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COMPETITION OFFICIELLE - Page 10

  • Critique « Paradis :Amour » de Ulrich Seidl – Compétition officielle du Festival de Cannes 2012

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    L’amour est décidément au centre de cette compétition 2012, du moins à en croire ses titres éponymes. Après l’histoire d’amour de  Jacques Audiard, « De rouille et d’os » qui a bouleversé la Croisette (une des plus longues standing ovation de ces dernières années selon Thierry Frémaux, retrouvez ma critique dans l’article précèdent), en attendant le film de Michael Haneke au titre aussi sibyllin qu’explicite « Amour », film que j’attends avec une impatience grandissante,  hier après-midi également en compétition était projeté « Paradis : amour » de l’Autrichien Ulrich Seidl, pour la deuxième fois en compétition à Cannes (d’ailleurs en présence de son compatriote Michael Haneke. )

    C’est l’histoire de Teresa, une Autrichienne qui part au Kenya, non pas pour un safari, quoique… puisque le tourisme sexuel est l’objectif de son voyage et qu’elle traite les jeunes Africains, avec une condescendance abjecte, comme des animaux… tout en cherchant à être regardée dans le cœur, dans les yeux, bref le véritable amour qu’elle commencera par acheter et qu’elle finira par implorer, l’exploiteur devenant alors l’exploité.

     La dénonciation d’une nouvelle forme de colonialisme, d’un racisme sans complexes, passe par des scènes humiliantes et difficilement soutenables pour le spectateur qui se retrouve soudain malgré lui presque complice. Certes, ce sont aussi elles qui sont humiliées en montrant sans fards leurs corps exposés sans pudeur mais une impudeur qui n’est rien face à la vulgarité de leurs mots indécents, insultants, inconscients et de leur égoïsme, ces dernières ne songeant qu’à leur quête effréné, vaine, vorace de plaisir mais finalement d’amour. Teresa n’est guère plus subtile avec sa fille dont elle ne se soucie vraiment que lorsque celle-ci oublie son anniversaire, implorant là aussi un amour en retour de son égoïsme.

    Ce qui est drôle au début (Ulrich Seidl sait avec un cynisme redoutable les tourner en ridicule) devient gênant et lourd au fil du film. La quête insatiable d’un « amour » qui passe par l’humiliation de l’autre et finalement de soi-même nous est montré par des scènes répétitives et de plus en plus embarrassantes pour le spectateur  et qui finissent par frôler la complaisance.

    Il ne faut néanmoins pas écarter ce film d’emblée pour une récompense, bien au contraire. La réalisation inspirée contribue fortement à cette dénonciation comme ce dernier plan d’une nature sublime et impassible qui dissimule une « humanité » hideuse, celle de ces femmes pathétiques. Comme ces plans, à la fois magnifiques et terribles, beaux et tellement tristes, de corps d’Européens allongés sur des transats séparés par un fil de ces jeunes Africains, debout, qui les regardent depuis la plage, comme deux mondes qui ne se comprennent pas, qui se confrontent, qui se font face sans se voir. D’autres font songer à du Botero comme ce plan du corps de Teresa sous une moustiquaire et un instant, Ulrich Seidl, comme un hommage à une forme de beauté souillée par la bêtise et un égoïsme aveugle. Le cadrage exacerbe aussi bien souvent leur ridicule et met l’accent davantage encore sur leur mépris et leur condescendance comme lorsque Teresa et sa compatriote parlent des jeunes Africains, accoudées au bar, tandis que l’un d’entre eux est en arrière-plan, invisible et inexistant pour elles.

     Certaines métaphores sont aussi très (trop) appuyées. Au plan d’un crocodile succède ainsi celui d’un jeune Africain pour bien nous faire comprendre que l’amour qu’il semble témoigner n’est que fallacieux et que Teresa n’est qu’une proie parmi tant d’autres. Au-delà de sa réalisation, ce « Paradis : Amour »  aura également le « mérite » de mettre l’accent sur des pratiques tristement banalisées, et sur un racisme tristement et dramatiquement ordinaire. Si Ulrich Seidl regarde ces femmes sans complaisance, il semble néanmoins plus les plaindre que les mépriser sans pourtant les épargner, laissant Teresa, seule, vaincue, humiliée, en larmes, sur son lit.

    Ce soir, je vous parlerai d’un autre film, « Reality » de Matteo Garrone que l’on peut d’ailleurs rapprocher (si, si) de celui-ci en ce qu’il montre aussi la quête effrénée d’amour ou du moins de bonheur d’un homme dans le regard d’une multitude d’autres croyant que là réside le bonheur et qui y trouvera finalement la folie. Cette journée s’est achevée par mon deuxième film d’animation en 12 ans de Festival de Cannes, « Madagascar », après une montée des marches avec un casting éblouissant. Récit également à suivre ce soir.

  • Critique de "De rouille et d'os" de Jacques Audiard et conférence de presse

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    Ali (Matthias Schoenaerts) se retrouve avec Sam, 5 ans son fils qu’il connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur (Corine Masiero) à Antibes. Elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit. A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie (Marion Cotillard). Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame, que Stéphanie perde ses jambes, pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. Lors de la conférence de presse Jacques Audiard a ainsi évoqué des « destins simples magnifiés par les accidents », « une histoire d’amour des années de crise », « deux personnages qui tentent de s’extraire de leurs conditions. »

    Jacques Audiard revient ainsi sur la Croisette et en compétition officielle avec « De rouille et d'os », adapté d’une nouvelle de Craig Davidson après avoir remporté le prix du Meilleur Scénario pour « Un héros très discret » lors de l'édition 1996 du festival, et le Grand Prix du Jury pour « Un prophète », il y a 3 ans. Cette fois, il revient avec une histoire d’amour entre deux êtres blessés (mais les personnages d’Audiard le sont finalement toujours), et comme toujours chez Audiard, pas forcément immédiatement aimables mais emportant progressivement notre adhésion. Son cinéma est à l’image de ce film et de ces deux personnages : un mélange habile et poignant de rudesse et de délicatesse. C’est un film de sensations, de chair, de corps, de sang. Le corps meurtri de Stéphanie face à celui presque animal d’Ali. Le corps brutalisé et filmé avec délicatesse, caressé presque par la caméra de Jacques Audiard (comme par le regard de Stéphanie). La dureté sublimée par une douce lumière et une chaleureuse atmosphère qui atténuent la violence (sociale) ravageuse du film. « J’ai horreur de la violence. Curieux de dire que j’ai horreur de la violence et d’y revenir tout le temps » a ainsi déclaré Jacques Audiard, ce midi, en conférence de presse.

    Bien qu’ils soient très différents dans leurs manières de filmer, ce film d’Audiard en particulier m’a fait penser au cinéma des Dardenne qui, eux aussi, mettent en scène des êtres cabossés par la vie et la société (avec certes beaucoup plus de réalisme, évidemment), dont les enfants sont souvent les involontaires victimes, et ils ont bien sûr en commun une remarquable direction d’acteurs, et une force de la mise en scène, aussi différentes soient-elles.

    C’est un film de contrastes et d’évolutions. De l’arrogance, ou du moins du contrôle à l’abandon. De l’impossibilité de s’exprimer à la possibilité de dire les plus beaux mots qui soient. Et surtout de la solitude à la réconciliation avec leurs proches (sœur, enfant) et avec eux-mêmes.

    Un film âpre et plein d’espoir. De rouille et d’os. De chair et de sang. De rudesse et de délicatesse. De douceur et de violence. De troublants paradoxes pour un troublant film. Des contrastes à l’image de ceux de l’esthétique du film. Le (magnifique montage) met en exergue et oppose les sons, les silences, les corps, le contrôle, l’abandon. Ajoutez à cela une bande originale réussie, de la musique de Desplat à « Firework » de Katy Perry. Deux acteurs extraordinaires et extraordinairement dirigés. Comme dans « Bullhead », c’est l’animalité de son personnage que fait ressortir ici Matthias Schoenaerts, mais ici, au contraire de son personnage dans le film qui l’a révélé, il va aller vers la parole, l’humanité. Son personnage concentre aussi les contrastes du film, de même que celui de Marion Cotillard. Tous deux sont bouleversants de justesse, de dureté et de douceur, d’humanité et d’animalité, et en tout cas de fragilité masquée.

    Marion Cotillard était ainsi visiblement très heureuse d’être à Cannes. Lors de la conférence de presse, elle a ainsi déclaré : « C’est ma première fois dans un film en compétition officielle à Cannes. Je ne pensais pas que ça allait me rentre si joyeuse. C’est un festival mythique qui a vu tellement de grandes histoires, de grands acteurs, de grands artistes et je suis particulièrement heureuse d’y être avec le film de Jacques» tandis que Matthias Schoenaerts a déclaré à son propos « C’est une comédienne exceptionnelle. On va dans l’absolu ». Pour Jacques Audiard, « Marion est une actrice très virile et sensuelle en même temps. Elle a une autorité dans le jeu. Elle est capable de passer de l’autre côté du mur ». Signalons enfin la présence de Corinne Masiero (dans le rôle de la sœur d’Ali), révélée par le personnage de Louise Wimmer dans le film éponyme de Cyril Mennegin.

    Le Festival de Cannes commence très fort avec ce film qui pourrait  prétendre à tous les prix, ou presque. Un film coup de poing qui fut aussi mon premier coup de cœur de cette édition 2012. Un film sensoriel magistralement monté, joué, pensé et mis en scène.

    Retrouvez aussi toute l'actualité culturelle sur http://inthemoodlemag.com .

  • Ouverture et 1er jour du Festival de Cannes 2012 : entre ombres et lumières, bruits et silences…

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    C’est avec une ignominieuse journée de retard que je reviens sur l’ouverture de ce 65ème Festival de Cannes, préférant ne pas me laisser happer par cette course vaine et vorace à l’information, au risque de formules expéditives, faciles et hasardeuses, pour plutôt retranscrire avec justesse mes impressions et émotions et me laisser en revanche happer par le lumineux gouffre des salles obscures. Préférant toujours le silence éloquent au bruit insignifiant, aussi. Cela tombe bien, c’est justement de bruit(s) et de silence(s) dont il fut question lors de cette ouverture et dans le film qui est mon premier coup de cœur (qui, de battre, s’en serait presque arrêté) mais n’allons pas trop vite…

     Avant cela, il a fallu entreprendre un trajet Paris-Cannes de 9H aussi absurde qu’un film de Tati (le talent en moins) et aussi rocambolesque que le pire (ou le meilleur) des blockbusters dont je vous épargnerai néanmoins le récit, certainement plus ennuyeux que les films précités. Arrivée une heure à peine avant la montée des marches, je suis miraculeusement parvenue à temps pour la réjouissante ascension ; je pense que j’aurais fait un parfait personnage dans un film d’Hitchcock, vous savez dans ces histoires extraordinaires qui arrivent à des hommes ou des femmes ordinaires transcendés par l’excitation et/ou la peur du danger. Le danger en l’espèce était tout de même très relatif.

    A peine avais-je donc eu le temps de réaliser que j’étais à Cannes, après m’être transformée en une festivalière avec une allure digne de monter les marches, après avoir récupéré badge et invitation, je me retrouvai donc sur les mythiques marches tout en constatant qu’elles n’étaient toujours pas au nombre de 39 (hitchcockienne jusqu’au bout) mais 24 parait-il. Mais sans doute est-ce la magie de Cannes, une fois sur le tapis rouge, plus rien d’autre n’existait que le bonheur d’être là (si ce ne sont les dizaines de regards qui me font toujours redouter le faux pas, et les gravir comme si je m’entraînais pour le marathon de New York, meilleure manière de faire un faux pas d’ailleurs, vous saurez ainsi de qui il s’agit la prochaine que vous y verrez passer une marathonienne en robe de soirée), sur le point d’entrer dans ce lieu qui est l’antre du 7ème art. A chaque fois, je repense à l’enfant que j’étais qui regardait cette cérémonie comme un cénacle inaccessible, les yeux brillants et rêveurs, bien loin de m’imaginer que quelques années plus tard, un concours (le prix de la jeunesse, qui existe toujours et permet à de jeunes cinéphiles de découvrir le festival) me permettrait d’y assister et d’y retourner, chaque année, quoiqu’il arrive, par la suite. « On » a donc bien fait plaisir à l’enfant que j’étais et à la cinéphile que je suis devenue  en m’invitant et me permettant d’y assister, cette fois aux premières loges.

    Après ce double marathon (depuis la gare puis sur le tapis rouge, donc), j’avais tellement redouté d’être en retard que je pensais l’être…et que je suis finalement entrée la première dans l’orchestre du Grand Théâtre Lumière. Avec la même émotion que les autres fois, comme une réminiscence de la première où je suis entrée dans cette salle (c’était en 2001, c’était pour « Marie-Jo et ses deux amours » de Guédiguian, cette année-là un certain Nanni Moretti avait obtenu la palme d’or pour « La chambre du fils ») songeant à tous les films qui y ont été présentés, à tous les cinéastes qui ont émergé aux yeux du monde, à toute l’émotion contenue ou déployée dans cette salle depuis tant d’années, à tant d’applaudissements qui si souvent m’ont donnée la chair de poule, la réalité rejoignant le cinéma, se confondant presque avec celui-ci lorsque la lumière se rallume et que l’écran laisse entrevoir les visages qui y figuraient quelque secondes plus tôt, dans une autre réalité.

     Et puis, une nouvelle fois, il y a eu « le Carnaval des animaux » de Saint-Saëns qui clôt la/les marche(s) et qui me fait à chaque fois frissonner comme la bande-originale de mes souvenirs cannois. Puis, la lumière s’est éteinte. Et la petite fille, une nouvelle fois, s’est réveillée.

    Ensuite ELLE est apparue, dans une robe rouge dont la flamboyance n’aurait pas déplu à Pedro Almodovar. Tentant de prendre un air exagérément assuré masquant mal son trac, si touchant pourtant. Peppy Miller. Bérénice Béjo. Un an après « The Artist », film que ne peut pas ne pas aimer tout amoureux du cinéma, mais surtout film sur l’orgueil doublé de solitude des artistes, sublimés mais aussi révélés dans leurs nobles fragilités. Elle était là grâce à Peppy Miller, un peu elle aussi, sans doute hier soir. Elle a d’ailleurs remercié le festival « où tout a commencé pour moi et pour le film l’année dernière ». J’ai même cru qu’elle avait vu mes yeux d’enfant éblouie lorsqu’elle a dit « Tais-toi, toi qui dis à ton enfant qu’il ne faut pas rêver, que ce n’est pas possible. » D’ailleurs, la référence aux « soupirs des personnages de Wong Kar Wai » n’étaient-elle pas une référence explicite à ce blog « in the mood » ? (Le Marathon est épuisant pour les neurones et la lucidité, je le crains). Je crois pouvoir dire avec un peu plus de certitude qu’elle a fait référence à ce qui existe, aussi, à Cannes : ceux qui ne sont JAMAIS contents pour bien marquer leur supposée supériorité sur la masse de cinéphiles enthousiastes (imaginez-vous, s’enthousiasmer pour un film, c’est forcément ne pas avoir d’esprit critique) quand elle a dit « Tais-toi, toi qui cherches la petite bête, toi qui râles ».

    Et puis la musique a presque tout emporté dans mes souvenirs, du moins leur chronologie. Mais pas les frissons toujours bel et bien là. La musique de Saint-Saëns donc. La voix assurée de Beth Ditto rendant hommage à Marilyn (égérie de l’affiche 2012 ,  finalement  ce festival est à l’image de Marilyn, un mélange de force et de fragilité, d’ombre et de lumière, de glamour masquant la mélancolie) en reprenant la chanson d’Elton John. La petite musique de la voix si émue de Bérénice Béjo. La Sérénade de  Schubert qui n’a fait que renforcer mon envie ardente de voir « Amour » de Michael Haneke. La musique de « Like someone in love » qui n’a fait que renforcer mon envie, tout aussi ardente, de découvrir le film de Kiarostami. Et puis tous ces extraits de films à donner le tournis, plus que la plus échevelée des valses. Tant d’instants rares de cinéma contenus déjà dans ces quelques bribes de films, formidable mise en bouche (parfois en abyme comme chez Resnais), réponse cinglante et incontestable à ceux qui reprochent tout et n’importe quoi à la sélection (les râleurs précités par Bérénice Béjo doivent bien les connaître). Entretemps le jury est monté sur scène : Emmanuelle Devos, Raoul Peck, Hiam Abbas, Ewan McGregor, Alexander Payne, Andrea Arnold, Jean-Paul Gautier (vêtu d’une de ses remarquables créations) et Diane Kruger. Un astucieux montage de films de Nanni Moretti a été présenté. En deux phrases, ce dernier nous a rappelé son humour décalé mais aussi qu’il est un cinéaste engagé « Je veux remercier dès maintenant mes merveilles jurés, merci à votre talent, à votre compétence, à votre bonne humeur. Merci au Festival de Cannes et à ce pays qui a contrairement à d’autres réserver toujours un rôle important au cinéma dans la société ».

     Et puis, jusqu’au bout suspendue au souffle coupé de Bérénice Béjo, je l’ai entendu dire dans un souffle (si redouté qu’on aurait dit le dernier, redouté par elle en tout cas, un peu aussi soulagée sans doute) : « Et maintenant je vais suivre mon conseil et me taire à mon tour pour laisser parler le cinéma car c’est toujours lui qui a le dernier mot ». (précisons que son discours a été écrit par Kyan Khojandi et Bruno "Navo" Muschio, les auteurs de la mini-série Bref diffusée sur Canal +).

     Oui, le cinéma qui, de toutes façons, sortira vainqueur, quel que soit le lauréat de la palme d’or. Quels que soient le tumulte ou le silence qu’elle suscitera, qu’elle nous éclaire sur le monde ou nous en révèle les ombres (ou qu’elle nous éclaire en nous en révélant les ombres).  Et peut-être une petite fille aux yeux éblouis qui aura acquis la certitude qu’il ne faut jamais faire taire ses rêves en sortira-t-elle, elle aussi, victorieuse…

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    Plutôt que de vous parler du film de Wes Anderson, le film d’ouverture, conte mélancolique et tendrement déjanté sur lequel je reviendrai ultérieurement, puisque le bruit et le silence étaient à l’honneur lors de cette ouverture, je ne pouvais pas ne pas vous parler d’abord du film de Jacques Audiard (brièvement, j’y reviendrai également dans une critique digne de ce nom après le festival) qui nous raconte justement l’histoire d’un homme qui va acquérir les mots…

    Cet homme, c’est  Ali (Matthias Schoenaerts) qui se retrouve avec Sam, 5 ans son fils qu’il connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur (Corine Masiero) à Antibes. Elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit.  A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie (Marion Cotillard). Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame, que Stéphanie perde ses jambes, pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. Lors de la conférence de presse Jacques Audiard a ainsi évoqué des « destins simples magnifiés par les accidents », « une histoire d’amour des années de crise », « deux personnages qui tentent de s’extraire de leurs conditions. »

    Jacques Audiard revient ainsi sur la Croisette et en compétition officielle avec « De rouille et d'os », adapté d’une nouvelle de Craig Davidson  après avoir  remporté le prix du Meilleur Scénario pour « Un héros très discret » lors de l'édition 1996 du festival, et le Grand Prix du Jury pour « Un prophète », il y a 3 ans. Cette fois, il revient avec une histoire d’amour entre deux êtres blessés (mais les personnages d’Audiard le sont finalement toujours), et comme toujours chez Audiard, pas forcément immédiatement aimables mais emportant progressivement notre adhésion. Son cinéma est à l’image de ce film et de ces deux personnages : un mélange habile et poignant de rudesse et de délicatesse. C’est un film de sensations, de chair, de corps, de sang. Le corps meurtri de Stéphanie face à celui presque animal d’Ali. Le corps brutalisé et filmé avec délicatesse, caressé presque par la caméra de Jacques Audiard (comme par le regard de Stéphanie). La dureté sublimée par une douce lumière et une chaleureuse atmosphère qui atténuent la violence (sociale) ravageuse du film. « J’ai horreur de la violence. Curieux de dire que j’ai horreur de la violence et d’y revenir tout le temps » a ainsi déclaré Jacques Audiard, ce midi, en conférence de presse.

    Bien qu’ils soient très différents dans leurs manières de filmer, ce film d’Audiard en particulier m’a fait penser au cinéma des Dardenne qui, eux aussi, mettent en scène des êtres cabossés par la vie et la société (avec certes beaucoup plus de réalisme, évidemment), dont les enfants sont souvent les involontaires victimes, et ils ont bien sûr en commun une remarquable direction d’acteurs, et une force de la mise en scène, aussi différentes soient-elles.

    C’est un film de contrastes et d’évolutions. De l’arrogance, ou du moins du contrôle à l’abandon. De l’impossibilité de s’exprimer à la possibilité de dire les plus beaux mots qui soient. Et surtout de la solitude à la réconciliation avec leurs proches (sœur, enfant) et avec eux-mêmes.

    Un film âpre et plein d’espoir. De rouille et d’os. De chair et de sang. De rudesse et de délicatesse. De douceur et de violence. De troublants paradoxes pour un troublant film. Des contrastes à l’image de ceux de l’esthétique du film. Le (magnifique montage)  met en exergue et oppose les sons, les silences, les corps, le contrôle, l’abandon. Ajoutez à cela une bande originale réussie, de la musique de Desplat à « Firework » de Katy Perry. Deux acteurs extraordinaires et extraordinairement dirigés. Comme dans « Bullhead », c’est l’animalité de son personnage que fait ressortir ici Matthias Schoenaerts, mais ici, au contraire de son personnage dans le film qui l’a révélé, il va aller vers la parole, l’humanité. Son personnage concentre aussi les contrastes du film, de même que celui de Marion Cotillard. Tous deux sont bouleversants de justesse, de dureté et de douceur, d’humanité et d’animalité, et en tout cas de fragilité masquée.

    Marion Cotillard était ainsi visiblement très heureuse d’être à Cannes. Lors de la conférence de presse, elle a ainsi déclaré : « C’est ma première fois dans un film en compétition officielle à Cannes. Je ne pensais pas que ça allait me rentre si joyeuse. C’est un festival mythique qui a vu tellement de grandes histoires, de grands acteurs, de grands artistes et je suis particulièrement heureuse d’y être avec le film de Jacques» tandis que Matthias Schoenaerts a déclaré à son propos « C’est une comédienne exceptionnelle. On va dans l’absolu ». Pour Jacques Audiard, « Marion est une actrice très virile et sensuelle en même temps. Elle a une autorité dans le jeu. Elle est capable de passer de l’autre côté du mur ». Signalons enfin la présence de Corinne Masiero (dans le rôle de la sœur d’Ali),  révélée par le personnage de Louise Wimmer dans le film éponyme de Cyril Mennegin.

    Prix d’interprétation masculine ou féminine, prix de la mise en scène, grand prix du jury… Le festival commence très fort avec ce film qui pourrait prétendre à tous les prix, ou presque.  Un film coup de poing qui est aussi mon premier coup de cœur de cette édition 2012. Un film sensoriel magistralement monté, joué, pensé et mis en scène.

    Vivement la suite de la compétition !

     

  • Présentation de "Cosmopolis" de David Cronenberg avec Robert Pattinson et vidéo de Robert Pattinson - Compétition officielle du Festival de Cannes 2012

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    Sans aucun doute "Cosmopolis" de David Cronenberg fait partie des films attendus de ce Festival de Cannes 2012. J'essaierai d'aller le voir pour vous en livrer ma critique ici. En attendant, pour vous faire patienter, je vous propose de gagner 10 bandes originales et 10 affiches du film (chacun des 10 gagnants remportera la bande originale ET l'affiche) en vous rendant sur http://www.inthemoodforcinema.com http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2012/05/10/concours-gagnez-10-affiches-et-10-bandes-originales-de-cosmo.html  .

    Le film sort en salles le 25 mai 2012.

    Synopsis: Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

    Cosmopolis est l'adaptation du treizième roman du célèbre auteur américain Don DeLillo, publié en 2003, avait, à l'époque, reçu des critiques majoritairement négatives. Le roman est considéré comme prémonitoire de par son point de vue sur les défauts du système financier international.

    Sept ans après « A History of Violence », David Cronenberg se retrouve de nouveau en compétition au Festival de Cannes avec « Cosmopolis" après avoir été en sélection à plusieurs reprises : en 1996 pour « Crash » ( Prix Spécial du Jury), en 2002 pour "Spider" et, entre les deux, il avait également été Président du Jury (1999, « Rosetta » avait alors eu la palme d’or).

    Pour sa première année de présence sur la Croisette, Robert Pattinson devrait ici rompre avec son image de gentil vampire de la saga « Twilight » après avoir joué dans « De l'eau pour les éléphants » et « Remeber me ». C'est aussi la première fois qu'il est dirigé par un réalisateur aussi reconnu que David Cronenberg.

    On retrouve, au casting les acteurs français Mathieu Amalric et Juliette Binoche

    Howard Shore, oscarisé pour son travail sur "Le Seigneur des Anneaux", a composé la musique de tous les films de David Cronenberg depuis Chromosome 3 (à l'exception de Dead Zone). Cosmopolis ne déroge donc pas à la règle et marquera la quinzième collaboration entre les deux hommes.

    A cette occasion, je vous propose également de retrouver ma critique de "De l'eau pour les éléphants" , ma vidéo de la conférence de presse avec Robert Pattinson, ci-dessous et retrouvez ma critique du film et les photos de la conférence de presse en cliquant ici.

     

     
  • "Après la bataille" de Yousry Nasrallah - Compétition officielle du Festival de Cannes 2012

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    Je poursuis mes présentations des films de la sélection officielle que j'attends le plus parmi lesquels "Après la bataille" ( titre inspiré de Victor Hugo?) de l'Egyptien Yousry Nasrallah. La palme d'or a souvent été attribuée à des films avec une forte résonance politique eu égard au retentissement international du festival. Par ailleurs, le président du jury de ce Festival de Cannes 2012  est un cinéaste engagé. Déjà deux bonnes raisons pour en faire un candidat sérieux à la palme d'or, le sujet de ce film étant le printemps égyptien mais se contenter de dire cela serait évidemment réducteur. Cannes est avant tout un festival de cinéma (et non politique) et, évidemment, rien n'est joué d'avance.

    Yousry Nasrallah, présent pour la 4ème fois à Cannes cette année,  en 2011,  avait filmé en vidéo les manifestants de la place Tahrir pendant le printemps arabe et avait ainsi participé au film collectif 18 jours (en séance spéciale).  

    Nasrallah fut  l'assistant  de Youssef Chahine au début de sa carrière, et  a coécrit avec lui  Adieu Bonaparte et Alexandrie encore et toujours.

    En bonus, retrouvez ma critique de "Femmes du Caire" de Yousry Nasrallah.

    "Après la bataille" avec Mena Shalaby, Bassem Samra... - 2 h 06

    Synopsis:

    Mahmoud est l’un des «cavaliers de la place Tahrir» qui, le 2 février 2011, manipulés par les services du régime de Moubarak, chargent les jeunes révolutionnaires.
    Tabassé, humilié, sans travail, ostracisé dans son quartier qui jouxte les Pyramides, Mahmoud et sa famille perdent pied…
    C’est à ce moment qu’il fait la connaissance de Reem, une jeune égyptienne divorcée, moderne, laïque, qui travaille dans la publicité. Reem est militante révolutionnaire et vit dans les beaux quartiers. Leur rencontre transformera le cours de leurs vies…

    Films présentés à Cannes par Yousry Nasrallah

     2011 - TAMANTASHAR YOM (18 JOURS)- Séances spéciales Réalisation

    2004 - BAB EL CHAMS (LA PORTE DU SOLEIL)- Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1988 - SARIKAT SAYFEYA (VOLS D'ÉTÉ)- Section parallèle Réalisation

    Membre du Jury

    2005 - Courts métrages Cinéfondation - Membre

     

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    En mai dernier sortait « Femmes du Caire » de Yousry Nasrallah. Je l’avais alors manqué. Je viens de me rattraper grâce à sa sortie récente en DVD.

    Embarquement donc pour l’Egypte et plus précisément Le Caire où vivent Hebba et Karim, couple de journalistes à succès, jeunes, riches et beaux. Hebba anime ainsi un talk-show populaire et insolent. Sous la pression de son mari, dont la carrière est menacée par son émission, elle accepte de délaisser les sujets politiques pour se consacrer aux faits divers féminins…mais elle se retrouve rapidement en terrain miné.

    Dès le premier plan d’une caméra qui s’immisce avec fluidité dans l’appartement d’Hebba et Karim, la réalisation de Yousry Nasrallah capte notre attention par la beauté et la rigueur frappantes de sa composition visuelle et montre aussi toute l’intelligence de cette réalisation « signifiante », la caméra se glissant dans l’intérieur comme le film va le faire dans la vie des femmes du Caire, et comme Hebba va le faire avec ces dernières.

    La construction scénaristique est aussi habile que la réalisation puisque l’émission d’Hebba va nous permettre de voir trois histoires racontées en flashback, illustrant chacune différemment le climat de misogynie et de corruption qui règne au Caire où les femmes subissent un « voile de l’esprit », et sont constamment sous surveillance, privées d’autonomie.

    « Tout est politique » comme le faire dire Nasrallah à un de ses personnages. Et ce film, sans concessions, l’est indéniablement mais sans jamais oublier que le spectateur est là (aussi) pour se distraire, pour qu’on lui raconte une histoire. Le message n’en est que plus efficace lorsqu’il est aussi subtilement délivré, et ne peut que nous frapper en plein cœur.

    Une plongée dans la violence d’une société qui asphyxie celles qui ne souhaitent pas s’y soumettre, et se soumettre à ses règles du jeu traditionnalistes. « Femmes du Caire » est un film politique et populaire, tragique et sensuel, un plaidoyer pour la cause des femmes en quête d’émancipation en Egypte dont chaque histoire trace magnifiquement le portrait, sublimé par une très belle esthétique, dans la droite lignée du cinéma du grand Youssef Chahine. Un hymne féministe à la féminité et , au-delà, un très beau film servi par un scénario et une mise en abyme ingénieuse et des acteurs intenses! Je vous le recommande vivement.

    "Femmes du Caire" a été sélectionné aux festivals de Toronto et Venise.

    Retrouvez-moi en direct du Festival de Cannes du 16 au 28 mai sur http://www.inthemoodforcinema.com , http://inthemoodlemag.com et http://www.inthemoodforcannes.com et retrouvez alors mes critiques des films en compétition.

  • Présentation de "Vous n'avez encore rien vu" de Alain Resnais - Compétition officielle du Festival de Cannes 2012

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    Alain Resnais fait partie de ces cinéastes dont je ne manque aucun film et dont chaque film est une preuve d'inventivité, de jeunesse d'esprit et de talent incontestable. C'est donc avec beaucoup d'impatience que j'attends ce "Vous n'avez encore rien vu" (en salles le 26 septembre 2012) en compétition officielle, trois ans après la présentation des "Herbes folles" à Cannes. Cette même année, il avait reçu un prix exceptionnel pour l'ensemble de sa carrière et sa contribution à l'histoire du cinéma.

    Même si le film est officiellement inspiré de la pièce "Euridyce" de Jean Anouilh, il s'agit en réalité d'une adaptation très libre, qui pourrait davantage s'apparenter à un hommage (aussi au cinéma et au théâtre en général) avec un savant jeu de mises en abyme.

    Le film a été tourné dans les studios de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis.

    « Vous n'avez encore rien » marque  la neuvième collaboration entre le cinéaste Alain Resnais et l'actrice Sabine Azéma.  André Dussolier et Pierre Arditi, quant à eux, ont respectivement sept et huit films tournés  sous la direction du cinéaste.

    Synopsis:

    Après sa mort, Antoine, homme de théâtre, fait convoquer chez lui tous ses amis comédiens ayant joué dans différentes versions de sa pièce Eurydice. Il a enregistré, avant de mourir, une déclaration dans laquelle il leur demande de visionner une captation des répétitions de cette pièce : une jeune troupe lui a en effet demandé l'autorisation de la monter et il a besoin de leur avis...

     

    Films présentés à Cannes par Alain Resnais

    • 2009 - LES HERBES FOLLES- En Compétition Réalisation
    • 2009 - LOIN DU VIETNAM- Cannes Classics Réalisation
    • 2002 - JE T'AIME JE T'AIME- Hommage Réalisation
    • 1980 - MON ONCLE D'AMÉRIQUE- En Compétition Réalisation
    • 1974 - STAVISKY- En Compétition Réalisation
    • 1968 - JE T'AIME, JE T'AIME- En Compétition Réalisation
    • 1959 - HIROSHIMA, MON AMOUR- En Compétition Réalisation
    • 1957 - TOUTE LA MÉMOIRE DU MONDE- En Compétition Réalisation, Montage
    • 1947 - PARIS 1900- En Compétition Scénario & Dialogues

    Le Palmarès de Alain Resnais à Cannes

    • 2009 - Prix exceptionnel pour l'ensemble de sa carrière et sa contribution à l'histoire du cinéma - LES HERBES FOLLES - Long métrage
    • 1980 - Prix de la Critique Internationale - F.I.P.R.E.S.C.I. - MON ONCLE D'AMÉRIQUE - Long métrage
    • 1980 - Grand Prix Spécial du Jury - MON ONCLE D'AMÉRIQUE - Long métrage

     

  • Présentation de "Killing them softly" de Andrew Dominik (compétition officielle du Festival de Cannes 2012)

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    Avec "Killing them soflty", le néozélandais (de naissance du moins puisque lui et sa famille se sont installés en Australie alors qu'il n'avait que 2 ans), Andrew Dominik  fait son entrée à Cannes, qui plus est en compétition, pour ce qui est seulement son troisième film après "Chopper" et le mémorable "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford". Avant de vous présenter "Killing them softly", je ne peux pas ne pas vous parler en quelques mots de son précèdent film, un de mes plus grands chocs cinématographiques du Festival du Cinéma Américain de Deauville où l'équipe l'avait présenté en avant-première en 2007 ( mes photos ci-dessous).

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    D’abord il est difficile de définir ce film qui reprend certes les codes du western mais qui les détourne majestueusement. Tout comme le titre nous donne une fausse piste. Evidemment il s’agit bien de l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Mais au final, peut-on parler d’assassinat ? Ou d’une bête traquée qui, lasse ou provocante, défie la mort ? Peut-on parler de lâcheté à propos de Robert Ford ? Ce titre, finalement très brillant et loin d’être anodin, évacue d’emblée ce que nous savons déjà parce que l’intérêt est ailleurs. Et si ce film renouvelle le genre, c’est parce qu’il instille la psychologie, aux antipodes du manichéisme habituellement érigé en principe du western. Les héros sont aussi vulnérables. Ils ne sont pas invincibles. C’est en effet un duel psychologique palpitant. Une lutte entre deux hommes. Une lutte interne pour chacun d’eux aussi. Robert Ford partagé entre sa vénération pour Jesse James et son désir de gloire de cet homme érigé en héros qu’il vénère autant qu’il désirerait prendre sa place. Entre l’adoration et la haine. Entre l’innocence, l’arrogance et l’ambition. Finalement si proches et peut-être si indissociables. Qui peut mieux haïr que celui qui a le plus adulé? La passion est versatile dans ses excès. Jesse James est en proie à ses démons. Robert Ford idolâtre Jesse James. Jesse James lui demande un jour s’il veut « être lui » ou « être comme lui ». La passion, elle aussi, elle surtout, a des raisons que la raison ne connaît pas.

     Quelques plans font songer à « La prisonnière du désert » et pourtant ce film ne ressemble à aucun autre. La course des nuages que le réalisateur filme à l’envie et par lequel débute le film nous fait d’abord craindre un film caricatural. Il annonce simplement la poésie de ce film imprégné d’une lumière crépusculaire. Les interprétations parfaites et même impressionnantes de Brad Pitt et Casey Affleck ajoutent à l’intensité de ce film magistral. Notre respiration est suspendue. Tout peut basculer d’un instant à l’autre. Le doute s’immisce dans les esprits. Le lion peut rugir à tout instant. Un regard qui se brouille. Une agitation inhabituelle. Rien ne lui échappe. C’est d’une intensité hitchcockienne. Voilà, c’est un western hitchcockien, un western d’auteur. Rien n’est superflu.

     Ce film est l’histoire d’une légende qu’en interprète une autre. Un film d’une grande modernité qui renouvelle le genre. Un western qui s’appréhende comme un thriller psychologique. Une œuvre sombrement poétique et mélancolique, lyrique. Un voyage dans des âmes tourmentées et complexes. Un grand film d’une rare richesse psychologique et d’une grande beauté formelle. Qui nous parle d’un monde qui a fait d’un criminel un héros. Qui nous parle aussi du nôtre. Qui fabrique des légendes. Des lions en cage, celle de leur âme, celle que leur fabriquent ceux qui les traquent, impitoyablement, inlassablement. Un conte de fée des temps modernes. Un film unique qui donne finalement l’impression d’avoir accompagné la course des nuages dans leur voyage sombrement poétique d’une beauté et d’une profondeur indicibles et tellement magique. (Retrouvez mon article complet et le récit de la conférence de presse deauvillaise en cliquant ici).

    Cette fois-ci, il ne s'agira cependant pas d'un western mais d'un film qui se rapproche davantage du premier film du cinéaste "Chopper" (le portrait d'un tueur australien de dealers).

     Killing Them Softly est ainsi une adaptation du roman « Cogan's Trade » de George V. Higgins.

    Synopsis : Jackie Cogan, un homme de main, est chargé d’enquêter sur un vol qui s’est déroulé lors d’un tournoi de poker organisé par la Mafia.

    Ce film sera aussi l’occasion d’une montée des marches prestigieuses et le retour de Brad Pitt à Cannes qui, entre « Babel » et « Inglourious basterds » pour lesquels il était venu à Cannes, fait toujours preuve de choix judicieux, souvent audacieux (voir article suivant).

  • Présentation de "Amour" de Michael Haneke (compétition officielle du Festival de Cannes 2012) et critique du "Ruban blanc" (palme d'or 2009)

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                                                                © Les Films du Losange

    Certains s'offusqueront certainement à nouveau du fait que les mêmes, souvent, sont sélectionnés à Cannes mais comment ne pas sélectionner un film d'un auteur tel que Michael Haneke?  Après le grand prix du jury en 2001 (pour "La Pianiste"), le prix de la mise en scène en 2005 (pour "Caché") et la palme d'or en 2009 (pour "Le Ruban blanc" -voir ma critique ci-dessous-), il ne fait aucun doute que Michael Haneke peut encore nous surprendre dans ce film qui signe le grand retour de Jean-Louis Trintignant (qui, en 1966, avait déjà eu les honneurs du festival puisque "Un homme et une femme" de Claude Lelouch avait remporté la palme d'or, un film auquel succéderont 8 autres films en compétition dans lesquels il joue également) qui aura pour partenaire l'inoubliable actrice de "Hiroshima mon amour" d'Alain Resnais (lui aussi en compétition cette année) Emmanuelle Riva.

    Synopsis : Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite.
    Leur fille, également musicienne, vit à l'étranger avec sa famille.
    Un jour, Anne est victime d'un accident.
    L'amour qui unit ce couple va être mis à rude épreuve.

    Avec :  Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert

    Sortie en salles : le 24 octobre 2012

     

    Films présentés à Cannes par Michael Haneke

    • 2009 - DAS WEISSE BAND (LE RUBAN BLANC)- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2005 - CACHÉ- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2003 - LE TEMPS DU LOUP- Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2001 - LA PIANISTE- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2000 - CODE INCONNU- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1997 - FUNNY GAMES- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1994 - 71 FRAGMENTE EINER CHRONOLOGIE DES ZUFALLS (71 FRAGMENTS D'UNE CHRONOLOGIE DU HASARD)- Section parallèle Réalisation
    • 1992 - BENNY'S VIDEO- Section parallèle Réalisation
    • 1989 - DER 7 KONTINENT (LE SEPTIÈME CONTINENT)- Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès de Michael Haneke à Cannes

    • 2009 - Palme d'Or - DAS WEISSE BAND (LE RUBAN BLANC) - Long métrage
    • 2005 - Prix de la mise en scène - CACHÉ - Long métrage
    • 2001 - Grand Prix - LA PIANISTE - Long métrage

    CRITIQUE DU "RUBAN BLANC" DE MICHAEL HANEKE

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    Photo: inthemoodforcannes.com (clôture du Festival de Cannes 2009)

    En raison de l’inimitié ou de la potentielle rancœur subsistant entre Isabelle Huppert et Quentin Tarantino suite à leurs dissensions lors du casting d’ « Inglourious Basterds » et du lien particulier qui unit cette dernière à Haneke ( « La Pianiste » du même Haneke lui a valu un prix d’interprétation cannois), je supposai que « Le ruban blanc » devait être un chef d’œuvre tel que ce prix mettait la présidente du jury 2009 hors du moindre soupçon d’avoir favorisé le réalisateur autrichien, pour des raisons autres que cinématographiques.

    Alors, « un ruban blanc » est-il ce chef d’œuvre irréfutable faisant de cette palme d’or une évidence ?

     

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    Haneke est aussi outrancier dans l’austérité que Tarantino l’est dans la flamboyance. Leurs cinémas sont à leurs images, extrêmes. Alors difficile de comparer deux films aussi diamétralement opposés même si pour moi l’audace, l’inventivité, la cinéphilie de Tarantino le plaçaient au-dessus du reste de cette sélection 2009. Audace, inventivité, cinéphilie : des termes qui peuvent néanmoins tout autant s’appliquer à Haneke même si pour moi « Caché » (pour lequel il avait reçu un prix de la mise en scène en 2005) méritait davantage cette palme d’or (et celui-ci un Grand Prix) qui, à défaut d’être une évidence, se justifie et se comprend aisément.

     

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     Synopsis : Un village de l’Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre Mondiale. Un instituteur raconte l’histoire d’étranges incidents qui surviennent dans la petite communauté protestante formée par les élèves et leurs familles. Peu à peu, d’autres accidents surviennent et prennent l’allure d’un rituel primitif.

    Quel qu’en soit l’enjeu et aussi âpre soit-elle, Haneke a le don de créer une atmosphère quasi hypnotique, et de vous y plonger. L’admiration pour la perfection formelle l’emporte toujours sur le rejet de l’âpreté, sur cette froideur qui devrait pourtant nous tenir à distance, mais qui aiguise notre intérêt, notre curiosité. La somptuosité glaciale et glaçante de la réalisation, la perfection du cadre et des longs plans fixes où rien n’est laissé au hasard sont aussi paralysants que l’inhumanité qui émane des personnages qui y évoluent.

    Derrière ce noir et blanc, ces images d’une pureté étrangement parfaite, à l’image de ces chérubins blonds symboles d’innocence et de pureté (que symbolise aussi le ruban blanc qu’on leur force à porter) se dissimulent la brutalité et la cruauté.

    L’image se fige à l’exemple de cet ordre social archaïquement hiérarchisé, et de cette éducation rigoriste et puritaine dont les moyens sont plus cruels que les maux qu’elle est destinée prévenir et qui va provoquer des maux plus brutaux encore que ceux qu’elle voulait éviter. La violence, au lieu d’être réprimé, s’immisce insidieusement pour finalement imposer son impitoyable loi. Cette violence, thème cher à Haneke, est toujours hors champ, « cachée », et encore plus effrayante et retentissante.

    Ce ruban blanc c’est le symbole d’une innocence ostensible qui dissimule la violence la plus insidieuse et perverse. Ce ruban blanc c’est le signe ostentatoire d’un passé et de racines peu glorieuses qui voulaient se donner le visage de l’innocence. Ce ruban blanc, c’est le voile symbolique de l’innocence qu’on veut imposer pour nier la barbarie, et ces racines du mal qu’Haneke nous fait appréhender avec effroi par l’élégance moribonde du noir et blanc.

    Ces châtiments que la société inflige à ses enfants en évoquent d’autres que la société infligera à plus grande échelle, qu’elle institutionnalisera même pour donner lieu à l’horreur suprême, la barbarie du XXème siècle. Cette éducation rigide va enfanter les bourreaux du XXème siècle dans le calme, la blancheur immaculée de la neige d’un petit village a priori comme les autres.

    La forme démontre alors toute son intelligence, elle nous séduit d’abord pour nous montrer toute l’horreur qu’elle porte en elle et dissimule à l’image de ceux qui portent ce ruban blanc.

    Que dire de l’interprétation ? Elle est aussi irréprochable. Les enfants jouent avec une innocence qui semble tellement naturelle que l’horreur qu’ils recèlent en devient plus terrifiante encore.

    Avec une froideur et un ascétisme inflexibles, avec une précision quasi clinique, avec une cruauté tranchante et des dialogues cinglants, avec une maîtrise formelle fascinante, Haneke poursuit son examen de la violence en décortiquant ici les racines du nazisme, par une démonstration implacable et saisissante. Une œuvre inclassable malgré ses accents bergmaniens.

    Un film à voir absolument. L'oeuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, impressionnante d'un grand metteur en scène.

     

  • Présentation de "De rouille et d'os" de Jacques Audiard (competition officielle du Festival de Cannes 2012)

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    Je continue  mes présentations des films de ce Festival de Cannes 2012 que j'attends le plus. Après le film d'Abbas Kiarostami, celui de Jacques Audiard "De rouille et d'os" qui signe le retour au cinéma et à Cannes du cinéaste après le grand prix reçu pour "Un Prophète", en 2009. Ce film adapté d'un recueil de nouvelles de Craig Davidson  sortira en salles, le 17 mai, et ne devrait laisser personne indifférent entre le casting impressionnant (avec notamment Marion Cotillard pour la première fois en compétition à Cannes), un sujet en or, et une bande-annonce qui promet déjà le meilleur pour la mise en scène . Alors, après un prix du meilleur scénario en 1996 pour "Un héros très discret" et un grand prix en 2009 pour "Un Prophète", l'année 2012 sera-t-ellle celle de la palme d'or pour Jacques Audiard? Du prix d'interprétation pour Marion Cotillard ou Matthias Schoenaerts? Réponse le 27 Mai! En attendant, je ne manquerai pas d'aller voir le film à Cannes pour vous en livrer ma critique.

    Synopsis:

     Ça commence dans le Nord.

    Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau.

    A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone.

    Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose.

    Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau.

    Quand Ali la retrouve, la princesse est tassée dans un fauteuil roulant

    : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions.

    Il va l’aider simplement, sans compassion, sans pitié. Elle va revivre.

    Avec: Marion Cotillard, Matthias Schoenaerts, Armand Verdure, Céline Sallette, Corinne Masiero, Bouli Lanners et Jean-Michel Correia

     

    NOTE DE REALISATION (extraite du site officiel du film)
    Il y a quelque chose de saisissant dans le recueil de nouvelles de Craig Davidson «Un Goût De Rouille Et d’Os»: le tableau d’un monde moderne vacillant, à l’intérieur duquel des trajectoires individuelles, des destins simples, se trouveraient magnifiés par le drame et les accidents. Une vision des Etats-Unis en univers rationnel où les corps devraient lutter pour trouver leur place, pour tenter de bousculer le sort qui leur est réservé.


    Ali et Stéphanie, nos deux personnages n’existent pas dans les nouvelles, et le recueil de Craig Davidson semble appartenir à la préhistoire du projet, mais la force et la brutalité du récit, la volonté de sublimer les personnages par le drame, par le mélodrame, en sont directement issues.


    Dès le début de notre travail d’adaptation, nous nous sommes tournés vers une forme cinématographique que faute de mieux nous appelions « expressionniste », où la force des images viendrait servir le mélodrame. Une esthétique tranchée, brutale et contrastée. Celle de la Grande Dépression, celle des films de foire, où l’extraordinaire étrangeté des propositions visuelles sublime la noirceur du réel. Celle d’un monde où « Dieu vomit les tièdes ».


    C’est cette forme qui nous a guidés tout au long de l’écriture du scénario. Elle porte cette histoire d’amour qui est le véritable héros du film. Elle est le monde à travers les yeux d’un enfant perdu. Elle rend compte de la noblesse de nos personnages au milieu de la violence d’un monde de catastrophe économique. Elle respecte l’opiniâtreté dont Ali et Stéphanie font preuve pour s’extraire de leur condition.
    Jacques Audiard et Thomas Bidegain

    Films présentés à Cannes

    • 2009 - UN PROPHÈTE- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1996 - UN HÉROS TRÈS DISCRET- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1994 - REGARDE LES HOMMES TOMBER- Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès

    • 2009 - Grand Prix - UN PROPHÈTE - Long métrage
    • 1996 - Prix du meilleur scénario - UN HÉROS TRÈS DISCRET - Long métrage

     

  • "Like someone in love" de Abbas Kiarostami et critique de "Copie conforme" de Abbas Kiarostami

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    Jusqu'à l'ouverture du festival, le 16 mai, je vous présenterai régulièrement des films au programme de cette édition 2012 du Festival de Cannes et en particulier les que j'attends tout particulièrement. Je commence avec "Like someone in love" de l'Iranien Abbas Kiarostami, peut-être celui que j'attends le plus (avec trois autres films dont je vous parlerai les jours prochains), une envie de découvrir ce film accrue par cette bande-annonce.

