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THE DEAD DON'T DIE de Jim Jarmusch en ouverture du 72ème Festival de Cannes : présentation et critique de PATERSON

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THE DEAD DON'T DIE © 2019 IMAGE ELEVEN PRODUCTIONS INC. TOUS DROITS RÉSERVÉS. / ARTWORK © 2016 FOCUS FEATURES LLC

Le film d'ouverture du 72ème Festival de Cannes promet une atmosphère singulière autant qu'un tapis rouge d'exception. Sous la présentation du film en question, retrouvez ma critique de "Paterson" du même Jim Jarmusch (film en compétition au Festival de Cannes 2016).

The Dead Don't Die, le nouveau film de Jim Jarmusch sera présenté à Cannes en ouverture, en Compétition et en première mondiale. 

C'est avec la projection en Compétition du nouveau long métrage de Jim Jarmusch, The Dead Don't Die, que s'ouvrira le 72e Festival International du Film. Mardi 14 mai, sur l'écran du Grand Théâtre Lumière, le film du réalisateur et scénariste américain sera le premier à concourir pour la Palme d'or. 

Synopsis : Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.  

Depuis Stranger Than Paradise, Caméra d’or au Festival de Cannes en 1984, qui fit date dans l’histoire du nouveau cinéma indépendant américain, Jim Jarmusch nous a habitués à ses univers créatifs et mélancoliques, à ses B.O. inspirées, à son humour décalé et aux errances de ses anti-héros dans un monde toujours légèrement étrange. À Cannes, son cinéma rock et élégant souvent à l’étude d’une Amérique différente a été salué par quatre prix dont la Palme d’or du court métrage en 1993 pour Coffee and Cigarettes et le Grand Prix en 2005 pour Broken Flowers.

En 2016, Jim Jarmusch avait présenté deux films en Sélection officielle : Paterson avec Golshifteh Farahani et Adam Driver, en Compétition, et Gimme Danger, le documentaire musical sur Iggy et les Stooges, en Séance de Minuit.

Le film sortira en France le même jour que sa présentation à Cannes le 14 mai en soirée, aux États-Unis le 14 juin 2019 puis dans le monde entier.

La cérémonie d’Ouverture du 72e Festival de Cannes aura lieu le 14 mai 2019. Elle sera retransmise en clair par Canal +, ainsi que dans les salles de cinéma partenaires. L’acteur et réalisateur Edouard Baer en sera le maître de cérémonie.

Le Jury de la Compétition présidé par Alejandro González Iñárritu remettra la Palme d’or lors de la cérémonie du Palmarès le samedi 25 mai.

La composition de la Sélection officielle sera annoncée le jeudi 18 avril prochain.

 Plus d’informations sur www.festival-cannes.com (Source : communiqué de presse officiel du Festival de Cannes)

Critique de PATERSON de Jim Jarmusch

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C’était le film le plus inclassable de la compétition du dernier Festival du Cinéma et Musique de La Baule (d'où il est reparti avec presque tous les prix, à l'unanimité du jury), oublié du palmarès du  Festival de Cannes (en salles le 21 décembre) .

Paterson (Adam Driver) vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allan Ginsberg, une ville aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura (Golshifteh Farahani), qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, l’inénarrable bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

Le film dont l’intrigue se déroule sur une semaine, est empreint de dualité et est construit en miroir avec une précision fascinante, une fausse simplicité, une douceur hypnotique, un rythme lancinant. Envoûtants. Sa lenteur, certes captivante, en rebutera peut-être plus d’un, pourtant pour peu que vous acceptiez ce rythme, la poésie contemplative du film vous happera progressivement pour vous plonger et vous bercer dans une atmosphère à la fois mélancolique et ouateuse.

La dualité et la répétition sont partout. Dans le noir et blanc qui obsèdent la compagne de Paterson (un noir et blanc dont elle décore toute la maison, mais aussi les rideaux,  ses cupcakes, ses vêtements). Les jumeaux que le couple voit partout (en rêve pour l’une, dans son étrange réalité pour l’autre). Dans le patronyme « Paterson » qui est aussi celui de la ville où le protagoniste évolue et celle où a vécu le poète dont il s’inspire (William Carlos Williams). Sans oublier les journées répétitives : le réveil, le trajet à pied pour aller en travail, l’écriture d’ un poème dans son carnet secret toujours interrompue par l’arrivée de son patron déprimé, les conversations des passagers de son bus, le retour à la maison en redressant la boîte aux lettres que le chien fait chaque jour malicieusement tomber, les discussions avec sa femme, et la journée qui s’achève par la promenade du chien et la bière au café où une conversation ou un imprévu viennent aussi briser le rythme routinier. Un seul évènement viendra réellement bouleverser ce rythme répétitif tandis que le couple regarde un film de Jacques Tourneur au cinéma, punis d’avoir dérogés à ses habitudes quotidiennes.

Décrit ainsi, le film pourrait paraître ennuyeux et banal. S’en dégage pourtant une beauté poétique qui sublime l’apparente simplicité de chaque instant, l’ennui routinier qui semble parfois peser sur Paterson (la ville, ville pauvre du New Jersey qui rappelle Détroit dans « Only  Lovers Left Alive » ) et sur Paterson, l’homme. Il regarde ainsi chaque soir les visages célèbres de la ville accrochés dans le bar où s’achèvent ses journées. Admiratif, il écoute une petite fille lui dire le poème qu’elle a écrit et qu’il admire. Il  écoute enfin un touriste Japonais lui vanter les poèmes de William Carlos Williams. Miroirs encore. Ceux de ses regrets, de ses échecs, de sa vie qui semble condamné à cette inlassable routine mais que sublime le plus beau des pouvoirs, celui de savoir jongler avec les mots qui résonnent aux oreilles du spectateur comme une douce et enivrante mélopée.

Jarmusch, avec une acuité remarquable, capte l’extraordinaire dans l’ordinaire, le singulier dans le quotidien. Les vers qui s’écrivent sur l’écran et la voix de Paterson qui les répète inlassablement est une musique qui s’ajoute à celle de Sqürl, le groupe de Jim Jarmusch, et qui nous charme insidieusement pour finalement nous faire quitter à regrets cet univers réconfortant, tendrement cocasse, et poétique.

Le film a reçu l’Ibis d’or du meilleur film à La Baule mais aussi celui du meilleur acteur pour Adam Driver et de la meilleure actrice pour Golshifteh Farahani. La tendre nonchalance du premier, sa bienveillance envers l’attendrissante folie de sa femme (Golshifteh Farahani, toujours d’une justesse remarquable) sont en effet pour beaucoup dans le l’enchantement irrésistible de ce poème terriblement séduisant.

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