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  • "You will meet a tall dark stranger" de Woody Allen : hors compétition

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    Jusqu'à l'ouverture du festival et avant de vous livrer mes critiques en direct de Cannes, je vous parlerai régulièrement plus en détails de certains film. Je commence avec l'incontournable Woody Allen, de nouveau présent à Cannes et comme d'habitude hors compétition pour un film singulièrement intitulé "You will meet a tall dark stranger" dont le synopsis est le suivant: L'histoire d'une femme célibataire (Naomi Watts) bouleversée par les propos d'une diseuse de bonne aventure... La voyante lui a prédit une rencontre qui va changer sa vie : elle va croiser le chemin de son âme soeur. Egalement au casting: Josh Brolin, Anthony Hopkins, Antonio Banderas, Freida Pinto, Anupam Kher,  Lucy Punch...

    EXTRAIT DU FILM:

    Films déjà présentés à Cannes par Woody Allen:

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    2008 - VICKY CRISTINA BARCELONA - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    2005 - MATCH POINT - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    2002 - HOLLYWOOD ENDING - Hors Compétition Interprète, Réalisation, Scénario & Dialogues

    1989 - NEW YORK STORIES - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète

    1987 - RADIO DAYS - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1986 - HANNAH AND HER SISTERS (HANNAH ET SES SOEURS) - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète

    1985 - THE PURPLE ROSE OF CAIRO (LA ROSE POURPRE DU CAIRE) - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1984 - BROADWAY DANNY ROSE - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète

    1982 - BONJOUR MONSIEUR LEWIS - Hors Compétition Interprète

    1979 - MANHATTAN - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Interprète

     Récompenses:

    1985 - Prix de la Critique Internationale - F.I.P.R.E.S.C.I. - THE PURPLE ROSE OF CAIRO (LA ROSE POURPRE DU CAIRE) - Long métrage

     En bonus, deux critiques de films présentés à Cannes par Woody Allen:

    CRITIQUE DE MATCH POINT:

    Un film de Woody Allen comme le sont ceux de la plupart des grands cinéastes est habituellement immédiatement reconnaissable, notamment par le ton, un humour noir corrosif, par la façon dont il (se) met en scène, par la musique jazz, par le lieu (en général New York).

    Cette fois il ne s'agit pas d'un Juif New Yorkais en proie à des questions existentielles mais d'un jeune irlandais d'origine modeste, Chris  Wilton   (Jonathan Rhys-Meyer), qui se fait employer comme professeur de tennis dans un club huppé londonien. C'est là qu'il sympathise avec Tom Hewett (Matthew Goode), jeune homme de la haute société britannique avec qui il partage une passion pour l'opéra. Chris fréquente alors régulièrement les Hewett et fait la connaissance de Chloe (Emily Mortimer), la sœur de Tom, qui tombe immédiatement sous son charme. Alors qu'il s'apprête à l'épouser et donc à gravir l'échelle sociale, il rencontre Nola Rice (Scarlett Johansson), la pulpeuse fiancée de Tom venue tenter sa chance comme comédienne en Angleterre et, comme lui, d'origine modeste. Il éprouve pour elle une attirance immédiate, réciproque. Va alors commencer entre eux une relation torride...

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    Je mets au défi quiconque n'ayant pas vu le nom du réalisateur au préalable de deviner qu'il s'agit là d'un film de Woody Allen, si ce n'est qu'il y prouve  son génie, dans la mise en scène, le choix et la direction d'acteurs, dans les dialogues et dans le scénario, « Match point » atteignant d'ailleurs pour moi la perfection scénaristique.

    Woody Allen réussit ainsi à nous surprendre, en s'affranchissant des quelques « règles » qui le distinguent habituellement : d'abord en ne se mettant pas en scène, ou en ne mettant pas en scène un acteur mimétique de ses tergiversations existentielles, ensuite en quittant New York qu'il a tant sublimée. Cette fois, il a en effet quitté Manhattan pour Londres, Londres d'une luminosité obscure ou d'une obscurité lumineuse, en tout cas ambiguë,  à l'image du personnage principal, indéfinissable.

    Dès la métaphore initiale, Woody Allen nous prévient (en annonçant le thème de la chance) et nous manipule (pour une raison que je vous laisse découvrir), cette métaphore faisant écho à un rebondissement (dans les deux sens du terme) clé du film. Une métaphore sportive qu'il ne cessera ensuite de filer : Chris et Nola Rice se rencontrent ainsi autour d'une table de ping pong et cette dernière qualifie son jeu de « très agressif »...

    « Match point » contrairement à ce que son synopsis pourrait laisser entendre n'est pas une histoire de passion parmi d'autres (passion dont il filme d'ailleurs et néanmoins brillamment l'irrationalité et  la frénésie suffocante que sa caméra épouse) et encore moins une comédie romantique (rien à voir avec « Tout le monde dit I love you » pour lequel Woody Allen avait également quitté les Etats-Unis) ; ainsi dès le début s'immisce une fausse note presque imperceptible, sous la forme d'une récurrente thématique pécuniaire, symbole du mépris insidieux, souvent inconscient, que la situation sociale inférieure du jeune professeur de tennis suscite chez sa nouvelle famille,  du sentiment d'infériorité que cela suscite chez lui mais aussi de sa rageuse ambition que cela accentue ; fausse note qui va aller crescendo jusqu'à la dissonance paroxystique, dénouement empruntant autant à l'opéra qu'à la tragédie grecque. La musique, notamment de Verdi et de Bizet, exacerbe ainsi encore cette beauté lyrique et tragique.

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    C'est aussi le film des choix cornéliens, d'une balle qui hésite entre deux camps : celui de la passion d'un côté, et de l'amour, voire du devoir, de l'autre croit-on d'abord ; celui de la passion amoureuse d'un côté et d'un autre désir, celui  de réussite sociale, de l'autre (Chris dit vouloir  « apporter sa contribution à la société ») réalise-t-on progressivement. C'est aussi donc le match de la raison et de la certitude sociale contre la déraison et l'incertitude amoureuse.

     A travers le regard de l'étranger à ce monde, Woody Allen dresse le portrait acide de la « bonne » société londonienne avec un cynisme chabrolien auquel il emprunte d'ailleurs une certaine noirceur et une critique de la bourgeoisie digne de  La cérémonie que le dénouement rappelle d'ailleurs.

    Le talent du metteur en scène réside également dans l'identification du spectateur au (anti)héros et à son malaise croissant qui trouve finalement la résolution du choix cornélien inéluctable, aussi odieuse soit-elle. En ne le condamnant pas, en mettant la chance de son côté, la balle dans son camp, c'est finalement notre propre aveuglement ou celui d'une société éblouie par l'arrivisme que Woody Allen stigmatise. Parce-que s'il aime (et d'ailleurs surtout désire) la jeune actrice, Chris aime plus encore l'image de lui-même que lui renvoie son épouse : celle de son ascension.

    Il y a aussi du Renoir dans ce Woody Allen là qui y dissèque les règles d'un jeu social, d'un match fatalement cruel ou même du Balzac car rarement le ballet de la comédie humaine aura été aussi bien orchestré.

     Woody Allen signe un film d'une férocité jubilatoire, un film cynique sur l'ironie du destin, l'implication du hasard et  de la chance. Un thème que l'on pouvait notamment trouver dans « La Fille sur le pont » de Patrice Leconte. Le fossé qui sépare le traitement de ce thème dans les deux films est néanmoins immense : le hiatus est ici celui de la morale puisque dans le film de Leconte cette chance était en quelque sorte juste alors qu'elle est ici amorale, voire immorale, ...pour notre plus grand plaisir. C'est donc l'histoire d'un crime sans châtiment dont le héros, sorte de double de Raskolnikov, est d'ailleurs un lecteur assidu de Dostoïevski (mais aussi d'un livre sur Dostoïevski, raison pour laquelle il épatera son futur beau-père sur le sujet), tout comme Woody Allen à en croire une partie la trame du récit qu'il lui « emprunte ».

    Quel soin du détail pour caractériser ses personnages, aussi bien dans la tenue de Nola Rice la première fois que Chris la voit que dans la manière de Chloé de jeter négligemment un disque que Chris vient de lui offrir, sans même le remercier . Les dialogues sont tantôt le reflet du thème récurrent de la chance, tantôt d'une savoureuse noirceur (« Celui qui a dit je préfère la chance au talent avait un regard pénétrant sur la vie », ou citant Sophocle : « n'être jamais venu au monde est peut-être le plus grand bienfait »...). Il y montre aussi on génie de l'ellipse (en quelques détails il nous montre l'évolution de la situation de Chris...).

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    Cette réussite doit aussi beaucoup au choix des interprètes principaux : Jonathan Rhys-Meyer qui interprète  Chris, par la profondeur et la nuance de son jeu, nous donnant l'impression de jouer un rôle différent avec chacun de ses interlocuteurs et d'être constamment en proie à un conflit intérieur ; Scarlett Johansson d'une sensualité à fleur de peau qui laisse affleurer une certaine fragilité (celle d'une actrice en apparence sûre d'elle mais en proie aux doutes quant à son avenir de comédienne)  pour le rôle de Nola Rice qui devait être pourtant initialement dévolu à Kate Winslet ; Emily Mortimer absolument parfaite en jeune fille de la bourgeoisie londonienne, naïve, désinvolte et snob qui prononce avec la plus grande candeur des répliques inconsciemment cruelles(« je veux mes propres enfants » quand Chris lui parle d'adoption ...). Le couple que forment Chris et Nola s'enrichit ainsi de la fougue, du charme électrique, lascif et sensuel de ses deux interprètes principaux.

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    La réalisation de Woody Allen a ici l'élégance perfide de son personnage principal, et la photographie une blancheur glaciale semble le reflet de son permanent conflit intérieur.

     Le film, d'une noirceur, d'un cynisme, d'une amoralité inhabituels chez le cinéaste, s'achève par une balle de match grandiose au dénouement d'un rebondissement magistral qui par tout autre serait apparu téléphoné mais qui, par le talent de Woody Allen et de son scénario ciselé, apparaît comme une issue d'une implacable et sinistre logique  et qui montre avec quelle habileté le cinéaste a manipulé le spectateur (donc à l'image de Chris qui manipule son entourage, dans une sorte de mise en abyme). Un match palpitant, incontournable, inoubliable.  Un film audacieux, sombre et sensuel qui mêle et transcende les genres et ne dévoile réellement son jeu qu'à la dernière minute, après une intensité et un suspense rares allant crescendo. Le témoignage d'un regard désabusé et d'une grande acuité sur les travers et les blessures de notre époque. Un chef d'œuvre à voir et à revoir !

    « Match point » est le premier film de la trilogie londonienne de Woody Allen avant « Scoop » et « Le rêve de Cassandre ».

    CRITIQUE DE VICKY CRISTINA BARCELONA

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     Quoiqu’il advienne, quel que soit le sujet, je ne manque JAMAIS un film de Woody Allen et ils sont peu nombreux ces réalisateurs dont chaque film recèle une trouvaille, dont chaque film est une réussite (même si certains évidemment sont meilleurs que d’autres, ou plus légers que d’autres), une véritable gageure quand on connaît la productivité de Woody Allen qui sort quasiment un film par an.

     

    Imaginez donc mon désarroi d’avoir manqué celui-ci au dernier Festival de Cannes (non, vous ne pouvez pas : c’est insoutenable surtout sachant que mes acolytes festivaliers en sortaient tous le sourire aux lèvres, réjouis et un brin narquois envers ma malchance…) et mon impatience de le voir dès sa sortie en salles. Je me demande comment j’ai pu attendre trois jours après sa sortie surtout sachant que, dans mon impatience, je pensais qu’il sortait la semaine dernière… Bref,  alors ce dernier Woody Allen était-il à la hauteur de l’attente ?

     

    Evidemment, il serait malvenu de le comparer à la trilogie londonienne, véritable bijou d’écriture scénaristique et de noirceur jubilatoire. Ce dernier est plus léger (quoique…), et pourtant..., et pourtant c’est encore une véritable réussite, qui ne manque ni de sel (pour faire référence à une réplique du film), ni d’ailleurs d’aucun ingrédient qui fait d’un film un moment unique et réjouissant.

     

    Pitch : Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johanson) sont d'excellentes amies, avec des visions diamétralement opposées de l'amour : la première est plutôt raisonnable, fiancée à un jeune homme « respectable » ; la seconde est plutôt instinctive, dénuée d'inhibitions et perpétuellement à la recherche de nouvelles expériences passionnelles. Vicky et Cristina sont hébergées chez Judy et Mark, deux lointains parents de Vicky,  Vicky pour y consacrer les derniers mois avant son mariage  et y terminer son mémoire sur l’identité catalane; Cristina pour goûter un changement de décor. Un soir, dans une galerie d'art, Cristina remarque le ténébreux peintre Juan Antonio (Javier Bardem). Son intérêt redouble lorsque Judy lui murmure que Juan Antonio entretient une relation si orageuse avec son ex-femme, Maria Elena (Pénélope Cruz), qu'ils ont failli s'entre-tuer. Plus tard, au restaurant, Juan Antonio aborde Vicky et Cristina avec une « proposition indécente ». Vicky est horrifiée ; Cristina, ravie, la persuade de tenter l'aventure...

     

    Les jeux de l’amour et du hasard. Un marivaudage de plus. Woody Allen fait son Truffaut et son « Jules et Jim » pourrait-on se dire à la lecture de ce pitch. Oui mais non. Surtout non. Non parce que derrière un sujet apparemment léger d’un chassé-croisé amoureux, le film est aussi empreint de mélancolie et même parfois de gravité. Non parce qu’il ne se contente pas de faire claquer des portes mais d’ouvrir celles sur les âmes, toujours tourmentées, du moins alambiquées, de ses protagonistes, et même de ses personnages secondaires toujours croqués avec talent, psychologie, une psychologie d’une douce cruauté ou tendresse, c’est selon. Non parce que le style de Woody Allen ne ressemble à aucun autre : mélange ici de dérision (souvent, d’habitude chez lui d’auto-dérision), de sensualité, de passion, de mélancolie, de gravité, de drôlerie, de cruauté, de romantisme, d’ironie...

     

    Woody Allen est dit-on le plus européen des cinéastes américains, alors certes on a quitté Londres et sa grisaille pour Barcelone dont des couleurs chaudes l’habillent et la déshabillent mais ce qu’il a perdu en noirceur par rapport à la trilogie londonienne, il l’a gagné en sensualité, et légèreté, non pour autant dénuées de profondeur. Il suffit de voir comment il traduit le trouble et le tiraillement sentimental de Vicky lors d’une scène de repas où apparait tout l’ennui de la vie qui l’attend pour en être persuadé. Ou encore simplement de voir comment dans une simple scène la beauté d’une guitare espagnole cristallise les émotions et avec quelle simplicité et quel talent il nous les fait ressentir. (Eh oui Woody Allen a aussi délaissé le jazz pour la variété et la guitare espagnoles…)

     

     Javier Bardem, ténébreux et troublant, Penelope Cruz, volcanique et passionnelle, Scarlett Johanson (dont c’est ici la troisième collaboration avec Woody Allen après « Match point » et « Scoop »…et certainement pas la dernière), sensuelle et libre, Rebecca Hall, sensible et hésitante : chacun dans leurs rôles ils sont tous parfaits, et cette dernière arrive à imposer son personnage, tout en douceur, face à ces trois acteurs reconnus et imposants. (Dommage d'ailleurs que son personnage n'apparaisse même pas sur l'affiche, c'est finalement le plus intéressant mais certes aussi peut-être le plus effacé...dans tous les sens du terme.)

     

     A la fois hymne à la beauté (notamment de Barcelone, ville impétueuse, bouillonnante, insaisissable, véritable personnage avec ses bâtiments conçus par Gaudi , le film ne s’intitulant pas « Vicky Cristina Barcelona » pour rien) et à l’art, réflexion sur l’amoralité amoureuse et les errements et les atermoiements du corps et du cœur, Woody Allen signe une comédie (on rit autant que l’on est ému) romantiquement sulfureuse et mélancoliquement légère, alliant avec toute sa virtuosité ces paradoxes et s’éloignant des clichés ou  de la vulgarité qui auraient été si faciles pour signer un film aussi élégant que sensuel.  Cet exil barcelonais pourra en déconcerter certains, mais c’est aussi ce qui imprègne ce film de cette atmosphère aussi fougueuse que cette ville et ces personnages.

     

    Malgré les 72 ans du cinéaste, le cinéma de Woody Allen n’a pas pris une ride : il fait preuve d’une acuité, d’une jeunesse, d’une insolence, d’une inventivité toujours étonnantes,  remarquables et inégalées. Un voyage barcelonais et initiatique décidément réjouissant. Vivement le prochain ! En attendant je vous laisse réfléchir à l’idée défendue dans le film selon laquelle l’amour romantique serait celui qui n’est jamais satisfait… A méditer !

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    Autre critique de films (à voir également) de Woody Allen à lire sur inthemoodforcinema.com :   « Whatever works » .

  • "Carlos" d'Olivier Assayas finalement sélectionné hors compétition

    assayas.jpgAlors qu'il avait été annoncé il y a encore quelques jours que "Carlos" d'Olivier Assayas ne serait pas programmé, nous venons d'apprendre qu'il sera finalement projeté hors compétition. Il s'agit d'un biopic sur la vie du terroriste d'extrême gauche Carlos.

    Créé à l'origine  pour la télévision  Carlos était d'une durée initile  de 5h30. Cette durée étant trop longue  pour le festival, Olivier Assayas l'a réduit à 2h20.

    L'acteur vénézuélien, Edgar Ramirez  tiendra le rôle d' Ilich ramirez Sanchez ( Carlos) .

    Le film entier (5h30 en trois parties) sera diffusé le même jour que sa projection cannoise sur Canal + et distribué ensuite exclusivement à l'étranger.

  • Le programme du Festival de Cannes 2010 commenté

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    Avant de revenir plus en détails  (sur In the mood for Cannes) sur chaque film de cette sélection cannoise 2010, je vous propose quelques commentaires sur cette programmation que, contrairement à ce qui  a pu être dit ici ou là, je trouve, certes  dans la continuité, mais nullement décevante et au contraire riche de jolies promesses. Pour ceux  qui reprochent au Festival de mettre essentiellement en compétition des réalisateurs confirmés ayant par ailleurs déjà souvent concouru ou même ayant déjà été récompensés à Cannes, soulignons d'abord que le festival est avant tout le meilleur du cinéma mondial (et n'aspire pas forcément à être un découvreur de talents même si ce rôle est souvent joué par « Un Certain Regard ») mais aussi un festival dont le poids n'est pas seulement cinématographique mais également politique, comme le démontre fréquemment son palmarès et sa palme d'or et comme il l'a démontré encore cette année avec l'invitation de Gilles Jacob adressée au réalisateur iranien Jafar Panahi pour qu'il fasse partie du jury, un geste symbolique fort. Jafar Panahi est en effet actuellement emprisonné en Iran pour avoir soutenu ouvertement l'opposition au président Mahmoud Ahmadinejad.

    Précisons au préalable que la conférence de presse a été boycottée par quatre grandes agences de presse en protestation contre les conditions de la couverture vidéo du Festival. Rappelons également que le Festival de Cannes est l'événement le plus médiatisé au monde.

    Lors de cette conférence, après un hommage au cinéaste Werner Schroeter décédé dans la nuit du 12 au 13 avril dernier, il a d'abord été confirmé que Tim Burton serait le Président du jury, que Kristin Scott-Thomas serait la maîtresse de cérémonie de l'ouverture et de la clôture et que « Robin Hood » de Ridley Scott ferait l'ouverture (lequel sortira par ailleurs le même jour en France avant sa sortie mondiale le 14 mai). Il a également été précisé que les organisateurs avaient reçu moins de films qu'à l'accoutumée, crise oblige...

    On retrouve donc des habitués de la Croisette  comme l'Iranien Abbas Kiarostami (Membre du jury du Festival de Cannes en 1993, 2002 et 2005. Il a aussi été président du jury de la Caméra d'or au festival de Cannes 2005. Ill a parallèlement présenté dix films, dont trois en compétitions à Cannes où il a notamment reçu la palme d'or en 1997 pour « Le goût de la cerise ») dont la rumeur de la sélection avait déjà fait des vagues avant son annonce puisqu'une de ses interprètes, Juliette Binoche, figure sur l'affiche de cette édition 2010 ; Rachid Bouchareb (mémorable prix d'interprétation collectif en 2006 pour « Indigènes » qui présente cette année « Hors-la-loi » , une sorte de fausse suite d' « Indigènes » avec les mêmes interprètes à l'exception de Samy Naceri), le Britannique Mike Leigh (prix de la mise en scène en 1993 pour « Naked » et palme d'or 1996 pour « Secrets et mensonges » auquel je préfère au passage le magistral « All or nothing ») ; le Russe Nikita Mikhalkov (notamment grand prix du jury en 1994 pour « Soleil trompeur », il avait par ailleurs fait l'ouverture avec le romanesque « Le Barbier de Sibérie » en 1996) ou encore le Français Xavier Beauvois (prix du jury en 1995 avec « N'oublie pas que tu vas mourir »)  qui présente cette année « Des hommes et des dieux ».

     On retrouve donc  trois films français en compétition avec, outre Xavier Beauvois : « Tournée » de Mathieu Amalric et  « La Princesse de Montpensier » de Bertrand Tavernier (une vraie victoire après les problèmes financiers connus par le film, je reviendrai en détails sur les films français en sélection). Il n'est pour l'instant pas totalement exclu qu'un quatrième film s'ajoute à la liste puisque seulement 16 sur 20 films de la sélection officielle ont été annoncés.

     C'est hors compétition (comme d'habitude) que nous retrouverons Woody Allen avec « You will meet a tall dark stranger » mais aussi Oliver Stone (pour la suite de « Wall Street » intitulée «  Wall Street, l'argent ne dort jamais ») et Stephen Frears pour « Tamara Drewe »). Le très attendu « Tree of life » de Terrence Malick n'étant pas prêt, il n'est pour l'instant pas annoncé et les espoirs qu'il figure en sélection semblent assez minces.

    Le festival se veut aussi une nouvelle fois explorateur du monde, « fenêtre ouverte sur le monde » avec cette année des films en compétition en provenance de pays plus rarement (voire jamais) en sélection et notamment provenant du Tchad avec « Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse » de Mahamat Saleh Haroun ou encore le film Ukrainien « You, my joy » de Serguei Loznitsa mais en revanche un seul film américain « Fair game » de Doug Liman.

    Le cinéma asiatique est à nouveau très présent avec quatre films asiatiques (et non des moindres avec Im Sang-soo, Lee Chang-dong, Takeshi Kitano, Apichatpong Weerasethakul pour réalisateurs).

    Je me réjouis de la présence en compétition de Alejandro González Iñárritu pour « Biutiful », un cinéaste qui m'avait tellement époustouflée avec « Babel » (prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2006).

    Après l'hommage que lui avait rendu le festival en 2008, le jeune (102 ans !) Manoel de Oliveira sera à nouveau présent, cette fois dans la section « Un Certain Regard » alors que Jean-Luc Godard effectuera son grand retour  avec « Socialisme ». N'oublions pas non plus en effet les 18 films en sélection dans la catégorie « Un Certain regard », des films plus « en marge » dont je vous parlerai également ultérieurement plus en détails.

     Parmi les (toujours nombreuses) personnalités attendues nous pouvons d'ores et déjà annoncer : Jamel Debbouze, Juliette Binoche, Javier Bardem, Antonio, Banderas, Cate Blanchett, Sean Penn, Michael Douglas...

    Lors de son passage au Grand Journal de Canal+ , le 15 avril dernier, le toujours très enthousiaste Thierry Frémaux , interrogé sur une éventuelle thématique récurrente de cette sélection a souligné que beaucoup de films évoquaient les « mondes virtuels », mais comme chaque année le festival sera sans nul doute à nouveau un reflet très instructif de l'état du monde, de ses blessures secrètes dévoilées au grand jour et sur grand écran ou encore de ses espoirs et ses combats. Le monde virtuel est une nouvelle (ir)réalité que le cinéma ne pouvait pas ignorer.

    Le jury est peut-être moins « spectaculaire » et moins « glamour » qu'il a pu l'être avec Tim Burton,  comme président: il sera entouré de l'actrice britannique Kate Beckinsale , l'actrice italienne Giovanna Mezzogiorno,  le Directeur italien du Musée National du Cinéma  Alberto Barbera,  l'écrivain scénariste et réalisateur français Emmanuel Carrère, l'acteur porto ricain Benicio Del Toro, le réalisateur espagnol Victor Erice, le réalisateur, acteur et producteur indien Shekhar Kapur.

    Quant au jury de la Cinéfonfation et des courts métrages il sera présidé par le réalisateur canadien Atom Egoyan et composé de l'actrice française Emmanuelle Devos, de l'actrice russe Dinara Droukarova,  du réalisateur brésilien Carlos Diegues, du réalisateur espagnol Marc Recha.

    Le Jury Un Certain Regard sera présidé par la réalisatrice Claire Denis.

    Je termine en vous annonçant que quelques partenariats sont en négociation pour vous fournir un contenu du festival différent et réellement « in the mood for Cannes » mais aussi sur "In the mood for cinema".

    A suivre très bientôt et en attendant retrouvez chaque jour la programmation détaillée et prochainement les nouveautés de cette sélection 2010.

  • La sélection officielle du Festival de Cannes 2010

    cannes20102.jpgVoici la sélection officielle telle qu'annoncée par la conférence de presse du Festival de Cannes de ce 15 avril.

     Bien entendu cette programmation aura prochainement des compléments et, dès demain, je vous livrerai mes commentaires même si je peux déjà vous dire que cette sélection me réjouit plutôt.

     Vous pourrez également la retrouver  sur "In the mood for Cannes", très prochainement expliquée et détaillée, film par film, en attendant de lire mes critiques de ces films en direct de Cannes, à partir du 12 mai.

    Film d'Ouverture :

    Ridley SCOTT ROBIN HOOD H.C. 2h11

    ***

    Mathieu AMALRIC TOURNÉE 1h51

    Xavier BEAUVOIS DES HOMMES ET DES DIEUX 2h00

    Rachid BOUCHAREB HORS LA LOI 2h11

    Alejandro GONZÁLEZ IÑÁRRITU BIUTIFUL 2h18

    Mahamat-Saleh HAROUN UN HOMME QUI CRIE 1h40

    IM Sangsoo HOUSEMAID 1h46

    Abbas KIAROSTAMI COPIE CONFORME 1h46

    Takeshi KITANO OUTRAGE 2h00

    LEE Chang-dong POETRY 2h15

    Mike LEIGH ANOTHER YEAR 2h09

    Doug LIMAN FAIR GAME 1h44

    Sergei LOZNITSA YOU. MY JOY 1h50

    Daniele LUCHETTI LA NOSTRA VITA 1h33

    Nikita MIKHALKOV UTOMLYONNYE SOLNTSEM 2 2h21

    Bertrand TAVERNIER LA PRINCESSE DE MONTPENSIER 2h15

    Apichatpong WEERASETHAKUL LOONG BOONMEE RALEUK CHAAT 1h30

    ***

    UN CERTAIN REGARD

    Derek CIANFRANCE BLUE VALENTINE 1er film 1h34

    Manoel DE OLIVEIRA O ESTRANHO CASO DE ANGÉLICA (Angelica) 1h34

    Xavier DOLAN LES AMOURS IMAGINAIRES 1h35

    Ivan FUND, Santiago LOZA LOS LABIOS 1h40

    Fabrice GOBERT SIMON WERNER A DISPARU... 1er film 1h27

    Jean-Luc GODARD FILM SOCIALISME 1h41

    Christoph HOCHHÄUSLER UNTER DIR DIE STADT (The City Below) 1h45

    Lodge KERRIGAN REBECCA H. (RETURN TO THE DOGS) 1h15

    Ágnes KOCSIS PÁL ADRIENN (Adrienn Pál) 2h16

    Vikramaditya MOTWANE UDAAN 1er film 2h18

    Radu MUNTEAN MARTI, DUPA CRACIUN (Mardi, après Noël) 1h39

    Hideo NAKATA CHATROOM 1h37

    Cristi PUIU AURORA(Aurore)2h59

    HONG Sangsoo HA HA HA 1h56

    Oliver SCHMITZ LIFE ABOVE ALL(La Vie avant tout)1h40

    Daniel VEGA OCTUBRE (Octobre) 1er film 1h23

    David VERBEEK R U THERE 1h27

    Xiaoshuai WANG RIZHAO CHONGQING(Chongqing Blues)1h45

     

    Hors compétition :

    Woody ALLEN YOU WILL MEET A TALL DARK STRANGER 1h38

    Stephen FREARS TAMARA DREWE 1h49

    Oliver STONE WALL STREET - MONEY NEVER SLEEPS (Wall Street - l'argent ne dort jamais) 2h16

    Séances de minuit :

    Gregg ARAKI KABOOM 1h28

    Gilles MARCHAND L'AUTRE MONDE 1h40

    Séances spéciales :

    Charles FERGUSON INSIDE JOB 2h00

    Sophie FIENNES OVER YOUR CITIES GRASS WILL GROW 1h40

    Patricio GUZMAN NOSTALGIA DE LA LUZ (Nostalgie de la lumière)

    1h30

    Sabina GUZZANTI DRAQUILA - L'ITALIA CHE TREMA 1h30

    Otar IOSSELIANI CHANTRAPAS 2h05

    Diego LUNA ABEL 1er film

    Manaira CARNEIRO, Wagner NOVAIS, Rodrigo FELHA, Cacau AMARAL, Luciano VIDIGAL, Cadu BARCELOS, Luciana BEZERRA - 5 X Favela Por Nos Mesmos (1H36)  

  • Les jurys du Festival de Cannes 2010

    Avant de vous détailler la programmation du Festival de Cannes 2010 et de vous livrer mes commentaires, voici les premiers éléments d'informations sur les  jurys du 63ème Festival de Cannes (je les détaillerai  et commenterai également prochainement sur "In the mood for Cannes" ). Jusqu'à présent nous savions seulement que Tim Burton serait président du jury.

    Jury des longs métrages

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    Tim BURTON, Président
    Kate BECKINSALE ‐ Actrice / Grande‐Bretagne

    Giovanna MEZZOGIORNO ‐ Actrice / Italie

     Alberto BARBERA ‐ Directeur du Musée National du Cinéma / Italie

     Emmanuel CARRERE ‐ Ecrivain ‐ Scénariste ‐ Réalisateur / France

     Benicio DEL TORO ‐ Acteur / Porto Rico

    Victor ERICE ‐ Réalisateur / Espagne

    Shekhar KAPUR ‐ Réalisateur ‐ Acteur ‐ Producteur / Inde

    Jury de la Cinéfonfation et des courts métrages


    Atom EGOYAN, Président ‐ Réalisateur / Canada


    Emmanuelle DEVOS ‐ Actrice / France

     Dinara DROUKAROVA ‐ Actrice / Russie

    Carlos DIEGUES ‐ Réalisateur / Brésil Marc RECHA ‐ Réalisateur / Espagne

    Jury Un Certain Regard
    Claire DENIS, Présidente ‐ Réalisatrice / France

  • Demain: conférence de presse du 63ème Festival de Cannes

    cannes20102.jpgC'est demain qu'aura lieu la conférence de presse officielle du 63ème Festival de Cannes avec l'annonce de l'essentiel de la programmation et du jury. Bien entendu vous retrouverez tout cela en détails sur "In the mood for Cannes" avec de nombreux articles. Pour l'instant, nous savons seulement que Tim Burton présidera le jury, que Kristin Scott Thomas présentera les cérémonies d'ouverture et de clôture et que "Robin des bois" de Ridley Scott sera le film d'ouverture. Pour le reste, ce ne sont pour l'instant que supputations. Fin du suspense :  demain!

    Découvrez aussi les autres blogs "in the mood": In the mood for cinema (blog quotidien et principal), In the mood for luxe , In the mood for Deauville .

  • Kristin Scott Thomas, maîtresse de cérémonies du Festival de Cannes 2010(2)

    kristin.jpgJe vous l'annonçais dès hier soir sur "In the mood for Cannes" : c'est Kristin Scott Thomas qui présentera les cérémonies d'ouverture (le 12 mai) et de clôture (le 23 mai) du 63ème Festival de Cannes. Nul doute qu'elle apportera classe, élégance et intelligence à cet exercice périlleux. Elle succède ainsi à Edouard Baer, maître de cérémonie des éditions 2008 et 2009 et elle reprend une place qu'elle avait déjà occupée en 1999. Je peux d'ores et déjà vous annoncer qu'Inthemoodforcinema  sera (fort probablement) à ces deux cérémonies et je vous promets une immersion cannoise toute particulière cette année, je vous en dis prochainement plus. En attendant, je vous propose ci-dessous deux critiques de films avec Kristin Scott Thomas "Il y a longtemps que je t'aime", bouleversante peinture des âmes grises" signée Philippe Claudel (pour lequel elle a reçu le César de la meilleure actrice 2009 et le prix de la meilleure actrice européenne 2008) et "Partir" de Catherine Corsini, deux films dans lesquels elle est exceptionnelle et que je vous recommande. En fin d'article vous trouverez également une filmographie de Kristin Scott Thomas.

    "Il y a longtemps que je t'aime" de Philippe Claudel: critique du film

    65ac8f39ddfb68b4d2c7cd6960c52370.jpgHier matin avait lieu la projection presse d’ « Il y a  longtemps que je t’aime » de Philippe Claudel, à l‘UGC Normandie.

    Le film s’ouvre sur le regard bleu et absent et glacial de Kristin Scott Thomas (Juliette), ce regard qui va nous happer dans les abysses de ses douleurs et ses secrets et ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière seconde du film. Ses traits sont tirés, sa démarche maladroite, ses réactions sont brutales. Elle vient de sortir de prison après 15 ans d’enfermement.  15 années pendant lesquelles sa famille l’a rejetée. Sa jeune sœur, Léa (Elsa Zylberstein), vient la chercher pour l’héberger et l’accueillir chez elle auprès de son mari Luc (Serge Hazanavicius) et ses deux filles, adoptives (ce qui n’est évidemment pas anodin). L’une et l’autre vont alors reconstruire leur relation et reconstruire le passé, panser cette plaie à vif, ce gouffre béant. Juliette va devoir se faire « adopter ».

    78c6f923d22bbf6d767494e0cca2be92.jpgA la manière d’un tableau qui l’on jugerait rapidement, s’arrêtant à notre premier regard, vue d’ensemble imparfaite et simpliste et finalement rassurante dans nos certitudes illusoires, c’est d’abord le mal être, la violence des réactions de Juliette qui nous apparaît, filmée en plongée, si fragile, brisée par la vie, l’absence de vie. Le cinéaste distille les informations retenant judicieusement notre attention par cette soif de comprendre, accroissant notre curiosité pour cette femme aux contours de moins en moins flous mais de plus en plus complexes. On apprend ensuite qu’elle a commis l’impardonnable : elle a tué son enfant. Elle devrait être détestable mais l’humanité avec laquelle elle est filmée, son égarement, son mutisme obstiné sur les circonstances du drame, la violence des réactions qu’elle provoque suscitent notre empathie puis notre sympathie.  « Crime et châtiment ». Dostoïevski. (Probablement le livre le plus cité au cinéma, non ? Ici, aussi.) Le tableau nous apparaît d’abord très noir. Et puis les nuances apparaissent peu à peu. Juliette « Raskolnikov » s’humanise. Nous voyons le monde à travers son regard : faussement compassionnel,  un monde qui aime enfermer dans des cases, un monde qui juge sans nuances. Un monde dont Philippe Claudel, peintre des âmes grises (Juliette est d’ailleurs presque toujours vêtue de gris) et des souffrances enfouies, nous dépeint la cruauté et la fragilité avec acuité.

