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  • Ouverture du Festival de Cannes 2025 et critique de "Partir un jour" d'Amélie Bonnin

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    Il y a quelques jours, je commençais mon article consacré à la sélection officielle de ce 78ème Festival de Cannes (à retrouver ici) par cette citation de Costa-Gavras : « Vous ne pouvez changer la vision politique des gens avec un film, mais vous pouvez au moins engendrer une discussion politique. » La cérémonie d’ouverture de ce 78ème Festival de Cannes, d’une prestigieuse et élégante sobriété, nous rappelait ainsi que le cinéma n’est pas seulement un objet et un sujet de divertissement mais aussi un vecteur d’idées politiques.

     Laurent Lafitte, maître des cérémonies de cette 78ème édition, a commencé son discours par un hommage à la lauréate du prix d’interprétation féminine de 1999 pour Rosetta, l’inoubliable et si talentueuse Emilie Dequenne : « Elle est née au Festival de Cannes, sa délicatesse humble et puissante va manquer, j’aimerais dédicacer cette cérémonie d’ouverture à Émilie Dequenne. » Son discours a ensuite principalement rendu hommage aux actrices et aux acteurs, fil directeur de celui-ci, de James Stewart, Jean Gabin, Isabelle Adjani à… Volodymyr Zelensky, nous invitant à imiter leur courage, « par nos discours, nos choix et nos refus, afin d’être à la hauteur de cette phrase de Frank Capra :  Seuls les audacieux devraient faire du cinéma. »

    Il a aussi mis à l’honneur la sublime (double) affiche de cette année représentant Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant enlacés, dans le chef-d’œuvre de Claude Lelouch, palme d’or 1966, Un homme et une femme : « On se pose toujours la question de savoir si le cinéma peut changer le monde. Mais si on demande au cinéma toujours plus d’inclusivité, de représentativité, de parité, c’est donc bien qu’en effet il peut changer le monde. Et parfois, il suffit de raconter un homme et une femme pour toucher au sublime et à l’universel. »

    Il fut ensuite rejoint par les neuf membres du jury international des longs métrages : Halle Berry, Payal Kapadia, Alba Rohrwacher, Leïla Slimani, Dieudo Hamadi, Hong Sangsoo, Carlos Reygadas et Jeremy Strong, et leur présidente : Juliette Binoche, « née actrice dans cette même salle » qui a évoqué les maux du monde actuel, de l’ignominie du 7 octobre, au dérèglement climatique, au drame de Gaza, en rendant hommage à  la photojournaliste Fatima Hassouna tuée par un missile et qui, la veille de sa mort,  avait appris que le film dans lequel elle figurait ( Put Your Soul on Your Hand and Walk, documentaire de Sepideh Farsi), était sélectionné au Festival de Cannes. « L’art reste, il est le témoignage puissant de nos vies, de nos rêves, et nous, spectateurs, nous l’embrassons. Que le Festival de Cannes, où tout peut basculer, y contribue ! » a-t-elle conclu.

    Avec son titre inédit et mélancolique, Mylène Farmer a rendu hommage à David Lynch et bouleversé les festivaliers du Théâtre Lumière.

    Leonardo DiCaprio a ensuite rappelé qu'il devait le lancement de sa carrière et sa rencontre avec Martin Scorsese à Robert De Niro à qui il a remis une Palme d’or d’honneur : « Ce soir, j’ai l’insigne honneur d’être devant vous pour rendre hommage à quelqu’un qui est notre modèle. L’œuvre de Robert De Niro se décline dans la façon dont il a inspiré les acteurs à traiter leur métier, pas seulement comme une performance solo, mais comme une transformation. Robert De Niro n’est pas juste un grand acteur, c’est L’Acteur. Avec Martin Scorsese, ils ont raconté les histoires les plus légendaires du cinéma, les histoires sans compromis. Ils n’ont pas seulement fait des films, ils ont redéfini ce que le cinéma pouvait être. Ils ont élevé la relation entre acteurs et réalisateurs au stade d’un creuset de partage des risques. »

    Politique, la déclaration de Robert De Niro l’était aussi indéniablement. Vibrante aussi :

    « Merci infiniment au Festival de Cannes d’avoir créé cette communauté, cet univers, ce « chez soi « pour ceux qui aiment raconter des histoires sur grand écran. Le Festival est une plateforme d’idées, la célébration de notre travail. Cannes est une terre fertile où se créent de nouveaux projets. Dans mon pays, nous luttons d’arrache-pied pour défendre la démocratie, que nous considérions comme acquise. Cela concerne tout le monde. Car les arts sont, par essence, démocratiques. L’art est inclusif, il réunit les gens. L’art est une quête de la liberté. Il inclut la diversité. C’est pourquoi l’art est une menace aujourd’hui. C’est pourquoi nous sommes une menace pour les autocrates et les fascistes de ce monde. Nous devons agir, et tout de suite. Sans violence, mais avec passion et détermination. Le temps est venu. Tout un chacun qui tient à la liberté doit s’organiser, protester et voter lorsqu’il y a des élections. Ce soir, nous allons montrer notre engagement en rendant hommage aux arts, ainsi qu’à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. »

    Enfin, c’est avec son enthousiasme légendaire qu’un Quentin Tarantino bondissant a déclaré ouverte cette 78ème édition du Festival de Cannes.

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    Pour l’ouverture, les sélectionneurs ont eu cette année l’idée judicieuse de choisir un premier film enchanté et enchanteur, Partir un jour d'Amélie Bonnin, idéal pour lancer les festivités, aussi politiques soient-elles. Partir un jour est le premier long-métrage d'Amélie Bonnin, tiré de son court-métrage éponyme, récompensé par le César du meilleur court-métrage de fiction en 2023.

    Alors que Cécile (Juliette Armanet) s’apprête à réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant gastronomique à Paris, et alors qu'elle vient de découvrir qu'elle est enceinte, elle doit rentrer dans le village de son enfance à la suite de l'infarctus de son père. Loin de l'agitation parisienne, elle recroise son amour de jeunesse (Bastien Bouillon). Ses souvenirs ressurgissent et ses certitudes vacillent…

    Dès les premières minutes, il se dégage de ce film une justesse qui nous happe, d’autant plus surprenante que les chansons qui traduisent les pensées des personnages pourraient y nuire. Au contraire, elles renforcent ce sentiment, et notre proximité avec leurs émotions, par le réveil de nos propres réminiscences, nous embarquant avec eux d’emblée. Cela commence par Alors on danse de Stromae et se termine par le Partir un jour des 2 be 3 qui donne son titre au film. Entre les deux, des personnages qui se débattent avec leurs regrets, que la réalisatrice filme avec beaucoup de tendresse.

    Les scènes chantées ont été enregistrées en direct sur le plateau, sans studio, pour préserver l'authenticité et l'émotion des interprétations, et c’est une entière réussite. Elles ne semblent pas « plaquées » mais s’intègrent parfaitement à l’histoire. La grande majorité des séquences chantées et dansées a par ailleurs été chorégraphiée par Thierry Thieû Niang, ce qui procure beaucoup de fluidité à l’ensemble.

    Un film qui allie avec beaucoup d’intelligence la gaieté, la nostalgie, et l’envie d’étreindre le présent, émaillé aussi de belles idées de mises en scène comme un flashback intégrant le présent.

    Amélie Bonnin rend aussi un bel hommage à l’universalité des musiques que son long métrage intègre parfaitement au récit comme elles-mêmes s’intègrent à celui de nos vies, à tel point que les premières notes d’une chanson dont nous n’entendrons pas un mot suffit à nous faire comprendre ce qu’un personnage ne parvient pas à formuler.

    Si Bastien Bouillon -Une jeune fille qui va bienLa Nuit du 12Le Comte de Monte-Cristo (que nous retrouverons aussi à Cannes dans la section Cannes Première, dans Connemara de Alex Lutz) nous avait déjà habitués à son talent, qui se confirme ici, dans son étendue, malgré sa coiffure improbable, dans un rôle aux antipodes de ceux dans les films précités, Juliette Armanet nous sidère littéralement par son jeu nuancé et précis, et par sa vitalité qui inonde tout le film. Dominique Blanc et François Rollin, sont tout aussi parfaits dans les rôles des parents de Cécile, l’une complice, et l’autre bougon au cœur tendre. Amandine Dewasmes est particulièrement subtile dans ce rôle d'épouse, faussement aveugle,  sur la fragile frontière entre bienveillance et naïveté. Et Tewfik Jallab impose une présence magnétique.

    Un film qui ré-enchante le passé, et nous serre le cœur d’une douceur mélancolique, comme un souvenir d’adolescence que le temps n’altère pas mais rend à la fois plus beau et plus douloureux.

    Si ce film n’atteint pas la perfection de On connaît la chanson d’Alain Resnais (pour moi un des films les plus brillants et profonds de l’Histoire du cinéma malgré sa légèreté apparente, un mélange subtile –à l’image de la vie – de mélancolie et de légèreté, d’enchantement et de désenchantement, un film à la frontière des émotions et des genres qui témoigne de la grande élégance de son réalisateur, du regard tendre et incisif de ses auteurs et qui nous laisse avec un air à la fois joyeux et nostalgique dans la tête. Un film qui semble entrer dans les cadres et qui justement nous démontre que la vie est plus nuancée et que chacun est forcément plus complexe que la case à laquelle on souhaite le réduire, moins lisse et jovial que l’image « enchantée » qu’il veut se donner) avec lequel certains l’ont comparé, n’oublions pas qu’il s’agit là d’un premier film.

    Ce film musical était décidément parfait pour l’ouverture de ce 78ème Festival de Cannes, nous enjoignant à danser sous la pluie (Alors, on danse ?) malgré les maux du monde sur lesquels les films de ce festival seront, comme chaque année, une « fenêtre ouverte ». Une fête du cinéma lucide et engagée, et tant pis si certains y voient là un paradoxe répréhensible. Une danse mélancolique. Peut-être à l’image des films de cette sélection ? Réponse dans quelques jours après le festival en direct duquel je serai la semaine prochaine.

    Catégories : OUVERTURE (cérémonies/films) Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Festival de Cannes 2025 – Compétition officielle – Critique de SIRAT d’Oliver Laxe

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    Quel choc que ce film qui nous embarque au cœur des montagnes du sud du Maroc avec Luis (Sergi Lopez), accompagné de son fils Estéban (et de leur chien), qui recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites.

    Le titre peut se traduire par chemin mais aussi le pont qui relie l’enfer et le paradis. Un pont que nous traversons avec les personnages vers l’enfer tant ce film est une expérience sensorielle. Sur ce chemin, la mort va sans cesse surgir, implacable, fulgurante. Et, pourtant, c’est paradoxalement la vie que l’on retient de ce film. La vie qui transparait dans le soleil aveuglant ou dans la musique obsédante qui à la fin résonne comme un cœur obstiné.

    Pedro Almodovar, qui a coproduit le film avec son frère Agustin avec leur société de production El Deseo., ne s’y est pas trompé.

    Autour de Sergi Lopez d’une vulnérabilité foudroyante gravitent des acteurs non professionnels qui ajoutent encore à l’intensité brute du film.

    La musique joue évidemment un rôle central. Oliver Laxe a collaboré ici avec David Lettelier, alias Kangding Ray qui signe la musique. Le film est aussi un voyage sonore brute et viscéral.

    Un film crépusculaire et radical, entre ténèbres et lumière éblouissante.  Une transe qui fait passer de l’angoisse à l’acceptation ou quand la musique devient un rituel mystique, une ode au sacré et à la vie d’une électricité rare.

    Un sérieux prétendant au palmarès, et notamment au Prix du jury ou de la mise en scène.

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Festival de Cannes 2025 - Un Certain Regard - Critique de L'INCONNU DE LA GRANDE ARCHE de Stéphane Demoustier

     

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    Dans son dernier film, Borgo, Stéphane Demoustier nous racontait l’histoire de Mélissa (Hafsia Herzi), surnommée « Ibiza » par les détenus, surveillante pénitentiaire expérimentée, qui s’installe en Corse avec ses deux jeunes enfants et son mari. Là, elle intègre les équipes d’un centre pénitentiaire pas tout à fait comme les autres dans lequel on dit que ce sont les prisonniers qui surveillent les gardiens et non l’inverse ! Si ce film a pour matériau de départ l'histoire vraie d’une surveillante pénitentiaire mise en cause dans le double assassinat de Poretta en 2017, et en particulier des comptes-rendus lus dans la presse, le réalisateur s’est avant tout inspiré du personnage de la surveillante qu’il dépeint ici dans toute sa complexité comme il le fit pour la protagoniste de La fille au bracelet.  Le film sonde l’âme du personnage et son basculement, sa proximité de plus en plus forte avec le monde mafieux, les rapports de force, le glissement progressif dont elle ne semble pas se rendre compte. La minutie de la reconstitution (notamment de la vie de la prison, fortement documentée), la tension constante (entre le racisme dont est victime le mari de Mélissa, et la prison où finalement elle semble mieux accueillie et protégée, avec parmi de nombreuses remarquables scènes celle où les prisonniers, d’une cellule à l’autre, chantent en son honneur, scène lors de laquelle le visage de la surveillante s’illumine, la joie et la fierté l’emportant sur le sérieux qu’imposent ses fonctions), l’interprétation magistrale de Hafsia Herzi mais aussi de tous les seconds rôles judicieusement choisis (notamment de nombreux acteurs insulaires), la musique de Philippe Sarde, le scénario particulièrement audacieux, jouant avec les temporalités et points de vue, en font un film d’une maîtrise impressionnante.

    À nouveau, avec L’Inconnu de la grande arche , Stéphane Demoustier centre son récit sur un personnage ayant réellement existé, Otto von Spreckelsen, architecte danois de 53 ans, et sur des faits réels, en l’occurrence décrits dans le livre de Laurence Cossé, La Grande Arche (2016). François Mitterrand (Michel Fau), Président de la République récemment élu, annonce le nom du vainqueur du concours international d’architecture lancé pour le futur chantier de construction de la Défense. L’heureux gagnant a remporté le concours grâce à son idée de cube géant. Les services présidentiels ne le connaissent pas et n’ont même pas de numéro auquel le joindre.

    Le film va raconter les obstacles à cette construction, projet de la vie d’un homme (un architecte), et instrument de grandeur d’un Président de la République volontariste. Otto von Spreckelsen (Claes Bang), est accompagné de son épouse Liv (Sidse Babett Knudsen), doit composer avec un jeune conseiller du président (Xavier Dolan) et l’architecte français Paul Andreu (Swann Arlaud) qui va mettre en œuvre le projet. Mais entre les contrariétés administratives, et l’arrivée en 1986 d’un nouveau gouvernement avec un ministre délégué au budget, Alain Juppé, qui souhaite avant tout réaliser des économies, le beau rêve d’Otto tourne au cauchemar. Le chantier, pharaonique, doit être revu à la baisse malgré la détermination orgueilleuse d’Otto.  D’ailleurs, lui ne parle pas de « grande arche » mais de son « cube ». Payé 25 millions de francs, il dépense sans compter, encouragé par le président qui veut à tout prix que son projet voie le jour et soit inauguré pour le Bicentenaire de la Révolution française, n’hésitant pas à payer un grutier 50 000 francs, juste pour qu’une maquette à taille réelle lui donne une idée de la perspective du projet depuis les Champs-Élysées, tarif astronomique qui est la contrepartie à la privation d’un mariage d’un membre de la famille du grutier (totalement inventé par ce dernier).

    Demoustier reconstitue avec autant de minutie ce chantier phare des années 1980 qu’il avait dépeint avec soin la prison corse de Borgo. La réussite de l’ensemble doit beaucoup au casting : Claes Bang qui interprète l’opiniâtre, présomptueux, tempétueux et parfois exaspérant Otto.

    Sidse Babett Knudsen, qui joue le rôle de sa femme, prête à le suivre dans tous ses caprices…jusqu’à un certain point, toujours d’une sobriété et d’une justesse remarquables (le film s’inspire notamment des lettres qu’a laissées l’épouse de l’architecte). Michel Fau qui campe un François Mitterrand lui aussi têtu dont l’obstination aveugle frôle aussi le ridicule. Swann Arlaud, toujours impeccable. Xavier Dolan, absolument irrésistible en conseiller pointilleux un peu dépassé par les exigences de l’architecte, et cherchant à les modérer.

    Derrière les ambitions de chacun, il y a l’argent public dépensé à tout-va pour satisfaire des ambitions, voire caprices(s), et si le film se déroule dans les années 1980, en cela il est aussi intemporel. L’Inconnu de la Grande Arche est un film passionnant sur cet inconnu dont la trajectoire révèle avec une ironie réjouissante les dépenses inconsidérées et les aberrations administratives de l’État français. Tout cela aboutira à un projet très éloigné de ce à quoi aspirait Otto von Spreckelsen, peu à peu rongé par les désillusions. Et à un film passionnant.

    Catégories : UN CERTAIN REGARD Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Festival de Cannes 2025 – Séance de minuit – Critique de DALLOWAY de Yann Gozlan

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    Clarissa (Cécile de France), romancière en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes luxueuse à la pointe de la technologie, à l’abri de la chaleur caniculaire et de la pandémie qui sévissent à l’extérieur dans un Paris futuriste et pourtant familier. Elle trouve en son assistante virtuelle, incarnée par la voix envoûtante de Mylène Farmer et nommée Dalloway comme l’héroïne de Virginia Woolf, un soutien et même une confidente qui l’aide à écrire son nouveau roman justement consacré à l’écrivaine britannique. Mais peu à peu, Clarissa éprouve un malaise face au comportement de plus en plus intrusif de son IA, renforcé par les avertissements d’un autre résident, Mathias Nielsen (Lars Mikkelsen). Se sentant alors surveillée par cette domotique omnisciente, Clarissa se lance secrètement dans une enquête pour découvrir les réelles intentions de ses hôtes. S’agit-il alors d’une menace réelle ou cette dernière, éprouvée par le suicide de son fils, est-elle en plein délire paranoïaque ?

    Le film commence par des images paisibles de la mer, portées par le bruit rassurant des vagues. Ce tableau idyllique disparaît pour laisser place à une chambre, celle de Clarissa. Ce sentiment de quiétude n’était qu’une illusion. Projetée par l’IA. Clarissa se lève, échange avec Dalloway sur la température du jour. Dans la salle de bain, un miroir affiche les résultats de ses tests de santé quotidiens analysés par Dalloway. La journée peut commencer, entièrement régenté par Dalloway qui fait bouillir l’eau, trie les emails, impose sa voix et sa voie. Dalloway est omniprésente et toute puissante. Elle contrôle tout, la température de l’air, la santé de l’artiste, la fermeture de la porte. Elle distille quelques idées à Clarissa pour son roman, lui pose des questions bienveillantes qui se transforment insidieusement en interrogations intrusives.

    Lorsque le roman dont le film est l’adaptation a été écrit, l’Intelligence Artificielle n’était encore qu’une abstraction. Elle s’empare aujourd’hui de toutes les sphères de la société, au point de rendre obsolètes certaines professions. Dalloway est l’adaptation du roman d’anticipation de Tatiana de Rosnay, Les Fleurs de l’ombre, publié en 2020. Le contexte de la crise sanitaire qui n’était pas présent dans le roman a été ajouté par les scénaristes (Yann Gozlan, Nicolas Bouvet, en collaboration avec Thomas Kruithof).

    La résidence apparaît donc de prime abord comme un cocon protecteur, et Dalloway comme une présence rassurante. La chambre si confortable de Clarissa et la résidence prestigieuse se transforment peu à peu en univers menaçant et carcéral. Le film brosse le portrait d’un monde, le nôtre déjà, dans lequel des images et des informations nous sollicitent en permanence, et dispersent notre attention. En même temps que Dalloway lui lit la lettre d’une lectrice qui souhaite la rencontrer, Clarissa lui demande l’avis des téléspectateurs sur le fim qu’elle va regarder, zappe d’un film à l’autre, s’intéressant sommairement à la lettre comme aux films. Comme dans la société contemporaine, l’attention est constamment sollicitée. L’émotion est tenue à distance. Une émotion que l’écriture permet de recréer, de cristalliser, de verbaliser.

    Ce film est aussi captivant pour les questions qu’il pose sur les conséquences de l’Intelligence Artificielle que sur l’acte d’écrire. Qu’est-ce qui nourrit l’écriture ? C’est ici la culpabilité et les émotions qui la submergent qui font naitre le récit de Clarissa mais qui vont provoquer une autre culpabilité, et surtout une dépendance. Quand la fuite par l’écriture n’existe plus, quelle issue reste-t-il ? Quelle fenêtre sur l’ailleurs ou quelle introspection trouver encore ? Isolée de son entourage, Clarissa voit en l’IA l’attention que ses proches ne lui accordent pas, à ses risques et périls. Même sa montre connectée est fournie par la résidence pour surveiller ses moindres déplacements. Des capteurs de mouvements sont installés dans son appartement, enregistrant peut-être plus que les simples gestes. Mathias en est d’ailleurs certain : ces capteurs servent à les surveiller et l’IA va s’emparer des émotions des artistes pour se perfectionner, et les remplacer.

    Cette histoire qui aurait semblé invraisemblable il y a cinq ans nous paraît désormais effroyablement plausible. Même ce Paris écrasé de chaleur, aseptisé et fantomatique, où tout est surveillé (des drones observent et suivent les passants), contrôlé (la santé est vérifiée à l’entrée du métro, des chiens robots reniflent les passagers) ne nous est pas totalement étranger.

    La voix, mystérieuse, chaleureuse, et ensorcelante de Mylène Farmer forge la personnalité de l’IA, d’une étrangeté douce et autoritaire. Récemment, elle était déjà la voix (off) d’un autre film, Bambi de Michel Fessler, dans lequel elle était une voix ensorcelante d’une présence discrète qui ne force pas l’émotion mais ajoute subtilement une dimension poétique, parfois philosophique.

    « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du Samouraï si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… ». Cette citation qui figure en ouverture du film de Melville pourrait s’appliquer à tous les films de Yann Gozlan qui ont en commun d’ausculter la solitude portée à son paroxysme.

    Ainsi, dans Boîte noire, Pierre Niney incarnait Mathieu Vasseur, un technicien au BEA, autorité responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile, personnage en apparence aux antipodes d’un autre Mathieu, celui que l’acteur incarnait dans Un homme idéal, sa précédente collaboration avec Yann Gozlan, l’un paraissant aussi sombre que l’autre semblait solaire. Comme dans Un homme idéal néanmoins, et comme dans Dalloway avec Clarissa, se dessine peu à peu le portrait d’un personnage face à ses contradictions, ses failles, ses rêves brisés, qui veut tout contrôler et qui perd progressivement le contact avec la réalité. Dans les deux films, comme dans Dalloway, la réalisation de Yann Gozlan enserre le protagoniste pour souligner son enfermement mental. Déjà dans Un homme idéal, les brillantes références étaient savamment intégrées :  Plein soleil, Match point, La Piscine, Tess, Hitchcock pour l’atmosphère (ce qui est à nouveau le cas dans Dalloway), Chabrol pour l’auscultation impitoyable de la bourgeoisie. La mise en scène était déjà précise, signifiante et le scénario, terriblement efficace, allait à l’essentiel, ne nous laissant pas le temps de réfléchir, le spectateur ayant alors la sensation d’être claquemuré dans le même étau inextricable que Mathieu, aux frontières de la folie.  Il en va de même, là encore, pour Clarissa dans Dalloway.

    Dans Un homme idéal, cet autre Mathieu a 25 ans et travaille comme déménageur. 25 ans, l’âge, encore, de tous les possibles. L’âge de croire à une carrière d’auteur reconnu. Malgré tous ses efforts, Mathieu n’a pourtant jamais réussi à être édité. C’est lors de l’un de ces déménagements qu’il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Jusqu’où peut-on aller pour réussir à une époque où celle-ci se doit d’être éclatante, instagramée, twittée, facebookée ? Pour Mathieu : au-delà des frontières de la légalité et de la morale, sans aucun doute…

    Les films s’évertuent souvent à nous montrer à quel point la création, en particulier littéraire, est un acte jubilatoire et un symbole de réussite (nombreux sont les films à se terminer par l’envol d’un personnage qui, de mésestimé, voire méprisé, devient estimable et célèbre en publiant son premier roman), ce qu’elle est (aussi), mais ce film montre que cela peut également constituer une terrible souffrance, comme elle l’est pour Clarissa qui a choisi d’écrire sur une écrivaine qui s’est suicidée, après le suicide de son propre fils.

    Le talent qu’il n’a pas pour écrire, Mathieu l’a pour mettre en scène ses mensonges, se réinventant constamment, sa vie devenant une métaphore de l’écriture. N’est-elle pas ainsi avant tout un arrangement avec la réalité, un pillage ? De la vie des autres, de soi-même. Elle l’est aussi dans Dalloway puisque Clarissa va puiser dans les émotions de son fils pour écrire…tout comme l’IA va se nourrir des émotions de l’écrivaine.

    En 2014, le quatrième long métrage de Spike Jonze, Her, nous embarquait dans les réjouissants méandres d’un imaginaire débridé, celui du cinéaste et de son personnage, et nous interrogeait aussi sur les dangers de l’Intelligence Artificielle. Theodore Twombly (Joaquin Phoenix), écrivain public des temps modernes est inconsolable après une rupture difficile, en effet en instance de divorce avec sa femme Catherine (Rooney Mara), vit seul dans un appartement sans âme. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il répond à de brèves questions, choisit une voix féminine et fait la connaissance de Samantha (Scarlett Johansson), une voix féminine intelligente, intuitive et dotée d’humour et même d’ironie. Peu à peu, l’impensable va survenir : l’homme et la machine vont tomber amoureux…A l’image de l’affiche, c’est avant tout l’histoire d’un homme seul face à nous, miroir de nos solitudes modernes, et surtout face à lui-même, et dont le métier consiste à envoyer des lettres pour et à des inconnus avant de retrouver son appartement glacial donnant sur les lignes verticales et froides de la ville, avec l’hologramme d’un jeu vidéo pour seule compagnie. Dans la première scène, il dit des mots d’amour face caméra. Puis, nous découvrons qu’il est en réalité sur son lieu de travail, seul face à un ordinateur. Comme une prémonition. Dans cette ville intemporelle et universelle (Spike Jonze a tourné à Shangaï et Los Angeles) se croisent des êtres qui vivent dans leur bulle imaginaire, soliloquant, emmurés dans leurs solitudes comme ils le sont dans cette ville tentaculaire. La technologie froide et déshumanisée va s’humaniser pour devenir l’âme sœur au sens propre, un amour désincarné, cristallisé. Le vrai bonheur semble dans l’ailleurs, l’insaisissable, l’imaginaire, ou alors le passé, cette « histoire qu’on se raconte » et la forme et le fond se répondent intelligemment puisque le passé idéalisé est ici raconté par des flashbacks silencieux auréolés de lumière. Scarlett Johansson réussit le pari de donner corps à cette voix (elle  a même remporté le Prix d'Interprétation Féminine au 8ème Festival International du Film de Rome, en novembre 2013) et de faire exister ce personnage invisible. Un film à la fois salutaire, parce qu’il montre le redoutable et magique pouvoir de l’imaginaire et fait appel à celui du spectateur (par exemple pendant la scène d’amour, seul demeure un écran noir), et terrifiant en ce qu’il nous montre un univers d’une tristesse infinie avec ces êtres « lost in translation » prêts à tout pour ressentir la chaleur rougeoyante d’un amour fou, sublimé, un univers pas si éloigné du nôtre ou de ce qu’il pourrait devenir.

    Cette crainte exprimée dans Her est devenue réalité puisque des cas de personnes tombées amoureuses de leur IA ont déjà été diagnostiqués. Le monde où tout, y compris les émotions, serait régi par l’IA, et qui fabriquerait de l’art à la demande, n’est pas celui de demain mais celui d’aujourd’hui. Cela rend ce film encore plus passionnant et glaçant. Cette Clarissa, peu à peu dépossédée de ses émotions, d’elle-même, qui s’étiole tandis que l’IA au contraire se nourrit et grandit, pourrait exister. L’identification est renforcée par les focales très courtes auxquelles recourt le réalisateur. Et par le jeu de Cécile de France, dans un rôle très éloigné des personnages mémorables qu’elle a incarnés dans Un Secret ou Quand j’étais chanteur ou même des rôles plus « physiques » comme celui de Möbius d’Éric Rochant (remarquable thriller, que je vous recommande), apporte un supplément d’âme, une intensité et une ambivalence qui rendent le délire paranoïaque et l’emprise aussi crédibles l’un que l’autre.

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    Pour le personnage d’Anne Dewinter, qui dirige la résidence, Anna Mouglalis, apporte magnétisme, autorité et mystère. Frédéric Pierrot, qui porte toujours si bien son nom, jouant souvent des personnages lunaires, amène quant à lui sa force tranquille à ce personnage bienveillant de l’ancien mari. 

    La musique de Philippe Rombi accroît le sentiment d’angoisse latente et la paranoïa, avec des notes sombres et minimalistes, mélangeant sons électroniques et cordes acoustiques.

    Un thriller d’anticipation terrifiant en ce qu’il nous parle d’un monde qui nous est familier, et passionnant en ce qu’il interroge ce qui distingue l’homme de la machine, mais aussi le devenir de l’émotion et de la création, dans cet environnement de plus en plus robotisé qui tente de les maîtriser, et qui les tient de plus en plus à distance de ce qui en constitue l’essence : la sincérité et la singularité. Une fois de plus, fortement inspiré par les films noirs et leur indissociable fatalité inexorable et implacable, en explorant les failles de la solitude, et en nous plongeant dans ses abysses, Yann Gozlan m’a captivée. Son prochain film intitulé Gourou racontera ainsi « l’ascension d’un gourou du développement personnel qui va se révéler une personnalité toxique », un thriller dans lequel Pierre Niney tiendra le rôle principal. En attendant ce film que je ne manquerai pas d’aller voir (au cinéma le 28 janvier 2026), je vous recommande de vous laisser charmer par Dalloway sans rien perdre de votre libre-arbitre et de la distance nécessaire que ce film nous invite habilement à questionner dans une société dans laquelle l'Intelligence Artificielle tient une place grandissante.

    Catégories : SEANCES DE MINUIT Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Festival de Cannes 2025 - Compétition officielle - DOSSIER 137 de Dominik Moll

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    Le dernier film de Dominik Moll, La nuit du 12, était une vision très personnelle du polar, à la mise en scène puissante. À l’heure où les féminicides sont dramatiquement nombreux, ce film était un plaidoyer retentissant et vibrant contre les violences faites aux femmes. L’intérêt de l’enquête résidait ainsi moins dans la résolution du crime que dans l’auscultation de la vision de la femme, d’une femme. Bouli Lanners et Bastien Bouillon y incarnaient deux policiers perdus et tourmentés, et leur désespoir, leur fragilité, leur solitude face à cette affaire irrésolue qui nous hantent autant que cette dernière après le film. La procédure est décortiquée mais ce sont surtout les âmes humaines qui le sont comme dans un film de Tavernier (on songe à L627). Le dernier plan, celui du policier qui s'échappe du vélodrome et roule le jour est la respiration tant attendue qui nous marque longtemps après la projection comme ce film qui ne peut laisser indifférent, tant il entre en résonance avec les plaies à vif de notre époque.

    Cette digression sur La nuit du 12 pour vous dire qu’il en va de même pour Dossier 137. C’est moins la résolution de l’enquête que le parcours et le portrait de celle qui mène l’enquête qui présente un intérêt. Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie (Léa Drucker), enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité... Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro, une histoire qui la renvoie à ses racines, et risque d’ébranler ses certitudes.  Ce film se penche sur un cas de bavure policière lors des manifestations des Gilets jaunes.

    Comme l’enquêtrice de l’IGPN qu’elle interprète dont les certitudes vacillent, le regard de Léa Drucker tremble légèrement, marque un doute et une fragilité à peine perceptibles, si savamment joués. Elle tient bon malgré l’incompréhension de ses anciens collègues face à la voie qu’elle a choisie (elle travaillait auparavant aux stups), à la colère de la famille de la victime (originaire du même endroit qu’elle), à la haine que suscite la police que son propre fils ne cesse de lui rappeler.

    Ce Dossier 137 n’est pas un dossier comme un autre pour elle. Il sera (peut-être) classé mais quelque chose dans ses convictions aura vacillé. La générosité du personnage de Léa Drucker inonde tout le film, qu’elle prenne soin d’un petit chat égaré qu’elle adopte ou qu’elle essaie d’oublier la réalité en regardant des vidéos de chats. Et quand, en visionnant ces vidéos, son rire soudain enfantin cesse d’un coup, c’est toute son impuissance et sa fragilité que cette femme intègre et combattive a tenté de masquer tant bien que mal qui ressurgissent.

    Le portrait passionnant d’une femme, d’une policière, et d’une époque en proie aux fractures.

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  • Festival de Cannes 2025 - Compétition officielle - Critique de DEUX PROCUREURS de Sergeï Loznitsa

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    « La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux. » Ce nouveau long-métrage de Loznitsa, (je vous l’annonce d’emblée : absolument indispensable), illustre brillamment cette citation de Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme.

    Quelques mots sur ce film que je reverrai prochainement pour vous en livrer une critique plus détaillée, comme ce long-métrage exceptionnel le mérite.

    Les documentaires de Sergeï Loznitsa furent largement primés en festivals. Ses longs-métrages ont par ailleurs tous été sélectionnés au Festival de Cannes : My Joy en compétition officielle du Festival de Cannes 2010, Dans la brume en compétition officielle du Festival de Cannes 2012 (pour lequel il a reçu le prix FIPRESCI de la critique internationale) et Une femme douce en compétition du Festival de Cannes 2017. Donbass en 2018 lui valut le prix de la mise en scène Un Certain Regard.

    Le film Deux procureurs s’inspire de la nouvelle éponyme de Georgy Demidov, de 1969. Ce physicien fut arrêté en 1938 durant les grandes purges staliniennes et passa quatorze années au goulag. Ses écrits furent saisis par le KGB en 1980 et ne purent être publiés qu’en 2009.

    Le cinéaste ukrainien nous embarque en Union Soviétique, en 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées dans une cellule de prison. Contre toute attente, l’une d’entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev (Aleksandr Kuznetsov). Il se démène pour rencontrer le prisonnier, victime d’agents de la police secrète, la NKVD. Bolchévique chevronné et intègre, le jeune procureur croit à un dysfonctionnement. Sa quête de justice le conduira jusqu’au bureau du procureur-général à Moscou. À l’heure des grandes purges staliniennes, c’est la plongée d’un homme dans un régime totalitaire qui ne dit pas son nom.

    Loznitsa confronte ce procureur idéaliste (tout juste sorti des études, qui tente de dissimuler une certaine gaucherie par sa tenue parfaite et en se tenant droit, au sens propre comme au sens figuré) à cet autre procureur qui a trahi les valeurs en lesquelles le premier croit, et qu’il incarne. Ce jeune homme épris de justice au regard malicieux (heureux peut-être de jouer un mauvais tour à l’injustice), candide presque, d’une patience et d’une détermination inébranlables, n’a en effet pas conscience que tant d’innocents croupissent dans les prisons jusqu’à l’arrivée de la fameuse lettre.

     Les couleurs, ternes, et le cadre qui l’enferme : tout est là pour signifier l’oppression, le carré inviolable dont il est impossible de s’échapper. Les décors et les séquences dans ces couloirs sans fin rappellent Playtime de Tati et notamment cette marche interminable dans des couloirs labyrinthiques de la prison avec un nombre incalculable de portes que les geôliers doivent ouvrir pour que le jeune procureur puisse accéder au prisonnier. Symboles de l’absurdité d’un régime inique et intransigeant. Loznitsa revendique ainsi s’être inspiré du grotesque et du tragique de Gogol et Kafka.

    Le réalisateur formé à l’institut de cinéma VGIK de Moscou est exilé aujourd’hui à Berlin. Sa dénonciation du totalitarisme d’hier est une brillante parabole qui a évidemment des résonances contemporaines. Le tournage s’est ainsi déroulé à Riga dans une prison datant de l’époque impériale russe.

    Chaque scène est un moment d’anthologie, a fortiori celle lors de laquelle le procureur, revenant d’un voyage à Moscou à l'occasion duquel il a rencontré le Procureur général pour essayer d’alerter les autorités et de leur signaler les injustices dont il a été témoin, se retrouve dans un wagon-lit avec deux « ingénieurs » particulièrement affables, qui lui jouent de la musique, partagent une bonne bouteille de vin, semblent prêts à tout pour lui être agréables. Une façade lisse à l’image de celle du régime. L’issue de cette scène sera glaçante, même si nous n’avions guère de doutes sur les motifs de l’entreprise qui la rendent d’autant plus palpitante, et savoureusement effroyable.

    La réalisation austère éclaire les ombres du régime avec maestria. L’atmosphère est oppressante et âpre, soulignée par ces plans fixes magistraux d’une rigueur, d’une précision, d’une composition et d’une beauté sombre saisissantes. La tension est constante et présente dans chaque mot, chaque geste, chaque regard, chaque vide, chaque espace, chaque silence, renforcée par le format carré qui enferme le procureur dans ce cadre et dans des couleurs (gris, brun, noir…avec une symbolique note de rouge, comme un clin d’œil à un autre film racontant une autre ignominie de l’Histoire), des lignes aussi. Le film ne laisse jamais planer le doute : le procureur n’en réchappera pas. Même son regard est claquemuré par des lignes horizontales qui semblent l’accuser.

    Le portrait d’un homme porté par son souci de justice qui défie le régime totalitaire, pris dans un engrenage fatal dont la beauté sombre de chaque plan souligne l’implacable logique. Une logique en quatre « actes », trois dialogues impossibles et une conversation faussement amicale. Un immense film, tristement intemporel, d’une intelligence rare contenue dans la perfection de chaque plan. Une fable oppressante, cruellement burlesque et glaçante qui se termine comme elle avait débuté : par la porte d’une prison qui s’ouvre et qui se referme, tel un piège inextricable. Celui du totalitarisme et de sa logique absconse, inhumaine, dédale terrifiant, déshumanisant et déshumanisé que le cinéaste ausculte avec une ironie dévastatrice. Un film d’une beauté formelle admirable qui rend la démonstration d’autant plus accablante.

    Une dénonciation du totalitarisme aussi indispensable et incontestable que L’Aveu de Costa-Gavras (que cela ne vous dispense pas de voir, aussi).

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  • Ouverture du 78ème Festival de Cannes et « Partir un jour » de Amélie Bonnin : dansons et chantons sous la pluie…

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    Il y a quelques jours, je commençais mon article consacré à la sélection officielle de ce 78ème Festival de Cannes (à retrouver ici) par cette citation de Costa-Gavras : « Vous ne pouvez changer la vision politique des gens avec un film, mais vous pouvez au moins engendrer une discussion politique. » La cérémonie d’ouverture de ce 78ème Festival de Cannes, d’une prestigieuse et élégante sobriété, nous rappelait ainsi que le cinéma n’est pas seulement un objet et un sujet de divertissement mais aussi un vecteur d’idées politiques.

     Laurent Lafitte, maître des cérémonies de cette 78ème édition, a commencé son discours par un hommage à la lauréate du prix d’interprétation féminine de 1999 pour Rosetta, l’inoubliable et si talentueuse Emilie Dequenne : « Elle est née au Festival de Cannes, sa délicatesse humble et puissante va manquer, j’aimerais dédicacer cette cérémonie d’ouverture à Émilie Dequenne. » Son discours a ensuite principalement rendu hommage aux actrices et aux acteurs, fil directeur de celui-ci, de James Stewart, Jean Gabin, Isabelle Adjani à… Volodymyr Zelensky, nous invitant à imiter leur courage, « par nos discours, nos choix et nos refus, afin d’être à la hauteur de cette phrase de Frank Capra :  Seuls les audacieux devraient faire du cinéma. »

    Il a aussi mis à l’honneur la sublime (double) affiche de cette année représentant Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant enlacés, dans le chef-d’œuvre de Claude Lelouch, palme d’or 1966, Un homme et une femme : « On se pose toujours la question de savoir si le cinéma peut changer le monde. Mais si on demande au cinéma toujours plus d’inclusivité, de représentativité, de parité, c’est donc bien qu’en effet il peut changer le monde. Et parfois, il suffit de raconter un homme et une femme pour toucher au sublime et à l’universel. »

    Il fut ensuite rejoint par les neuf membres du jury international des longs métrages : Halle Berry, Payal Kapadia, Alba Rohrwacher, Leïla Slimani, Dieudo Hamadi, Hong Sangsoo, Carlos Reygadas et Jeremy Strong, et leur présidente : Juliette Binoche, « née actrice dans cette même salle » qui a évoqué les maux du monde actuel, de l’ignominie du 7 octobre, au dérèglement climatique, au drame de Gaza, en rendant hommage à  la photojournaliste Fatima Hassouna tuée par un missile et qui, la veille de sa mort,  avait appris que le film dans lequel elle figurait ( Put Your Soul on Your Hand and Walk, documentaire de Sepideh Farsi), était sélectionné au Festival de Cannes. « L’art reste, il est le témoignage puissant de nos vies, de nos rêves, et nous, spectateurs, nous l’embrassons. Que le Festival de Cannes, où tout peut basculer, y contribue ! » a-t-elle conclu.

    Avec son titre inédit et mélancolique, Mylène Farmer a rendu hommage à David Lynch et bouleversé les festivaliers du Théâtre Lumière.

    Leonardo DiCaprio a ensuite rappelé qu'il devait le lancement de sa carrière et sa rencontre avec Martin Scorsese à Robert De Niro à qui il a remis une Palme d’or d’honneur : « Ce soir, j’ai l’insigne honneur d’être devant vous pour rendre hommage à quelqu’un qui est notre modèle. L’œuvre de Robert De Niro se décline dans la façon dont il a inspiré les acteurs à traiter leur métier, pas seulement comme une performance solo, mais comme une transformation. Robert De Niro n’est pas juste un grand acteur, c’est L’Acteur. Avec Martin Scorsese, ils ont raconté les histoires les plus légendaires du cinéma, les histoires sans compromis. Ils n’ont pas seulement fait des films, ils ont redéfini ce que le cinéma pouvait être. Ils ont élevé la relation entre acteurs et réalisateurs au stade d’un creuset de partage des risques. »

    Politique, la déclaration de Robert De Niro l’était aussi indéniablement. Vibrante aussi :

    « Merci infiniment au Festival de Cannes d’avoir créé cette communauté, cet univers, ce « chez soi « pour ceux qui aiment raconter des histoires sur grand écran. Le Festival est une plateforme d’idées, la célébration de notre travail. Cannes est une terre fertile où se créent de nouveaux projets. Dans mon pays, nous luttons d’arrache-pied pour défendre la démocratie, que nous considérions comme acquise. Cela concerne tout le monde. Car les arts sont, par essence, démocratiques. L’art est inclusif, il réunit les gens. L’art est une quête de la liberté. Il inclut la diversité. C’est pourquoi l’art est une menace aujourd’hui. C’est pourquoi nous sommes une menace pour les autocrates et les fascistes de ce monde. Nous devons agir, et tout de suite. Sans violence, mais avec passion et détermination. Le temps est venu. Tout un chacun qui tient à la liberté doit s’organiser, protester et voter lorsqu’il y a des élections. Ce soir, nous allons montrer notre engagement en rendant hommage aux arts, ainsi qu’à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. »

    Enfin, c’est avec son enthousiasme légendaire qu’un Quentin Tarantino bondissant a déclaré ouverte cette 78ème édition du Festival de Cannes.

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    Pour l’ouverture, les sélectionneurs ont eu cette année l’idée judicieuse de choisir un premier film enchanté et enchanteur, Partir un jour d'Amélie Bonnin, idéal pour lancer les festivités, aussi politiques soient-elles. Partir un jour est le premier long-métrage d'Amélie Bonnin, tiré de son court-métrage éponyme, récompensé par le César du meilleur court-métrage de fiction en 2023.

    Alors que Cécile (Juliette Armanet) s’apprête à réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant gastronomique à Paris, et alors qu'elle vient de découvrir qu'elle est enceinte, elle doit rentrer dans le village de son enfance à la suite de l'infarctus de son père. Loin de l'agitation parisienne, elle recroise son amour de jeunesse (Bastien Bouillon). Ses souvenirs ressurgissent et ses certitudes vacillent…

    Dès les premières minutes, il se dégage de ce film une justesse qui nous happe, d’autant plus surprenante que les chansons qui traduisent les pensées des personnages pourraient y nuire. Au contraire, elles renforcent ce sentiment, et notre proximité avec leurs émotions, par le réveil de nos propres réminiscences, nous embarquant avec eux d’emblée. Cela commence par Alors on danse de Stromae et se termine par le Partir un jour des 2 be 3 qui donne son titre au film. Entre les deux, des personnages qui se débattent avec leurs regrets, que la réalisatrice filme avec beaucoup de tendresse.

    Les scènes chantées ont été enregistrées en direct sur le plateau, sans studio, pour préserver l'authenticité et l'émotion des interprétations, et c’est une entière réussite. Elles ne semblent pas « plaquées » mais s’intègrent parfaitement à l’histoire. La grande majorité des séquences chantées et dansées a par ailleurs été chorégraphiée par Thierry Thieû Niang, ce qui procure beaucoup de fluidité à l’ensemble.

    Un film qui allie avec beaucoup d’intelligence la gaieté, la nostalgie, et l’envie d’étreindre le présent, émaillé aussi de belles idées de mises en scène comme un flashback intégrant le présent.

    Amélie Bonnin rend aussi un bel hommage à l’universalité des musiques que son long métrage intègre parfaitement au récit comme elles-mêmes s’intègrent à celui de nos vies, à tel point que les premières notes d’une chanson dont nous n’entendrons pas un mot suffit à nous faire comprendre ce qu’un personnage ne parvient pas à formuler.

    Si Bastien Bouillon -Une jeune fille qui va bienLa Nuit du 12Le Comte de Monte-Cristo (que nous retrouverons aussi à Cannes dans la section Cannes Première, dans Connemara de Alex Lutz) nous avait déjà habitués à son talent, qui se confirme ici, dans son étendue, malgré sa coiffure improbable, dans un rôle aux antipodes de ceux dans les films précités, Juliette Armanet nous sidère littéralement par son jeu nuancé et précis, et par sa vitalité qui inonde tout le film. Dominique Blanc et François Rollin, sont tout aussi parfaits dans les rôles des parents de Cécile, l’une complice, et l’autre bougon au cœur tendre. Amandine Dewasmes est particulièrement subtile dans ce rôle d'épouse, faussement aveugle,  sur la fragile frontière entre bienveillance et naïveté. Et Tewfik Jallab impose une présence magnétique.

    Un film qui ré-enchante le passé, et nous serre le cœur d’une douceur mélancolique, comme un souvenir d’adolescence que le temps n’altère pas mais rend à la fois plus beau et plus douloureux.

    Si ce film n’atteint pas la perfection de On connaît la chanson d’Alain Resnais (pour moi un des films les plus brillants et profonds de l’Histoire du cinéma malgré sa légèreté apparente, un mélange subtile –à l’image de la vie – de mélancolie et de légèreté, d’enchantement et de désenchantement, un film à la frontière des émotions et des genres qui témoigne de la grande élégance de son réalisateur, du regard tendre et incisif de ses auteurs et qui nous laisse avec un air à la fois joyeux et nostalgique dans la tête. Un film qui semble entrer dans les cadres et qui justement nous démontre que la vie est plus nuancée et que chacun est forcément plus complexe que la case à laquelle on souhaite le réduire, moins lisse et jovial que l’image « enchantée » qu’il veut se donner) avec lequel certains l’ont comparé, n’oublions pas qu’il s’agit là d’un premier film.

    Ce film musical était décidément parfait pour l’ouverture de ce 78ème Festival de Cannes, nous enjoignant à chanter et danser sous la pluie (Alors, on danse ?), donc malgré les maux du monde sur lesquels les films de ce festival seront, comme chaque année, une « fenêtre ouverte ». Une fête du cinéma lucide et engagée, et tant pis si certains y voient là un paradoxe répréhensible. Une danse mélancolique. Peut-être à l’image des films de cette sélection ? Réponse dans quelques jours après le festival en direct duquel je serai la semaine prochaine.

    Catégories : OUVERTURE (cérémonies/films) Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • 7ème Prix de la Citoyenneté dans le cadre du 78ème Festival de Cannes : présentation et jury

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    Chaque année depuis sa création, je vous parle ici de ce prix indispensable qu’est le Prix de la Citoyenneté, un prix qui récompense un "cinéma citoyen et humaniste".  Le samedi 24 mai à 13h30, nous saurons quel sera le lauréat 2025.

    L’association Clap Citizen Cannes, à l’initiative de ce prix,  a été créée en mai 2017 lors du 70ème anniversaire du Festival International du Film de Cannes. Les membres fondateurs sont Line Toubiana, Françoise Camet, Guy Janvier, et Jean-Marc Portolano. Le Président de l’association est Nabil Ayouch. Les Présidents d’honneur sont : Catherine Martin-Zay, Laurent Cantet, et Hélène Mouchard-Zay.

    Ce prix met en avant des valeurs humanistes, universalistes et laïques. Il célèbre l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs. Je vous recommande ainsi les pages passionnantes du site officiel du Prix de la Citoyenneté qui les définissent.

    Les films suivants ont reçu le Prix de la Citoyenneté les années passées :

    - Capharnaüm de Nadine Labaki (2018)

    - Les Misérables de Ladj Ly (2019), 

    - Un héros de Asghar Farhadi (2021), 

    - Leila et ses frères de Saeed Roustaee (2022),

    -Les Filles d’Olfa de Kaouther Ben Hania avec une mention spéciale au film Jeunesse de Wang Bing (2023), 

    - Bird d'Andrea Arnold (2024)

    Le Prix célèbre l'engagement d'un ou une cinéaste en faveur des valeurs citoyennes. Il sera remis pour la septième fois lors de d’édition du 78ème festival international du Film de Cannes à un film en compétition de la sélection officielle. Son objet est de "distinguer une œuvre de qualité artistique de premier plan qui exalte les vertus de la richesse humaine individuelle et collective, les engagements solidaires en faveur des femmes et des hommes, ainsi que la préservation des ressources de notre planète associées à la défense de la qualité environnementale en faveur des générations futures."

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    Jury du Prix de la Citoyenneté 2025 © François Vila 

    Le jury 2025 sera  présidé par Lucas Belvaux, cinéaste, acteur et romancier franco-belge. Il sera accompagné de Muriel Coulin, cinéaste et directrice de la photographie, de Delphine Coulin, cinéaste, scénariste et écrivaine  (retrouvez ici ma critique de Jouer avec le feu de Delphine et Muriel Coulin), Isabelle Chenu, journaliste et cheffe du service culturel de RFI ainsi que de Lionel Baier, cinéaste et producteur suisse (retrouvez ici ma critique de La Cache de Lionel Baier).

    Catégories : PRIX DE LA CITOYENNETE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Annonce de la Sélection officielle du 78ème Festival de Cannes : compte-rendu de conférence de presse

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    Cet article sera complété au fur et à mesure des annonces ultérieures concernant la Sélection Officielle.

    « Vous ne pouvez changer la vision politique des gens avec un film, mais vous pouvez au moins engendrer une discussion politique. » Costa-Gavras

    Dans un monde aussi incertain, tourmenté, soumis à autant de vents contraires et de cataclysmes, peut-être nous est-il permis de rêver que le Festival de Cannes, non seulement engendrera une discussion politique comme ce fut le cas avec de nombreux films de sa Sélection officielle par le passé, mais aussi, dans un élan d’optimisme, qu’il changera la vision politique de certains. Le cinéma peut-il changer le sens du monde ? Ou du moins en réorienter notre vision ? J’ose le croire.

    Ce matin, à l’UGC Montparnasse, avait lieu la conférence de presse d’annonce de la Sélection officielle du 78ème Festival de Cannes menée par Thierry Frémaux, le Délégué général du festival, et la présidente Iris Knobloch qui, il y a trois ans, a succédé à Pierre Lescure qui lui-même avait succédé à Gilles Jacob. Une conférence qui annonce une sélection enthousiasmante qui fait la part belle aux premiers films (avec, évènement inédit, un premier film en ouverture) mais aussi aux grands cinéastes dont le talent n’est plus à prouver. Une sélection qui, comme toujours, cherche à trouver le fragile équilibre entre les découvertes et les cinéastes confirmés, le cinéma d’auteur et un cinéma plus grand public, avec notamment les films hors compétition. Une invitation à découvrir des « panoramas à couper le souffle » pour reprendre les mots de la Présidente du festival.

    De cette 78ème édition, nous savions déjà qu’elle aurait lieu du 13 au 24 mai, que le jury serait présidé par Juliette Binoche, qu’une palme d’or d’honneur serait remise à Robert De Niro, que Laurent Lafitte serait le maître des Cérémonies d’ouverture et de clôture et enfin que Mission: Impossible – The Final Reckoning ferait partie de la Sélection officielle, hors compétition, et serait présenté le  Mercredi 14 mai, au Grand Théâtre Lumière, en présence du comédien et producteur Tom Cruise, du réalisateur  et scénariste Christopher McQuarrie, ainsi que toute l’équipe du film.

    Avant l’annonce de la Sélection officielle tant attendue, la Présidente du festival Iris Knoblock a notamment rappelé la « mission historique du festival », « né en 1939, de la volonté d’offrir aux cinéastes du monde entier et à leurs films une terre d’accueil, un asile » et « de la volonté de réunir toutes celles et tous ceux qui, au-delà de leurs différences, parlent une seule et même langue, celle du cinéma. » « Depuis près de 80 ans, le Festival de Cannes dialogue ainsi avec le monde, incarne une France audacieuse, curieuse et ouverte. À une époque où la tentation du repli sur soi n'a jamais été aussi grande, ce message d'ouverture et d’espoir est fondamental. Nous avons plus que jamais conscience du rôle que joue le Festival de Cannes » a tenu à préciser la Présidente. « La promesse du Festival de Cannes est aussi d’accompagner les grandes évolutions de la société » a également rappelé cette dernière, ajoutant que « le Festival a pris connaissance avec sérieux et détermination des recommandations de la commission d’enquête parlementaire au sujet des violences dans le cinéma. »

    Elle a également rappelé que l’édition 2024 du festival avait rassemblé plus de 39000 professionnels dont près de 4200 journalistes mais aussi que 15000 professionnels de140 pays s’étaient « réunis pour échanger et concrétiser des projets au Marché du film. » Elle a également souligné la fierté de voir les films de la Sélection officielle rayonner bien au-delà des frontières, citant Flow, The Substance, Emilia Perez et Anora qui « se sont envolés vers leur incroyable destin ».

    « Les films sélectionnés interrogent, alertent et suscitent des débats. Mais surtout, ils révèlent les talents de demain » a-t-elle également signifié, ajoutant que « ici, les audaces trouvent un écho » , citant Welles, Tarantino, Campion, Bong Joon-ho. « Tous ont vu leurs destins basculer par cette magique palme d’or dont nous fêterons cette année les 70 ans. Notre plus grande fierté : continuer d’être cette incroyable dénicheur de talents. »

    « Je suis très heureuse qu’un changement continue de s’imposer. Les femmes sont finalement entendues. Le festival y est particulièrement attentif. Elles ne demandent plus leur place. Elles la prennent. Nous sommes honorés d’amplifier leurs voix, de mettre en lumière leur incroyable talent. » Ainsi la présidente du festival a-t-elle introduit son propos pour annoncer de nouveau qui présiderait le jury de cette 78ème édition. « Deux femmes se succèdent pour la première fois depuis 60 ans dans ce rôle. Juliette Binoche traverse les cinématographies du monde entier. Une des rares Françaises à avoir eu un Oscar. »

    Enfin, elle a tenu à rappeler, à l’heure à laquelle l’IA monopolise l’attention, que « le cinéma est une aventure profondément humaine » : « rappelons-nous qu’il repose avant tout sur l’engagement de femmes et d’hommes. Nous en avons eu un magnifique exemple à travers la remarquable résilience de nos amis américains mobilisés malgré les incendies dévastateurs de Los Angeles. »

    Le Délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux a ensuite pris la parole, en commençant par remarquer que « l’autre invention de Louis Lumière, c’est la salle de cinéma que nous fêterons à la fin de cette année » (retrouvez ici mon article consacré au documentaire Lumière, l'aventure continue !) et que la Sélection officielle comprend la compétition, Un Certain Regard, Cannes Première, les Séances spéciales  auxquels il faut ajouter les Séances de Minuit.

    2909 longs métrages ont été vus par les sélectionneurs cette année, un record alors qu’il y a 10 ans à peine, il n’y avait pas plus de 1000 à 1500 films visionnés. 68% de ces 2909 films sont réalisés par  des hommes. 1127 sont des premiers films. Ils témoignent ainsi de la « vitalité de la création mondiale. » Parmi tous ces films, ce sont 156 pays qui sont représentés.

    Avant de dévoiler la sélection, comme chaque année, Thierry Frémaux a décelé une tendance, cette année celle-ci : « Les films que nous avons vus, leur assemblage dessine le monde dans lequel nous vivons, plein de violence et de tension. Mais aussi plein d’amour et d’humanité, de tolérance à autrui et d’éthique personnelle. Il n’est pas celui dont on parle dans les réseaux sociaux. Le sentiment de révolte, d’esprit de contradiction et de croyance en ces valeurs universelles est toujours là. Cette sélection officielle en témoigne. »

    Il a enfin salué la mémoire d’Alain Delon, Marisa Paredes, Carlos Diegues, David Lynch et Emilie Dequenne. C’est à cette dernière qu’il a dédié la sélection.

    Avant de voir plus en détails la Sélection officielle, précisons bien sûr qu’elle sera prochainement complétée. Seront également prochainement annoncés les membres du jury, les films de Cannes Classics et d’autres films en compétition. L’affiche de cette 78ème édition sera également prochainement dévoilée. Mettra-t-elle en scène un des disparus de cette année écoulée parmi ceux cités par Thierry Frémaux ce matin ? Ou bien rendra-t-elle hommage à un classique du 7ème art porteur d’un message que le festival souhaite faire sien et mettre en exergue pour cette édition ? Toutes ces informations viendront bien sûr compléter cet article au fur et à mesure de leurs annonces.

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    Le 21 avril 2025, le Festival de Cannes a dévoilé sa sublime affiche, en réalité une double affiche pour la première fois de son histoire.  Magnifique hommage à la palme d'or 1966, Un homme et une femme de Claude Lelouch, mais aussi à ses deux acteurs principaux, Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant, récemment disparus. Un élan. Une étreinte. Un symbole d'éternité. D'union. De concorde. De judicieux symboles pour cette 78ème édition, et pour moi un écho à un inoubliable souvenir, la projection du film Les plus belles années d'une vie, dans le cadre du Festival de Cannes 2019. Je vous en avais longuement parlé, ici.

    Nous savons aussi désormais que Juliette Binoche, dans le jury de cette 78ème édition, sera accompagnée de : l’actrice et cinéaste américaine Halle Berry, la réalisatrice et scénariste indienne Payal Kapadia, l’actrice italienne Alba Rohrwacher, l’écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani, du réalisateur, documentariste et producteur congolais Dieudo Hamadi, du réalisateur et scénariste coréen Hong Sangsoo, du réalisateur, scénariste et producteur mexicain Carlos Reygadas et de l’acteur américain Jeremy Strong.

    La réalisatrice, scénariste et directrice de la photographie britannique Molly Manning Walker sera la Présidente du Jury Un Certain Regard du 78e Festival de Cannes. Elle sera entourée de la réalisatrice et scénariste franco-suisse Louise Courvoisier, de la directrice croate du Festival International du Film de Rotterdam Vanja Kaludjercic, du réalisateur, producteur et scénariste italien Roberto Minervini et de l’acteur argentin Nahuel Pérez Biscayart.

    La réalisatrice, scénariste et productrice Maren Ade sera la Présidente du Jury des courts métrages et de La Cinef du 78e Festival de Cannes. Elle sera entourée du réalisateur, scénariste et producteur Reinaldo Marcus Green, de la comédienne, auteure-compositrice-interprète Camélia Jordana, du producteur, photographe et ancien Directeur de la Filmoteca Española José María Prado Garcia et du réalisateur et scénariste Nebojša Slijepčević. Ils décerneront ensemble la Palme d’or du court métrage et les 3 prix de La Cinef, sélection du Festival de Cannes destinée aux films d’école. Le Jury découvrira les 11 films de la Compétition des courts métrages ainsi que les 16 films de la Sélection de La Cinef.

    Après le duo Emmanuelle Béart et Baloji l’an dernier, la réalisatrice et scénariste italienne Alice Rohrwacher présidera le Jury de la Caméra d’or de la 78e édition du Festival de Cannes. Ce prix récompense un premier long métrage présenté en Sélection officielle, à la Semaine de la Critique ou la Quinzaine des Cinéastes.

    Film d’ouverture

    PARTIR UN JOUR de Amélie BONNIN | 1er film – Hors Compétition

    Le film d’ouverture de cette 78ème édition sera pour la première fois un premier film, celui d’une jeune réalisatrice française. Un film d'Amélie Bonnin inspiré de son court métrage éponyme primé par le César du court métrage de fiction en 2023. Avec Juliette Armanet, Bastien Bouillon, François Rollin, Tewfik Jallab et Dominique Blanc. Synopsis : Alors que Cécile s’apprête à réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant gastronomique, elle doit rentrer dans le village de son enfance à la suite de l'infarctus de son père. Loin de l'agitation parisienne, elle recroise son amour de jeunesse. Ses souvenirs ressurgissent et ses certitudes vacillent…

    COMPETITION

    Pour l’instant, 19 films en compétition ont été annoncés dont 6 réalisés par des femmes a rappelé plusieurs fois Thierry Frémaux. Parmi ces films, nous noterons notamment celui de Jafar Panahi à propos duquel le cinéaste iranien a « demandé de ne rien dire». Parmi les sélections françaises, notons la présence de Dominik Moll dans lequel « Léa Drucker incarne une policière chargée d’inspecter le travail de ses collègues». Parmi les films français figure également le film de la comédienne (et réalisatrice) Hafsia Herzi dans lequel, selon Thierry Frémaux, elle démontre autant ses « talents de réalisatrice » que ses « convictions de femme ». Julia Ducournau revient également en compétition, quatre ans après sa palme d’or pour Titane, pour un film intitulé Alpha. Selon Thierry Frémaux, à nouveau elle « visite le cinéma de genre pour en faire un cinéma de mise en scène, d’invention formelle, de comédiens », notamment « Tahar Rahim dans un rôle de composition très saisissante. » Nous aurons également le plaisir de retrouver en compétition Wes Anderson « avec sa troupe d’acteurs », les frères Dardenne mais aussi les derniers films de Tarik Saleh, de retour à Cannes, trois ans après le captivant La Conspiration du Caire (prix du scénario), et de Joachim Trier, quatre ans après Julie (en 12 chapitres), prix d'interprétation féminine pour Renate Reinsve. Sergueï Loznitsa nous propose un film sur « L’URSS des années 30 ». Le très attendu Nouvelle vague de Richard Linklater figure également parmi les films de la compétition.

    THE PHOENICIAN SCHEME de Wes ANDERSON

    EDDINGTON de Ari ASTER

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    ©  Courtesy of A24

    JEUNES MÈRES de Jean-Pierre et Luc DARDENNE

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    ©Christine Plenus

    Jessica, Perla, Julie, Ariane et Naïma sont hébergées dans une maison maternelle qui les aide dans leur vie de jeune mère. Cinq adolescentes qui ont l’espoir de parvenir à une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leur enfant.

    ALPHA de Julia DUCOURNAU

    RENOIR de HAYAKAWA Chie

    THE HISTORY OF SOUND de Oliver HERMANUS

    LA PETITE DERNIÈRE de Hafsia HERZI

    SIRAT de Oliver LAXE

    NOUVELLE VAGUE de Richard LINKLATER

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    Le film sort dans les salles françaises le 8 octobre 2025.  L'histoire de Godard tournant À bout de souffle, racontée dans le style et l'esprit de Godard tournant À bout de souffle.

    DEUX PROCUREURS de Sergei LOZNITSA

    FUORI de Mario MARTONE

    O SECRETO AGENTE de Kleber MENDONÇA FILHO
    (L’AGENT SECRET)

    DOSSIER 137 de Dominik MOLL

    UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar PANAHI

    THE MASTERMIND de Kelly REICHARDT

    LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE de Tarik SALEH

    SOUND OF FALLING de Mascha SCHILINSKI

    ROMERÍA de Carla SIMÓN

    SENTIMENTAL VALUE de Joachim TRIER

    HORS COMPETITION

    Les films hors compétition promettent aussi cette année de beaux moments d’émotion avec, pour commencer, le nouveau film de Thierry Klifa dont j’affectionne particulièrement le cinéma, tout comme celui de Cédric Klapisch qui présentera également son nouveau long-métrage dans ce cadre. Sera également présenté hors compétition le nouveau film de Rebecca Zlotowski avec Daniel Auteuil et Jodie Foster.

    LA VENUE DE L’AVENIR de Cédric KLAPISCH

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    Synopsis : Aujourd'hui, en 2024, une trentaine de personnes issues d'une même famille apprennent qu'ils vont recevoir en héritage une maison abandonnée depuis des années. Quatre d'entre eux, Seb, Abdel, Céline et Guy sont chargés d'en faire l'état des lieux. Ces lointains "cousins" vont alors découvrir des trésors cachés dans cette vieille maison. Ils vont se retrouver sur les traces d'une mystérieuse Adèle qui a quitté sa Normandie natale, à 20 ans. Cette Adèle se retrouve à Paris en 1895, au moment où cette ville est en pleine révolution industrielle et culturelle. Pour les 4 cousins, ce voyage introspectif dans leur généalogie va leur faire découvrir ce moment si particulier de la fin du 19ème siècle où la photographie s'inventait et l'impressionnisme naissait. Ce face à face entre les deux époques 2024 et 1895 remettra en question leur présent et leurs idéaux et racontera le sens de : La venue de l'avenir.

    Avec Suzanne Lindon, Abraham Wapler, Vincent Macaigne, Julia Piaton, Zinedine Soualem, Paul Kircher, Vassili Schneider, Sara Giraudeau, Cécile de France et Claire Pommet.

    LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE de Thierry KLIFA

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    La femme la plus riche du monde, c’est ici Liliane Bettencourt ( Isabelle Huppert) lorsque l’héritière de L’Oréal a le coup de foudre pour l’écrivain-photographe François-Marie Banier, son cadet de 25 ans. Le film relate leur relation fusionnelle qui suscite l’inquiétude de sa fille et la surveillance de son majordome…. Avec aussi : Laurent Lafitte, Marina Fois et Raphaël Personnaz.

    MISSION: IMPOSSIBLE – THE FINAL RECKONING de Christopher MCQUARRIE

    VIE PRIVÉE de Rebecca ZLOTOWSKI

    CANNES PREMIERE

    Cette section, la plus récente, révèle chaque année des pépites, comme l’an passé En fanfare ou Le Roman de Jim. Thierry Frémaux a notamment évoqué La Ola comme un film qui allait « susciter de nombreux débats, par sa forme, celle d’une comédie musicale, et en raison des opinions affichées par le réalisateur et ses coscénaristes. »

    AMRUM de Fatih AKIN

    SPLITSVILLE de Michael Angelo COVINO

    LA OLA de Sebastián LELIO
    (LA VAGUE)

    CONNEMARA de Alex LUTZ

    ORWELL : 2+2=5 de Raoul PECK

    DAS VERSCHWINDEN DES JOSEF MENGELE de Kirill SEREBRENNIKOV
    (LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE)

    SEANCES SPECIALES

    Comment souvent, les films en séances spéciales sont également particulièrement attendus et marquants  comme ce fut le cas avec Le Fil de Daniel Auteuil l’an passé (qui vient de recevoir le prix Jacques Deray).

    STORIES OF SURRENDER de BONO

    DITES-LUI QUE JE L’AIME de Romane BOHRINGER

    MARCEL ET MONSIEUR PAGNOL de Sylvain CHOMET

    Marcel et Monsieur Pagnol affiche Cannes 2025.jpg

    Le nouveau film événement de Sylvain Chomet (nommé 4 fois aux Oscars). Avec les voix de Laurent Lafitte, Géraldine Pailhas, Thierry Garcia, Anaïs Petit, Vincent Fernandel, Véronique Philipponnat. Le génie de Sylvain Chomet rencontre le soleil de Marcel Pagnol à travers une fabuleuse fresque humaine et historique. A l’apogée de sa gloire, Marcel Pagnol reçoit la commande d’une rédactrice en chef d’un grand magazine féminin pour l’écriture d’un feuilleton littéraire, dans lequel il pourra raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours... En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, lui apparaît soudain. Ainsi, ses souvenirs ressurgissent au fil des mots : l’arrivée du cinéma parlant, le premier grand studio de cinéma, son attachement aux acteurs, l'expérience de l’écriture. Le plus grand conteur de tous les temps devient alors le héros de sa propre histoire.

    SEANCES DE MINUIT

    En séances de minuit, nous retrouvons notamment Yann Gozlan qui avait signé les palpitants Un homme idéal et Boîte noire. Cette fois, il présentera son dernier film, avec Cécile de France, Lars Mikkelsen, Anna Mouglalis et Mylène Farmer. Écrit par Yann Gozlan et Nicolas Bouvet-Levrard. D’après le roman de Tatiana De Rosnay, Les fleurs de l’ombre.

    DALLOWAY de Yann GOZLAN

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    Synopsis : Clarissa, romancière en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse à la pointe de la technologie. Elle trouve en Dalloway, son assistante virtuelle, un soutien et même une confidente qui l’aide à écrire. Mais peu à peu, Clarissa éprouve un malaise face au comportement de plus en plus intrusif de son IA, renforcé par les avertissements complotistes d’un autre résident. Se sentant alors surveillée, Clarissa se lance secrètement dans une enquête pour découvrir les réelles intentions de ses hôtes. Menace réelle ou délire paranoïaque ?

    EXIT 8 de KAWAMURA Genki

    FENG LIN HUO SHAN de MAK Juno
    (SONS OF THE NEON NIGHT)

    UN CERTAIN REGARD

    Comme toujours, à Un Certain regard, nous retrouvons un « cinéma plus de recherche formelle ». Nous y verrons notamment le nouveau film d’Hubert Charuel à qui nous devions Petit paysan, mais aussi un film nigerian, une première pour le Nigeria que ce film en Sélection officielle, ou encore le dernier film de Stéphane Demoustier qui avait signé notamment le remarquable Borgo. L’acteur de Triangle of sadness est également présent en tant que réalisateur pour son premier film. Le premier film d’une autre actrice figure également dans cette sélection, celui de Scarlett Johansson.

    LA MISTERIOSA MIRADA DEL FLAMENCO de Diego CÉSPEDES | 1er film
    (THE MYSTERIOUS GAZE OF THE FLAMINGO)

    MÉTÉORS de Hubert CHARUEL

    MY FATHER’S SHADOW de Akinola DAVIES JR | 1er film

    L’INCONNU DE LA GRANDE ARCHE de Stéphane DEMOUSTIER

    URCHIN de Harris DICKINSON | 1er film

    HOMEBOUND de Neeraj GHAYWAN

    A PALE VIEW OF HILLS de ISHIKAWA Kei

    ELEANOR THE GREAT de Scarlett JOHANSSON | 1er film

    KARAVAN de Zuzana KIRCHNEROVA | 1er film

    PILLION de Harry LIGHTON | 1er film

    AISHA CAN’T FLY AWAY de Morad MOSTAFA | 1er film

    ONCE UPON A TIME IN GAZA de Arab et Tarzan NASSER

    THE PLAGUE de Charlie POLINGER | 1er film

    PROMIS LE CIEL de Erige SEHIRI

    LE CITTÀ DI PIANURA de Francesco SOSSAI
    (UN DERNIER POUR LA ROUTE)

    TESTA O CROCE? de Matteo ZOPPIS, Alessio RIGO DE RIGHI
    (HEADS OR TAILS?) 

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    Le 23 avril, la Sélection Officielle a été complétée par les films suivants : 

    Compétition

    DIE MY LOVE

    Lynne Ramsay

    MOTHER AND CHILD

    Saeed Roustaee

    Un Certain Regard

    LOVE ME TENDER

    Anna Cazenave Cambet

    UN POETA

    Simón Mesa Soto

    O RISO E A FACA (LE RIRE ET LE COUTEAU)

    Pedro Pinho

    THE CHRONOLOGY OF WATER

    Kristen Stewart

    1er film

    Cannes Première

    RENAI SAIBAN

    Kōji Fukada

    ÁSTIN SEM EFTIR ER

    Hlynur Pálmason

    MAGALHÃES

    Lav Diaz

    Séances de minuit

    LE ROI SOLEIL

    Vincent Maël Cardona

    HONEY DON’T

    Ethan Coen

    Séances spéciales

    AMÉLIE ET LA MÉTAPHYSIQUE DES TUBES

    Maïlys Vallade et Liane-Cho Han

    1er film

    MAMA

    Or Sinai

    1er film

    ARCO

    Ugo Bienvenu

    1er film

    QUI BRILLE AU COMBAT

    Joséphine Japy

    1er film

    Et dans le cadre d’un hommage à Pierre Richard

    L'HOMME QUI A VU L'OURS QUI A VU L'HOMME

    Pierre Richard

    COMPLEMENTS DE SELECTION du 08/05/2025

    Compétition

    RÉSURRECTION

    Bi Gan

    Hors Compétition

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    13 JOURS, 13 NUITS

    Martin Bourboulon

    Séance spéciale

    THE SIX BILLION DOLLAR MAN

    Eugene Jarecki

    Cannes Première

    MA FRÈRE

    Lise Akoka et Romane Gueret

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    © Michaël JAN

    16 œuvres immersives venant de 9 pays seront présentées en Sélection dont 9 en Compétition.

    Le Jury de la Compétition immersive sera présidé par le réalisateur français Luc Jacquet qui sera accompagné de l’artiste américaine Laurie Anderson, de l’écrivaine française Tania de Montaigne, de la réalisatrice britannique Martha Fiennes et du créateur de jeux vidéo japonais Tetsuya Mizuguchi.

    Ce prestigieux Jury aura la noble tâche de remettre le prix de la Meilleure Œuvre immersive lors de la Cérémonie de Clôture de la Compétition immersive, le 22 mai prochain.

    Lancée en 2024, la Compétition immersive investit cette année l’Hôtel Carlton, lors du 78e Festival de Cannes.

    CANNES CLASSICS 2025

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    © Roy Export Company Ltd

    Le centenaire de The Gold Rush de Charlie Chaplin en pré-ouverture le 13 mai salle Debussy,

    L’avant-première mondiale du film de Diane Kurys qui raconte le couple Montand-Signoret,

    Les 25 ans d’Amores perros d’Alejandro G. Iñárritu en sa présence,

    Un hommage à Edward Yang avec la copie restaurée de Yi Yi,

    La ressortie d’À toute épreuve de John Woo, 

    Les 90 ans de Merlusse de Marcel Pagnol, Président du Jury en 1955,

    Des documentaires pour penser à David Lynch, à Carlos Diegues, à Pierre-William Glenn, 

    Deux acteurs qui se filment, Shia LaBeouf et Raphaël Quenard,

    Kevin Smith et Dogma de retour sur la Croisette comme la réalisatrice de Hong Kong, T’ang Shushuen, pour The Arch

    Un hommage à István Szabó,

    Les 50 ans de Vol au-dessus d’un nid de coucou

    La légende du cyclisme Eddy Merckx pour la légendaire Course en tête de Joël Santoni,

    Une projection en hommage à Mohamed Lakhdar-Hamina,

    Des films rares en provenance de Colombie et d’Irak,

    La première réalisatrice du Sri Lanka, 

    Les 120 ans de la naissance de Naruse

    Le Magirama d’Abel Gance,

    Jayne Mansfield par sa fille l’actrice Mariska Hargitay,

    Satyajit Ray par Wes Anderson grâce à The Film Foundation de Martin Scorsese,

    Le réalisateur allemand Konrad Wolf sur le devant de la scène,

    Un film argentin, Más allá del olvido, dont on se demande si Alfred Hitchcock ne s’en serait pas inspiré pour Vertigo,

    Barry Lyndon en clôture, et…

    Quentin Tarantino pour deux films et une rencontre autour de George Sherman

    PROGRAMME DU CINEMA DE LA PLAGE

    A HIDDEN LIFE TERRENCE MALICK 2019

     HARD BOILED JOHN WOO 1992 –

     LES MAUVAIS COUPS FRANÇOIS LETERRIER 1961 –

    DUEL IN THE SUN KING VIDOR 1946

    LA LÉGENDE DE LA PALME D’OR... CONTINUE ALEXIS VELLER 2025 –doc Suivi de SUNSET BLVD BILLY WILDER 1950 –

    PALOMBELLA ROSSA NANNI MORETTI 1989 – 1h28

    BARDOT ALAIN BERLINER 2025– doc

    Bardot Alain Berliner Cannes 2025.jpg

    TENSHI NO TAMAGO MAMORU OSHII 1985

    DARLING JOHN SCHLESINGER 1965

    ANGE TONY GATLIF

    FILM SURPRISE…  (le vendredi 23 mai)

    MÉLODIE EN SOUS-SOL HENRI VERNEUIL 1963

    LES RENDEZ-VOUS DU FESTIVAL DE CANNES

    - Rendez-vous avec... Christopher McQuarrie
    Mercredi 14 mai à 12h30 - Salle Debussy

    - Rendez-vous avec... 
    Robert De Niro
    Mercredi 14 mai à 15h15 - Salle Debussy 
     

    -Rendez-vous avec... 
    Alexandre Desplat & Guillermo del Toro
    Une leçon de musique en partenariat avec La Sacem.
    Dimanche 18 mai à 14h00 - Salle Buñuel

    Melodie en sous-sol.jpg

    Retrouvez ici la grille des projections du 78ème Festival de Cannes sur le site officiel du Festival de Cannes

    Catégories : CONFERENCES DE PRESSE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer