la fin qui vous rappellera un classique du cinéma m'ayant complètement achevée.
Ce film a la malchance de sortir le même jour que le rouleau compresseur « Avatar ». Que le second ne vous empêche pas d'aller voir le premier. Je vous le recommande sans aucune réserve. « Le Père de mes enfants » a reçu la mention spéciale Un certain regard à Cannes.
La semaine dernière, à l'UGC des Halles avait lieu, en présence de l'équipe du film, l'avant-première du dernier film de Bahman Ghobadi tourné en Iran « Les Chats persans ». Le débat qui a suivi la projection était d'autant plus passionnant et instructif que rares sont les citoyens iraniens, et a fortiori les artistes, dont les voix, toujours et plus que jamais censurées dans leurs pays, portent jusqu'à nous. Et quand la voix est à la fois un instrument musical mais surtout politique et l'instrument des aspirations à la liberté, la force et la beauté de la musique qui l'accompagne ne peuvent qu'être amplifiées.
Ces voix, ce sont d'abord celles d'une jeune femme Negar (Negar Shaghaghi) et d'un jeune homme Ashkan (Ashkan Koshanejad) musiciens qui, à leur sortie de prison décident de monter un groupe. Ils parcourent donc Téhéran à la rencontre d'autres musiciens underground en tentant de les convaincre de les accompagner et de quitter l'Iran et de monter un grand concert clandestin pour financer leur fuite. N'ayant aucune chance de se produire à Téhéran, ils rêvent en effet de sortir de la clandestinité et de jouer en Europe, mais ils n'ont ni l'argent ni les passeports nécessaires pour cela... Ils font alors la rencontre de Nader (Hamed Behdad) qui les accompagne dans leurs démarches.
Au-delà de son (réel) intérêt cinématographique, « Les chats persans » ont d'abord et avant tout un intérêt historique et politique mais tout le talent (cinématographique donc) de Bahman Ghobadi provient justement du fait que jamais cet aspect politique n'est surligné, tout en étant omniprésent. Rarement le hors champ, auquel il recourt avec beaucoup de pudeur et d'habileté, aura eu autant de force, autant la capacité de nous bouleverser, de faire basculer une scène a priori légère dans la brutalité, ne donnant jamais vraiment de visage à ces intolérables intolérants, coupant à l'instant où l'émotion pourrait s'exprimer (scène plongée dans le noir ) exprimant ainsi par le montage la censure (politique et même émotionnelle) mais aussi une extrême pudeur qui renforce encore la puissance du propos.
Ces musiciens sont ainsi comme ces chats et ces chiens qui en Iran n'ont pas le droit de sortir dans la rue. Les chats en Iran ont donc une grande valeur et notamment les chats persans (d'où le titre), comme ces musiciens si précieux et condamnés à la clandestinité. Une scène d'une brutalité redoutable exprime ainsi cette menace constante, perverse et insidieuse, cette violence absurde, et la similitude de leurs conditions, hommes et animaux étant pareillement condamnés à se terrer... La réalité de la répression, insupportable, surgit quand on s'y attend le moins, brusquement, et le message n'en a alors que plus de vigueur.
Le hors champ c'est aussi celui des conditions de tournage : la co-scénariste Roxana Saberi arrêtée en Iran et accusée d'espionnage (vivant actuellement aux Etats-Unis), ce film tourné clandestinement en 17 jours sans autorisation et qui ne sortira jamais en Iran, des acteurs qui ont quitté l'Iran pour la Grande-Bretagne juste à la fin du tournage, une musique occidentale quasiment interdite par les autorités...
Dans un pays comme le nôtre où la musique a même sa fête, comment pouvons-nous imaginer qu'une telle chose soit possible ? Qu'il faille se cacher dans des sous-sols pour pouvoir jouer de la musique (ou faire inlassablement le tour de la ville en voiture pour répèter dans l'habitacle, protégé des oreilles indiscrètes), un monde parallèle étrange et fascinant où, pour simplement s'exprimer, il faut sans cesse se cacher. Des autorités. Des bassidji. De la population. Des voisins. Comment peut-on imaginer que l'on risque des coups de fouet pour simplement jouer quelques notes de musique? Bahman Ghobadi donne ainsi des images et des visages à une réalité que même les Iraniens ignorent (comme en ont témoigné certains Iraniens présents dans la salle lors de l'avant-première), celle de ce bouillonnement musical underground qui exprime à la fois l'audace, la révolte, l'imagination, la fureur de vivre de la jeunesse iranienne qui manifeste, et même joue de la musique ou dans des films au péril de sa vie.
Si le film porte en filigrane un message politique et de liberté, le véritable héros du film reste la musique mais aussi la jeunesse iranienne qui la porte comme un acte de résistance pacifiste. La musique sous toutes ces formes qui sert de fil conducteur, du rap au rock en passant par la musique traditionnelle avec pour décor aussi bien des endroits sombres, clos que les toits de Téhéran. Tantôt avec poésie, tantôt avec violence, rage même, elle exprime cette même aspiration à la liberté mais surtout elle exprime une incroyable diversité, audace, richesse musicales. Un voyage musical sans cesse surprenant où la musique est un cri d'autant plus vibrant qu'il est constamment étouffé, un moyen d'exorciser une souffrance intolérable d'un peuple que son gouvernement contraint à sombrer dans le silence mais aussi la pauvreté. Quand jouer de la musique devient un acte de résistance, comble de l'absurdité qui témoigne de la bêtise de l'intolérance devenue la loi de l'Etat.
Ce film est un miracle, un chant de résistance, un hymne à la liberté où la musique se fait l'écho d'une rage d'une force saisissante. La fin est poignante et bouleversante tout en laissant entrevoir une faible lueur d'espoir. Un vibrant cri de liberté jalonné de notes de musique et d'humour d'une jeunesse qui résiste, envers et contre tout.
Avec ce cinquième film Bahman Ghobadi a remporté le prix Un Certain Regard au dernier festival de Cannes. Un prix amplement mérité. Mon grand coup de cœur de cette fin d'année. Ce film m'a littéralement bouleversée mais aussi enchantée, par sa musique souvent d'une inventivité étonnante (vous pouvez écouter une partie de la bande originale dans mon autre article ci-dessous), sa beauté lyrique, par la grâce et le courage de ses interprètes principaux. Il est impossible que vous restiez indifférents. Un film à voir et à entendre. Absolument.
Ci-dessous, mes vidéos des échanges entre l'équipe du film et le public à l'issue de l'avant-première... Des échanges passionnants et très instructifs aussi bien sur le film que sur la situation actuelle en Iran, je vous conseille vivement de les regarder.
Je vous rappelle que vous pouvez gagner des places pour le film en participant au concours dont vous pouvez lire le règlement en cliquant ici.
Cliquez sur "lire la suite" pour voir les vidéos du débat avec l'équipe du film.
Un film grec vous disais-je hier, l'argument était suffisant pour que je m'y précipite, tout ce qui concerne la Grèce de près ou de loin m'intéressant. Mon enthousiasme s'arrêtera là, « Canine » étant l'exact contraire de tout ce qu'évoque la Grèce pour moi... donc je vais tenter de mettre de côté mon attachement viscéral à ce pays pour vous parler de ce film.
Loin de l'atmosphère chaleureuse, lumineuse, ensorcelante que peut évoquer la Grèce pour moi c'est ici, en pleine campagne, derrière les hauts murs d'une maison où vivent un couple et leurs trois enfants (qui ont allègrement dépassé la vingtaine) qui ne les ont jamais quittés, que se joue l'intrigue. Ils ne connaissent rien du monde extérieur si ce n'est ce que leurs parents leur en laissent entendre. Ainsi les seules vidéos que les enfants regardent sont des vidéos familiales dont ils connaissent les dialogues par cœur comme les répliques d'une fiction. Seul le père sort de la maison pour aller travailler dans son entreprise et la seule personne de l'extérieur à venir dans la maison est Christina, agent de sécurité dans ladite entreprise qui vient assouvir les besoins sexuels du fils sur recommandation du père. Derrière ces murs, les parents recréent donc un monde où ils façonnent et manipulent leurs enfants. Un monde carcéral. Une prison d'autant plus cruelle qu'elle se trouve sous le soleil insolent de Grèce, dont quelques airs de musique écoutés dans la voiture par le père et Christina rappellent la beauté, la liberté, le bouillonnement de vie indissociable de ce pays.
Voilà typiquement le genre de film qui m'agace prodigieusement, agace plus que dérange tant le propos du film est surligné. Et l'hypocrisie qui consiste à crier au génie sous prétexte qu'un film dérangeant serait forcément un chef d'œuvre (le film en question a obtenu le prix Un Certain Regard et le prix de la jeunesse au dernier Festival de Cannes) m'agace encore davantage. Qu'est-ce qui me dit qu'il s'agit là d'hypocrisie me direz-vous... En effet, simple supputation, néanmoins appuyée sur les réactions de rejet à la projection presse hier...étrangement en contradiction avec les critiques lues dans la presse. Oui, voilà, un film dérangeant est forcément un chef d'œuvre. Et affirmer le contraire serait preuve d'incompréhension, d'ignorance, de principes moralisateurs, de contresens artistique. Pas forcément, et j'espère vous en convaincre.
Le propos donc. Une allégorie jusqu'au-boutiste de la manipulation mentale, œuvre d'une éducation rigide et évidemment plus largement des dictatures, des totalitarismes dont Yorgos Lanthimos démonte ou plutôt tente de démonter (et démontrer) le mécanisme. Conditionnée, la famille (ou donc le peuple) se laisse asservir ne connaissant d'autre réalité, ni la nuance entre bien et mal, moralité et immoralité. Un zombie devient une fleur jaune. Les chats deviennent des créatures maléfiques et meurtrières. Et on ne peut accéder à l'âge adulte que lorsqu'on a perdu une canine (d'où le titre...). L'univers devient absurde pour un regard extérieur et normal pour ceux qui y vivent. En insérant dans la banalité ces situations qui mettent néanmoins en scène des êtres opprimés, niés, il confronte les regards, et en renforce l'étrangeté en leur donnant un cadre a priori familier. L'idée était donc plutôt intéressante. De même que le cadrage, rectangulaire, rigide, parfois ne montrant pas les visages de ces êtres alors déshumanisés. Sans âme. Sans visage soudain.
De l'absurde de certaines situations résulte un humour très noir et les rires proviennent davantage du malaise devant une telle imagination dans la manipulation et la perversité, voire du dégoût que de la jubilation. Un film jubilatoire ai-je lui ça et là... !! Mais n'est-ce pas là aller totalement à l'encontre du message du réalisateur ? En nous montrant le totalitarisme à l'échelle familiale, il en démonte aussi les mécanismes pervers, absurdes, terrifiants, malsains.
Et c'est là qu'arrive la limite du film. Parce que Lanthimos n'est ni Ionesco (là aussi l'homme devient animal) ni Haneke et il croit visiblement que pour faire comprendre et donner de la force au propos, il faut tomber dans la surenchère. De nudité. De perversité. De transgression. D'asservissement. De bêtise. Ne jamais utiliser le hors champ. Montrer, tout montrer. De préférence en plan fixe et en gros plan pour accroître le malaise. Du coup le propos en perd de la force. Ce qui est excessif en devient insignifiant. Vulgaire. Vain. Et Yorgos Lanthimos semble lui-même se complaire dans ce que son film aurait pu brillamment dénoncer, et forcer ainsi le spectateur à en devenir complice.
Ce film me fait penser à ces gens, régulièrement invités sur des plateaux de télévision pour y déverser leur brillante logorrhée, qui maîtrisent parfaitement la rhétorique, que personne n'ose et ne sait contredire, non pas parce qu'ils édicteraient des vérités incontestables mais parce qu'ils savent tellement bien habiller la forme, que personne n'estime avoir le droit de remettre en cause le fond... vide bien souvent mais en apparence savamment habillée comme irréfutable. Des propos qui, finalement, endorment, au lien de réveiller la conscience. Comme une séance d'hypnose. Et on se demande alors si, finalement ici, les pantins ne sont pas davantage les spectateurs que les personnages (les enfants manipulés par leurs parents) à moins que le réalisateur ne soit un tel génie que ce soit là son but implicite : nous démontrer ainsi la fascination perverse pour ce régime... Sans quoi ce n'est (ou ne serait) qu'un beau gâchis. Une vulgaire illusion. Dommage : l'idée était belle...mais une idée aussi belle soit-elle ne peut tout justifier ou excuser. Surtout pas la démagogie.
Et si, malgré cela, vous avez encore envie d'y aller et voulez vous faire votre propre avis, inthemoodforcinema.com, en partenariat avec mk2 vous fait gagner des places. Voir lien ci-dessous.
Autres articles sur la Grèce sur inthemoodforcinema.com: