25.12.2009

Compétition officielle 2009- "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar

Quelques semaines après le Festival de Cannes, je suis retournée voir "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, dans un contexte dépassionné. En voici ma deuxième critique:

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Lorsque vous voyez un film dans l’effervescence du Grand Théâtre Lumière, dans l’euphorie cannoise, de surcroît à côté de l’équipe du film, votre avis est forcément vicié et imprégné de cette atmosphère excessive, c’est pourquoi j’ai tenu à retourner voir « Les Etreintes brisées » quelques jours après l’avoir vu sur la Croisette. Inutile de spécifier à quel point c’est étrange de voir un film dans une salle quasiment vide, qui ne réagit donc pas,  après l’avoir vu quelques jours auparavant en présence de l’équipe du film avec un public particulièrement réactif. Alors ? Alors, même loin de l’agitation cannoise, certes « Les Etreintes brisées » n’est pas le film le plus fou, le plus extravagant, le plus délirant de Pedro Almodovar mais il n’en demeure pas moins remarquable à de nombreux points de vue… et l’un de ses meilleurs films, peut-être même le plus maîtrisé. En tout cas, l’un de mes favoris de cette compétition cannoise 2009 avec, notamment « Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino (que Pedro Almodovar, en cinéphile, est d’ailleurs allé voir en séance du lendemain).

 

Synopsis : Il y a 14 ans, dans un violent accident de voiture dans l’île de Lanzarote, un homme (Lluis Homar) a perdu la vue mais aussi la femme de sa vie, Lena (Penelope Cruz). Sa vie se partage alors en deux parties à l’image de ses deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son nom de baptême sous lequel il vit et signe les films qu’il réalise. Après l’accident, il n’est alors plus que son pseudonyme : Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus faire de films, il s’impose de survivre avec l’idée que Mateo Blanco est mort à Lanzarote aux côtés de Lena.

 

Pedro Almodovar, habitué de la Croisette et de la compétition cannoise (juré en 1992, en compétition pour « Tout sur ma mère » en 1999- prix de la mise en scène -, pour « La mauvaise éducation » en 2004 –présenté hors compétition- ; pour « Volver » en 2006 –prix du scénario et d’interprétation collectif-) est, cette année reparti bredouille pour un film dont la mise en scène d’une impressionnante beauté et maîtrise,  le scénario impeccable et l’interprétation remarquable de Penelope Cruz auraient pourtant pu lui permettre de figurer au palmarès, à ces différents titres.

 

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître certains cinéastes ne sont pas des cinéphiles (j’aurais bien des exemples mais je m’abstiendrai) mais au même titre que Picasso maîtrisait parfaitement l’histoire de la peinture, condition sine qua non au renouvellement de son art, il me semble qu’un cinéaste se doit de connaître et d’être imprégné de l’histoire du cinéma, comme Pedro Almodovar qui, dans ce film, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre une véritable déclaration d’amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini… ).  Et à Penelope Cruz qu’il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée.

 

« Les Etreintes brisées » est un film labyrinthique d’une grande richesse : un film sur l’amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l’art. Un film dans lequel,  à l’image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s’imbriquent, se confondent.

 

La mise en abyme, à l’image de tout ce film, est double : il y a d’une part le film que réalise Harry Caine mais aussi le making of de son film.  Harry Caine est lui-même double puisque c’est le pseudonyme de Mateo Blanco. Il meurt doublement : il perd la vue, la cécité étant la mort pour un cinéaste ; il perd la femme qu’il aime, une étreinte brisée qui représente la mort pour l’homme amoureux qu’il est aussi. Un film morcelé à l’image de ces photos en mille morceaux de Lena, d’une beauté tragique.

 

Et puis que dire de la réalisation… Flamboyante comme ce rouge immédiatement reconnaissable comme celui d’un film de Pedro Almodovar.  D’un graphique époustouflant comme ce film que Mateo Blanco réalise. Sensuelle comme ces mains qui caressent langoureusement une image à jamais évanouie. Son scénario joue avec les temporalités et les genres (film noir, comédie, thriller, drame) avec une apparente facilité admirable.

 

Peut-être la gravité mélancolique a-t-elle désarçonnée les aficionados du cinéaste qui n’en oublie pourtant pas pour autant sa folie jubilatoire comme dans ce film dans le film « Filles et valises », hommage irrésistible à « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

 

Un film gigogne d’une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d’un amour brisé en plein vol… Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d’une étreinte éternelle comme  dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquels il se réfère.

 

Penelope Cruz, d’une mélancolie resplendissante, pour cette quatrième collaboration,  aurait de nouveau mérité le prix d’interprétation et sa prestation (mais aussi celles de tous ses acteurs et surtout actrices auxquels il rend ici hommage, parfois juste le temps d’une scène comme pour Rossy de Palma)  prouve à nouveau quel directeur d’acteurs est Pedro Almodovar qui sait aussi, en un plan, nous embraser et embrasser dans son univers, immédiatement identifiable, la marque, rare, des grands cinéastes.

 

Un film empreint de dualité sur l’amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma… le cinéma qui survit à la mort, à l’aveuglement, qui sublime l’existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l’immortalité… Un film par lequel je vous recommande vivement de vous laisser charmer et enlacer…

11:35 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans COMPETITION OFFICIELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, compétition officielle, festival de cannes, pedro almodovar | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |

01.05.2009

"Taking Woodstock"d'Ang Lee-Compétition officielle

Le tour d'horizon de la compétition officielle de ce 62ème Festival de Cannes se poursuit aujourd'hui avec "Taking Woodstock" d'Ang Lee, un cinéaste taïwanais qui ne cessera jamais de nous surprendre par la diversité des styles de sa magnifique filmographie ( "Garçon d'honneur", "Raison et sentiments", "Tigre et drangon", "Le Secret de Brokeback Mountain", "Lust Caution"...).
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Synopsis: Dans le turbulent été 1969, un jeune homme (Demetri Martin) travaille dans le motel de ses parents dans les Catskills, et va malgré lui mettre en branle ce qui deviendra Woodstock, le concert qui donna la définition de toute une génération...

Casting: Emile Hirsch, Demetri Martin, Liev Schreiber, Imelda Staunton, Jeffrey Dean Morgan, Henry Goldman, Eugene Levy...

Sortie en salles: le 30 septembre 2009

Premiers échos et informations complémentaires: -Tiré des mémoires d' Elliot Tiber, alors qu'il travaillait dans le motel de ses parents situé dans les Catskills, ce dernier se retrouva par inadvertance, en 1969, à faire du festival de Woodstock le phénomène qu'il est devenu, aidant à sa réalisation incroyable. Plongé au coeur d'un évènement emblématique pour toute une génération bercée d'espoirs, Tiber sera le témoin privilégié des changements que Woodstock provoqua dans la culture américaine mais aussi chez lui.

-Nous retrouvons au générique Emile Hirsch, l'inoubliable interprète d' "Into the wild" de Sean Penn.

11:14 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans COMPETITION OFFICIELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, ang lee, compétition officielle, woodstock | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |

28.04.2009

"Looking for Eric" de Ken Loach (compétition officielle)

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Je poursuis mes présentations quotidiennes détaillées de la compétition officielle 2009, avec "Looking for Eric" de Ken Loach.

Synopsis:  Eric Bishop (Steve Evets) , postier à Manchester, traverse une mauvaise passe. Sous son nez, ses deux beaux fils excellent dans des petits trafics en tous genres, sa fille lui reproche de ne pas être à la hauteur et sa vie sentimentale est un désert. Malgré la joyeuse amitié et la bonne humeur de ses collègues postiers qui font tout pour lui redonner le sourire, rien n'y fait...Un soir, Eric s'adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre semble l'observer d'un oeil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ? Eric en est persuadé, le King Cantona, peut l'aider à reprendre sa vie en mains.

Sortie en salles: 27 mai 2009

Durée: 1H59

Casting: Steve Evets, Eric Cantona,  Stephanie Bishop,  John Henshaw,  Gerard Kearns,  Stefan Gumbs,  Lucy-Jo Hudson,  Cole Williams, Dylan Williams...

Premiers échos et/ou précisions: Ken Loach revient en compétition à Cannes après sa palme d'or pour "Le vent se lève" en 2006. Le film est coproduit par Eric Cantona qui y interprète également son propre rôle.

23:26 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans COMPETITION OFFICIELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, ken loach, compétition officielle, eric cantona | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |

27.04.2009

Compétition officielle: "Les herbes folles" d'Alain Resnais

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Je poursuis aujourd'hui mon tour d'horizon de la compétition officielle 2009 avec un des quatre films français sélectionnés à savoir "Les herbes folles" d'Alain Resnais que, en tant qu'inconditionnelle du cinéaste (mes préférés: "Hiroshima mon amour", "Je t'aime, je t'aime", "On connaît la chanson", "Smokin/no smoking") j'attends avec beaucoup d'impatience, et dont je ne manquerai donc pas de vous parler depuis la Croisette.

Durée: 1H36

Sortie en salles: le 21 octobre 2009

Avec: André Dussolier, Sabiné Azéma, Emmanuelle Devos, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Michel Vuillermoz, Roger Pierre, Sara Forestier, Nicolas Duvauchelle, Cédéric Deruytère, Emilie Jeoffroy 

Synopsis: Marguerite n'avait pas prévu qu'on lui volerait son sac à la sortie du magasin, encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à  Georges, s'il avait pu se douter, il ne se serait pas baisser pour le ramasser.

Premiers échos:  Pas encore vraiment d'échos pour ce film au casting impressionnant. Alain Resnais est un habitué des récompenses: Lion d'or pour "L'Anne dernière à Marienbad" à la Mostra de Venise de 1961,  Prix de la Critique Internationale pour "Muriel" à la Mostra de Venise 1963, César du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Providence en 1978,  Grand prix du jury et prix de la Critique Internationale pour "Mon Oncle d'Amérique" au Festival de Cannes 1980,  Ours d'argent au Festival de Berlin 1994 pour "Smoking, no smoking", César du meilleur film et du meilleur réalisateur la même année pour le film précité,  César du meilleur film pour "On connaît la chanson" en 1998,  Lion d'argent pour "Coeurs" à la Mostra de Venise 2006... Alors...: une palme d'or pour couronner cette majestueuse carrière? Un prix collectif d'interprétation pour celui qui sait si bien mettre en valeur les acteurs? A suivre...

Articles associés: Cliquez ici pour lire ma critique de "Coeurs" d'Alain Resnais

11:00 Écrit par Sandra Mézière (Webmaster) dans COMPETITION OFFICIELLE 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, cannes, compétition officielle, alain resnais, les herbes folles | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |