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IN THE MOOD FOR NEWS - Page 4

  • Le Festival de Cannes sur Canal + (les films à voir) et Canal + au Festival de Cannes 2016

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    Même s'il a été beaucoup question de l'absence du Grand Journal et du patio Canal + à Cannes cette année, la chaîne n'en demeure pas moins partenaire et acteur essentiels du Festival de Cannes d'abord parce que le mercredi 11 mai sera diffusé en direct, en clair et en exclusivité la cérémonie d’ouverture produite par Canal plus et présentée par Laurent Lafitte. Pour les festivaliers, la cérémonie d'ouverture sera suivie de "Café Society" de Woody Allen.

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    La cérémonie de clôture sera également produite par Canal + et diffusée le dimanche 22 mai en direct, en clair et en exclusivité. Lors de la conférence de presse officielle du festival (cliquez ici pour retrouver mon article complet sur la conférence de presse du festival avec le programme détaillé), Pierre Lescure ainsi a annoncé des cérémonies "spectaculaires et inventives". Pour les festivaliers, le film de clôture sera cette année la palme d'or 2016.

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    Michel Denisot, avec son émission LA QUOTIDIENNE DU FESTIVAL, nous invitera à partager sa folle journée cannoise. Quant à Laurent Weil, toujours fidèle au poste, il nous fera vivre chaque soir la montée des marches en direct du célèbre tapis rouge.

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    Canal + et Canal + Cinéma diffuseront en première exclusivité, durant toute la durée du festival, les films ayant marqué la précédente édition, comme LA LOI DU MARCHÉ, LA TÊTE HAUTE, TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE, VALLEY OF LOVE…

    En ouverture de cette programmation cannoise, MAD MAX FURY ROAD sera diffusé en première exclusivité, complété par l’intégrale de la saga et le documentaire inédit MAD MAX : UNIVERS BRÛLANT une manière de rendre hommage à George Miller, le président du jury 2016.

    Canal + proposera ainsi à ses abonnés  une programmation spéciale proposant chaque soir un film marquant des éditions 2014 et 2015, reflet de la diversité et de la haute qualité des différentes sélections cannoises.


    Sept films emblématiques de l’édition du festival 2015 seront diffusés en exclusivité sur Canal +...et non des moindres: "La tête haute" d'Emmanuelle Bercot (film d'ouverture du Festival de Cannes 2015), le 11 Mai à 20H55 sur Canal +, "Mad Max - Fury road" de George Miller, le 13 Mai à 20H55 sur Canal +, "La loi du marché" de Stéphane Brizé (pour lequel Vincent Lindon a obtenu le prix d'interprétation masculine), le 17 Mai, à 20H55 sur Canal +, "Valley of love" de Guillaume Nicloux, le 17 Mai à 20H55 sur Canal +, "Love" de Gaspar Noé le 17 Mai à 00H30 sur Canal +, "Trois souvenirs de ma jeunesse" d'Arnaud Desplechin le 18 Mai à 20H55 sur Canal +, "Tale of tales" de Matteo Garrone, le 18 Mai à 23H sur Canal +.

    Du 10 au 14 Mai, sur Canal + Cinéma, vous pourrez découvrir l'intégrale Mad Max.

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    Sur Canal + Cinéma, Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, défendra en personne ses choix de sélectionneur. Il commentera ainsi avec ferveur la sélection officielle des deux années précédentes. A cette occasion seront projetés et commentés les films suivants: "Captives" d'Atom Egoyan (le 13 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), "Mad Max -Fury road" de George Miller (le 14 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), "Valley of love" de Guillaume Nicloux (le 15 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), "Tale of tales" de Matteo Garrone (le 16 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), " Red army", un documentaire de Gabe Polsky (le 17 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), "Lost river" de Ryan Gosling (le 18 Mai à 20H50 sur Canal + cinéma), "Une histoire d'amour et de ténèbres" de Natalie Portman (le 19 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), "La tête haute" d'Emmanuelle Bercot (le 20 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma), "La loi du marché" de Stéphane Brizé (le 21 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma),  et enfin "The Rover" de David Michôd (le 22 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma).

    Côté émissions, du 11 au 24 mai, l’antenne de Canal + se met à l’heure du festival de Cannes.


    LA NOUVELLE ÉDITION, LE GRAND JOURNAL et LE PETIT JOURNAL, les trois grands rendez-vous quotidiens de Canal +, assureront chaque jour la liaison avec le festival. Dans LE GRAND JOURNAL, Maïtena Biraben donnera rendez-vous chaque soir à Laurent Weil en direct des marches avec les plus grandes stars internationales du cinéma. Les envoyés spéciaux Augustin Trapenard et Michel Denisot, quant à eux, proposeront leur page quotidienne cannoise.

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    Dans ses "Rencontres du cinéma", des rendez-vous de 20 minutes,  le dimanche 8, 15 et 22 Mai à 12H20 et en clair sur Canal +, Laurent Weil recevra les stars et les jeunes talents qui font l’actualité de cette 69e édition pour des entretiens exclusifs. Le 8 mai, Kristen Stewart et Jesse Eisenberg s’entretiendront du dernier film de Woody Allen, CAFÉ SOCIETY, qui fait l’ouverture du festival. Le 15 mai, l’équipe de MA LOUTE, de Bruno Dumont, rejoindra Laurent Weil. Le 22 mai, ce sera au tour de celle du thriller de Paul Verhoeven, ELLE, avec Isabelle Huppert et Laurent Lafitte, maître de cérémonie du festival.

    Vous pourrez également suivre la QUOTIDIENNE DU FESTIVAL avec Michel Denisot (9 numéros de 20 minutes), du 11 au 14 Mai et du 16 au 20 mai à 22H30 sur Canal +.

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    Dans "1 jour, 1 nuit", vous pourrez savourer 8 minutes d’un tout-en-images reprenant le meilleur de la journée de Cannes, à déguster avant la présentation par l'intarissable et enthousiaste Thierry Frémaux du film choisi dans l’opération 10 JOURS, 10 NUITS. Du 13 au 22 Mai à 20H40 sur Canal + Cinéma.

    A ne pas manquer également, Le Cercle mais aussi Mikrociné (Le rendez-vous hebdomadaire de Canal + Cinéma consacré au court métrage qui se met aux couleurs de la Croisette) les 8, 15 et 22 Mai à 22H30 sur Canal + Cinéma.

    Le dispositif digital sera assez conséquent. Laurent Weil, Thierry Frémaux et Daphné Roulier en seront leurs ambassadeurs. L’exhaustivité des images (contenus vidéo, photos du tapis rouge, articles, infographies, gifs, etc.) seront sur le site CANALPLUS.FR/CANNES et sur les réseaux sociaux cinéma de Canal +.  Pour la première fois, Canal + crée  également sa chaîne événementielle dédiée au festival de Cannes sur DAILYMOTION pour vivre tout le festival en vidéos avec du live, des contenus exclusifs et des pastilles inédites produits par STUDIO BAGEL.    Et bien sûr, les cérémonies d'ouverture et de clôture, en direct, en clair et en exclusivité, les marches, le "zapping cannois" quotidien et tous les grands rendez-vous de  autour du festival seront diffusés sur CANALPLUS.FR/CANNES et DAILYMOTION.

    Enfin, comme toujours, la live TV officielle du festival de Cannes ouvre son antenne pendant toute la durée de l’événement, du mercredi 11 mai au dimanche 22 mai 2016. Coproduite par Canal +, Orange et le Festival de Cannes, elle retransmet quotidiennement et en direct le parcours des équipes des films en sélection officielle : photocalls, interviews, montées des marches, conférences de presse et réactions des équipes des films après les projections dans le grand théâtre Lumière du Palais des festivals. TV FESTIVAL est diffusée et accessible gratuitement sur YouTube et DailyMotion, et disponible sur les offres CANAL (canal 35) et sur la TV d’Orange (canal 29).

    Je vous propose, ci-dessous, 2 critiques de films et quelques mots sur un troisième film qui seront diffusés sur Canal + et que je vous recommande tout particulièrement. Vous trouverez également des extraits et photos des conférences de presse cannoises de ces 3 films puisque j'y avais assisté. Avant cela, je vous rappelle que Canal + vous fait actuellement gagner des exemplaires de mon roman "L'amor dans l'âme" dont l'intrigue se déroule...au Festival de Cannes. Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder à l'article publié sur le site officiel de Canal plus à ce sujet.

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    -"Valley of love" de Guillaume Nicloux (compétition officielle 2015, reparti sans récompenses  mais pour moi LE film de l'année 2015

    -"La loi du marché" de Stéphane Brizé (compétition officielle 2015, prix d'interprétation masculine pour Vincent Lindon)

    -"La tête haute" d'Emmanuelle Bercot (film d'ouverture du Festival de Cannes 2015)

    Critique de VALLEY OF LOVE de Guillaume Nicloux

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    C’est à la fin du Festival de Cannes où il figurait en compétition officielle (le film était également en ouverture du Champs-Elysées Film Festival et en clôture du Festival du Film de Cabourg) que j’ai découvert pour la première fois « Valley of love », après 10 jours de grand cinéma qui font que, parfois, les images se mêlent, s’embrouillent, ne sont pas appréciées à leur juste valeur, surtout en un lieu et une époque où chacun se doit de donner (et de proclamer haut et fort) un avis à peine le générique terminé et qui comme le sujet du film finalement (le deuil) se doit d’être zappé. Or, certains films se dégustent plus qu’ils ne se dévorent, et il faut souvent du temps pour en appréhender la force, la profondeur, la pérennité de leurs images. C’est le cas de « Valley of love » qui, à Cannes, m’avait laissé un goût d’inachevé, malgré l’émotion qu’il avait suscitée en moi. Ce fut également sans aucun doute la conférence de presse la plus intéressante de ce 68ème Festival de Cannes. Curieusement, c’est celui auquel je repense le plus souvent et c’est sans aucun doute le pouvoir des grands films que de vous accompagner, de vous donner la sensation d’avoir effectué un voyage à l’issue duquel vous n’êtes plus tout à fait la même personne, c’est pourquoi j’ai décidé de retourner le voir pour vous en parler comme il le mérite…

    Isabelle (dont le prénom n’est d’ailleurs jamais prononcé) et Gérard (interprétés aussi par Isabelle –Huppert- et Gérard -Depardieu-) se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils, Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, six mois auparavant. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael. Quel pitch prometteur et original, en plus de cette prestigieuse affiche qui réunit deux monstres sacrés du cinéma et qui reconstitue le duo de « Loulou » de Pialat, 35 ans après !

    Les premières minutes du film sont un modèle du genre. La caméra suit Isabelle qui avance de dos, vers un motel au milieu de nulle part. Une musique étrange et hypnotique (quelle musique, elle mérite presque à elle seul ce voyage !) l’accompagne. Les bruits de ses pas et de la valise marquent la cadence. Au fur et à mesure qu’elle avance, des notes dissonantes se glissent dans la musique. Puis, elle apparaît face caméra, dans la pénombre, son visage est à peine perceptible. Et quand elle apparaît en pleine lumière, c’est derrière les barreaux d’une fenêtre. Elle enlève alors ses lunettes et se dévoile ainsi à notre regard. Tout est là déjà : le cheminement, les fantômes du passé, l’ombre, le fantastique, la sensation d’enfermement, de gouffre obscur. Plus tard, ils se retrouvent. Le contraste est saisissant, entre le corps imposant et généreux de l’un, le corps frêle et sec de l’autre au milieu de ce paysage d’une beauté vertigineuse, infernale, fascinante, inquiétante.

    Le décor est le quatrième personnage avec Isabelle, Gérard, le fils absent et omniprésent. La chaleur est palpable, constamment. Des gouttes de sueur perlent sur le front de Gérard, se confondent parfois avec des larmes imaginées, contenues. Les grandes étendues vertigineuses du désert résonnent comme un écho à ce vertige saisissant et effrayant du deuil que ce film évoque avec tellement de subtilité, ainsi que son caractère si personnel et intransmissible. Isabelle n’est ainsi pas allée à l’enterrement de son fils parce qu’elle ne va plus aux enterrements depuis la mort de son père. On imagine que la vie les a l’un et l’autre happés, les a contraints à masquer leur douleur indicible, que ces étendues à perte de vue, le vide et l’enfer qu’elles symbolisent leur permet enfin d’y laisser libre cours « comme une sorte de pèlerinage. » : « Parfois j’ai l’impression que je vais m’effondrer, que plus rien ne me porte. Je me sens vidée, abandonnée », dit ainsi Isabelle.

    Grâce à l’humour judicieusement distillé, qui joue sur l’étanchéité des frontières entre leurs identités réelles et leurs identités dans le film (Gérard est acteur, dit être né à Châteauroux, et ne lit que les titres des films pour savoir s’il va accepter un film), elle est végétarienne, le trouve caractériel, lui reproche d’altérer l’écosystème parce qu’il nourrit les lézards. Le comique de situation provient du contraste entre ces deux corps, du contraste visuel aussi de ces deux personnages au milieu du décor (certains plans d’une beauté décalée, imprègnent autant la pellicule que la mémoire des spectateurs), à la fois gigantesques et minuscules dans cette vallée de la mort où ils ont rendez-vous avec leur fils, leur amour perdu. Ces quelques moments de comédie, comme dans le formidable film de Moretti, également en compétition du 68ème Festival de Cannes et également oublié du palmarès (« Mia Madre ») qui aborde le même sujet, permettent de respirer dans ce décor à perte de vue et étouffant avec cette chaleur écrasante, à l’image du deuil qui asphyxie et donne cette impression d’infini et d’inconnu oppressants.

    Mon seul regret concerne une scène trop écrite (dans la voiture) qui expose leurs situations respectives mais ce qui m’a gênée à la première vision, me paraît anecdotique à la deuxième. Certaines phrases résonnent avec d’autant plus de justesse qu’elles sont dites par des comédiens qui les prononcent avec une infinie délicatesse, qui trouvent constamment la note juste : « Si on se met à détester quelqu’un avec qui on a vécu c’est qu’on ne l’a jamais vraiment aimé. Quand on aime quelqu’un c’est pour toujours. » La force de ces deux immenses comédiens est de malgré tout nous faire oublier Depardieu et Huppert et de nous laisser croire qu’ils sont ces Isabelle et Gérard. Et il leur suffit de lire une lettre dans le décor épuré d’une chambre, sans autre artifice que leur immense talent, pour nous émouvoir aux larmes sans parler de cette scène finale bouleversante qui m’a ravagée à la deuxième vision autant qu’à la première.

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    Ce film qui ne ressemble à aucun autre, qui n’est pas dans le spectaculaire et l’esbroufe, mais dans l’intime et la pudeur, aborde avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité une réflexion sur le deuil et ce lien distordu avec le réel qu’il provoque, tellement absurde et fou, qu’il porte à croire à tout, même aux miracles, même une rencontre avec un mort dans une vallée du bout du monde. Aux frontières du fantastique qu’il franchit parfois, avec sa musique hypnotique, ses comédiens qui crèvent l’écran et un Depardieu à la présence plus forte que jamais (et il n’est pas question ici seulement de corpulence mais de sa capacité inouïe à magnétiser et occuper l’écran), un décor qui pourrait être difficilement plus cinégénique, intrigant, fascinant, inquiétant, « Valley of love »est un film captivant duquel se dégage un charme étrange   et envoûtant.

    En résulte une réflexion intéressante sur le deuil qui abolit ou suscite de nouvelles croyances (finalement l’homme ou la femme endeuillé(e) devient peut-être cet homme irrationnel du film de Woody Allen dans le formidable « Irrational man »), finalement comme le cinéma… Ainsi, Lambert Wilson, maître de cérémonie de ce 68ème Festival de Cannes, lors de l’ouverture, n’a-t-il pas dit lui-même « Le cinéma, c’est le rêve, le secret, le miracle, le mystère ». « Valley of love » est ainsi aussi une métaphore du cinéma, ce cinéma qui donne vie aux illusions, cette croyance folle que porte Isabelle face au scepticisme de Gérard.

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    Une fin qui nous hante longtemps après le générique, une fin d’une beauté foudroyante, émouvante, énigmatique. Un film pudique et sensible qui mérite d’être vu et revu et qui ne pourra que toucher en plein cœur ceux qui ont été confrontés à cet intolérable et ineffable vertige du deuil. L’oublié du palmarès comme le fut un autre film produit par sa productrice Sylvie Pialat l’an passé, l’immense « Timbuktu ».

    -Conférence de presse de « Valley of love » au 68ème Festival de Cannes –

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    Ci-dessous, quelques citations de la conférence de presse cannoise, lors de laquelle les deux acteurs se sont prêtés sans rechigner et avec générosité au jeu des questions, et en particulier Gérard Depardieu, bien plus complexe et passionnant que l’image à laquelle certains voudraient le réduire (j’en veux pour preuve les citations de cette conférence de presse reprises avec démagogie par certains médias qui n’ont pas pris la peine de citer en entier ses propos).

    « J’étais émerveillée par le scénario. » Sylvie Pialat

    « Je ne me servirai pas du deuil de Guillaume pour le rôle car c’est 1deuil à part mais je peux imaginer le poids de ces lettres. » Depardieu

    « Je n’ai pas de vision de l’Ukraine. Je suis comme tout le monde choqué. J’adore peuple ukrainien. Ces conflits ne sont pas de mon ressort. » Depardieu

    « Monsieur Poutine, je le connais bien, je l’aime beaucoup et « l’URSS » j’y vais beaucoup ». Depardieu

    « Je connais très mal les cinéastes de maintenant. J’aime beaucoup des gens comme Audiard dont le physique me fait penser à son père. » Depardieu

    « J’adore les séries et des acteurs comme B. Willis. Je ne rechigne pas devant un bon Rossellini ou un très bon Pialat. » Depardieu

    « Je me suis rendu compte que je faisais ce métier par plaisir et parce que ça facilitait la vie. » Depardieu

    « J’ai décidé de faire ce métier car je ne voulais pas travailler. Je me suis rendu compte que je voulais vivre. » Depardieu

    « Ce film, c’est comme une lecture sur des questions essentielles dont nous avons oublié de nous souvenir. » Gérard Depardieu

    « En lisant script sur ces actes manqués de l’oubli, ces interrogations qui nous retombent dessus, je l’ai rarement lu. » Depardieu

    « J’avais vu « La Religieuse », un film qui m’avait particulièrement interpellé. » G.Depardieu

    « L’idée de départ, qu’on s’appelle Gérard et Isabelle a créé d’emblée un aspect documentaire, un rapport particulier aux rôles. » Huppert

    « On se croit sur une autre planète dans la Vallée de la mort. On ne peut se raccrocher à rien. » Isabelle Huppert

    « Le lieu a été l’élément déclencheur de l’histoire. » Guillaume Nicloux

    Critique de LA TÊTE HAUTE d'Emmanuelle Bercot et récit de la cérémonie d'ouverture 2015 qui avait précédé la projection (tel que publié l'an passé)

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    « Ce que nous demandons au cinéma, c’est ce que l’amour et la vie nous refusent : le mystère et le miracle. Place au miracle », avait ainsi proclamé Lambert Wilson lors de l’ouverture l’an passé, citant Desnos. « Le cinéma, c’est le rêve le secret le miracle le mystère », a-t-il dit cette année, et je l’écris sans virgules délibérément parce que le cinéma suspend notre souffle, nous embarque dans une autre dimension, oui : secrète, miraculeuse, mystérieuse.

     

    Depuis 3 jours à Cannes, et comme chaque année emportée déjà par la frénésie festivalière (avec une première journée déjà bien remplie et joyeusement hétéroclite), grisée par cette atmosphère si particulière, qu’on ne retrouve qu’à Cannes et où le cœur d’une ville toute entière ne palpite et ne vibre qu’au rythme du festival qu’elle accueille et du 7ème art, ou en tout cas nous en donne la douce sensation, et bien que ce soit mon 15ème Festival de Cannes (et que je peine à la croire tant, chaque fois, j’éprouve la même irrépressible émotion en entendant la musique de Saint-Saëns qui précède les projections officielles ou en découvrant le Grand Théâtre Lumière, cette année ornée de la magnifique affiche avec Ingrid Bergman), j’ai toujours cette impression, que tout y est possible, y compris des miracles. Des miracles cinématographiques, sans aucun doute, le festival, cette année encore, nous en réserve de nombreux à voir défiler les extraits des films en sélection officielle, dont certains m’ont déjà fait frissonner d’impatience.

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    Cette année encore, c’est l’élégant Lambert Wilson qui a eu la charge d’être le maître de cérémonie et qui a magnifiquement rempli son rôle avec un discours lyrique et engagé, empreint d’humour et de gravité. Il a ainsi évoqué « un nouveau festival, une révolution ». En tout cas, les innovations cette année sont nombreuses avec notamment, en ouverture, un film moins glamour, moins spectaculaire que les films qui ont ouvert le festival ces dernières années (« Gatsby le magnifique » et « Grace de Monaco » ces deux dernières années), plus « engagé », mais non moins intéressant, mais aussi deux présidents du jury au lieu d’un (les frères Coen), et un nouveau président du festival, Pierre Lescure qui remplace l’irremplaçable Gilles Jacob sans oublier une salle magnifiquement rénovée.

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    Engagé le vibrant discours de Lambert Wilson l’était aussi qui, les yeux clos, nous a demandé de rêver de Cannes : « une femme, Sophia, Meryl, Julianne, Brigitte, Catherine… Lorsqu’on pense au cinéma, nos pupilles restent accrochées aux cils d’une actrice. La femme est le symbole de l’amour sur lequel repose le cinéma. A l’heure où certains voudraient la cacher, la bâillonner, la tenir dans l’ombre, la rendre captive, la violer, la mutiler, la vendre comme une marchandise, le cinéma la met en lumière, la révère, la révèle. Face à la monstrueuse barbarie de la réalité les actrices sont le contrepoids salutaire de la liberté et du désir», a-t-il ainsi déclaré. Finalement les deux visages de Cannes : le rêve et l’engagement, l’évasion du monde et le prisme grossissant de ses blessures et meurtrissures. « Il arrive que la réalité lui intime d’être autre chose », « de créer des héros et héroïnes susceptibles de guider les hommes, la tâche est rude, probablement autant que le monde l’est », « Si les films peuvent amener des hommes à devenir meilleurs, la vie prendrait tout son sens ».

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    Puis Lambert Wilson a évoqué Truffaut , « Le cinéma, c’est faire faire de jolies choses à de jolies femmes », « Est-ce que ça fait mal l’amour ? », pour en venir à saluer la présence de celle qui lui a inspiré cette citation, Catherine Deneuve : « Celle qui a inspiré cela, nous avons l’honneur et le bonheur de l’avoir parmi nous ce soir, Melle Catherine Deneuve ».

    Après ce flamboyant discours, ce sont les danseurs qui ont enflammé la scène du Grand Théâtre Lumière avec la scène d’amour de « Vertigo » d’Hitchcock sublimement chorégraphiée par Benjamin Millepied qui nous a emportés dans son vertige, délicieusement étourdissant, le ballet se confondant avec les images du film, de James Stewart et Kim Novak, à l’image de ce festival qui enlace et entrelace réalité et cinéma au point qu’ils se confondent, comme dans une danse enivrante, et qui célèbre aussi bien le cinéma contemporain que ses classiques.

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    Après ce moment de grâce et d’émotion, après la projection des extraits des films en sélection officielle et des extraits inénarrables des films des frères Coen, après la montée sur scène du Jury des Longs métrages composé de Rossy de Palma, Sophie Marceau, Sienna Miller, Rokia Traoré, Guillermo del Toro, Xavier Dolan, Jake Gyllenhaal et de ses présidents, Joel et Ethan Coen, l’actrice Julianne Moore qui a reçu son prix d’interprétation pour le film de David Cronenberg « Maps to the stars »( qui lui a été décerné l’an passé mais qu’elle n’avait pu alors recevoir directement, étant absente de la cérémonie du palmarès), a déclaré ouverte cette 68ème édition.

    Critique du film « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot

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    Le temps de débarrasser la scène du Grand Théâtre Lumière des apparats de l’ouverture, et nous voilà plongés dans un tout autre univers : le bureau d’une juge pour enfants (Catherine Deneuve), à Dunkerque. La tension est palpable. Le ton monte. Les éclats de voix fusent. Une femme hurle et pleure. Nous ne voyons pas les visages. Seulement celui d’un enfant, Malony, perdu au milieu de ce vacarme qui assiste, silencieux, à cette scène terrible et déroutante dont la caméra frénétique accompagne l’urgence, la violence, les heurts. Un bébé crie dans les bras de sa mère qui finalement conclut à propos de Malony qu’il est « un boulet pour tout le monde ». Et elle s’en va, laissant là : un sac avec les affaires de l’enfant, et l’enfant, toujours silencieux sur la joue duquel coule une larme, suscitant les nôtres déjà, par la force de la mise en scène et l’énergie de cette première scène, implacable. Dix ans plus tard, nous retrouvons les mêmes protagonistes dans le même bureau …

    Ce film est réalisé par Emmanuelle Bercot dont j’avais découvert le cinéma et l’univers si fort et singulier avec « Clément », présenté à Cannes en 2001, dans le cadre de la Section Un Certain Regard, alors récompensé du Prix de la jeunesse dont je faisais justement partie cette année-là. Depuis, je suis ses films avec une grande attention jusqu’à « Elle s’en va », en 2013, un très grand film, un road movie centré sur Catherine Deneuve, « né du désir viscéral de la filmer ». Avant d’en revenir à « La tête haute », je ne peux pas ne pas vous parler à nouveau de ce magnifique portrait de femme sublimant l’actrice qui l’incarne en la montrant paradoxalement plus naturelle que jamais, sans artifices, énergique et lumineuse, terriblement vivante surtout. C’est aussi une bouffée d’air frais et d’optimisme qui montre que soixante ans ou plus peut être l’âge de tous les possibles, celui d’un nouveau départ. En plus d’être tendre (parfois caustique mais jamais cynique ou cruel grâce à la subtilité de l’écriture d’Emmanuelle Bercot et le jeu nuancé de Catherine Deneuve), drôle et émouvant, « Elle s’en va » montre que, à tout âge, tout peut se (re)construire, y compris une famille et un nouvel amour. « Elle s’en va » est de ces films dont vous ressortez émus et le sourire aux lèvres avec l’envie d’embrasser la vie.

    Et contre toute attente, c’est aussi l’effet produit par « La tête haute » où il est aussi question de départ, de nouveau départ, de nouvelle chance. Avec beaucoup de subtilité, plutôt que d’imprégner visuellement le film de noirceur, Emmanuelle Bercot a choisi la luminosité, parfois le lyrisme même, apportant ainsi du romanesque à cette histoire par ailleurs particulièrement documentée, tout comme elle l’avait fait pour « Polisse » de Maïwenn dont elle avait coécrit le scénario. Le film est riche de ce travail en amont et d’une excellente idée, avoir toujours filmé les personnages dans un cadre judiciaire : le bureau de la juge, des centres divers… comme si toute leur vie était suspendue à ces instants.

    Le grand atout du film : son énergie et celle de ses personnages attachants interprétés par des acteurs judicieusement choisis. Le jeune Rod Paradot d’abord, l’inconnu du casting qui ne le restera certainement pas longtemps et qui a charmé l’assistance lors de la conférence de presse hier, avec son sens indéniable de la répartie (« la tête haute mais la tête froide »…), tête baissée, recroquevillé, tout de colère rentrée parfois hurlée, dont la présence dévore littéralement l’écran et qui incarne avec une maturité étonnante cet adolescent insolent et bravache qui n’est au fond encore que l’enfant qui pleure des premières minutes. Catherine Deneuve, ensuite, une nouvelle fois parfaite dans ce rôle de juge qui marie et manie autorité et empathie. L’éducateur qui se reconnaît dans le parcours de ce jeune délinquant qui réveille ses propres failles incarné par Benoît Magimel d’une justesse sidérante. La mère (Sara Forestier) qui est finalement l’enfant irresponsable du film, d’ailleurs filmée comme telle, en position fœtale, dans une très belle scène où les rôles s’inversent. Dommage (et c’est mon seul bémol concernant le film) que Sara Forestier ait été affublé de fausses dents (était-ce nécessaire ?) et qu’elle surjoue là où les autres sont dans la nuance, a fortiori les comédiens non professionnels, excellents, dans les seconds rôles.

    Ajoutez à cela des idées brillantes et des moments qui vous cueillent quand vous vous y attendez le moins : une main tendue, un « je t’aime »furtif et poignant, une fenêtre qui soudain s’est ouverte sur « Le Monde » (littéralement, si vous regardez bien…) comme ce film s’ouvre sur un espoir.

    Après « Clément », « Backstage », «  Elle s’en va », Emmanuelle Bercot confirme qu’elle est une grande scénariste et réalisatrice avec qui le cinéma va devoir compter, avec ce film énergique et poignant, bouillonnant de vie, qui nous laisse avec un salutaire espoir, celui que chacun peut empoigner son destin quand une main se tend et qui rend un bel hommage à ceux qui se dévouent pour que les enfants blessés et défavorisés par la vie puissent grandir la tête haute. Un film qui « ouvre » sur un nouveau monde, un nouveau départ et une bouffée d’optimisme. Et ça fait du bien. Une très belle idée que d’avoir placé ce film à cette place de choix et de lui donner cette visibilité.

    Conférence de presse

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    Ci-dessous, quelques citations de la conférence de presse du film à laquelle j’ai assisté hier. Une passionnante conférence au cours de laquelle il a été question de nombreux sujets, empreinte à la fois d’humour et de gravité, puisqu’a aussi été établi un lien entre le choix de ce film pour l’ouverture et les récents événements en France auxquels le film fait d’ailleurs, d’une certaine manière, écho. Vous pouvez revoir la conférence sur le site officiel du festival. Dommage que Catherine Deneuve (étincelante) ait eu à se justifier (très bien d’ailleurs, avec humour et intelligence) de propos tenus dans la presse, extraits de leur contexte et qui donnent lieu à une polémique qui n’a pas de raison d’être.

    « Je tenais à ce que tout soit absolument juste » -Emmanuelle Bercot (à propos de tout ce qui se passe dans le cadre judiciaire où elle a fait plusieurs stages avec ce souci de vraisemblance et même de véracité). « Les personnages existaient avant les stages puis ont été nourris par la part documentaire ».

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    « La justice des mineurs est un honneur de la France » – Emmanuelle Bercot

    « Si c’est méchant, j’espère que c’est drôle ». – Catherine Deneuve à propos d’une question d’une journaliste au sujet de la caricature de Charloe Hebdo (très cruelle) à son sujet et qu’elle n’avait pas encore vue.

    « C’était très important pour moi que ce film ait son socle dans le Nord. » Emmanuelle Bercot

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    « Ouvrir le festival avec ce film est aussi une réponse à ce début d’année difficile qu’a connu la France. » Catherine Deneuve

    « En France, les femmes cinéastes ont largement la place de s’exprimer et énormément de femmes émergent. » E.Bercot

    « Moi c’est le scénario qui m’a beaucoup plu et tous les personnages. C’est un scénario qui m’a plu tout de suite. » Catherine Deneuve

    « Pour être star, il faut du glamour et du secret, ne pas tout montrer de sa vie privée. » – Catherine Deneuve

    « Il y a une matière documentaire très forte dans l’écriture, en revanche je ne voulais pas un style documentaire dans l’image. » Bercot

    Sara Forestier : « A la lecture du scénario, j’ai pleuré. Le film m’a piqué le coeur. »

    « C’est totalement inespéré que ce film soit à une telle place, c’est un grand honneur. » Emmanuelle Bercot

    LA LOI DU MARCHE de Stéphane Brizé

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    Ci-dessus photos Inthemoodforcannes.com prises au Festival de Cannes 2015

    « La Loi du marché » de Stéphane Brizé nous fait suivre Thierry incarné (ce mot n’a jamais trouvé aussi bien sa justification) par Vincent Lindon, un homme de 51 ans qui, après 20 mois de chômage commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral.

    C’était un des films du Festival de Cannes 2015 que j’attendais le plus et mes attentes n’ont pas été déçues. Je suis ce cinéaste, Stéphane Brizé, depuis la découverte de son film « Le bleu des villes » (qui avait obtenu le prix Michel d’Ornano au Festival du Cinéma Américain de Deauville), il m’avait ensuite bouleversée avec « Je ne suis pas là pour être aimé » et « Mademoiselle Chambon » . Une nouvelle fois et comme dans ce film précité, le mélange de force et de fragilité incarné par Lindon, de certitudes et de doutes, sa façon maladroite et presque animale de marcher, la manière dont son dos même se courbe et s’impose, dont son regard évite ou affronte : tout en lui nous fait oublier l’acteur pour nous mettre face à l’évidence de ce personnage, un homme bien (aucun racolage dans le fait que son fils soit handicapé, mais une manière simple de nous montrer de quel homme il s’agit), un homme qui incarne l’humanité face à la loi du marché qui infantilise, aliène, broie. Criant de vérité.

    Dès cette première scène dans laquelle le film nous fait entrer d’emblée, sans générique, face à un conseiller de pôle emploi, il nous fait oublier l’acteur pour devenir cet homme à qui son interprétation donne toute la noblesse, la fragilité, la dignité.

    Comme point commun à tous les films de Stéphane Brizé, on retrouve cette tendre cruauté et cette description de la province, glaciale et intemporelle. Ces douloureux silences. Cette révolte contre la lancinance de l’existence. Et ce choix face au destin.

    Brizé filme Lindon souvent de dos, rarement de face, et le spectateur peut d’autant mieux projeter ses émotions sur cette révolte silencieuse. On voit mal comment le prix d'interprétation pourrait lui échapper tant sa prestation est remarquable.

    Et puis, parce que ça se passe de commentaires, quelques extraits du beau discours de clôture de l’acteur dont , un discours dont la dernière phrase m’a ravagée autant que la fin de « Mia madre », il y avait comme un écho d’ailleurs… : «  Je vous remercie d’avoir posé un regard aussi bienveillant et avec autant d’émotion sur le travail que Stéphane Brizé a fait avec moi et a fait tout court. » , «  Ils ont contribué à un des trois plus jours de ma vie. C’est un acte politique de choisir un film comme celui-là. Je dédie ce prix à ces gens qui ne sont pas toujours considérés à la hauteur de ce qu’ils méritent et aux acteurs qui ont joué avec moi sans qui je ne serais pas là, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui suis là. », « Une pensée pour ma maman qui n’est plus là et mon père qui n’est plus là, quand je pense que j’ai fait tout cela pour qu’ils me voient et ils ne sont plus là. »

     

  • Kering et le Festival de Cannes présentent la seconde édition du programme Women in Motion

        

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    Lancé officiellement lors de la 68ème édition du Festival de Cannes du 13 au 24 mai 2015, le programme Women in Motion, développé conjointement par Kering et le Festival de Cannes, prendra de nouveau ses quartiers à Cannes du 11 au 22 mai prochains.

    ∞      Women in Motion vise à soutenir les femmes du cinéma, à rendre leur contribution plus visible, et à susciter une plus grande prise de conscience quant à la nécessaire diversité de l'industrie cinématographique

    ∞      En 2015, les Talks Women in Motion avaient accueilli de nombreux professionnels de l'industrie du cinéma afin d'échanger sur la place et la contribution des femmes dans le 7ème art. Les prix d'honneur Women in Motion avaient été décernés à Jane Fonda ainsi qu'à la productrice indépendante Megan Ellison.

    ∞      L'édition 2016 des Talks Women in Motion sera l'occasion d'enrichir le débat des témoignages d'intervenants issus d'autres disciplines. La deuxième édition sera également marquée par la remise des prix Women in Motion, dont la vocation est de célébrer et d'encourager les talents féminins du 7ème art.

     

    Dans la lignée de la première édition du programme Women in Motion, conçu conjointement par Kering et le Festival de Cannes dans le cadre d'un partenariat officiel, l'édition 2016 de Women in Motion sera composée de ses deux piliers fondateurs : les Talks Women in Motion et les prix du même nom.

    Organisés en matinée pendant toute la durée de la compétition, les Talks Women in Motion ouvriront cette année leurs portes à des invités issus d'autres disciplines, afin d'enrichir la discussion autour de la place et la contribution de la femme dans l'industrie du cinéma, mais également d'aborder les solutions à envisager pour faire évoluer la profession vers une meilleure représentativité. Lors de la première édition des Talks Women in Motion en 2015, de nombreuses personnalités, hommes et femmes, avaient accepté l'invitation au débat : Isabella Rossellini, Claire Denis, Salma Hayek Pinault, Matthias Schoenaerts, Melvil Poupaud, Isabelle Huppert, Sylvie Pialat, Agnès Varda, Thierry Frémaux, Frances McDormand ou encore Deniz Gamze Ergüven, s'étaient ainsi exprimés sur le sujet des femmes et du 7ème art, lors d'une série d'entretiens ouverts aux journalistes et professionnels de l'industrie.

    En parallèle des Talks, le 69ème Festival de Cannes marquera le lancement officiel des deux prix Women in Motion. En 2015, pour célébrer le lancement de Women in Motion à Cannes, deux Prix d'Honneur avaient récompensé l'actrice, productrice et philanthrope engagée Jane Fonda, lauréate de deux Oscars de la meilleure actrice, ainsi que la productrice indépendante Megan Ellison, chacune emblématiques d'une génération du cinéma. En 2016, le premier prix Women in Motion sera remis à un lauréat exemplaire pour son apport au 7ème art et à la cause des femmes. Ce premier lauréat se verra proposer de choisir le ou les vainqueurs du second prix Women in Motion en soutien aux jeunes talents de l'industrie cinématographique, parmi une sélection de talents repérés au cours de l'année 2015. Cette seconde récompense sera accompagnée d'un soutien financier à un projet cinématographique en cours. Les prix Women in Motion seront remis le dimanche 15 mai 2016, au cours du « Dîner de la Présidence » du 69ème Festival de Cannes, donné par François-Henri Pinault, Pierre Lescure et Thierry Frémaux.

    François-Henri Pinault, Président Directeur général de Kering a commenté : « Je suis fier que Women in Motion puisse cette année encore figurer à l'agenda d'un événement aussi incontournable que le Festival de Cannes. En 2015, Women in Motion s'est révélé être une tribune puissante en soutien aux femmes du 7ème art. Avec Women in Motion, et d'autant plus cette année durant laquelle nous accompagnerons concrètement plusieurs réalisatrices, nous faisons un pas de plus vers une prise de conscience réelle et vers des changements tangibles en faveur d'un cinéma plus représentatif de la richesse et de la diversité de nos sociétés ».

     

    Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes, a déclaré : « Je suis ravi de pouvoir de nouveau proposer un programme aussi riche et ambitieux que Women in Motion aux festivaliers et à l'ensemble de l'industrie durant le 69ème Festival de Cannes. En 2016, Women in Motion évolue, en harmonie avec l'évolution même des débats autour de la place des femmes dans le cinéma et du besoin d'une plus grande diversité au sein de la profession. Nous sommes heureux de pouvoir contribuer à l'avancée de la réflexion, et de pouvoir soutenir concrètement les jeunes talents du 7ème art ».

     

    Thierry Frémaux,Délégué général du Festival de Cannes a ajouté : « Le programme Women in Motion a réellement su trouver sa place à Cannes. Je me réjouis de la tenue de la seconde édition en 2016. Nous sommes extrêmement fiers du succès remporté par la première édition, tant du point de vue de la qualité des échanges et des intervenants que de l'accueil réservé au programme par la presse et les professionnels. La place, le rôle, la contribution et les voix des femmes de cinéma sont sans nul doute des sujets qui concernent l'intégralité de la profession et contribuent à l'évolution du cinéma vers toujours plus d'ouverture et de diversité ».

  • Laurent Lafitte: maître de cérémonie du 69ème Festival de Cannes

    C'est l'acteur Laurent Lafitte qui présentera cette année les cérémonies d'ouverture et de clôture du Festival de Cannes, succédant ainsi à Lambert Wilson qui a rempli ce rôle avec humour et élégance durant deux ans. Si la présence de Canal + à Cannes cette année sera réduite, les cérémonies d'ouverture et de clôture de ce 69ème Festival de Cannes promettent en revanche d'être grandioses. En attendant, voici le communiqué de presse du festival au sujet du maître de cérémonie 2016.

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    Le comédien, acteur et humoriste animera la cérémonie d'ouverture, le mercredi 11 mai, et la remise des prix lors de la cérémonie de clôture, le dimanche 22 mai.

    Pensionnaire de la Comédie-Française depuis 2012, Laurent Lafitte a débuté sa carrière dans les années 90. Après avoir triomphé dans son one-man-show "Laurent Lafitte, comme son nom l'indique", il mène de front une carrière au cinéma et au théâtre. En 2011, il est maître de cérémonie de la 25e Nuit des Molières.

    Il s'est affirmé dans différents registres, comédie (De l'autre côté du périph, 16 ans...ou presque, Papa ou maman...), drame, film d'auteur (Les Petits Mouchoirs, Les Beaux Jours, Tristesse Club, Boomerang).

    A l'affiche de Love Punch en 2013 aux côtés de Pierce Brosnan et Emma Thompson, il vient d'achever le tournage de Elle, sous la direction du néerlandais Paul Verhoeven et tourne actuellement le prochain film d'Albert Dupontel, Au revoir là-haut. On retrouvera également Laurent Lafitte aux côtés d’Uma Thurman au casting du prochain film de Marjane Satrapi adapté du roman de Romain Puértolas : "L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa".

    Laurent Lafitte succède à Lambert Wilson qui a été maître de cérémonie à Cannes en 2014 et 2015. Les cérémonies sont produites et retransmises en clair sur Canal+.

     

  • Critique de TIMBUKTU d'Abderrahmane Sissako à voir le 23 février 2016 sur Canal plus

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    LE chef d'œuvre de l'année 2015, grand lauréat des César de l'année passée (7 statuettes dont celle du meilleur film), sera le film de ce mois-ci à découvrir à partir du 23 janvier 2016 sur Canal plus.

    C’est dans le cadre du Festival de Cannes 2014 où il figurait en compétition que j’ai découvert « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissako, son cinquième long-métrage et le seul long-métrage africain en compétition de cette édition. J’en suis ressortie bouleversée, abasourdie d’éblouissement et d’émotions, persuadée que je venais de voir la palme d’or incontestable de cette 67ème édition tant chaque image, chaque visage y sont d’une beauté inouïe éclairant magnifiquement et brillamment les aspects les plus sombres de l’actualité. Quelle ne fut donc pas ma surprise d’apprendre que le jury de ce 67ème Festival de Cannes présidé par Jane Campion ne lui attribuait pas un seul prix. « Timbuktu » a néanmoins reçu le Prix du jury œcuménique et le Prix François-Chalais. En sélection hors compétition avec « Bamako » en 2006, après avoir présenté « Octobre » en 1993 et « En attendant le bonheur » en 2002, ayant également été membre du jury en 2007, le cinéaste est par ailleurs un habitué de la Croisette.

     Au Mali, non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, le berger touareg Kidane (Ibrahim Ahmed dit Pino) mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima (Toulou Kiki), de sa fille Toya (Layla Walet Mohamed) et de Issan (Mehdi Ah Mohamed), son petit berger âgé de 12 ans. Pendant ce temps, en ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des Djihadistes. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou jusqu’au jour où Kidane tue accidentellement Amadou, le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il va alors subir les lois iniques et aberrantes des occupants.

     « Ce que je veux, c’est témoigner en tant que cinéaste. Je ne peux pas dire que je ne savais pas, et, puisque maintenant je le sais, je dois raconter dans l’espoir qu’aucun enfant ne puisse apprendre plus tard que leurs parents peuvent mourir parce qu’ils s’aiment » a déclaré Abderrahmane Sissako dont l’envie de réaliser ce film a surgi après un fait réel survenu en juillet 2012, dans la petite ville d’Aguelhok au Mali. Un couple d’une trentaine d’années avait alors été placé dans deux trous creusés dans le sol en place publique, puis lapidé. Leur unique « faute » était d’avoir eu des enfants hors mariage. Choqué par la lapidation publique du couple mais aussi par l’absence de médiatisation de ce fait atroce, Abderrahmane Sissako a alors décidé de réaliser « Timbuktu».

     Tout est contenu dans les premiers plans, prémonitoires : la beauté, la liberté, la grâce incarnées par une gazelle qui court poursuivie par des Djihadistes en jeep. « Ne la tuez pas, fatiguez-la ! », crie leur chef. Puis, des œuvres d’art détruites : des masques et statuettes qui servent de cible à des exercices de tir. La violence absurde, ridicule, terrible des fanatiques face à la culture, la poésie et la beauté.

     Avec beaucoup d’intelligence et de pudeur, si rare au cinéma a fortiori quand il s’agit de traiter d’une actualité aussi grave, en refusant le spectaculaire, Sissako montre avec d’autant plus de force et de portée toute l’absurdité de cette violence. Il a aussi l’intelligence d’éviter tout manichéisme, de quérir et montrer la bonté derrière la cruauté comme ce Djihadiste qui danse tandis qu’un homme et une femme sont lapidés à mort. La beauté et la violence de la scène, enlacées, n’en sont alors que plus foudroyantes et convaincantes. Aux pires moments surgissent des éclairs d’humanité comme quand cet autre Djihadiste compatit lorsque Kidane parle de sa fille bientôt orpheline tout en refusant néanmoins que soit traduite sa phrase compatissante. Des contrastes judicieux entre sérénité et brutalité, poésie et violence, le fond et la forme, grâce notamment à une construction savamment orchestrée : soleil irradiant et illuminant une scène tragique, plan mis en parallèle avec le précédent illustrant la drôlerie tragique de l’absurdité fanatique, début et fin se répondant avec une logique et violence implacables. Aucun plan n’est superflu. Chaque plan est sidérant de beauté, de significations et de minutie.

     

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    Il montre des fanatiques parfois courtois, mais surtout hypocrites (par exemple interdisant de fumer et fumant en cachette) et ridicules, parfois enfantins. La musique, les cigarettes, le football sont interdits. Les ordres, cocasses s’ils n’étaient dramatiquement réels, sont scandés par mégaphones. Des tribunaux rendent des sentences absurdes. Les femmes sont mariées de force ou encore obligées de porter des chaussettes et des gants…y compris la marchande de poissons qui résiste avec un courage inouï. L’équipe du film a, elle aussi, fait preuve de courage : le film, qui est sensé se situer à Tombouctou, a ainsi dû être tourné près de la frontière malienne, à l’extrême Est de la Mauritanie, dans un village hautement sécurisé. La folle Zabou est la seule femme à être épargnée. Interprétée par Kettly Noël, danseuse haïtienne installée à Bamako, faisant référence au tremblement de terre survenu le 12 janvier 2010 en Haïti, elle dit ainsi : « Le tremblement de terre, c’est mon corps. Je suis fissurée de partout ». Un autre chaos qui fait écho à celui, tout aussi ravageur, qui règne alors au Mali.

    Chaque plan est un véritable tableau dont la beauté ahurissante et la sérénité apparente exacerbent davantage encore la cruauté de ce qu’il raconte. Que dire de ce plan large vertigineux de beauté et qui nous laisse le temps (d’admirer, d’éprouver, de réfléchir), suite à la mort du pêcheur, un plan digne des plus grands westerns qui nous fait éprouver la somptuosité douloureuse et tragique de l’instant. La beauté et la dignité l’emportent sur l’horreur, constamment. La beauté formelle du film pour raconter l’âpreté du quotidien devient alors un acte de résistance. Ces personnages qui se dressent contre l’horreur comme cette jeune fille flagellée parce qu’elle a chanté et qui se met à chanter tandis qu’elle subit son châtiment est ainsi un exemple de cette résistance, une scène qui a la force poignante de « la Marseillaise » chantée dans « Casablanca».

    Sissako recours parfois aussi au burlesque pour montrer toute l’absurdité du fanatisme comme un écho à cette scène de « La vie est belle » de Benigni quand le petit garçon Giosué lit sur une vitrine « Entrée interdite aux juifs et aux chiens » et que Guido (Benigni) tourne l’inacceptable stupidité en dérision en déclarant qu’il interdirait son magasin « aux araignées et aux wisigoths ». De même, Sissako souligne aussi les contradictions grotesques des fanatiques qui interdisent la musique mais ne savent qu’en faire lorsqu’il s’agit de louanges au Dieu au nom duquel ils prétendent appliquer leur loi qui n’a pourtant rien à voir avec celle de la sagesse de l’imam de Tombouctou, impuissant face à ces horreurs et cette interprétation erronée de sa religion. Quelle intelligence faut-il pour réagir avec autant de sang-froid à une actualité aussi révoltante et brûlante sans tomber dans le mélodrame larmoyant, écueil magnifiquement évité par le cinéaste ?

    Le film est aussi une ode à l’imaginaire, arme et ultime espoir comme ces jeunes qui miment un match de foot sans ballon alors que le football leur est interdit. La musique, splendide, d’Amine Bouhafa ajoute de l’ampleur et de la force à cette scène sublimée par la photographie de Sofiane El Fani (directeur de la photographie de « La vie d’Adèle) qui nimbe le film d’une douceur poétique enivrante. La justesse de l’interprétation (quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que beaucoup des acteurs du film sont non professionnels, parfois choisis à la dernière minute), l’expressivité des visages et la beauté qui émane de l’harmonie de la famille de Kidane renforcent encore la force du film et de ses messages.

     

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    Laissez-vous à votre tour éblouir par la maîtrise époustouflante, par la beauté flamboyante, étourdissante, de Timbuktu, un film (tragiquement plus que jamais d’actualité) empreint d’une poésie et d’une sérénité éblouissantes, de pudeur et de dérision salutaires, signifiantes : un acte de résistance et un magnifique hommage à ceux qui subissent l’horreur en silence. Sissako souligne avec intelligence et retenue la folie du fanatisme et de l’obscurantisme religieux contre lesquels son film est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme, parsemé de lueurs d’humanité et finalement d’espoir, la beauté et l’amour sortant victorieux dans ce dernier plan bouleversant, cri de douleur, de liberté et donc d’espoir déchirant à l’image de son autre titre, sublime : « Le chagrin des oiseaux ». Le film de l’année 2015. Bouleversant. Eblouissant. Brillant. Nécessaire.

  • "Le petit prince": du livre d'Antoine de Saint-Exupéry au film qui a enthousiasmé la Croisette ...à la pièce de théâtre

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    Récemment un sondage plaçait le célèbre roman d'Antoine de Saint-Exupéry en tête des livres préférés des Français. Ce conte poétique et philosophique publié en 1943 figure parmi une multitude d'autres dans ma bibliothèque, aux premières loges, parmi ceux dont la relecture est un plaisir renouvelé et qui me rappelle que  « toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants" mais que peu d'entre elles s'en souviennent.

    « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. » Qui ne connaît pas cette citation?

    Le roman d'Antoine de Saint-Exupéry avait déjà donné lieu à des adaptations cinématographiques mais celle qui fut présentée en avant-première sur la Croisette pour le 68ème Festival de Cannes (hors compétition) et qui sortira en salles le 29 juillet 2015 devrait, sans aucun doute, encore accroître le nombre d'inconditionnels du roman. Tel est le pitch du film dont je vous invite à découvrir ici la bande annonce particulièrement enthousiasmante:

     C’est l’histoire d’une histoire.
    C’est l’histoire d’une petite fille, intrépide et curieuse, qui vit dans un monde d’adultes.
    C’est l’histoire d’un aviateur, excentrique et facétieux, qui n’a jamais vraiment grandi.
    C’est l’histoire du Petit Prince qui va les réunir dans une aventure extraordinaire.

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    Si, comme moi qui ai malheureusement manqué la projection à Cannes, vous ne pouvez attendre le 29 juillet pour découvrir le film en salles, vous pourrez vous réjouir et vous consoler avec la pièce de théâtre éponyme à la Comédie Saint-Michel, un spectacle de 50 minutes, un conte extraordinaire mis en scène par Adriane Ruelle,  qui " plonge les enfants dans l’univers imaginaire du Petit Prince, reprenant avec poésie et pédagogie son histoire et ses aventures" et pour lequel vous pourrez réserver vos places sur  le site Ticketac.

    De quoi permettre aux adultes de se replonger dans un univers qui fait partie d'eux, de leur histoire mais aussi de permettre aux enfants de l'approcher pour la première fois avant de se plonger dans le roman ou d'en retrouver l'univers s'ils l'ont déjà lu.

    Alors, prêts pour embarquer avec "Le petit prince" et entendre cette phrase célébrissime et d'être réveillé par une petite voix qui vous dit:

    « S'il vous plaît… dessine-moi un mouton ! »?

     

  • Festival de Cannes 2015 : bilan complet du festival et palmarès complet commenté

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    35 films vus, parfois grands, souvent bouleversants. 10 conférences de presse, certaines mémorables. Des dîners de grands chefs. Des soirées dans des décors fastueux souvent d’ailleurs écourtées pour ne manquer sous aucun prétexte la séance presse de 8H30, délectable rituel matinal. De belles rencontres professionnelles. 15 jours trépidants et exaltants sur la Croisette à « voir trois films par jour, dormir 2h par nuit » comme l’a dit en connaisseur Lambert Wilson lors de la clôture, 15 jours sous un soleil irréel comme si un mystérieux metteur en scène avait voulu souligner, par cette météo improbable, le sentiment d’ailleurs, l’atmosphère enivrante, à nous faire oublier que cela ne durerait pas toujours, à nous étourdir de bonheur cinématographique comme le ballet de Benjamin Millepied lors de l’ouverture, à nous faire oublier que cette réalité vers laquelle chacun des films nous ramenait pourtant et de laquelle le festival nous tenait si éloignés finirait par reprendre ses droits, à en oublier que le temps continuait à s’écouler, que tout, un jour, a une fin, y compris le Festival de Cannes.

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    De fin, d’écoulement inexorable et assassin du temps, de mort (« Chronic »), de deuil souvent impossible-pléonasme, non ?- du père, de la mère, de l’enfant, de l’amour ou du passé (« Louder than bombs », « Notre petite sœur », « Valley of love », « Mia madre », « Mon roi », « Youth ») de douleur indicible (l’incapacité à dire la souffrance serait peut-être la thématique commune de ces films du monde entier alors que, pourtant, partout, jamais nous n’avons eu autant de moyens de communiquer), c’est ce dont nous ont d’ailleurs beaucoup parlé les films en compétition de ce 68ème festival, des meurtrissures qu’un monde égoïste condamne au silence face auxquelles l’amour, le foyer, la croyance semblent être les derniers recours.

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    Si Cannes est le reflet du monde, alors il le révèle meurtri par des douleurs contenues face à la violence sociale et politique, un monde hanté par la mort, par l’absence, par une douleur ineffable dans une société souvent bavarde et sourde. L’amour (le jury a couronné deux femmes amoureuses), étouffant (« Mon roi ») ou étouffé (« Carol »), les émotions, les souvenirs, la famille (souvent celle qu’on s’est construite : « Notre petite sœur », « Dheepan ») et l’art (« Youth ») et donc le cinéma et son mystère et son miracle (« Mia madre », « Valley of love ») subsistent alors comme seuls recours contre le temps (« Youth »), ennemi éternel et invincible, contre la loi du marché (dans le film éponyme), contre l’égoïsme (« The Lobster », « Mountains may depart »), qui dévorent les êtres. C’est peut-être une phrase extraite du film de clôture, « La glace et le ciel » qui nous apportait une réponse et un espoir face à tout cela : « Je crois que l’homme n’est jamais aussi sublimement lui-même que face à l’adversité. »

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     Finalement, de ce tourbillon grisant de cinéma, « il n’y a que les émotions qui restent », pour paraphraser une réplique d’un formidable film oublié du palmarès, « Youth »de Paolo Sorrentino qui, justement, nous parlait du temps qui passe. Inexorablement.   Alors, c’est de ces émotions persistantes, indélébiles, marquantes que je vais vous parler aujourd’hui, en guise de bilan, et avant de revenir plus longuement au cours de l’année à venir, sur les films vus pendant ce 68ème Festival de Cannes :

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     -la tristesse qui m’a ravagée au dénouement de « Mia madre » de  Nanni Moretti, ce vertige effroyable du lendemain suggéré par un regard et une réplique dévastateurs (: «– A quoi tu penses ? – A demain !» ) , un absent du palmarès (qui s’est consolé avec le prix du jury œcuménique ) qui a pourtant bouleversé les festivaliers et qui a souvent été cité comme potentielle palme d’or que Nanni Moretti avait déjà reçue en 2001 pour un film qui, déjà, portait sur le thème du deuil, « La chambre du fils ». Dans « Mia madre », Margherita est une réalisatrice confrontée à la fois à un tournage avec un acteur insupportable (irrésistible John Torturro) et à la mort annoncée de sa mère. Toute l’intelligence de Moretti réside dans l’alternance entre le burlesque et le mélodrame, la légèreté de la comédie atténuant la gravité du drame. L’illusion de légèreté du cinéma (le film de Moretti – qui lui-même avait été confronté à la mort de sa mère lors du tournage de « Habemus Papam »- mais aussi le film que tourne Margherita dans le film de Moretti, judicieuse mise en abyme) pour tenter d’affronter le gouffre étourdissant de la mort et du lendemain après la perte forcément insensée d’un parent. Il met ainsi l’accent sur tout ce qui permet d’immortaliser la vie et le temps qui s’enfuient, notamment par un mélange des degrés de narration : les souvenirs, les livres, les rêves et évidemment le cinéma. Un film pudique, profondément émouvant et un regard final qui vous hante longtemps après la projection et qui me hante et bouleverse encore.

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    - la jubilation devant « The lobster » de Yorgos Lanthimos (qui avait obtenu le prix Un Certain Regard en 2009 pour « Canines ») qui se déroule dans un futur proche dans lequel toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Un film déroutant, cinglant, burlesque, métaphorique, inventif, dans lequel l’homme est un loup pour l’homme (littéralement), profondément égoïste et dont la fin n’est pas décevante comme l’ont déploré certains commentateurs mais au contraire illustre brillamment ce propos. Le couple devient un totalitarisme condamnant le solitaire à l’animalité. Un film intelligemment singulier qui regorge de trouvailles insolites, certes sous l’influence de Buñuel (« Un chien andalou »), mais qui ne ressemble à aucun autre…

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    -le bonheur d’entendre les spectateurs du Grand Théâtre Lumière rire éperdument devant les images des frères Lumière… 120 ans plus tard. A l’occasion des 120 ans du Cinématographe, leurs films restaurés ont en effet été projetés aux festivaliers, le tout avec les commentaires cinéphiliques et inénarrables de Thierry Frémaux, avec la traduction (qui l’était tout autant) de Bertrand Tavernier. C’est le 28 décembre 1895 qu’eut ainsi lieu la première séance de cinéma payante au Grand Café à Paris. C’est un film de 93 minutes qui nous a été projeté, en réalité un montage de 114 films restaurés réalisés par Louis Lumière et ses opérateurs entre 1895 et 1905, de la « Sortie de l’usine Lumière« , « L’Arroseur arrosé » (la première fiction de l’Histoire cinéma) à des films aussi méconnus qu’étonnants, cocasses, maîtrisés avec, déjà, les prémisses du langage cinématographique, du gros plan au travelling, un véritable voyage qui nous a emmenés dans les origines du cinéma mais aussi sur d’autres continents et qui a suscité l’hilarité générale mais aussi l’admiration devant des films d’une qualité exceptionnelle dont chacun démontrait à quel point déjà les Lumière pratiquait et maîtrisait l’art de la mise en scène et qu’il s’agissait bien là de fictions et non de simples documentaires. Une projection que je ne souhaitais manquer sous aucun prétexte, et à laquelle je suis arrivée in extremis, montant les marches la dernière, après des péripéties dignes du plus burlesque des films Lumière mais c’est là une autre histoire…en tout cas, je ne le regrette pas car ce fut un moment de rare exultation cinéphilique, le tout en présence de nombreux « frères du cinéma » comme l’a souligné Thierry Frémaux : Taviani, Coen, Dardenne mais aussi en présence de Claude Lanzmann et Claude Lelouch parmi un prestigieux parterre d’invités.

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    - Une relative déception en découvrant le film ( et surtout son dénouement) qui a obtenu la palme d’or, « Dheepan » de Jacques Audiard «l’histoire de trois étrangers qui, dans des circonstances difficiles, vont tenter de former une famille» comme l’a résumé Guillermo del Toro lors de la conférence de presse du jury, pour justifier ce choix d’un jury qui s’est dit « unanimement enthousiaste », mais qui est aussi ce qu’est finalement toute palme d’or telle que l’a définie Cécile de France (qui en était la remettante) lors de la clôture : « Un reflet du monde, le cœur du cinéma qui bat, intense et régulier », néanmoins de cette histoire de trois Sri-Lankais qui fuient leur pays, la guerre civile, et qui se retrouvent confrontés à une autre forme de guerre dans la banlieue française où ils échouent, douloureuse réminiscence pour « le père de famille », Dheepan, Audiard, plus qu’un film politique a voulu avant tout faire une histoire d’amour. Dans ce nouveau long-métrage qui flirte avec le film de genre, Audiard explore un nouveau territoire mais toujours porte un regard bienveillant, et plein d’espoir sur ses personnages interprétés par trois inconnus qui apportent toute la force à ce film inattendu (dans son traitement et au palmarès). « Je remercie Michael Haneke de ne pas avoir tourné cette année » a ainsi déclaré Jacques Audiard en recevant son prix. Michael Haneke avait en effet reçu la palme d’or en 2009 pour « Le ruban blanc », alors que Jacques Audiard avait obtenu le grand prix pour l’inoubliable « Un Prophète ».

    -l’émotion procurée par des musiques qui me trottent encore dans la tête : « Famous Blue Raincoat » de Leonard Cohen dans « Mia madre », « Encore un matin » de Jean-Jacques Goldman dans « La loi du marché », « Go West » des Pet Shop Boys  dans «  Mountains May depart » de Jia Zhang-ke qui revient à plusieurs reprises dans le film mais aussi les voix envoûtantes de Benjamin Clementine et John C.Reilly lors de la clôture.

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     -la déception de voir justement oublié du palmarès le mélancolique, lyrique, terriblement visionnaire « Mountains may depart » de Jia Zhang Ke, qui raconte, sur un quart de siècle et en trois périodes distinctes, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie, les espoirs, amours, désillusions de personnages face à leurs destins. A nouveau, Jia Zhang Ke met en scène les mutations de la Chine (revoyez le splendide « Still life »). Une vision sans concessions qui métaphorise une Chine qui se laisse éblouir par les sirènes du capitalisme et de l’individualisme (le fils d’un des personnages sera ainsi baptisé… Dollar). Peut-être finalement le film le plus moderne de cette sélection, terriblement clairvoyant et poignant avec une utilisation du cadre et du son remarquables. Même déception pour « Notre petite sœur » de Kore-Eda, mon premier coup de cœur du festival qui raconte l’histoire de trois sœurs qui se rendent à l’enterrement de leur père qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant et qui à cette occasion font la connaissance de leur demi-sœur qu’elles décident d’accueillir dans leur grande maison familiale, un film lumineux qui évoque avec beaucoup de délicatesse, l’indicible douleur de l’absence et des douleurs enfouies. Cette adaptation d’un roman graphique aurait mérité une plus longue ovation que celle, fugace, reçue lors de sa projection officielle.

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    -la fascination devant la photographie de « Carol », le mélo mélancolique de Todd Haynes (l’histoire d’amour, inspirée d’un roman de Patricia Highsmith, dans le New York des années 50 entre l’employée d’un grand magasin de Manhattan et une cliente distinguée et séduisante, prisonnière d’un mariage malheureux) même si sa beauté, indéniable, trop glaciale, ne m’a pas emportée. Je n’ai ressenti ni la passion, même contenue, ni l’impossibilité de cet amour. Le regard de Cate Blanchett dans le dernier long plan du film, celui d’une femme qui réalise qu’elle va finalement avoir droit au bonheur et à l’amour auxquels elle avait cru devoir renoncer, est néanmoins d’une intensité, d’une beauté, bouleversantes. Un film porté par deux immenses comédiennes, Cate Blanchett et Rooney Mara, et sur lequel planent les ombres de Douglas Sirk et David Lean.

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     -Puisque d’actrices il est question, restera sans aucun doute aussi, le souvenir de la prestation de Marion Cotillard, impériale, et d’une justesse sidérante dans le sombre, hypnotique et spectaculaire « Macbeth » de Justin Kurzel.

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     -le mélange d’ensorcellement et d’agacement suscité par « Mon roi » de Maïwenn à l’image de son personnage principal incarné par Vincent Cassel, dans son meilleur rôle, celui de Georgio qui suscite chez Tony (Emmanuelle Bercot), une passion étouffante et destructrice qu’elle se remémore alors qu’elle est dans un centre de rééducation après une chute de ski. Finalement cette relation amoureuse tumultueuse aurait peut-être plu davantage à Truffaut (celui de « La Femme d’à côté ») que le présomptueux « Marguerite et Julien » de Valérie Donzelli qui pourtant s’y réfère sciemment tant il illustre ce mélange de « joie et de souffrance » cher au cinéaste. Finalement ces sentiments mêlés suscités par ce film sont plutôt une preuve de sa réussite, le film exerçant sur nous le même charme, doux et âpre, la même fascination troublante que le personnage principal. Le spectateur est lui aussi sous emprise. Vincent Cassel est un Georgio diaboliquement séduisant, envoûtant, un roi autoritaire, inique, détestable et malgré tout charmant, qu’il imite un serveur dans un célèbre palace deauvillais ou qu’il jette son portable (pour « donner son portable » suite à sa rencontre avec Tony) comme un roi fier, désinvolte, lunatique, arrogant, ensorcelant comme il l’est avec le sujet de son désir. Plutôt que d’en faire un pervers narcissique caricatural, Maïwenn lui dessine des failles (une relation au père puis à sa disparition moins indifférente qu’il voudrait le laisser paraître). Face à Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot incarne corps et âme cette femme aveuglée par l’amour qui aime follement dont, justement, le corps et l’âme souffrent et vibrent pour et par cet homme. Maïwenn n’a peur de rien, ni d’appeler son personnage féminin « Marie-Antoinette » (d’où Tony), ni du mal au genou parce que mal au « je nous », c’est ce qui agacera ou charmera mais cette audace fougueuse est plutôt salutaire dans un cinéma français parfois trop aseptisé. Un film qui dès les premières minutes, où Tony se jette à corps perdu dans le vide, nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière seconde et jusqu’à la très belle scène finale. A signaler : un Louis Garrel sous un nouveau jour, irrésistiblement drôle, qui apporte une respiration dans cet amour étouffant. Après le prix du jury en 2011 pour « Polisse », avec son quatrième film seulement, Maïwenn confirme être une cinéaste de talent avec laquelle il va falloir compter. Parmi les grands moments de ce festival, l’incrédulité d’Emmanuelle Bercot (aussi réalisatrice incroyablement talentueuse, retrouvez ici ma critique du film d’ouverture « La tête haute » et, là, ma critique de « Elle s’en va », LE film de l’année 2013), lorsqu’elle a reçu son prix d’interprétation : -« Mon bonheur de devoir partager ce bonheur avec une actrice car un peu trop grand pour moi toute seule car ce prix récompense son audace, son sens aigu de la liberté, son anticonformisme. », « C’est difficile pour moi d’être ici sur cette scène sans Vincent Cassel. Vincent Cassel, mon roi c’est toi et moi, je sais ce que je te dois. » , « Merci à ce jury qui visiblement a la même dinguerie que Maïwenn, le même sens de la liberté, de la non convention. Je réalise juste que parfois la vie peut aller au-delà des rêves, ce soir, la vie va au-delà de tous mes rêves. »

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    -le souhait que ne s’achève jamais le réjouissant « Irrational man» de Woody Allen, la nouvelle comédie d’une gravité légère (qui culmine dans une scène de meurtre sur une musique joyeuse, un petit bijou d’ironie) de Woody Allen pour le cinéma duquel le terme « jubilatoire » semble avoir été inventé.   Comme dans « Match point », mensonge, hasard, Dostoïevski (forte influence à nouveau de « Crime et châtiment ») se mêlent, bien qu’il soit plus léger que son chef d’œuvre précité avec quelques scènes brillantes (toujours cette faculté incroyable à exposer une scène et écrire des dialogues caustiques) et toujours ce regard mordant, incisif sur les êtres, la vie, l’amour, la mort et une fin comme un écho en négatif à celle de « Match point ». Savoureux ! Et un Joaquin Phoenix parfait dans ce rôle de professeur de philo qui trouve une bien curieuse raison de vivre que je vous laisse découvrir (en salles, le 14 octobre).

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    -l’incapacité à parler après « Le fils de Saul » de László Nemes (et aujourd’hui encore, d’ailleurs, mais ce film DOIT être vu, montré, dans les écoles et ailleurs, parce que c’est plus que jamais nécessaire de ne pas oublier jusqu’à quelle inimaginable ignominie la haine de l’autre a pu mener), le sentiment d’avoir vu un grand film, ce film dont Thierry Frémaux en conférence de presse avait parlé comme d’un « film qui fera beaucoup parler », le premier premier film à figurer en compétition depuis 4 ans. L’action se déroule en Octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums où il est chargé de « rassurer » les Juifs qui seront exterminés et qui ignorent ce qui les attend, puis de nettoyer… quand il découvre le cadavre d’un garçon en lequel il croit ou veut croire reconnaître son fils. Tandis que le Sonderkommando prépare une révolte (la seule qu’ait connue Auschwitz), il décide de tenter l’impossible : offrir une véritable sépulture à l’enfant afin qu’on ne lui vole pas sa mort comme on lui a volé sa vie, dernier rempart contre la barbarie. La profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de « Voix sous la cendre », un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire… Ma palme d’or.

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    -L’étonnement admiratif devant la beauté et la richesse remarquables de chaque plan de « The Assassin » de Hou Hsia Hsien : un prix de la mise en scène incontestable.

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    -Les larmes irrépressibles à cause de « La loi du marché » de Stéphane Brizé et de l’émotion communicative de son acteur principal, dans le film, lors de son magnifique discours lors de la clôture, lors de la conférence de presse du film et lors de la conférence de presse des lauréats (oui, Vincent Lindon a beaucoup fait pleurer et ému les festivaliers). Un immense acteur qui voit enfin son talent couronné par un prix (et quel prix !) et aussi incroyable que cela puisse paraître, comme il l’a lui-même précisé, pour la première fois. « La Loi du marché » de Stéphane Brizé nous fait suivre Thierry incarné (ce mot n’a jamais trouvé aussi bien sa justification) par Vincent Lindon, un homme de 51 ans qui, après 20 mois de chômage commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. C’était un des films que j’attendais le plus et mes attentes n’ont pas été déçues. Je suis ce cinéaste, Stéphane Brizé, depuis la découverte de son film « Le bleu des villes » (qui avait obtenu le prix Michel d’Ornano au Festival du Cinéma Américain de Deauville), il m’avait ensuite bouleversée avec « Je ne suis pas là pour être aimé » et « Mademoiselle Chambon » . Une nouvelle fois et comme dans ce film précité, le mélange de force et de fragilité incarné par Lindon, de certitudes et de doutes, sa façon maladroite et presque animale de marcher, la manière dont son dos même se courbe et s’impose, dont son regard évite ou affronte : tout en lui nous fait oublier l’acteur pour nous mettre face à l’évidence de ce personnage, un homme bien (aucun racolage dans le fait que son fils soit handicapé, mais une manière simple de nous montrer de quel homme il s’agit), un homme qui incarne l’humanité face à la loi du marché qui infantilise, aliène, broie. Criant de vérité. Dès cette première scène dans laquelle le film nous fait entrer d’emblée, sans générique, face à un conseiller de pôle emploi, il nous fait oublier l’acteur pour devenir cet homme à qui son interprétation donne toute la noblesse, la fragilité, la dignité. Comme point commun à tous les films de Stéphane Brizé, on retrouve cette tendre cruauté et cette description de la province, glaciale et intemporelle. Ces douloureux silences. Cette révolte contre la lancinance de l’existence. Et ce choix face au destin. Brizé filme Lindon souvent de dos, rarement de face, et le spectateur peut d’autant mieux projeter ses émotions sur cette révolte silencieuse. Et puis, parce que ça se passe de commentaires, quelques extraits du beau discours de clôture de l’acteur dont voici quelques, un discours dont la dernière phrase m’a ravagée autant que la fin de « Mia madre », il y avait comme un écho d’ailleurs… : «  Je vous remercie d’avoir posé un regard aussi bienveillant et avec autant d’émotion sur le travail que Stéphane Brizé a fait avec moi et a fait tout court. » , «  Ils ont contribué à un des trois plus jours de ma vie. C’est un acte politique de choisir un film comme celui-là. Je dédie ce prix à ces gens qui ne sont pas toujours considérés à la hauteur de ce qu’ils méritent et aux acteurs qui ont joué avec moi sans qui je ne serais pas là, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui suis là. », « Une pensée pour ma maman qui n’est plus là et mon père qui n’est plus là, quand je pense que j’ai fait tout cela pour qu’ils me voient et ils ne sont plus là. »

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     -le plaisir, pour l’inconditionnelle du cinéma de Claude Sautet que je suis, d’entendre Xavier Dolan lors de sa conférence de presse sur la plage Magnum, dire ceci : « J’ai un rapport plutôt incomplet avec le cinéma français tant il y a de films à voir. J’aime beaucoup, par exemple, Claude Sautet. »

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     -vaguement incrédule, vaguement charmée, et surtout pleine de regrets devant « Valley of love » de Guillaume Nicloux auquel il ne manquait pas grand-chose pour être un vrai beau film. Isabelle et Gérard (interprétés aussi par Isabelle –Huppert- et Gérard –Depardieu-) se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils, Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, six mois auparavant. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael. Quel pitch prometteur et original ! Ce film qui ne ressemble d’ailleurs à aucun autre aborde une réflexion sur le deuil et ce lien distordu avec le réel qu’il provoque, tellement absurde et fou, qu’il porte à croire à tout, même aux miracles. Aux frontières du fantastique qu’il franchit parfois, avec sa musique hypnotique, ses comédiens qui crèvent l’écran et un Depardieu à la présence plus forte que jamais (et il n’est pas question ici seulement de corpulence mais de sa capacité inouïe à magnétiser et occuper l’écran), le duo de Loulou reformé 35 ans plus tard, un décor qui pourrait être difficilement plus cinégénique, intrigant, fascinant, inquiétant, troisième personnage, de ce « Valley of love », de ce film se dégage un charme étrange   et envoûtant, et résulte une réflexion intéressante sur le deuil qui abolit ou suscite de nouvelles croyances (finalement l’homme ou la femme endeuillée devient peut-être cet homme irrationnel du film de Woody Allen) , finalement comme le cinéma… Lambert Wilson, maître de cérémonie de ce 68ème Festival de Cannes, lors de l’ouverture, n’a-t-il pas dit lui-même « Le cinéma, c’est le rêve, le secret, le miracle, le mystère ». Quelques moments de comédie (et un jeu avec les prénoms et les véritables identités de Gérard et Isabelle, Depardieu dans le film étant aussi un acteur), comme dans le film de Moretti qui aborde finalement le même sujet, permettent de respirer dans ce décor à perte de vue et étouffant, à l’image du deuil qui étouffe et donne cette impression d’infini et d’inconnu oppressants. Dommage qu’on ressorte avec ce sentiment d’inachevé pour ce film loin d’être inintéressant.

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    -l’amusement devant l’inexprimable stoïcisme d’Isabelle Huppert face aux truculentes déclarations de Depardieu à la conférence de « Valley of love », sans aucun doute l’intervenant le plus charismatique des 10 conférences auxquelles j’ai eu le plaisir d’assister.

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     – le souvenir de plans qui nous cueillent quand on s’y attend le moins dans « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot : une main tendue, un « je t’aime» furtif et poignant, une fenêtre qui soudain s’est ouverte sur « Le Monde » (littéralement, si vous regardez bien…) comme ce film s’ouvre sur un espoir…Un film qui « ouvre » sur un nouveau monde, un nouveau départ et une bouffée d’optimisme. Et ça fait du bien. Une très belle idée que d’avoir placé ce film à cette place de choix (l’ouverture du festival, habituellement réservée à de plus grosses productions) et de lui donner cette visibilité. Et le souvenir d’un jeune comédien qui ne restera pas inconnu très longtemps à voir sa maturité dans le film et en conférence de presse, Rod Paradot, un nom qu’on a certainement pas fini d’entendre.

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     -L’admiration devant les images pourtant si souvent regardées de « Cléo de 5 à 7 » d’Agnès Varda lors de la clôture à l’occasion de laquelle elle a reçu une palme d’honneur, et son discours mordant, vibrant, humble, qui lui a succédé, « Un soldat, une combattante, seule femme parmi les garçons de la nouvelle vague » comme elle s’est elle-même définie, « Cette palme d’or est un plaisir surprenant » a-t-elle ajouté rappelant que, avant elle, seuls Clint Eastwood, Woody Allen, Manuel de Oliveira, Bernardo Bertolucci avaient eu cet honneur. « Je suis française , je suis femme et mes films n’ont ni gagné ni fait gagner de l’argent», « Cette palme je la reçois comme une palme de résistance et d’endurance, je la dédie à tous les cinéastes inventifs, courageux qui ne sont pas en lumière et qui continuent », « Quand je visualise une peinture de Picasso je suis de bonne humeur », « Deux palmes qui ondulent doucement dans la brise de la Croisette »a-t-elle conclu en évoquant des sanglots dans la voix celle reçue par Jacques Demy. Et le plaisir de revoir la trop rare Jane Birkin lui remettre son prix.

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     -le message du film de Luc Jacquet sur Claude Lorius, l’homme qui a scientifiquement prouvé l’inexorable réchauffement climatique dans « La glace et le ciel » (film de clôture) qui capte la beauté fragile et éblouissante d’une nature en péril. Et cette phrase finale extraite du film, comme un appel à l’action et la résistance : «  Mon histoire s’achève, et maintenant que, comme moi, vous savez, qu’allez-vous faire ? ».

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    -les images si felliniennes (mais moins que celles, réelles celles-là, vues lors de déambulations nocturnes sur la Croisette, spectacle quotidien et surréaliste) de « Youth » de Paolo Sorrentino, symphonie visuelle éblouissante qui fait valser jeunesse, vieillesse et désirs, hymne au pouvoir émotionnel de l’art, un film qui a séduit certains festivaliers autant qu’il en a agacé d’autres (le film a été applaudi et hué lors de sa projection presse) et je fais partie de la première catégorie. Tout comme « La grande Bellezza » nous parlait de laideur et non de beauté, « Youth », logiquement ne nous parle pas de jeunesse mais de vieillesse, de ce qui reste quand le temps saccage tout ou l’histoire de deux amis, l’un chef d’orchestre (formidable Michael Caine) et l’autre réalisateur (Harvey Keitel) qui profitent de leurs vacances dans un hôtel au pied des Alpes. Quand l’un a abandonné sa carrière depuis longtemps, l’autre travaille sur son dernier film… A voir aussi pour l’apparition remarquée et remarquable de Jane Fonda. Nostalgique et caustique, élégant et parfois à la limite du vulgaire, jouant de saisissants contrastes entre les corps marqués par le temps et ceux d’une jeunesse presque irréelle, entre l’apparence de sagesse et de calme (du paysage et des personnages) et ce qu’ils dissimulent, entre le souvenir du passé et sa réalité, « Youth », à l’image de son titre aime à se jouer des paradoxes, des contrastes, des trompes-l’ œil au cœur de ce paysage trompeusement serein.

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     – l’étreinte finale dans « Béliers » de Grímur Hákonarson qui a reçu le prix (amplement mérité, j’y reviendrai) Un Certain Regard ou le plan le plus poignant et inattendu du festival

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     -le délicieux vertige suggéré par la scène d’amour de « Vertigo » d’Hitchcock sublimement chorégraphiée par Benjamin Millepied qui nous a emportés dans sa danse agréablement étourdissante, le ballet se confondant avec les images du film, de James Stewart et Kim Novak, à l’image de ce festival qui enlace et entrelace réalité et cinéma au point qu’ils se confondent, comme dans une danse enivrante, et qui célèbre aussi bien le cinéma contemporain que ses classiques.

    -L’émotion lors de la clôture (grâce à Vincent Lindon et Agnès Varda) et au palmarès qui confirmait la richesse, l’inventivité, la qualité du cinéma français, cruelle leçon pour ceux qui, à tort, les mettent constamment en doute.

    Et puis, pour finir, le souvenir d’une phrase, une seule, avec laquelle je quitte ce festival, m’y accrochant férocement, une phrase de Faulkner citée par Vincent Lindon lorsqu’il a reçu son prix «faire des rêves immenses pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant » comme un écho à la phrase d’Emmanuelle Bercot lors de la clôture « Je réalise juste que parfois la vie peut aller au-delà des rêves, ce soir, la vie va au-delà de tous mes rêves» parce que le cinéma, même social ou politique peut être porteur d’espoirs (les films de la compétition s’achevaient d’ailleurs souvent sur une note d’espoir) et de rêves et ce Festival de Cannes, même s’il a débuté une nouvelle ère (un nouveau président, un film plus fragile mais non moins sublime en ouverture) n’en a pas non plus été avare.

    Conférences de presse

    Ci-dessous, quelques phrases extraites des conférences de presse des films en compétition (ainsi que des lauréats et du jury) auxquelles j’ai eu le plaisir d’assister. Retrouvez également sur mon site Inthemoodforhotelsdeluxe.com :

    - le récit de mon déjeuner à la Cucina S.Pellegrino orchestré par Cyril Lignac

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    - et le récit de mon dîner Nespresso (dont j’ai été « l’ambassadrice d’un jour », cliquez ici pour lire mon interview sur le site de Nespresso) autour du film « Les 400 coups », orchestré par le chef Florent Ladeyn.

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    Conférences de presse des lauréats après l’annonce du palmarès

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    -Son of Saul

    « On ne voulait pas faire un drame historique mais immerger le spectateur dans une expérience, que ce soit au niveau d’un être humain » LNemes

    « J’étais surpris d’être en compétition. Ce prix est énorme. » Laszlo Nemes

    -La loi du marché

    « Je suis arrivé à une petite maturité où on espère tout et n’attend rien. Je suis prêt à recevoir. J’en suis ému, fou de joie, bouleversé. » Lindon

    « Tous les films sont grands quand il y a une grande Histoire et une petite histoire. » Lindon

    « Je suis fier de faire un rôle où les gens puissent dire, ce rôle c’est moi. » Lindon

    Quand j’ai vu le film, j’ai vu des choses de moi que je ne connaissais pas: montrer de la dignité en souffrant silencieusement etc. »Lindon

    « Être regardé par des gens qui font un cinéma sublime comme les Coen, c’est très gratifiant.  » V.Lindon

    « Ce qui me touche, c’est d’avoir interprété ce rôle, c’est comme si tous mes rôles avaient convergé pour qu’un jour je fasse ce rôle. »Lindon

    -Mon roi

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    « J’espère un jour avoir un rôle aussi beau que celui-là. Je ne serais pas là si je n’avais pas eu Vincent Cassel face à moi, acteur de génie. » Emmanuelle Bercot

    « Je n’ai pas encore pas très bien réalisé et ça me plaît d’avoir un prix ex-æquo. C’est mon 3ème prix ex-æquo à Cannes. » E.Bercot

    -The Lobster

    « Je n’essaie jamais de faire des films pour prouver des choses qui me dépassent.  » Y.Lanthimos

    « On essaie toujours de faire des choses différentes et il n’y a pas d’avis unanime. C’est normal. » Y. Lanthimos

    -Carol

    « En tant que réalisateur on est un peu dans une bulle.Les 2 actrices sont extraordinaires.Le film tient grâce au personnage de Rooney. » Todd Haynes

    Conférence de presse du jury après le palmarès

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    Joël Coen : « Cela a été une expérience très intense. Cela a changé le spectateur qui est en nous de manière très positive. « 

    « Dans 24h je commence le tournage d’un film. Je n’ai jamais discuté de films avec autant de profondeur, d’émotions. » Dolan

    « On a beaucoup admiré la façon dont le script est conté. Personnellement cela m’a beaucoup plu. » Dolan à propos de « Chronic ».

    « J’ai réagi de façon profondément émotionnelle au « Fils de Saul ». C’est un film remarquable, époustouflant. » Sienna Miller

    « Nous avons débattu de tous les films. Nous reconnaissons par ces prix l’intention et la réussite d’un réalisateur » Guillermo de Toro

    « Je le savais déjà mais je me rends compte à quel point c’est difficile de faire un bon film.  » Rossy de Palma

    Rossy de Palma : « Pour moi l’immigration est un sujet très important, on est très concernés. »

    R.Traoré : « nous n’avons pas pris en considération que tel film vienne de tel pays. La question de l’immigration n’a pas été en question ».

    « Moi je suis habituée aux seconds rôles et dommage qu’il n’y ait pas de prix pour les seconds rôles. » Roissy de Palma

    « Nous avons essayé de rendre hommage au plus grand nombre possible de très grands films. » Joel Coen

    « Lorsque nous sommes sortis du « Fils de Saul » nous sommes restés longtemps silencieux. C’est un film qui peu à peu se développe en nous. » Dolan

    « Nous avons tous notre film de prédilection dans la sélection. Nous sommes tous contents du résultat.  » S.Marceau

    « La décision a été rapide pour la palme d’or. Nous étions tous très enthousiastes » Ethan et Joel Coen qui ont par ailleurs précisé avoir voté séparément

     

     Conférences de presse des films en sélection officielle

    -« La glace et le ciel »

    « Je ne suis pas défaitiste car dans le public l’état d’esprit a changé et le film va aussi y contribuer. » Claude Lorius.

    « J’étais pessimiste mais je crois que maintenant les gens changent de point de vue. On parle désormais du réchauffement tous les jours. »CLorius

    « J’ai foi dans l’humanité. C’est souvent juste après le pire qu’elle est la meilleure. » Luc Jacquet

    « Ce qui est nouveau, c’est l’urgence. J’ai confiance. Je pense que le film touchera le citoyen. » Claude Lorius

    « Ce qui m’importe c’est de passer l’émotion et c’est de passer les sensations. » Luc Jacquet

    « La vie aventurière et exemplaire de Claude Lorius est digne d’inspirer les gens ». Luc Jacquet

    -Valley of love

    « J’étais émerveillée par le scénario. » Sylvie Pialat

    « Je ne me servirai pas du deuil de Guillaume pour le rôle car c’est 1deuil à part mais je peux imaginer le poids de ces lettres. » Depardieu

    « Je n’ai pas de vision de l’Ukraine. Je suis comme tout le monde choqué. J’adore peuple ukrainien. Ces conflits ne sont pas de mon ressort. » Depardieu

    « Monsieur Poutine, je le connais bien, je l’aime beaucoup et « l’URSS » j’y vais beaucoup ». Depardieu

    « Je connais très mal les cinéastes de maintenant. J’aime beaucoup des gens comme Audiard dont le physique me fait penser à son père. » Depardieu

    « J’adore les séries et des acteurs comme B. Willis. Je ne rechigne pas devant un bon Rossellini ou un très bon Pialat. » Depardieu

    « Je me suis rendu compte que je faisais ce métier par plaisir et parce que ça facilitait la vie. » Depardieu

    « J’ai décidé de faire ce métier car je ne voulais pas travailler. Je me suis rendu compte que je voulais vivre. » Depardieu

    « Ce film, c’est comme une lecture sur des questions essentielles dont nous avons oublié de nous souvenir. » Gérard Depardieu

    « En lisant script sur ces actes manqués de l’oubli, ces interrogations qui nous retombent dessus, je l’ai rarement lu. » Depardieu

    « J’avais vu « La Religieuse », un film qui m’avait particulièrement interpellé.  » G.Depardieu

    « L’idée de départ, qu’on s’appelle Gérard et Isabelle a créé d’emblée un aspect documentaire, un rapport particulier aux rôles. » Huppert

    « On se croit sur une autre planète dans la Vallée de la mort. On ne peut se raccrocher à rien. » Isabelle Huppert

    « Le lieu a été l’élément déclencheur de l’histoire. » Guillaume Nicloux

    -Dheepan

    « Le film s’est terminé samedi dernier. Le projet est né il y a 3/4 ans. La sélection à Cannes nous a obligés à aller très très vite. » Audiard

    « Mon film est un ou des regard(s) sur la France.  » Audiard

    « A partir de la trame initiale, c’est un scénario qui a beaucoup bougé au tournage avec les comédiens, avec l’incarnation. » Audiard

    A propos de violence « je prends au pied de la lettre notion de conflit dramatique et j’ai besoin de ça pour exacerber les sentiments ». Audiard

    « L’idée initiale était de faire un remake des « Chiens de paille » mais c’était surtout le désir d’une histoire d’amour. » Audiard

    -La loi du marché

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    « Si le personnage de Vincent Lindon avait explosé, cela aurait été un cliché et la vie est plus complexe qu’un cliché. » Stéphane Brizé

    « Ce qui fait frémir dans le film: ce ne sont que des gens qui font des choses qu’ils n’ont pas envie de faire: un combat de précarités. »Lindon

    « J’ai passé beaucoup de temps dans un supermarché. J’ai même fait un stage d’agent de sécurité. » Stéphane Brizé pour « La loi du marché ».

    « Ce que j’aime dans le cinéma de Brizé: il met le spectateur en état de questionnements qui nous fait nous politiser tout doucement. »Lindon

    « Je pense que c’est une bonne chose que de nombreux films à Cannes soient des films sociaux, ce sont ces films-là qui restent. » Lindon

    « C’est quelqu’un par lequel on a envie d’être protégé et qu’on a envie de protéger. » Stéphane Brizé à propos du choix de Vincent Lindon.

    « Le dispositif dans La Loi du Marché » est une façon de faire du cinéma que je n’avais jamais appréhendée auparavant. » Vincent Lindon

    « Ma quête constante est de filmer du réel, que face à la caméra il y ait le plus de réel possible et de vérité possible. » S.Brizé

    « C’est Vincent (Lindon), le boxeur dans les cordes que je voulais avant tout filmer ». Stéphane Brizé

    « Commencer d’emblée par la première scène sans générique était une volonté dès l’écriture du scénario », explique Stéphane Brizé.

    -Mon roi

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     » Je me suis retrouvé sur un terrain que je ne connaissais pas. Une liberté apparente totale. » #Monroi Vincent Cassel

    « C’est un film que je ne fais que réécrire depuis 10 ans. » Maïwenn #monroi

    « J’avais fait 1 trilogie narcissique, j’avais envie de dépenser mon énergie pour les acteurs. » Maïwenn expliquant ainsi pourquoi elle ne joue pas dans « Mon roi » .

    -Xavier Dolan (conférence sur la plage Magnum)

    « Je lis absolument toutes les critiques et j’en apprends beaucoup de ces critiques. Mon conseil: il faut être ouvert à la critique. » X.Dolan

    « J’ai un rapport plutôt incomplet avec le cinéma français tant il y a de films à voir. J’aime beaucoup par exemple Claude Sautet. »X.Dolan

    « Je ne crois pas qu’écrire un court soit plus facile. C’est très difficile à structurer.  » Xavier Dolan

    « C’est intimidant pour moi de coacher des gens mais j’adore toutes les étapes de la production ». Xavier Dolan

    -Mia madre

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    « Je pense que le scénario était pertinent. C’était un défi passionnant. Moretti est très précis. Cela a été une excellente expérience ».Torturro

    « La manière de regarder mes films du public international: sans les interférences qu’il y a en Italie liées à mes opinions politiques. » Moretti

    « Pendant l’écriture nous avons mêlé plusieurs degrés de narration : rêves, fantasmes, film, réalité, souvenirs… ». Moretti

    « J’ai été très touché par le scénario. J’ai beaucoup aimé travailler sur ce film ». John Torturro

    « C’est un film sur ce qu’il reste des personnes qui meurent: les souvenirs, les livres… ». Moretti -

    « N’importe quel sujet peut produire un bon film ou un mauvais film. » Moretti

    « Le rôle du cinéma est de faire des bons films, si possible novateurs et qui ne donnent pas l’impression qu’on les a déjà vus. » Moretti

    -La tête haute

    « Pour être star, il faut du glamour et du secret, ne pas tout montrer de sa vie privée. » Catherine Deneuve

     « Moi c’est le scénario qui m’a beaucoup plu et tous les personnages. C’est un scénario qui m’a plu tout de suite. » Catherine Deneuve

    « En France, les femmes cinéastes ont largement la place de s’exprimer et énormément de femmes émergent. » E.Bercot

    « Ouvrir le festival avec ce film est aussi une réponse à ce début d’année difficile qu’a connu la France. » Catherine Deneuve

    « Il y a une matière documentaire très forte dans l’écriture, en revanche je ne voulais pas un style documentaire dans l’image. » Bercot

    Sara Forestier : « A la lecture du scénario, j’ai pleuré. Le film m’a piqué le cœur. »

    « C’est totalement inespéré que ce film soit à une telle place, c’est un grand honneur. » Emmanuelle Bercot

    « Je tenais à ce que tout soit absolument juste » -Emmanuelle Bercot (à propos de tout ce qui se passe dans le cadre judiciaire où elle a fait plusieurs stages avec ce souci de vraisemblance et même de véracité). « Les personnages existaient avant les stages puis ont été nourris par la part documentaire ».« La justice des mineurs est un honneur de la France » – Emmanuelle Bercot

    « Si c’est méchant, j’espère que c’est drôle ». – Catherine Deneuve à propos d’une question d’une journaliste au sujet de la caricature de Charloe Hebdo (très cruelle) à son sujet et qu’elle n’avait pas encore vue.

    « C’était très important pour moi que ce film ait son socle dans le Nord. » Emmanuelle Bercot« Ouvrir le festival avec ce film est aussi une réponse à ce début d’année difficile qu’a connu la France. » Catherine Deneuve

    « En France, les femmes cinéastes ont largement la place de s’exprimer et énormément de femmes émergent. » E.Bercot

    « Moi c’est le scénario qui m’a beaucoup plu et tous les personnages. C’est un scénario qui m’a plu tout de suite. » Catherine Deneuve

    « Pour être star, il faut du glamour et du secret, ne pas tout montrer de sa vie privée. » – Catherine Deneuve

    « Il y a une matière documentaire très forte dans l’écriture, en revanche je ne voulais pas un style documentaire dans l’image. » Bercot

    Sara Forestier : « A la lecture du scénario, j’ai pleuré. Le film m’a piqué le coeur. »

    « C’est totalement inespéré que ce film soit à une telle place, c’est un grand honneur. » Emmanuelle Bercot

    Voici le palmarès décerné par le jury présidé par Ethan et Joel Coen et composé de Rossy de Palma, Sophie Marceau, Sienna Miller, Rokia Traoré, Guillermo del Toro, Xavier Dolan, Jake Gyllenhaal .

    La cinéaste et artiste française Agnès Varda a reçu une Palme d’or d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre des mains de Jane Birkin.

    COMPÉTITION DES LONGS MÉTRAGES

    Palme d’or

    DHEEPAN réalisé par Jacques AUDIARD

    Grand Prix

    SAUL FIA (Son of Saul / Le fils de Saul) réalisé par László NEMES

    Prix de la mise en scène

    HOU Hsiao-Hsien pour NIE YINNIANG (The Assassin)

    Prix du Jury

    THE LOBSTER réalisé par Yorgos LANTHIMOS

    Prix d’interprétation féminine

    Rooney MARA dans CAROL réalisé par Todd HAYNES

    Emmanuelle BERCOT dans MON ROI réalisé par MAÏWENN

    Prix d’interprétation masculine

    Vincent LINDON dans LA LOI DU MARCHÉ (The Measure of a Man) réalisé par Stéphane BRIZÉ

    Prix du scénario

    Michel FRANCO pour CHRONIC

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    COMPÉTITION DES COURTS MÉTRAGES

    Palme d’or

    WAVES ’98 réalisé par Ely DAGHER

    UN CERTAIN REGARD

    PRIX UN CERTAIN REGARD

    HRÚTAR (Béliers / Rams) de Grímur Hákonarson

    PRIX DU JURY

    ZVIZDAN (Soleil de plomb / The High Sun) de Dalibor Matanić

    PRIX DE LA MISE EN SCENE

    Kiyoshi Kurosawa pour KISHIBE NO TABI (Vers l’autre rive / Journey to the Shore)

    PRIX UN CERTAIN TALENT

    COMOARA (Le Trésor / Treasure) de Corneliu Porumboiu

    PRIX DE L’AVENIR Ex aequo

    MASAAN de Neeraj Ghaywan

    NAHID d’Ida Panahandeh

    CAMÉRA D’OR

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    LA TIERRA Y LA SOMBRA réalisé par César Augusto ACEVEDO présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique

    CINÉFONDATION

    Premier Prix

    SHARE réalisé par Pippa Bianco

    AFI’s Directing Workshop for Women, États-Unis

    Deuxième Prix

    LOCAS PERDIDAS réalisé par Ignacio Juricic Merillán

    Carrera de Cine y TV Universidad de Chile, Chili

    Troisième Prix ex aequo

    THE RETURN OF ERKIN réalisé par Maria Guskova

    High Courses for Scriptwriters and Film Directors, Russie

    Troisième Prix ex aequo

    VICTOR XX réalisé par Ian Garrido López

    ESCAC, Espagne

    Le Jury de la CST a décerné le PRIX VULCAIN DE L’ARTISTE-TECHNICIEN à :

    Tamas ZANYI, ingénieur du son, pour la contribution exceptionnelle du Son à la narration du film SAUL FIA (Son of Saul / Le fils de Saul) réalisé par László NEMES.

    Prochain festival à suivre en ici, le Festival du Film de Cabourg, du 10 au 14 juin et, en attendant, je m’en vais dès cet après-midi rattraper « Trois souvenirs de ma jeunesse » de Desplechin. Quelques clichés supplémentaires de ce 68ème Festival de Cannes  des coulisses de la dernière du Grand Journal de Canal + à la soirée Swarovski et la soirée L’Oréal en passant par des clichés des marches et de la Croisette, l’article que le journal Ouest-France m’a consacré…

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  • 68ème Festival de Cannes: en attendant l'épisode 2 des mes pérégrinations

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    Les journées s'écoulent, passionnantes, chargées, inattendues et je n'ai pas le temps de les relater ici comme il faudrait et comme je le voudrais tant j'ai pourtant à dire sur certains films. Plutôt que de bâcler un compte rendu entre deux séances (et, justement, pour ne pas manquer de séances), je vous raconterai donc ces journées a posteriori avec un long compte rendu.

    Vous pouvez toujours retrouver mon compte rendu de l'ouverture, ici, avant que je trouve le temps de vous parler de mes coups de cœur cinématographiques, et ils sont déjà nombreux: "Mia madre" de Nanni Moretti, "Son of Saul" de Laszlo Nemes, "The Lobster" de Yorgos Lanthimos et "Notre petite sœur" de Kore-Eda mais aussi de nombreux moments incroyables entre une conférence de Xavier Dolan, des soirées dans des lieux magiques, des conférences de presse et des déjeuners inoubliables.

    En attendant ce compte rendu digne de ce nom et, auparavant, dès que j'aurai un peu de temps et dans un premier temps, un bref avis sur chaque film, voici quelques clichés de ces derniers jours et vous pouvez toujours suivre mes avis sur les films et mes pérégrinations sur twitter: @moodforcinema, @moodforcannes.

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  • Critique de THIS MUST BE THE PLACE de Paolo Sorrentino en attendant YOUTH (en compétition officielle du 68ème Festival de Cannes)

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    Paolo Sorrentino se retrouve ainsi pour la 5ème fois en compétition à Cannes après « Les Conséquences de l’amour » en 2004, « L’ami de la famille » en 2006, « Il Divo » en 2008,  « This must be the place » en 2011 qui avait reçu le prix du jury œcuménique et « La grande Bellezza » en 2013.  Il fut par ailleurs président du jury Un Certain Regard en 2009. Retrouvez ma critique de « This must be the place » en attendant de découvrir « Youth » en compétition cette année.

    CRITIQUE DE « THIS MUST BE THE PLACE » DE PAOLO SORRENTINO

     

    « This must be the place » de Paolo Sorrentino était reparti bredouille de la compétition du Festival de Cannes 2011, enfin presque puisqu’il avait reçu le prix du jury œcuménique. Avec son premier film en Anglais, le cinéaste italien était ainsi pour la quatrième fois en compétition à Cannes, trois ans après avoir obtenu un prix du jury pour « Il divo ». Avec « Melancholia », « Minuit à Paris » et « The Artist », c’était un de mes coups de cœur de cette édition 2011 qui a souvent fasciné autant qu’il a agacé les festivaliers. Des réactions aussi extrêmes sont souvent signes d’un univers fort, ce que possède incontestablement Paolo Sorrentino.

    Sean Penn y interprète Cheyenne, 50 ans, une ancienne star du rock. Il vit de ses rentes à Dublin où il traine sa mélancolie et son ennui. La mort de son père avec qui il a coupé les ponts depuis des années le décide à partir pour New York. Là, il découvre que son père pourchassait un ancien criminel de guerre nazi, un bourreau d’Auschwitz qui l’avait humilié. Cheyenne va poursuivre la vengeance de son père et, pour l’accomplir, va traverser les Etats-Unis…

    En revoyant « This must be the place », j’ai pensé à l’écriture de Françoise Sagan. A sa fameuse petite musique des mots qui fait que, au-delà de l’histoire qu’elle nous raconte, le caractère jubilatoire de la forme happe notre attention et nous donne envie de dévorer notre lecture. C’est le cas aussi de la mise en scène de Sorrentino qui nous ensorcelle avec sa « petite musique » des images (des mots d’ailleurs aussi avec, en voix off, parfois le texte du père de Cheyenne). La comparaison n’est d’ailleurs pas aussi absurde, Cheyenne aurait ainsi pu dire telle la Cécile de « Bonjour tristesse » : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. »

    Cheyenne, c’est donc Sean Penn, allure gothique et dégingandée, dos courbé, démarche lente et irrésolue, voix traînante, visage maquillé à la Robert Smith et rire triste et improbable. Pour entrer dans le film, il faut évidemment adhérer à son personnage d’enfant capricieux sur les épaules duquel semblent peser tous les malheurs du monde (en tout cas ceux de son histoire et de l’Histoire, rien que ça). Contrairement à ce qu’il a déclaré récemment à propos d’un autre film (indice : ce film a obtenu la palme d’or), il semble vraiment savoir ce qu’il est venu faire là. Ses gestes, son regard, son phrasé : tout nous fait oublier l’acteur pour construire ce personnage de grand enfant innocent, malicieux, capricieux, ce chanteur de rock déchu, à la fois pathétique, touchant, ridicule, flamboyant, décalé. Face à lui, Jane (Frances McDormand), sa femme, aussi forte, présente, décidé qu’il est faible, absent, velléitaire. Leur couple est d’ailleurs symbolique de ce film tout en contradictions et judicieux décalages.

    « Paolo réalise des films rapides sur des gens lents et des films drôles sur des gens tristes », a déclaré Sean Penn lors du dernier Festival de Cannes. Sorrentino recourt en effet à la légèreté pour évoquer le poids de l’existence que Cheyenne semble porter, mais aussi le poids de la tragédie. Contradictions encore avec ce père absent et omniprésent. Entre ce personnage enfantin, sa fragilité apparente et sa terrible, et souvent irrésistible, lucidité (Au départ on se dit « Ce sera ça ma vie » puis « C’est ça la vie » déclare-t-il ainsi). Entre la gravité du sujet et la tendresse loufoque pour l’aborder. Entre les grands espaces américains et la mélancolie irlandaise. Entre le visage fardé et ce qu’il dissimule. Entre la mort omniprésente et la vie absente d’un Cheyenne qui s’ennuie. Contradictions entre la fantaisie parfois dérisoire et son objectif qui est tout sauf dérisoire. Entre l’inoffensivité apparente d’un homme et les crimes qu’il a commis.

    Sorrentino semble prendre autant de plaisir à sublimer cette Amérique que Cheyenne traverse qu’à en souligner les ridicules excès, entre les images d’Epinal de l’American dream, les paysages qui ressemblent à des peintures de Hopper avec ses motels, ses stations service, ses vastes étendues d’une beauté vertigineuse et ses excès (ou contradictions à nouveau) qu’il tourne en dérision : d’un armurier à la plus grande pistache du monde, en passant par une bouteille géante qui entrave sa route. Il nous en montre aussi la diversité des visages et des paysages comme un enfant curieux, celui qu’est encore Cheyenne, qui découvre Le Nouveau Monde, un nouveau monde, un enfant qui s’émerveille et croise des personnages (un Indien silencieux, une oie, un bison…) qui semblent tout droit sortie d’un conte. Les moments de fantaisie poétique sont encore sublimés par la musique comme dans cette scène avec cette chanson interprétée par David Byrne, le chanteur des Talking heads qui a composé la musique du film (pas une première puisqu’il a reçu l’Oscar de la meilleure musique pour la BO du Dernier Empereur de Bertolucci).

    « This must be the place », c’est un parcours initiatique: l’histoire d’un masque qui tombe, d’un enfant qui grandit, d’un homme qui se relève. D’un artiste enfantin qui devient un homme et fume sa première cigarette. Un film inclassable qui mélange habilement les genres, un road movie qui déroute et enchante, ou nous glace par sa lucidité. Un film envoûtant grâce à la musique de David Byrne, la virtuosité de la mise en scène de Sorrentino et de l’interprétation de Sean Penn qui nous plongent dans une atmosphère poétique, onirique et fantaisiste qui dissimule un visage grave et lucide. Un bel hommage à « Paris, Texas » de Wim Wenders, et à « Into the wild » de Sean Penn, aussi. Un personnage et un film qui vous restent dans la tête comme une petite musique. Celle des mots de Sagan. Ou une grande. Celle des Talkings Heads. « Il faut choisir, dans l’existence, un moment, un seul, où la peur disparaît » nous dit-on dans le film. Ce périple en fait partie. Un périple réjouissant et bouleversant, grave et léger, mélancolique et enchanteur, fardé et sincère. Qui donne envie de regarder la vérité derrière le masque. Celle de l’abjection (le bourreau nazi) ou de l’humanité (Cheyenne) qui se mettent à nu (au

  • Critique de POLISSE de Maïwenn en attendant MON ROI ( en compétition officielle du 68ème Festival de Cannes)

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    « Polisse » est le troisième long métrage de Maïwenn  après « Pardonnez-moi » (2006) et « Le bal des actrices » (2009).  J’étais restée particulièrement sceptique devant «Le  Bal des actrices » , film sur les masques et  les mensonges des actrices  dans lequel Maïwenn nous impose sa propre vérité, un bal dont elle est la reine et la manipulatrice, un bal dans lequel le cinéma est montré comme un théâtre masqué, un monde de faux-semblants dans lequel les actrices sont toutes malheureuses, narcissiques, prétentieuses et pour se dédouaner de s’être attribuée le beau rôle, Maïwenn lors d’une scène finale (lors de laquelle toutes les actrices sont réunies pour voir son documentaire) devance toutes les critiques, ses actrices lui adressant les reproches que pourrait lui faire la critique. Bref, je craignais le pire avec le sujet ô combien sensible de ce troisième long métrage.

     Connaissant l’intrigue et le dénouement, j’étais curieuse de voir si je serais à nouveau embarquée, touchée, parfois agacée… et je dois avouer qu’à cette deuxième vision l’émotion, surtout, était tout autant au rendez-vous qu’à la première.

    Synopsis : « Polisse » suit le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) : gardes à vue de pédophiles,  arrestations de pickpockets mineurs, auditions de parents maltraitants, dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables. En parallèle, Maïwenn montre les répercussions sur la vie privée de chacun de ces policiers et l’équilibre précaire entre leur vie professionnelle et leur vie privée. Mélissa ( Maïwenn) est mandatée par le Ministère de l’Intérieur pour réaliser un livre de photos sur la brigade. Ce regard va révéler les fêlures de Fred (Joeystarr), le plus écorché vif de la brigade.

    Les premières minutes nous montrent une petite fille décrivant avec sa candeur enfantine les attouchements que son père lui a ou aurait fait subir (nous ne saurons pas vraiment). Quelques scènes plus tard, nous retrouvons les policiers de la BPM qui, à la cantine, racontent leurs histoires de couples, avec une certaine crudité, à la fois pour désamorcer la violence de ce qu’ils entendent au quotidien, mais aussi parce que cette violence a des répercussions inévitables sur leur vie privée.

      C’est avant tout eux que la caméra de Maïwenn va suivre, nous immergeant dans leur douloureux quotidien. Douloureux parce que difficile d’entendre des horreurs toute la journée et de ne pas en ressortir écorché, voire blessé, ou même meurtri. Douloureux parce que la vie privée devient chaotique quand la vie professionnelle est aussi rude et vorace, et exige un tel dévouement dont il est impossible de ressortir indemne. Douloureux parce que les blessures des autres ravivent les leur.

    Lors de la première projection à Cannes, je vous avais dit avoir été partagée entre émotion et scepticisme, agacement et admiration mais j’avoue que cette fois l’émotion et l’admiration ont dominé. Emotion parce que la caméra de Maïwenn capte et esquisse admirablement des portraits de pères, de mères, d’hommes, de femmes, d’enfants, désemparés face à la douleur indicible mais aussi la glaçante épouvante de ceux qui avouent les pires horreurs avec le sourire et une terrible « innocence », inconscients de celle qu’ils ont bafouée (Terrifiante déclaration du personnage d’Audrey Lamy inspirée comme tous les autres faits de ce film, de faits réels). Emotion parce qu’il est impossible de rester insensible devant, par exemple, cette scène douloureusement réaliste de cet enfant arraché à sa mère parce qu’il est impossible de leur trouver un foyer à tous deux. Emotion lorsque par un frôlement de main, une danse d’abandon, surgit une tendresse si longtemps contenue. Emotion parce que la scène finale d’une logique tragiquement implacable vous saisit d’effroi.

    Admiration parce que Maïwenn en quelques plans, parfois juste le temps d’une déclaration à la police, nous raconte toute une histoire, un passé sombre et un avenir compromis. Admiration parce qu’elle tire des acteurs et surtout actrices, le meilleur d’eux-mêmes : Sandrine Kiberlain bouleversante,  Karin Viard insaisissable, touchante puis presque effrayante,  et que dire de Marina Foïs, remarquable dans le rôle de ce personnage de policier, le plus intéressant, abimé, fragile, désorienté. Même Joeystarr dont la prestation dans « Le bal des actrices » ne m’avait pas convaincue, est ici particulièrement touchant dans son rôle de flic bourru au cœur tendre qui s’implique émotionnellement dans chaque « cas ».

    Alors pourquoi étais-je aussi sceptique et agacée suite à la projection cannoise ? Sceptique parce que le personnage qu’incarne Maïwenn qui se cache derrière ses grandes lunettes, son chignon, qui passe des beaux quartiers aux quartiers plus populaires, semble une nouvelle fois une manière de se dédouaner, de se donner le beau rôle, de se mettre en scène sans que cela soit forcément nécessaire. Il faut avouer que, suite à cette deuxième projection, j’ai trouvé que son personnage qui certes parfois sourit un peu trop béatement, apporte une certaine fraîcheur, un regard extérieur et est une vraie trouvaille scénaristique pour permettre au personnage de Joeystarr d’évoluer et de révéler une autre facette de sa personnalité. C’est aussi un moyen d’explorer à nouveau la mise en abyme.  C’est d’ailleurs après avoir vu un documentaire à la télévision sur le travail des policiers chargés de protéger les mineurs, qu’elle a eu l’idée d’en faire un film.

     Agacée par ce style faussement réaliste (Lors de la conférence de presse des lauréats à Cannes, Maïwenn s’est énervée suite à la question d’un journaliste qui, à propos de son film, parlait de style semi-documentaire) qui recrée une réalité et forcément l’édulcore pour faire surgir une réalité qui forcément n’en est pas totalement une. Agacée parce que Maïwenn par moments semble nous refaire « Le bal des actrices » et plus soucieuse de leurs performances que du réalisme (peut-être aurait-il été plus judicieux d’utiliser uniquement des comédiens inconnus) mais après cette deuxième projection, je reconnais que tous les acteurs sans exception, sont absolument remarquables et que Maïwenn est incontestablement douée pour la direction d’acteurs sachant tirer ici le meilleur de chacun (les « témoignages » d’anonymes sont saisissants).

    Agacée parce que parfois la caméra s’attarde un peu trop, et nous prend en otage, ou parce que parfois elle semble privilégier ou du moins hésiter entre l’effet de style ou l’émotion et le réalisme (comme la scène des enfants qui dansent dans le bus). Agacée parce que, à l’image de son titre, cela frôle alors l’artificiel. Polisse écrit par un enfant. Polisse mais surtout pas « policé ». Polisse parce qu’il y avait déjà le PoliCe de Pialat.

    Avec ce troisième film, Maïwenn veut à nouveau faire surgir la vérité, « peindre les choses cachées derrière les choses » pour reprendre une célèbre réplique d’un non moins célèbre film de Marcel Carné. En voulant parfois trop mettre en valeur ses actrices (ou elle-même), elle nuit justement à cette vérité nous rappelant trop souvent que « c’est du cinéma », alors qu’elle retranscrit malheureusement surtout une sombre réalité. Il n’en demeure pas moins que c’est un bel hommage à ces policiers de la BPM, à leur dévorant métier et leur dévouement,  un constat effroyable sur la noirceur humaine, et il n’en demeure pas moins que la fin est bouleversante de beauté tragique et de lyrisme dramatique : ces deux corps qui s’élancent, et font éclater ou taire la vérité, inadmissible, et éclater ou taire l’espoir. Un film agaçant, intense, marquant, bouleversant, parfois même (sombrement) drôle.

    A cette deuxième vision, la qualité de la réalisation (caméra nerveuse qui épouse la tension palpable), et surtout l’écriture m’ont particulièrement marquée, sans doute la raison pour laquelle Maïwenn condamnait cette définition de semi-documentaire. Le film est extrêmement construit, les dialogues sont particulièrement efficaces et sans doute certains les trouveront trop écrits, en contradiction avec l’impression de réalisme auquel ils ne nuisent néanmoins pas. Chaque scène de chaque personnage, qu’il soit au premier ou au second plan, dit quelque chose du dénouement concernant ce personnage et il faut dire que Maïwenn et sa coscénariste Emmanuelle Bercot manient brillamment le film choral aidées par un brillant montage qui fait alterner scènes de la vie privée et scènes de la vie professionnelle, les secondes révélant toujours quelque chose sur les premières, ces deux familles se confondant parfois. Pialat, Tavernier, Beauvois, Marchal avaient chacun à leur manière éclairer une facette parfois sombre de la police. Il faudra désormais compter avec le « Polisse » de Maïwenn dont le prix du jury cannois était en tout cas entièrement justifié.

    Cliquez ici pour lire le compte rendu de la conférence de presse cannoise de « Polisse ».

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