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COMPETITION OFFICIELLE - Page 14

  • Critique- Compétition officielle 2010 : « Another year » de Mike Leigh

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    Après « Tournée » de Mathieu Amalric dont je vous parlais avant-hier, j'ai assisté hier à mon deuxième film de la compétition officielle 2010, « Another year » du britannique Mike Leigh. Un vrai mystère puisque très peu d'informations avaient filtré  sur ce film avant la projection. Onzième film de Mike Leigh qui fait partie du cercle fermé des réalisateurs ayant déjà obtenu la palme d'or (pour « Secrets et mensonges » en 1996 même si je lui préfère largement « All or nothing ») ou encore le prix de la mise en scène pour « Naked » en 1993, « Another year » est ainsi le quatrième film de Mike Leigh en compétition à Cannes. Jim Broadbent, Philip Davis, Imelda Staunton, les acteurs fétiches du réalisateur, sont ainsi de nouveau de la partie.

    Synopsis :L'histoire d'un couple heureux (Tom, géologue, et Gerri, psychologue !) qui va devoir supporter les tracas de son entourage.

    « Another year » est avant tout centré sur ses personnages, à la fois communs et atypiques mais en tout cas dépeints avec beaucoup d'humanité, de sensibilité, d'empathie. La caméra scrute habilement et pudiquement leurs visages et le basculement d'une émotion à son contraire que la première masquait.

     Mike Leigh est particulièrement doué pour capturer les choses de la vie, une mélancolie, une solitude derrière une exubérance. Si son film comme toujours se passe dans un milieu bien particulier (la classe britannique « moyenne », voire pauvre, avec toujours le chômage en arrière-plan) chacun pourra se reconnaître dans l'un de ses personnages vibrants d'humanité, et d'émouvantes contradictions.

    « Another year » est divisé en 4 saisons, (printemps, été, automne, hiver) :  en une année, à la fois comme les autres et différente des autres, alors que les jours et les saisons s'égrènent, le couple de Tom et Gerri reste la stabilité au centre de ce petit monde. En une année, ce sont les tourments et les bonheurs de l'existence qui se déroulent autour d'eux : deuil, séparation, rencontre, naissance, dépression...

    Mike Leigh sait tourner en dérision les situations dramatiques sans que jamais ses personnages soient ridiculisés mais au contraire en    faisant des héros du quotidien ( des « héros cachés ») de ces êtres perdus qui donnent constamment le change comme Mary ( formidable Lesley Manville), l'amie envahissante du couple ou encore comme  Tom le frère qui perd sa femme (très beau personnage digne, tout en silences et pudeur), Ken l'ami qui, comme Mary noie souvent sa solitude dans l'alcool et fait de vaines avances à cette dernière.

    Des tons doux et lumineux du printemps et de l'été, finit par tourner au gris d'un hiver crépusculaire au cours duquel le vrai visage de Mary se révèle dans un dernier plan aussi simple, profond que bouleversant.

      De très bons dialogues et des comédiens excellemment dirigés contribuent enfin à faire de ce film  une saison particulière à la fois drôle et nostalgique, et en tout cas profondément humaine et universelle dont la morale à la Voltaire pourrait être « Il faut cultiver notre jardin » (Tom et Gerri y passent ainsi beaucoup de temps au sens propre comme au figuré... : ils s'appliquent ainsi à changer et améliorer ou du moins aider le monde qui les entoure).

    Accueil dans la salle (projection de l'après-midi) : applaudissements nourris

    Chance de récompenses : Habitué du palmarès, Mike Leigh pourrait bien y figurer à nouveau. Je verrais bien un prix d'interprétation pour Lesley Manville qui récompenserait ainsi également l'incroyable talent de directeur d'acteurs de Mike Leigh.

    Récompenses que je lui attribuerais (ou pas) : un prix du scénario  pour son apparente simplicité qui met si bien en valeur la complexité  et les tourments cachés de ses personnages. 

  • Compétition - « Tournée » de Mathieu Amalric : la beauté des âmes dénudées

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    Les choses sérieuses ont débuté hier avec la compétition officielle et la projection du premier film français en lice pour la palme d'or, le quatrième film de Mathieu Amalric réalisateur et le premier sélectionné en compétition, même si ce dernier a souvent présenté des films sur la Croisette en tant que comédien, notamment l'émouvant « Le Scaphandre et le papillon » de Julian Schnabel en 2007 ou encore le juvénile et réjouissant « Les herbes folles » d'Alain Resnais l'an passé. Après une montée des marches haute en couleurs, c'est parti pour une première « tournée » de compétition.

    Dans « Tournée » Amalric incarne Joachim un producteur  de spectacles de retour de son exil américain avec dans ses bagages une revue de strip-tease new burlesque. Loin des canons de beauté, du moins ceux édictés par certains magazines,  ces trip-teaseuses détournent l'image de la femme fatale avec  une grivoise et ludique dérision.

    Tout pourrait être pathétique dans ce film : ces femmes aux visages et aux corps marqués qui incarnent les pin-up kitschissimes, ce producteur véritable loser qui harcèle en vain ses anciens « amis » de la télévision et du spectacle pour obtenir une salle, les hôtels impersonnels...

    Et c'est là tout le talent d'Amalric : nous montrer la fragile frontière entre beau et pathétique (et le film se situe beaucoup plus du côté du premier), la complexité de l'âme humaine derrière l'apparente légèreté, les tourments qui se cachent derrière les corps qui se montrent ostensiblement. C'est d'ailleurs par ces corps autour desquels la caméra virevolte que le film va débuter, finalement un masque qui va peu à peu tomber pour dévoiler les fragilités de chacun( e) pour que deux fières solitudes  finissent par se trouver.

    Amalric fait tomber les masques avec beaucoup de pudeur et de délicatesse malgré l'exhibitionnisme apparent.  Son personnage révèle progressivement sa fragilité et sa mélancolie et sa « politesse du désespoir ». Son âme se déshabille pour dévoiler l'homme mélancolique, le père égaré derrière le producteur passionné, paternaliste avec ses strip-teaseuses. C'est aussi un hommage à ceux (producteurs de spectacles ou de cinéma..., rappelant en cela le très beau « Le Père de mes enfants » de Mia Hansen-Love) pour qui il n'existe pas de séparation entre vie et spectacle qui s'entrechoquent et se confondent.

     Mais n'allez pas croire qu'il s'agit là d'un film présomptueux. Amalric réalisateur a aussi le don de l'humour décalé auquel le jeu d'Amalric acteur se prête si bien. Des scènes très réussies dans lesquelles l'émotion et l'humour affleurent (scène de la station service etc) et la précision du trait avec lequel il esquisse la fausseté ou au contraire la solitude et la fragilité de certains personnages  montrent au contraire un réalisateur plein d'élégance.

    Une « tournée » atypique, bouillonnante, attachante qui a la grâce inattendue d'un Botero et imprégnée de la touchante fantaisie de ses interprètes ...

     Sortie en salles : le 30 juin

    Accueil dans la salle (projection du soir Grand Théâtre Lumière) : Quelques bravos ont fusé. Applaudissements nourris sans excès.  Amalric ému aux larmes.

    Chance de récompenses :  Un film qui a la fantaisie en commun avec le cinéma du président du jury 2010 : Tim Burton même si ce sont deux fantaisies très différentes mais derrière lesquelles se cache en tout cas la même mélancolie. Un prix du jury ?

    Récompenses que je lui attribuerais (ou pas) :  Un prix d'interprétation à Mathieu Amalric, manière de récompenser son talent d'acteur (ici éclatant) mais aussi la richesse de son personnage et donc manière aussi de récompenser l'auteur.

  • Dernière minute: "Route Irish" de Ken Loach rejoint la compétition du Festival de Cannes 2010!

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    La rumeur courait déjà depuis quelques jours: un nouveau film pourrait bien s'ajouter à la liste des 18 films en compétition. Un film américain pensait-on, un seul figurant en compétition. C'est finalement un habitué britannique de la croisette (et non des moindres!) , Ken Loach, qui s'ajoute à la prestigieuse liste un an après avoir présenté "Looking for Eric" également en compétition (c'est semble-t-il cette proximité temporelle qui l'aurait d'abord conduit à refuser) avec un film au sujet "à palme d'or" (l'Irak également au centre de "Fair game" de Doug Limna).

     Ce sera ainsi le deuxième film britannique en compétition avec "Another year" de Mike Leigh alors que Stephen Frears, quant à lui, présente, "Tamara Drewe" hors-compétition.

    Tout comme Mike Leigh et Abbas Kiarostami, Ken Loach avait déjà obtenu la palme d'or pour le splendide "Le Vent se lève" en 2006.

    Synopsis:Deux anciens soldats amoureux de la même femme  doivent aller en Irak pour y travailler.  Deux agents de sécurité qui vont risquer leur vie en Irak dans une ville ravagée par la violence.

    Casting: Mark Wormack, Andrea Lowe, Trevor Williams, Talib Hamafraj...

    Films déjà présentés à Cannes par Ken Loach

    • 2009 - LOOKING FOR ERIC - En Compétition Réalisation
    • 2007 - CHACUN SON CINÉMA - Hors Compétition Réalisation
    • 2006 - THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY (LE VENT SE LEVE) - En Compétition Réalisation
    • 2002 - SWEET SIXTEEN - En Compétition Réalisation
    • 2000 - BREAD & ROSES - En Compétition Réalisation
    • 1998 - MY NAME IS JOE - En Compétition Réalisation
    • 1995 - LAND AND FREEDOM - En Compétition Réalisation
    • 1993 - RAINING STONES - En Compétition Réalisation
    • 1991 - RIFF-RAFF - Section parallèle Réalisation
    • 1990 - HIDDEN AGENDA - En Compétition Réalisation
    • 1981 - LOOKS AND SMILES (REGARDS ET SOURIRES) - En Compétition Réalisation
    • 1980 - THE GAMEKEEPER - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1979 - BLACK JACK - Section parallèle Réalisation
    • 1972 - FAMILY LIFE - Section parallèle Réalisation
    • 1970 - KES - Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès de Ken Loach à Cannes

    • 2006 - Palme d'Or - THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY (LE VENT SE LEVE) - Long métrage
    • 1993 - Prix du Jury - RAINING STONES - Long métrage
    • 1990 - Prix du Jury - HIDDEN AGENDA - Long métrage
    • 1981 - Prix du cinéma contemporain au Festival International du Film - LOOKS AND SMILES (REGARDS ET SOURIRES) - Long métrage

    Filmographie de Ken Loach:

    1967 : Pas de larmes pour Joy (Poor Cow)

    1969 : Kes

    1971 : The Save the Children Fund Film

    1971 : Family Life

    1979 : Black Jack

    1980 : The Gamekeeper

    1981 : Regards et Sourires (Looks and Smiles)

    1984 : Which Side Are You On?

    1986 : Fatherland

    1990 : Riff-Raff

    1990 : Secret défense (Hidden Agenda)

    1993 : Raining Stones

    1994 : Ladybird (Ladybird Ladybird)

    1995 : A Contemporary Case for Common Ownership

    1995 : Land and Freedom

    1996 : Carla's Song

    1997 : Les Dockers de Liverpool (The Flickering Flame)

    1998 : My Name Is Joe

    2000 : Bread and Roses

    2001 : The Navigators

    2002 : Sweet Sixteen

    2002 : L'un des courts-métrages du film collectif 11’9’’01 - September 11

    2004 : Just a Kiss (Ae Fond Kiss)

    2005 : Tickets

    2005 : McLibel, co-réalisé avec Franny Armstrong (documentaire)

    2006 : Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley) (Palme d'or en 2006)

    2007 : It's a Free World...

    2009 : Looking for Eric

     

  • "Soleil Trompeur 2, l'Exode", de Nikita Mikhalkov - Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    Je poursuis ma présentation des films de la sélection officielle  2010 avec aujourd'hui le seul film russe de la compétition officielle: Soleil Trompeur 2, l'Exode, de Nikita Mikhalkov, la suite de "Soleil trompeur" 16 ans après son Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 1994 et 11 ans après la sélection hors compétition et en ouverture du festival du romanesque "Le  Barbier de Sibérie" également avec Oleg Menshikov.

    Synopsis: 1941. Cinq années ont passé depuis que les destinées du Général Kotov et de sa famille ont irrémédiablement changé.
     Aux premiers jours de la guerre, Kotov s'échappe miraculeusement du camp où il était détenu. Considéré comme mort par l'administration soviétique, Kotov est enrôlé dans un bataillon de volontaires au grade de simple soldat et envoyé au front. Sur le champ de bataille, il combat les Allemands sans merci. Grièvement blessé, on lui propose de quitter l'armée à plusieurs reprises. Mais persuadé que sa femme Maroussia et sa fille Nadia ont péri dans un camp de travail, il préfère rester aux côtés de ses camarades.  Pourtant, la réalité est toute autre... Les deux femmes sont bien en vie. Nadia, convaincue que son père est vivant, est devenue infirmière dans l'armée et continue de le chercher à travers tout le pays. 1943. Le major du KGB Arsentiev, qui avait fait arrêter et condamner Kotov, reçoit l'ordre de retrouver Kotov par Staline en personne. Arsentiev retrouvera-t-il sa trace dans un pays désormais dévasté par la guerre ? Et pourquoi Staline le fait-il soudainement rechercher après toutes ces années ?

    Casting :  Dmitry Dyuzhev , Sergei Makovetsky , Oleg Menshikov , Nikita Mikhalkov , Nadezhda Mikhalkova , Evgeny Mironov

    Films déjà présentés à Cannes:

    • 2010 - UTOMLYONNYE SOLNTSEM 2: PREDSTOYANIE (L'EXODE - SOLEIL TROMPEUR 2) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète
    • 1999 - THE BARBER OF SIBERIA (LE BARBIER DE SIBERIE) - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1994 - OUTOMLIONNYE SOLNTSEM (SOLEIL TROMPEUR) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète
    • 1987 - OCI CIORNIE (LES YEUX NOIRS) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1983 - UNE GARE POUR DEUX - En Compétition Interprète
    • 1979 - PIATS VETCHEROV (CINQ SOIRÉES) - Section parallèle Réalisation
    • 1979 - SIBERIADA (SIBERIADE) - En Compétition Interprète
    • 1977 - NEOKONTCHENNAYA PIESA DLIA MEKHANITCHESKOGO PIANINO (PARTITION INACHEVÉE POUR PIANO MÉCANIQUE) - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète
    • 1964 - ROMANCE À MOSCOU - En Compétition Interprète

    Le Palmarès

    • 1994 - Grand Prix du Jury - OUTOMLIONNYE SOLNTSEM (SOLEIL TROMPEUR) - Long métrage

    Membre du Jury

    • 2004 - Courts métrages Cinéfondation - Président

    Filmographie:

    court métrage

    1967 : Devochka i veshchi

    1968 : And I Go Home

    1970 : A Quiet Day During the End of War

    long métrage

    1974 : Un étranger parmi les amis

    1976 : Esclave de l'amour

    1976 : Partition inachevée pour piano mécanique

    1979 : Quelques jours de la vie d'Oblomov

    1979 : Сinq Soirées

    1981 : Family Relations

    1983 : Sans témoins

    1987 : Les Yeux noirs

    1991 : Urga

    1992 : Anna 6-18

    1994 : Soleil trompeur

    1998 : Le Barbier de Sibérie

    2007 : 12

    2010 : Soleil trompeur 2

     

  • "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb - Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    © StudioCanal

    "Hors-la-loi", 4 ans après le prix d'interprétation collective pour les acteurs d'"Indigènes" dont il est davantage une sorte de prolongement que réellement la suite, fait évidemment partie des films de cette compétition 2010 qui suscitent le plus d'attente même si cette année, contrairement à "Indigènes "il y a 4 ans, il représentera l'Algérie et non la France.

    Pourrions-nous envisager à nouveau un prix collectif puisqu'on retrouve en grande partie le même casting, en tout cas les lauréats du prix d'interprétation à l'exception de Samy Nacéri? Les probabilités sont néamoins faibles d'autant que le film est depuis quelques jours l'objet d'une polémique, en raison "d'erreurs et anachronismes" et de sa prise de position sur les événements du massacre de Sétif.

    Toujours est-il que la remise de leur prix collectif et le chant qu'ils entonnèrent alors ("C'est nous les Africains qui revenons de loin, venant des Colonies pour sauver la patrie!" ) reste un des (beaux) instants mémorables de l'Histoire du Festival de Cannes.

    Cliquez ici pour lire les réponses de Bernard Blancan, l'un des lauréats de ce prix d'interprétation, données en 2007 à In the mood for Cannes.

    Synopsis: Chassés de leur terre algérienne, trois frères et leur mère sont séparés. Messaoud s’engage en Indochine. A Paris, Abdelkader prend la tête du mouvement pour l’Indépendance de l’Algérie et Saïd fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Leur destin, scellé autour de l’amour d’une mère, se mêlera inexorablement à celui d’une nation en lutte pour sa liberté...

    Casting: Roschdy Zem, Samu Bouajila, Jamel Debbouze, Bernard Blancan, Ahmed Benaissa, Larbi Zekkal, Chafia Boudraa, Mourad Khen, Jean-Pierre Lorit...

    Sortie en salles: 22 septembre 2010

    Films déjà présentés à Cannes par Rachid Bouchareb

    • 2006 - INDIGÈNES - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1991 - CHEB - Section parallèle Réalisation
    • 1983 - PEUT ÊTRE LA MER - Section parallèle Réalisation

    Membre du Jury

    • 2008 - Longs métrages - Membre

    Filmographie de Rachid Bouchareb

    Longs métrages

    • 1985 : Bâton Rouge
    • 1991 : Cheb
    • 1994 : Poussières de vies
    • 2001 : Little Senegal
    • 2006 : Indigènes
    • 2009 : London River
    • 2010 : Hors-la-loi

    Courts métrages

    • 2004 : Le vilain petit poussin
    • 2005 : L'ami y'a bon
    • 2007 : Djebel
    • 2009 : Houme - Vivre Ensemble
  • "Copie conforme" d'Abbas Kiarostami: compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    Ma présentation détaillée des films de la sélection officielle du Festival de Cannes 2010 se poursuit aujourd'hui avec "Copie conforme" d'Abbas Kiarostami, un film qui a fait parler de lui avant même d'être sélectionné en raison de la présence de Juliette Binoche à la fois sur l'affiche du Festival de Cannes 2010 et au générique du film de Kiarostami qui figure donc néanmoins bel et bien en compétition.

    Synopsis: James, un écrivain quinquagénaire anglo-saxon, donne en Italie, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, une conférence ayant pour thème les relations étroites entre l'original et la copie dans l'art. Il rencontre une jeune femme d'origine française, galeriste. Ils partent ensemble pour quelques heures à San Gimignano, petit village près de Florence. Comment distinguer l'original de la copie, la réalité de la fiction ?

    Casting: Juliette Binoche, William Shimell, Jean-Claude Carrière, Agathe Natanson, Adrian Moore...

    "Copie conforme" est le premier film de Kiarostami tourné hors de l'Iran, plus précisément en Italie, en Toscane dans le magnifique village de San Gimignano. Ce sera le 9ème film présenté à Cannes par Kiarostami qui a par ailleurs été membre du jury longs métrages  en 1993, du jury de la Cinéfondation en 2002 et Président du jury de la Caméra d'Or en 2005. Enfin, il a  remporté la Palme d'Or en 1997 pour "Le goût de la cerise."

    Juliette Binoche raconte ainsi sa rencontre avec Kiatostami: "Je suis partie en Iran rencontrer Abbas (je l’avais croisé à Cannes, à l’Unesco, chez Jean-Claude Carrière). Il m’a dit "Viens à Téhéran !". Je l’ai cru, j’y suis allée, deux fois. Un soir il m’a raconté l’histoire que nous avons tourné ensemble cet été, il m’a raconté chaque détail, le soutien-gorge, le restaurant, l’hôtel, bref, il m’a dit que c’était une histoire qui lui était arrivée. A la fin, après avoir parlé pendant 45 minutes dans un anglais impeccable, il m’a demandé : "Tu me crois ?". Je lui ai dit : "Oui". Il m’a dit : "Ce n’est pas vrai !". Je suis partie d’un éclat de rire qui lui a donné envie de faire ce film, je crois !", explique-t-elle.

     Bille August, Francis Ford Coppola, les frères Dardenne, Emir Kusturica, Shohei Imamura: tels sont les réalisateurs à avoir déjà obtenu deux fois la Palme d'or. Le nom de Kiarostami s'ajoutera-t-il à la liste?

    Sortie en salles: le 19 mai 2010

    Films déjà  présentés à Cannes par Abbas Kiarostami

    • 2007 - CHACUN SON CINÉMA - Hors Compétition Réalisation
    • 2007 - MAN OF CINEMA: PIERRE RISSIENT (HOMME DE CINEMA : PIERRE RISSIENT) - Cannes Classics Images, Interprète
    • 2004 - 10 ON TEN - Un Certain Regard Réalisation
    • 2004 - FIVE - Hors Compétition Réalisation
    • 2003 - TALAYE SORGH (SANG ET OR) - Un Certain Regard Scénario & Dialogues
    • 2002 - TEN - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2001 - A.B.C AFRICA - Hors Compétition Réalisation, Montage
    • 1997 - TA'M E GUILASS (LE GOÛT DE LA CERISE) - En Compétition Réalisation, Montage
    • 1994 - ZIRE DARAKHTAN ZEYTON (AU TRAVERS DES OLIVIERS) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
    • 1992 - ZENDEGI EDAME DARAD (ET LA VIE CONTINUE) - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage

    Le Palmarès

    • 1997 - Palme d'Or - TA'M E GUILASS (LE GOÛT DE LA CERISE) - Long métrage

    Membre du Jury:

    • 2005 - Caméra d’Or - Président
    • 2002 - Courts métrages Cinéfondation - Membre
    • 1993 - Sélection officielle - Membre

    Filmographie d'Abbas Kiarostami:

    Copie conforme  - 2010

     Shirin  - 2010

     Tickets  de Ermanno Olmi, Ken Loach, Abbas Kiarostami - 2007

    Chacun son cinéma  de Olivier Assayas, Bille August, Jane Campion, Chen Kaige, Michael Cimino - 2007

     Roads of Kiarostami - 2006

     Ten on Ten - 2004

     Five  - 2004

    10 on Ten - 2004

     Five Dedicated to Ozu - 2003

     Ten - 2002

    ABC Africa - 2001

     Le Vent nous emportera - 1999

    Le Goût de la cerise - 1997

     Le Palais de Jahannama - 1997

     Birth of Light - 1997   Lumière et compagnie  de Lasse Hallström, Abbas Kiarostami, Régis Wargnier, Wim Wenders, John Boorman - 1995

     A propos de Nice, la suite  de Catherine Breillat, Costa-Gavras, Claire Denis, Raymond Depardon, Abbas Kiarostami - 1995

    Au travers des oliviers  - 1995

     And life goes on - 1992

     Close up - 1990

    Devoirs du soir - 1990

     Ou est la maison de mon ami? - 1987

    Le Choeur - 1987

     Les Elèves du cours préparatoire - 1984

    Le Concitoyen - 1983

     La Rage de dents - 1980

    Gazieh shekl-e avval, Gazieh shekl-e dovvom - 1979

    Cas numéro un, cas numéro deux - 1979

     La Solution  - 1978  

    Rapport  - 1977

     Hommage aux professeurs - 1977

    Le Costume de mariage - 1976

     Comment utiliser son temps libre ? - 1976

    Deux solutions pour un problème - 1975

     Moi aussi je peux - 1975

     Couleurs - 1975

     Le Passager - 1974

    Expérience - 1973

     La Récréation - 1972

    Le Pain et la rue - 1970

     

  • "La nostra vita" de Daniele Luchetti - Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    Poursuivons la présentation des films en compétition avec le seul film italien qui y figure:  "La nostra vita"  de Daniele Luchetti, un habitué de la Croisette puisque ce sera sa quatrième sélection (dont deux dans la catégorie "Un Certain Regard" et un en compétition officielle).

    Synopsis: Après un deuil, un ouvrier romain tente d'apaiser sa douleur en se rattachant à la seule chose qui lui reste : gagner de l'argent. A travers le parcours de ce prolétaire, le réalisateur Daniele Luchetti propose une photographie de l'Italie.

    Casting: Raoul Bova, Giorgio Colangeli, Elio Germano, Awa Ly, Stefania Montorsi, Isabella Ragonese, Riccardo Scamarcio, Luca Zingaretti.

    Ce film engagé pourrait enfin permettre à Daniele Luchetti d'accéder à la reconnaissance mondiale... A suivre de près!

    Films déjà présentés à Cannes par Daniele Luchetti

    2007 - MIO FRATELLO È FIGLIO UNICO (MON FRÈRE EST FILS UNIQUE) - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues

    1991 - IL PORTABORSE (LE PORTEUR DE SERVIETTE) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1988 - DOMANI ACCADRA - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues

     Filmographie:

    1988 - Domani accadra (Domani,domani)
    1991 - Il portabolse (Le porteur de serviette)
    1993 - Arriva la bufera
    1995 - La scuola
    1998 - I piccoli maestri
    2002 - Dillo con parole mie
    2006 - Mio fratello e figlio ùnico (Mon frère est fils unique)
    2010 - La nostra vita (compétition oficielle Cannes 2010)

  • "Fair game" de Doug Liman - Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    Après une journée d'interruption, je reprends ma présentation des films de ce Festival de Cannes 2010 en compétition avec "Fair game" de Doug Liman.

    Un sujet "explosif" (qui rappelle d'ailleurs "Green zone" de Paul Greengrass) tiré de faits réels. Des stars au casting (Naomi Watts, Sean Penn, pour la troisième fois dans le même film après The Assassination of Richard Nixon et 21 grammes). Le réalisateur de "La mémoire dans la peau" derrière la caméra dont c'est la première sélection à Cannes. Seul film américain de la compétition.  Aucun doute: "Fair game" a tout pour faire parler de lui!

    Synopsis:L'ex-ambassadeur Joseph Wilson est envoyé au Niger par la CIA afin d'enquêter sur un éventuel trafic d'armes de destructions massives avec l'Irak. Mais celui-ci ne trouve rien, et prouve même que les documents sur lesquels s'appuyait l'Administration Bush étaient faux. Une semaine plus tard, l'identité de la femme de Joseph Wison est divulguée dans la presse, il s'agit d'une agent de la CIA, Valérie Palme Wilson. Dès lors, les procès s'ensuivent et l'Administration Bush, toute entière, est mise en cause.

    Sean Penn sur la Croisette (notamment en 1997 pour "She's so lovely" pour lequel il avait obtenu le prix d'interprétation ou en 2008 comme président du jury) c'est toujours un événement et cette année promet de ne pas déroger à la règle. Un sujet "à palme d'or" qui pourrait mettre à nouveau sur le devant de la scène un douloureux fardeau que les Etats-Unis préféreraient sans doute voir enterré. A suivre de très près!

    Date de sortie: 27 octobre 2010.

    Filmographie de Doug Liman:

     Comme réalisateur

    1994 : Getting In

    1996 : Swingers

    1999 : Go

    2002 : La Mémoire dans la peau

    2005 : Mr. & Mrs. Smith

    2006 : Heist (série TV)

    2008 : Jumper

    2010 : Fair Game

    2011 : Jumper 2

     Comme producteur

    2001 : See Jane Run

    2001 : La Tentation de Jessica (Kissing Jessica Stein)

    2002 : La Mémoire dans la peau

    2003 : Gabriel y Gato

    2003 : Arrested Development

    2004 : Terry Tate: Office Linebacker Sensitivity Training

    2004 : Mail Order Wife

    2004 : La Mort dans la peau

    2005 : Cry Wolf

     Comme directeur de la photographie

    1996 : Swingers

    1999 : Go

     

  • " Another year "de Mike Leigh - Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    © Moonfleet
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    © Moonfleet
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    © Moonfleet

    Je poursuis ma présentation détaillée des films en compétition officielle de ce Festival de Cannes 2010 avec un réalisateur que j'apprécie tout particulièrement (davantage d'ailleurs pour "All or nothing" que pour "Secrets et mensonges", la palme d'or du Festival de Cannes 1996): Mike Leigh donc, de retour en compétition cette année avec "Another year ".

     Ce sera donc le quatrième film de Mike Leigh en compétition, à Cannes, depuis 1993. 

     Difficile de trouver des informations sur ce film dont je sais seulement que le casting sera composé de :Imelda Staunton, Peter Wight, Michele Austin, David Bradley, Jim Broadbent, Phil Davis, Karina Fernandez, Oliver Maltman, Lesley Manville, Stuart McQuarrie, Martin Savage, Ruth Sheen...

    Synopsis: Printemps, été, automne et hiver. La famille et l'amitié. Amour et réconfort. Joie et peine. Espoir et découragement. La fraternité. La solitude. Une naissance. Une mort. Le temps passe...

    Films déjà présentés à Cannes par Mike Leigh:

    2002 - ALL OR NOTHING - En Compétition Scénario & Dialogues, Réalisation

    1996 - SECRETS AND LIES (SECRETS ET MENSONGES) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1993 - NAKED - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    Le Palmarès de Mike Leigh à Cannes:

    1996 - Palme d'Or - SECRETS AND LIES (SECRETS ET MENSONGES) - Long métrage

    1993 - Prix de la mise en scène - NAKED - Long métrage

    Membre du Jury à Cannes:

    1997 - Sélection officielle - Membre

    Filmographie de Mike Leigh:

    Longs métrages

    1971 : Bleak moments

    1988 : High Hopes

    1991 : Life Is Sweet

    1993 : Naked

    1996 : Secrets et mensonges (Secrets and Lies)

    1997 : Deux filles d'aujourd'hui (Career Girls)

    1999 : Topsy-Turvy

    2002 : All or Nothing

    2004 : Vera Drake

    2008 : Be Happy

    2010 : Another Year

     Courts métrages

    1975 : Five minutes Films

    1975 : The Permissive Society

    1976 : Knock for Knock

    1987 : The Short and Curlies

    1995 : A Sense of History

     

  • "Biutiful" d’Alejandro Gonzales Inarritu- Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

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    Après avoir détaillé le film de Woody Allen (hors compétition) et les trois films français de cette compétition cannoise 2010 venons-en maintenant à un film que j'attends avec beaucoup d'impatience et que je suivrai avec beaucoup d'attention, la précédente sélection cannoise de son réalisateur (pour "Babel") ayant  donné lieu pour moi à l'un des plus grands chocs cinématographiques du Festival, en 2006. Il avait alors obtenu le prix de la mise en scène.

    Synopsis de "Biutiful": Uxbal (Javier Bardem), un homme solitaire, jongle entre la difficulté d'un quotidien en marge de la société et sa détermination à protéger ses enfants, qui devront apprendre à voler de leurs propres ailes

    Casting: Javier Bardem, Martina Garcia,Ruben Ochandiano,  Blanca Portillo, Manolo Solo, Eduard Fernandez , Karra Elejalde, Ana Wagener, Tomás del Estal, Violeta Pérez...

    Date de sortie: 25 août 2010

    Premier des films d'Alejandro Gonzales Inarritu écrit sans  Guillermo Arriaga, scénariste de ses célèbres films choraux, "Biutiful" n'en est pas moins attendu notamment parce que Javier Bardem, lui aussi habitué de la Croisette ( Mmebre du jury d'Emir Kusturica en 2005, en compétition avec "No country for old men" en 2007 et hors compétition pour "Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen l'an passé) en incarne  le rôle principal.

    Films déjà  présentés à Cannes par Alejandroi Gonzales Inarritu:

    2007 - CHACUN SON CINÉMA - Hors Compétition Réalisation

    2006 - BABEL - En Compétition Réalisation

    2000 - AMORES PERROS (AMOURS CHIENNES) - Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès d'Alejandro Gonzales Inarritu à Cannes:

    2006 - Prix de la mise en scène - BABEL - Long métrage

    Filmographie d'Alejandro Gonzales Inarritu

    Courts métrages :

    1996 : El Timbre

    2001 : The Hire: Powder Keg (court-métrage)

    2002 : Un court-métrage dans 11'09"01 - September 11 (film collectif)

    2007 : Un court-métrage intitulé Anna dans Chacun son cinéma (film collectif pour le 60e anniversaire du Festival de Cannes)

     Longs métrages :

    En tant que réalisateur :

    2000 : Amours chiennes (Amores perros)

    2003 : 21 grammes (21 Grams)

    2006 : Babel

    2009 : Biutiful

     En tant que producteur :

    2002 : 21 grammes de lui-même

    2002 : 11'09"01 - September 11 (segment Mexique)

    2004 : Nine Lives de Rodrigo Garcia

    2006 : Babel de lui-même

    2008 : Rudo y Cursi

    2009 : Untitled Alfonso Cuarón Project

    2010 : Mother and Child

    2010 : Biutiful

     En tant que scénariste et monteur

    2001 : The Hire: Powder Keg (court-métrage)

    Bonus: critique de "Babel" d'Alejandro Gonzales Inarritu (prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2006)

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    En plein désert marocain, des enfants jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Un coup de feu retentit et blesse une touriste américaine dans un bus qui passait sur la route, en contrebas. Les destins de cette femme (Cate Blanchett) et de son mari (Brad Pitt) dont le couple battait de l’aile, les destins des deux enfants responsables du coup de feu, le destin de la nourrice mexicaine des enfants du couple d’Américains, le destin d’une jeune Japonaise, en l’occurrence la fille de l’homme qui a donné le fusil à un Marocain qui l’a revendu au père des deux enfants : ces destins vont tous avoir une influence les uns sur les autres, des destins socialement et géographiquement si éloignés, mais si proches dans l’isolement et dans la douleur.

    Rares sont les films que je retourne voir, mais pour Babel vu au Festival de Cannes 2006 où il a obtenu le prix de la mise en scène et celui du jury œcuménique, c’était une vraie nécessité parce que Babel c’est plus qu’un film : une expérience.  Ce film choral qui clôt le triptyque du cinéaste après Amours chiennes et 21 grammes fait partie de ces films après lesquels toute parole devient inutile et impossible, de ces films qui expriment tant dans un silence, dans un geste, qu’aucune parole ne pourrait mieux les résumer. De ces films qui vous hypnotisent et vous réveillent. De ces films qui vous aveuglent et vous éclairent. Donc le même choc, la même claque, le même bouleversement, quelques mois après, l’effervescence, la déraison et les excès cannois en moins. Malgré cela.

    Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, qu’un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire, l’exercice  aurait été alors particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait que cette construction ciselée illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle.

    Le montage ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, retenant son souffle, un souffle coupé par le basculement probable, soudain, du sublime dans la violence. Du sublime d’une danse à la violence d’un coup de feu. Du sublime d’une main sur une autre, de la blancheur d’un visage à la violence d’une balle perdue et d’une blessure rouge sang. Du sublime  du silence et du calme à la violence du basculement dans le bruit, dans la fureur, dans la déraison.

    medium_P80601087315038.jpgUn film qui nous emmène sur trois continents sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, à notre égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité en pleine figure, ces figures et ces visages qu’il scrute et sublime d’ailleurs, qui nous jette notre indolence en pleine figure, aussi. Un instantané troublant et désorientant de notre époque troublée et désorientée.  La scène de la discothèque est ainsi une des plus significatives, qui participe de cette expérience. La jeune Japonaise sourde et muette est aveuglée. Elle noie son désarroi dans ces lumières scintillantes, fascinantes et angoissantes.  Des lumières aveuglantes: le paradoxe du monde, encore. Lumières qui nous englobent. Soudain aveuglés et sourds au monde qui nous entoure nous aussi.

    Le point de départ du film est donc le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais.

    Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée, Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant.

    Virtuosité des raccords aussi : un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soit transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude. 

     Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque,  paradoxalement plus ouvert sur l’extérieur fictivement si accessible et finalement plus égocentrique que jamais,  monde paradoxalement mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. D’ailleurs chaque histoire s’achève par des gestes, des corps enlacés, touchés, touchés enfin. Touchés comme nous le sommes. Les mots n’ont plus aucun sens, les mots de ces langues différentes. Selon la Bible, Babel fut  ainsi une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.

    medium_P80601161052655.jpgC’est aussi un film de contrastes. Contrastes entre douleur et grâce, ou plutôt la grâce puis si subitement la douleur, puis la grâce à nouveau, parfois. Un coup de feu retentit et tout bascule. Le coup de feu du début ou celui en pleine liesse du mariage.  Grâce si éphémère, si fragile, comme celle de l’innocence de ces enfants qu’ils soient japonais, américains, marocains, ou mexicains. Contrastes entre le rouge des vêtements de la femme mexicaine et les couleurs ocres du désert. Contrastes entres les lignes verticales de Tokyo et l’horizontalité du désert. Contrastes entre un jeu d’enfants et ses conséquences dramatiques. Contraste entre le corps dénudé et la ville habillée de lumière. Contraste entre le désert et la ville.   Contrastes de la solitude dans le désert et de la foule de Tokyo. Contrastes de la foule et de la solitude dans la foule. Contrastes entre « toutes les télévisions [qui] en parlent » et ces cris qui s’évanouissent dans le désert.  Contrastes d’un côté et de l’autre de la frontière.  Contrastes d’un monde qui s’ouvre à la communication et se ferme à l’autre. Contrastes d’un monde surinformé mais incompréhensible, contrastes d’un monde qui voit sans regarder, qui interprète sans savoir ou comment, par le prisme du regard d’un monde apeuré, un jeu d’enfants devient l’acte terroriste de fondamentalistes ou comment ils estiment savoir de là-bas ce qu’ils ne comprennent pas ici.

    medium_P80601693016905.jpgMais toutes ces  dissociations et ces contrastes ne sont finalement là que pour mieux rapprocher.   Contrastes de ces hommes qui parlent des langues différentes mais se comprennent d’un geste, d’une photo échangée (même si un billet méprisant, méprisable les séparera, à nouveau). Contrastes de ces êtres soudainement plongés dans la solitude qui leur permet finalement de se retrouver. Mais surtout, surtout, malgré les langues : la même violence, la même solitude, la même incommunicabilité, la même fébrilité, le même rouge et la même blancheur, la même magnificence et menace de la nuit au-dessus des villes, la même innocence meurtrie, le même sentiment d’oppression dans la foule et dans le désert. 

     Loin d’être une démonstration stylistique, malgré sa virtuosité scénaristique et de mise en scène Babel est donc un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent.  Notons que malgré la pluralité de lieux, de langues, d'acteurs (professionnels mais souvent aussi non professionnels), par le talent de son metteur en scène, Babel ne perd jamais sa cohérence qui surgit, flagrante, bouleversante, évidente, au dénouement.

    La mise en scène est volontairement déstructurée pour refléter ce monde qu'il met en scène, un monde qui s'égare, medium_P80601398560603.jpget qui, au moindre geste , à la moindre seconde, au moindre soupçon, peut basculer dans la violence irraisonnée, un monde qui n'a jamais communiqué aussi vite et mal, un monde que l'on prend en pleine face, fascinés et horrifiés à la fois, un monde brillamment ausculté, décrit,  par des cris et des silences aussi ; un monde qui nous aveugle, nous assourdit, un monde de différences si semblables, un monde d’après 11 septembre. 

     Babel est un film douloureux et clairvoyant, intense, empreint de la fébrilité du monde qu’il parcourt et dépeint de sa lumière blafarde puis rougeoyante puis nocturne. Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant. Le silence après le bruit, malgré le bruit, le silence de l’harmonie retrouvée, l’harmonie éphémère car il suffirait qu’un coup de feu retentisse pour que tout bascule, à nouveau. La beauté et la douleur pareillement indicibles. Babel, tour de beauté et de douleur. Le silence avant les applaudissements, retentissants, mérités. Si le propre de l’Art c’est de refléter son époque et de l’éclairer, aussi sombre soit-elle, alors Babel est un chef d’œuvre. Une expérience dont on ne peut ressortir indemne ! Mais silencieux, forcément.