     En bonus, à la fin de cette note, vous retrouverez ma critique de "Copie conforme", film en compétition à Cannes, en 2010 , et pour lequel Juliette Binoche avait reçu le prix d'interprétation (amplement mérité!).

     Kiarostami est parti tourner "Like someone in love" au Japon. Ce sera la 5ème sélection du cinéaste en compétition, à Cannes. Il avait même obtenu la palme d'or en 1997 pour "Le goût de la cerise" (Nanni Moretti faisait partie du jury cette année-là!).

    Synopsis: De nos jours dans une grande ville du Japon. Un vieil universitaire très érudit, garant des traditions ; une jeune et séduisante étudiante, qui doit vendre ses charmes pour payer ses études ; un jeune homme jaloux, dont la violence ne demande qu’à exploser : entre ces trois-là, se nouent en une journée des relations inattendues, qui changeront leurs vies à jamais.

    Avec, Ryo Kase, Denden, Rin Takanashi, Tadashi Okuno

    Films présentés à Cannes

    • 2010 - COPIE CONFORME- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2007 - CHACUN SON CINÉMA- Hors Compétition Réalisation
    • 2007 - MAN OF CINEMA: PIERRE RISSIENT (HOMME DE CINEMA : PIERRE RISSIENT)- Cannes Classics Images, Interprète
    • 2004 - 10 ON TEN- Un Certain Regard Réalisation
    • 2004 - FIVE- Hors Compétition Réalisation
    • 2003 - TALAYE SORGH (SANG ET OR)- Un Certain Regard Scénario & Dialogues
    • 2002 - TEN- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2001 - A.B.C AFRICA- Hors Compétition Réalisation, Montage
    • 1997 - TA'M E GUILASS (LE GOÛT DE LA CERISE)- En Compétition Réalisation, Montage
    • 1994 - ZIRE DARAKHTAN ZEYTON (AU TRAVERS DES OLIVIERS)- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
    • 1992 - ZENDEGI EDAME DARAD (ET LA VIE CONTINUE)- Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage

    Le Palmarès

    • 1997 - Palme d'Or - TA'M E GUILASS (LE GOÛT DE LA CERISE) - Long métrage

    Membre du Jury

    • 2005 - Caméra d’Or - Président
    • 2002 - Courts métrages Cinéfondation - Membre
    • 1993 - Sélection officielle - Membre

    Critique de "Copie conforme" de Abbas Kiarostami

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    La sélection de ce film a suscité quelques remous avant même son annonce officielle en raison de la présence de Juliette Binoche au casting également sur l'affiche officielle du 63ème Festival de Cannes parce que ce serait susceptible sans doute d'influer sur le vote du jury. Vaine polémique (mais Cannes aime, aussi, les polémiques surtout quand elles sont vaines) à laquelle son jeu magistral est une cinglante réponse.

     

    « Copie conforme » est le premier film du cinéaste iranien tourné hors de ses frontières, un film qu'il a écrit pour Juliette Binoche.

     

    Face à James (William Shimell), un écrivain quinquagénaire anglo-saxon qui donne en Italie, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, une conférence ayant pour thème les relations étroites entre l'original et la copie dans l'art elle est une jeune femme d'origine française, galeriste qu'il rencontre. Ils partent ensemble pour quelques heures à San Gimignano, petit village près de Florence. Comment distinguer l'original de la copie, la réalité de la fiction ? Ils nous donnent ainsi d'abord l'impression de se rencontrer puis d'être en couple depuis 15 ans.

     

    Selon James, lors de sa conférence, une bonne copie peut valoir un original et tout le film semble en être une illustration. James et la jeune femme semblent jouer à « copier » un couple même si la réponse ne nous est jamais donnée clairement. Peut-être est-elle folle ? Peut-être entre-t-elle dans son jeu ? Peut-être se connaissent-ils réellement depuis 15 ans ? Ce doute constitue un plaisir constant pour le spectateur qui devient alors une sorte d'enquêteur cherchant dans une phrase, une expression une explication. Il n'y en aura pas réellement et c'est finalement tant mieux.

     

    Ainsi Kiarostami responsabilise le spectateur. A lui de construire son propre film. Les personnages regardent souvent face caméra en guise de miroir, comme s'ils se miraient dans les yeux du spectateur pour connaître leur réelle identité. « Copie conforme » est donc un film de questionnements plus que de réponses et c'est justement ce qui le rend si ludique, unique, jubilatoire. Le jeu si riche et habité de Juliette Binoche, lumineuse et sensuelle, peut ainsi se prêter à plusieurs interprétations.

     

    Un film qui nous déroute, un film de contrastes et contradictions, un film complexe derrière une apparente simplicité. A l'image de l'art évoqué dans le film dont l'interprétation dépend du regard de chacun, le film est l'illustration pratique de la théorie énoncée par le personnage de James. De magnifiques et longs plans-séquences, des dialogues brillants, une mise en scène d'une redoutable précision achèvent de faire de ce film en apparence si simple une riche réflexion sur l'art et sur l'amour.

     

    William Shimell (chanteur d'opéra dont c'est le premier rôle) et Juliette Binoche excellent et sont aussi pour beaucoup dans cette réussite. Un film sur la réflexivité de l'art qui donne à réfléchir. Un dernier plan délicieusement énigmatique et polysémique qui signe le début ou le renouveau ou la fin d'une histoire plurielle. Un très grand film à voir absolument. Un vrai coup de cœur.

     

    « Copie conforme » est le 9ème film présenté à Cannes par Kiarostami qui a par ailleurs été membre du jury longs métrages en 1993, du jury de la Cinéfondation en 2002 et Président du jury de la Caméra d'Or en 2005. Enfin, il a remporté la Palme d'Or en 1997 pour "Le goût de la cerise."

     

    Juliette Binoche raconte ainsi sa rencontre avec Kiatostami: "Je suis partie en Iran rencontrer Abbas (je l'avais croisé à Cannes, à l'Unesco, chez Jean-Claude Carrière). Il m'a dit "Viens à Téhéran !". Je l'ai cru, j'y suis allée, deux fois. Un soir il m'a raconté l'histoire que nous avons tourné ensemble cet été, il m'a raconté chaque détail, le soutien-gorge, le restaurant, l'hôtel, bref, il m'a dit que c'était une histoire qui lui était arrivée. A la fin, après avoir parlé pendant 45 minutes dans un anglais impeccable, il m'a demandé : "Tu me crois ?". Je lui ai dit : "Oui". Il m'a dit : "Ce n'est pas vrai !". Je suis partie d'un éclat de rire qui lui a donné envie de faire ce film, je crois !", explique-t-elle.