    123d0f153ac881bcd7bc96b0868d006a.jpgIl y a des films comme ça, rares, qui vous cueillent, vous embarquent, vous emprisonnent délicieusement dans leurs univers, douloureux et, puis, lumineux, dès la première seconde, pour ne plus vous lâcher.  C’est le cas d’ « Il y a longtemps que je t’aime », premier film en tant que réalisateur de l’auteur des « Ames grises » (Prix Renaudot 2003 adapté par Yves Angelo) et du « Rapport de Brodeck » qui a également signé le scénario.  La bienveillance de son regard sur ces âmes grises, blessées, insondables, parcourt tout le film. Tous ces personnages, libres en apparence, sont enfermés à leur manière : le grand-père muet à la suite de son accident cérébral est muré dans son silence, la mère de Juliette et Léa est enfermée dans son oubli après l’avoir été dans son aveuglement, le capitaine est enfermé dans sa solitude, Michel –Laurent Grévil- (un professeur qui enseigne dans la même faculté que Léa et qui va s’éprendre de Juliette) est enfermé dans ses livres, Léa est enfermée dans ce passé qu’on lui a volé, et Juliette est encore enfermée dans cette prison à laquelle on ne cesse de l’associer et la réduire. La caméra ne s’évade que très rarement des visages pour mieux les enfermer, les scruter, les sculpter aussi, les disséquer dans leurs frémissements, leurs fléchissements, leurs fragilités : leur humanité surtout. La ville de Nancy où a été tourné le film est quasiment invisible. Nous sommes enfermés. Enfermés pour voir. Pour distinguer les nuances, dans les visages et les regards. Comme cette jeune fille que Michel vient sans cesse voir au musée, enfermée dans son cadre, et qui ressemble à un amour déçu et dont il se venge ainsi parce qu’elle ne peut pas s’échapper. Nous ne pouvons nous enfuir guidés et hypnotisés par le regard captivant, empli de douleur et de détermination, de Juliette. Nous n’en avons pas envie.

    Ne vous méprenez pas, ne soyez pas effrayés par le sujet. Si le tableau est sombre en apparence, ses couleurs sont multiples, à l’image de la vie : tour à tour cruel, très drôle aussi, l’ironie du désespoir peut-être, l’ironie de l’espoir aussi,  les deux parfois (scène du dîner), bouleversant aussi, ce film vous poursuit très longtemps après le générique à l’image de la rengaine qui lui sert de titre.  Il est parfois plus facile de chanter ou d’esquisser que de dire. « Il y a longtemps que ».  Tout juste peut-on regretter que les traits de la personnalité du personnage de Luc ne soient qu’esquissés. (néanmoins interprété avec beaucoup de justesse par Serge Hazanavicius). Mais à l’image du verdict improbable, cela importe finalement peu.

    ef7396aca26c62ce0118fae3b1ff799a.jpgKristin Scott Thomas trouve là un personnage magnifique à la (dé)mesure de son talent, au prénom d'héroïne romantique qu'elle est ici finalement, aimant inconiditionnellement, violemment. A côté d’elle le jeu d’Elsa Zylberstein nous paraît manquer de nuances mais après tout la violence de la situation (le passé qui ressurgit brusquement) justifie celle de ses réactions.  Au contact l’une de l’autre elles vont reconstituer le fil de l’histoire, elles vont renaître, revivre, et illuminer la toile.

    Jusqu’à cet instant paroxystique où le regard, enfin, n’est plus las mais là, où des larmes sublimes, vivantes, ostensibles, coulent sur la vitre,  de l’autre côté, inlassablement, et les libèrent. Un hymne à la vie. Bouleversant. De ces films dont on ressort avec l’envie de chanter, de croquer la vie (dans le sens alimentaire et dans le sens pictural du terme) et la musique du générique, de Jean-Louis Aubert, achève de nous conquérir. Irréversiblement.

    "Partir" de Catherine Corsini: critique du film

    partir.jpg

    N'ayant été enthousiasmée ni par « La Nouvelle Eve » ni par le caricatural « Les Ambitieux », l'idée de « partir » me faisait redouter le pire...

     Ici, Suzanne (Kristin Scott Thomas) mène une vie bien (trop) tranquille avec son mari médecin (Yvan Attal) dans une belle maison, glaciale, comme ce dernier.  Après une dizaine d'années passées à élever ses enfants, elle a décidé de recommencer à travailler et de faire construire un cabinet de kinésithérapie attenant à la maison familiale. C'est Ivan (Sergi Lopez), un ouvrier espagnol employé au noir, qui vit de petits boulots et a fait de la prison, qui est chargé des travaux. Un accident va les rapprocher et bientôt une passion irrépressible. Plus rien d'autre ne comptant alors pour elle, Suzanne n'a alors plus qu'une idée en tête : partir. Oui, mais voilà : le mari va s'y opposer férocement. Et va alors commencer un odieux chantage et la descente aux Enfers...

    Le mari, la femme, l'amant. L'épouse d'un bourgeois de province qui s'ennuie et qui s'éprend violemment d'un autre homme. Un synopsis de vaudeville classique voire caricatural que Catherine Corsini parvient à transcender grâce à la personnalité de ses protagonistes et des acteurs qui les incarnent, grâce à l'atmosphère pesante alors palpitante pour le spectateur, grâce à l'odieux chantage pécuniaire qui ajoute un élément supplémentaire et inédit à ce schéma classique.

    Les acteurs et les personnages d'abord et évidemment au premier rang de ceux-ci : Kristin Scott Thomas qui de « 4 mariages et un enterrement » à « Il y a longtemps que je t'aime » en passant par « Le Patient Anglais » jongle avec les styles et les rôles avec un talent déconcertant. Et puis quel regard, tour à tour celui d'une enfant perdue,  celui désarçonné d'une femme séduite puis tombant amoureuse, celui lumineux de femme éperdument amoureuse, celui d'une femme dévorée par la passion et sa violence ravageuse, celui d'une épouse blessée, humiliée, mais déterminée, celui d'une femme aux frontières de la folie et au-delà. Celui d'une grande actrice aux multiples facettes. Face à elle, Sergi Lopez impose sa séduisante et rassurante  force. Reste Yvan Attal. Si l'acteur est ici plus que convaincant dans son rôle de mari obséquieux devenant l'odieux maître d'un ignoble chantage pécuniaire parce qu'il perd « sa » femme, sa possession, et sa parfaite image d'homme établi et respecté par la société, le film aurait probablement gagné en ambiguïté et en tension à ce qu'il soit plus nuancé et à ce qu'il ne soit pas détestable dès les premières minutes du film. Mais de cela, Yvan Attal, absolument parfait dans ce rôle qui ne l'est pas, n'en est nullement responsable.

    Ces deux raisons qui s'égarent (l'une par la passion, l'autre parce qu'il perd sa possession et d'une certaine manière son statut), -Ivan étant finalement le plus raisonnable des trois-, vont inéluctablement aboutir au drame que l'on sait dès les premières minutes par le retentissement d'un coup de feu qui précède le flashback, bombe à retardement qui contribue à créer un climat de tension qui va crescendo tout au long du film. Le vaudeville frôle alors le suspense à la Hitchcock (frôle seulement, la réalisation, malgré quelques tentatives n'atteignant évidemment pas son degré de perfection et de « double sens ») avec Kristin Scott Thomas dans le rôle de la blonde hitchcockienne au tempérament de feu derrière une apparence glaciale. Le tout assaisonné de l'immoralité jubilatoire  de François Ozon, Emmanuelle Bernheim, scénariste de ce dernier ayant aussi contribué à l'écriture du scénario (avec Gaëlle Macé et Antoine Jacoud, et bien sûr Catherine Corsini).

    Enfin, l'idée du chantage pécuniaire ajoute un élément matériel et original qui devient un moyen de contrôle et un obstacle judicieux à leur immatérielle et incontrôlable passion, et par conséquent la clef du drame.

    La lumière du Midi, sublimée par la photographie d'Agnès Godard qui souligne aussi la beauté crue de certaines scènes,  ajoute au climat de folie ambiant et contribue à faire de ce  faux vaudeville un vrai, attrayant et tragique thriller, malgré ses quelques faiblesses scénaristiques.

    Filmographie de Kristin Scott Thomas

    Bel Ami  de Declan Donnellan, Ormerod Nick - Prochainement

    The Woman in the Fifth  de Pawel Pawlikowski - Prochainement

     Contre toi  de Lola Doillon - Prochainement

    Nowhere Boy  de Sam Taylor-Wood - 2010

    Elle s'appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner - 2010

    Confessions d'une accro du shopping  de P.J. Hogan - 2009

    Partir  de Catherine Corsini - 2009

    Un mariage de rêve  de Stephan Elliott - 2009

    Largo Winch  de Jérôme Salle - 2008

    Deux soeurs pour un roi  de Justin Chadwick - 2008

    Seuls Two  de Eric Judor, Ramzy Bedia - 2008

    A la croisée des mondes : la boussole d'or  de Chris Weitz - 2007

    The Walker  de Paul Schrader - 2007

    Ne le dis à personne de Guillaume Canet - 2006

    Chromophobia  de Martha Fiennes - 2006

    Secrets de famille de Niall Johnson - 2006

    La Doublure de Francis Veber - 2006

    Man to man de Régis Wargnier - 2005

    Arsène Lupin  de Jean-Paul Salomé - 2004

    Petites coupures  de Pascal Bonitzer - 2003

    Absolutely Fabulous - Saison 5  2003

    Gosford Park  de Robert Altman - 2002

    La Maison sur l'océan  de Irwin Winkler - 2002

    Play de Anthony Minghella - 2000

    Il suffit d'une nuit  de Philip Haas - 2000

    L'Ombre d'un soupçon  de Sydney Pollack - 1999

    Amour, vengeance & trahison  de Malcolm Mowbray - 1999

    L'Homme qui murmurait a l'oreille des chevaux  de Robert Redford - 1998

    Souvenir  de Michael Shamberg (II)- 1998

    Le Patient anglais  de Anthony Minghella - 1997

    Amour et confusions  de Patrick Braoudé - 1997

    Mission : Impossible  de Brian De Palma - 1996

    Richard III  de Richard Loncraine - 1996

    The Pompatus of love  de Richard Schenkman - 1996

    Les Voyages de Gulliver (TV) de Charles Sturridge- 1996

    Microcosmos, le peuple de l'herbe  de Claude Nuridsany, Marie Pérennou - 1996  Des anges et des insectes

    Les Milles  de Sebastien Grall - 1995

    Plaisir d'offrir  de François Morel - 1995

     Belle Epoque  de Gavin Millar - 1995

    Le Confessionnal de Robert Lepage - 1995

    En mai fais ce qu'il te plait  de Pierre Grange - 1995

    Un Eté inoubliable  de Lucian Pintilie - 1994

    Quatre mariages et un enterrement  de Mike Newell - 1994

    Lunes de fiel de Roman Polanski - 1992

    Mio Caro Dottor Gräsler  de Roberto Faenza - 1991

    Aux yeux du monde  de Eric Rochant - 1990

    Le Bal du gouverneur  de Marie-France Pisier - 1990

    Force majeure  de Pierre Jolivet - 1989

    Bille en tête  de Carlo Cotti - 1989

    A Handful of Dust de Charles Sturridge - 1988

    La Méridienne  de Jean-Francois Amiguet - 1988

    Le Dixième homme (TV)  de Jack Gold- 1988  Under the cherry moon  de Prince - 1986