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  • Présentation - JEUNE & JOLIE de François Ozon - Compétition officielle Cannes 2013 et critique de "Dans la maison"

    C’est un des films de cette compétition officielle que j’attends le plus (oui, je sais, je vous ai déjà dit ça avec « The immigrant« , « A touch of Sin » de Jia Zhang Ke et « La Grande Bellezza » de Paolo Sorrentino): « Jeune & Jolie » de François Ozon, un film avec Frédéric Pierrot, Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Fantin Ravat qui sortira en salles en France le 21 août. François Ozon se retrouve ainsi en compétition 10 ans après l’avoir été avec « Swimming pool » et après avoir présenté le bouleversant « Le temps qui reste » en 2005.

    Synopsis: Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons.

    En attendant de découvrir ce film et de vous en livrer ici ma critique, je vous propose de retrouver ma critique de « Dans la maison », le dernier film de François Ozon sorti en 2012, une ludique et jubilatoire leçon d’écriture et de manipulation, ainsi que la critique de « Potiche » (qui prouve aussi à quel point il sait passer d’un univers à l’autre) mais également la critique de « Match point » de Woody Allen (vous saurez pourquoi en lisant ma critique de « Dans la maison »).

    CRITIQUE - »Dans la maison » de François Ozon

    Comme je le fais avec certains de ses ainés (Resnais, Téchiné…) du cinéma français, je m’efforce (très doux effort, d’ailleurs) de ne manquer aucun film de François Ozon, promesse toujours d’une promenade dans les méandres de son imagination fertile servie, toujours aussi, par une réalisation maligne, complice ou traitre, qui nous conduit dans les secrets, souvent enfouis ou inavoués, de l’intérieur…des âmes et/ou des habitations. Et justement, ce nouveau long-métrage librement adapté de la pièce espagnole de Juan Mayorga intitulée « Le Garçon du dernier rang » s’intitule « Dans la maison ».

    Cette maison, c’est celle dans laquelle s’immisce un garçon de 16 ans, Claude (Ernst Umhauer), celle d’un élève de sa classe, Rapha(ël). C’est ce qu’il commence à raconter à son professeur de français, Germain Germain (incarné par Fabrice Luchini) dans une rédaction, un devoir donné par ce dernier demandant à ses élèves (pardon : ses apprenants) de raconter leur week end. Plus doué que les autres dont les rédactions ne sont qu’une suite de banalités désespérantes, l’élève attire son attention par son intelligence malgré (à cause de ?) son mépris de « l’odeur de la femme de la classe moyenne ». La rédaction se termine par « A suivre ». Et des suites, il y en aura beaucoup. Reprenant goût à l’enseignement, Germain le professeur aigri, écrivain raté, continue à donner des cours particuliers et à demander des rédactions à son brillant élève qui dénote parmi ses élèves à uniformes (et uniformisés) et qui continue ainsi à lui raconter et/ou inventer les suites de son aventure et de son intrusion dans la maison. Germain va alors devenir le complice, le manipulateur et la victime de cette brillante rédaction/manipulation à suivre encore et toujours…

    « Dans la maison » commence avec Germain, professeur sans histoire(s), dans le hall vide et austère du lycée, à l’image de son existence, un premier plan auquel le dernier très hitchcockien (je ne vous dirai évidemment pas en quoi il consiste), au contraire riche d’histoires, fait brillamment écho. Entre les deux, François Ozon, s’amuse avec les mots, rend hommage à leur prodigieux pouvoir, à leur troublante beauté, nous donne des pistes pour mieux nous en écarter, bref, nous manipule tout comme son élève manipule son professeur par un savant jeu de mise en abyme. Jeu de doubles, de miroirs et de reflets dans la réalisation comme dans les identités : Germain Germain, les deux jumelles (très courte mais irrésistible apparition de Yolande Moreau) et évidemment la plus maligne et féroce d’entre toutes, le spectateur et Germain pareillement manipulés, voyant leur curiosité aiguisée par un autre duo Claude/Ozon.

    Et c’est ce qu’est avant tout ce nouveau film de François Ozon : une brillante leçon de manipulation et (donc) surtout d’écriture et de scénario (de ce point de vue comme le prolongement de « Swimming pool » et, dans une moindre mesure, de « Sous le sable »). Tout comme Germain donne un cours d’écriture à Claude en lui parlant de personnages, d’objectifs et de conflits ou encore de ce en quoi consiste une bonne fin (« Quand le spectateur se dit Je ne m’attendais pas à ça et ça ne pouvait pas finir autrement »), Ozon nous en donne une à nous aussi, en ne suivant justement pas ce schéma habituel, pour mieux nous dérouter, manipuler, et maintenir ainsi constamment le suspense, la surprise, voire l’emprise. Nous sommes sa marionnette consentante, dans la même situation que Germain, avides de connaître ce que cache ce « A suivre », Claude étant d’ailleurs, plus qu’un brillant écrivain, surtout très habile pour encourager la fibre voyeuriste de son lecteur (enfin, de ses lecteurs, puisque Germain lit tous ses textes à son épouse). Ce n’est évidemment pas un hasard si Germain et cette dernière vont au cinéma pour voir « Match point » de Woody Allen, la plus brillante des leçons de scénario et manipulation qui soit (critique en bonus à la fin de cet article, avec celle de « Potiche » également de François Ozon).

    Et puis, surtout, Ozon s’amuse. Avec les mots, faussement dérisoires ou terriblement troublants et périlleux. Avec les noms propres (Germain Germain). Avec les codes de l’art : son absurdité, parfois (scènes irrésistibles dans la galerie de l’épouse de Germain interprétée par Kristin Scott Thomas) et sa beauté, souvent (« L’art nous éveille à la beauté des choses » ). Cela pourrait devenir un thriller mais Ozon se contente d’une inquiétante normalité qui, d’un instant à l’autre, semble pouvoir dériver vers le drame, toujours latent, retenant ainsi constamment notre attention. Riche de ses influences et références : de Pasolini (« Théorème ») à Hitchcock (« Fenêtre sur cour »), ce nouveau film de François Ozon se situe quelque part entre Chabrol et Polanski mais surtout témoigne de son style bien à lui prouvant, si besoin en était, la vitalité du cinéma français qui compte parmi les meilleurs films de cette année 2012 ( dans des genres différents : « J’enrage de son absence », « Une bouteille à la mer », « Vous n’avez encore rien vu », « Les Adieux à la reine », « Comme des frères »… ).

    Le jeu trouble des acteurs, les angles changeants de la caméra (souvent trompeurs et doubles, eux aussi) permettent de brouiller les repères et de mêler les genres cinématographiques, les perceptions, la fiction et la réalité, de s’amuser avec ce jeu dangereux et délectable qu’est l’écriture, avec les clichés aussi. Clichés d’une famille qui semble tout droit sortie d’une sitcom avec sa maison à la décoration proprette, le père incarné par un Denis Ménochet moustachu et réjouissant (qui se prénomme Rapha comme le fils, brouillant là aussi d’autres repères) obsédé par la Chine et le basket, le fils totalement insipide, et la mère (Emmanuelle Seigner, parfaite dans ce contre-emploi de femme au foyer) constamment plongée dans ses magazines de décoration, caricatures de la classe moyenne vue par l’esprit arrogant de Claude.

    Puis il y a Luchini, plus juste que jamais, cet amoureux des mots, sublimes et périlleux, auxquels Ozon rend si bien hommage, citant justement les auteurs que l’acteur aime tant : La Fontaine, Flaubert, Céline, ou encore Dostoïevski (à qui Woody Allen faisait d’ailleurs largement référence dans « Match point ») qui transpose « des êtres pathétiques, nuls, en personnages inoubliables ». Je vous reparlerai de Luchini et de l’amour des mots demain avec mon compte-rendu de la Master class de Jean-Laurent Cochet, le maître de l’acteur qui continue d’ailleurs de le citer régulièrement.

    Un film particulièrement bien écrit (sans l’être trop, écueil particulièrement difficile à éviter avec un film sur l’écriture), brillant et ludique, un labyrinthe (avec et sans minotaure) joyeusement immoral, drôle et cruel, une comédie grinçante et un jeu délicieusement pervers, qui ne pourra que plaire aux amoureux de la littérature et de l’écriture qui sortiront de la salle heureux de voir que, toujours, le cinéma et l’écriture illuminent (ou, certes, dramatisent) l’existence et, en tout cas, sortent vainqueur, et peut-être sortiront-ils aussi en ressassant cette phrase : « Même pieds nus la pluie n’irait pas danser ». A suivre…

    Critique de « Match point » de Woody Allen

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    Un film de Woody Allen comme le sont ceux de la plupart des grands cinéastes est habituellement immédiatement reconnaissable, notamment par le ton, un humour noir corrosif, par la façon dont il (se) met en scène, par la musique jazz, par le lieu (en général New York).

    Cette fois il ne s’agit pas d’un Juif New Yorkais en proie à des questions existentielles mais d’un jeune irlandais d’origine modeste, Chris Wilton (Jonathan Rhys-Meyer), qui se fait employer comme professeur de tennis dans un club huppé londonien. C’est là qu’il sympathise avec Tom Hewett (Matthew Goode), jeune homme de la haute société britannique avec qui il partage une passion pour l’opéra. Chris fréquente alors régulièrement les Hewett et fait la connaissance de Chloe (Emily Mortimer), la sœur de Tom, qui tombe immédiatement sous son charme. Alors qu’il s’apprête à l’épouser et donc à gravir l’échelle sociale, il rencontre Nola Rice (Scarlett Johansson), la pulpeuse fiancée de Tom venue tenter sa chance comme comédienne en Angleterre et, comme lui, d’origine modeste. Il éprouve pour elle une attirance immédiate, réciproque. Va alors commencer entre eux une relation torride…

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    Je mets au défi quiconque n’ayant pas vu le nom du réalisateur au préalable de deviner qu’il s’agit là d’un film de Woody Allen, si ce n’est qu’il y prouve son génie, dans la mise en scène, le choix et la direction d’acteurs, dans les dialogues et dans le scénario, « Match point » atteignant d’ailleurs pour moi la perfection scénaristique.

    Woody Allen réussit ainsi à nous surprendre, en s’affranchissant des quelques « règles » qui le distinguent habituellement : d’abord en ne se mettant pas en scène, ou en ne mettant pas en scène un acteur mimétique de ses tergiversations existentielles, ensuite en quittant New York qu’il a tant sublimée. Cette fois, il a en effet quitté Manhattan pour Londres, Londres d’une luminosité obscure ou d’une obscurité lumineuse, en tout cas ambiguë, à l’image du personnage principal, indéfinissable.

    Dès la métaphore initiale, Woody Allen nous prévient (en annonçant le thème de la chance) et nous manipule (pour une raison que je vous laisse découvrir), cette métaphore faisant écho à un rebondissement (dans les deux sens du terme) clé du film. Une métaphore sportive qu’il ne cessera ensuite de filer : Chris et Nola Rice se rencontrent ainsi autour d’une table de ping pong et cette dernière qualifie son jeu de « très agressif »…

    « Match point » contrairement à ce que son synopsis pourrait laisser entendre n’est pas une histoire de passion parmi d’autres (passion dont il filme d’ailleurs et néanmoins brillamment l’irrationalité et la frénésie suffocante que sa caméra épouse) et encore moins une comédie romantique (rien à voir avec « Tout le monde dit I love you » pour lequel Woody Allen avait également quitté les Etats-Unis) ; ainsi dès le début s’immisce une fausse note presque imperceptible, sous la forme d’une récurrente thématique pécuniaire, symbole du mépris insidieux, souvent inconscient, que la situation sociale inférieure du jeune professeur de tennis suscite chez sa nouvelle famille, du sentiment d’infériorité que cela suscite chez lui mais aussi de sa rageuse ambition que cela accentue ; fausse note qui va aller crescendo jusqu’à la dissonance paroxystique, dénouement empruntant autant à l’opéra qu’à la tragédie grecque. La musique, notamment de Verdi et de Bizet, exacerbe ainsi encore cette beauté lyrique et tragique.

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    C’est aussi le film des choix cornéliens, d’une balle qui hésite entre deux camps : celui de la passion d’un côté, et de l’amour, voire du devoir, de l’autre croit-on d’abord ; celui de la passion amoureuse d’un côté et d’un autre désir, celui de réussite sociale, de l’autre (Chris dit vouloir « apporter sa contribution à la société ») réalise-t-on progressivement. C’est aussi donc le match de la raison et de la certitude sociale contre la déraison et l’incertitude amoureuse.

    A travers le regard de l’étranger à ce monde, Woody Allen dresse le portrait acide de la « bonne » société londonienne avec un cynisme chabrolien auquel il emprunte d’ailleurs une certaine noirceur et une critique de la bourgeoisie digne de La cérémonie que le dénouement rappelle d’ailleurs.

    Le talent du metteur en scène réside également dans l’identification du spectateur au (anti)héros et à son malaise croissant qui trouve finalement la résolution du choix cornélien inéluctable, aussi odieuse soit-elle. En ne le condamnant pas, en mettant la chance de son côté, la balle dans son camp, c’est finalement notre propre aveuglement ou celui d’une société éblouie par l’arrivisme que Woody Allen stigmatise. Parce-que s’il aime (et d’ailleurs surtout désire) la jeune actrice, Chris aime plus encore l’image de lui-même que lui renvoie son épouse : celle de son ascension.

    Il y a aussi du Renoir dans ce Woody Allen là qui y dissèque les règles d’un jeu social, d’un match fatalement cruel ou même du Balzac car rarement le ballet de la comédie humaine aura été aussi bien orchestré.

    Woody Allen signe un film d’une férocité jubilatoire, un film cynique sur l’ironie du destin, l’implication du hasard et de la chance. Un thème que l’on pouvait notamment trouver dans « La Fille sur le pont » de Patrice Leconte. Le fossé qui sépare le traitement de ce thème dans les deux films est néanmoins immense : le hiatus est ici celui de la morale puisque dans le film de Leconte cette chance était en quelque sorte juste alors qu’elle est ici amorale, voire immorale, …pour notre plus grand plaisir. C’est donc l’histoire d’un crime sans châtiment dont le héros, sorte de double de Raskolnikov, est d’ailleurs un lecteur assidu de Dostoïevski (mais aussi d’un livre sur Dostoïevski, raison pour laquelle il épatera son futur beau-père sur le sujet), tout comme Woody Allen à en croire une partie la trame du récit qu’il lui « emprunte ».

    Quel soin du détail pour caractériser ses personnages, aussi bien dans la tenue de Nola Rice la première fois que Chris la voit que dans la manière de Chloé de jeter négligemment un disque que Chris vient de lui offrir, sans même le remercier . Les dialogues sont tantôt le reflet du thème récurrent de la chance, tantôt d’une savoureuse noirceur (« Celui qui a dit je préfère la chance au talent avait un regard pénétrant sur la vie », ou citant Sophocle : « n’être jamais venu au monde est peut-être le plus grand bienfait »…). Il y montre aussi on génie de l’ellipse (en quelques détails il nous montre l’évolution de la situation de Chris…).

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    Cette réussite doit aussi beaucoup au choix des interprètes principaux : Jonathan Rhys-Meyer qui interprète Chris, par la profondeur et la nuance de son jeu, nous donnant l’impression de jouer un rôle différent avec chacun de ses interlocuteurs et d’être constamment en proie à un conflit intérieur ; Scarlett Johansson d’une sensualité à fleur de peau qui laisse affleurer une certaine fragilité (celle d’une actrice en apparence sûre d’elle mais en proie aux doutes quant à son avenir de comédienne) pour le rôle de Nola Rice qui devait être pourtant initialement dévolu à Kate Winslet ; Emily Mortimer absolument parfaite en jeune fille de la bourgeoisie londonienne, naïve, désinvolte et snob qui prononce avec la plus grande candeur des répliques inconsciemment cruelles(« je veux mes propres enfants » quand Chris lui parle d’adoption …). Le couple que forment Chris et Nola s’enrichit ainsi de la fougue, du charme électrique, lascif et sensuel de ses deux interprètes principaux.

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    La réalisation de Woody Allen a ici l’élégance perfide de son personnage principal, et la photographie une blancheur glaciale semble le reflet de son permanent conflit intérieur.

    Le film, d’une noirceur, d’un cynisme, d’une amoralité inhabituels chez le cinéaste, s’achève par une balle de match grandiose au dénouement d’un rebondissement magistral qui par tout autre serait apparu téléphoné mais qui, par le talent de Woody Allen et de son scénario ciselé, apparaît comme une issue d’une implacable et sinistre logique et qui montre avec quelle habileté le cinéaste a manipulé le spectateur (donc à l’image de Chris qui manipule son entourage, dans une sorte de mise en abyme). Un match palpitant, incontournable, inoubliable. Un film audacieux, sombre et sensuel qui mêle et transcende les genres et ne dévoile réellement son jeu qu’à la dernière minute, après une intensité et un suspense rares allant crescendo. Le témoignage d’un regard désabusé et d’une grande acuité sur les travers et les blessures de notre époque. Un chef d’œuvre à voir et à revoir !

    « Match point » est le premier film de la trilogie londonienne de Woody Allen avant « Scoop » et « Le rêve de Cassandre ».

    Critique de « Potiche » de François Ozon

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    Il semblerait que François Ozon ait adopté le rythme woodyallenien d’un film par an, signant ainsi avec « Potiche » son douzième long-métrage en douze ans, en passant par des films aussi divers et marquants que « Sitcom », « Swimming pool », « Sous le sable », « Huit femmes »… mais avec toujours la même exigence et toujours un casting de choix.

    Ainsi, dans « Potiche » c’est Catherine Deneuve (que François Ozon retrouve ici 8 ans après « Huit femmes ») qui incarne Suzanne Pujol, épouse soumise de Robert Pujol (Fabrice Luchini) que sa propre fille Joëlle (Judith Godrèche) qualifie avec une cruelle naïveté de «potiche ». Nous sommes en 1977, en province, et Robert Pujol est un patron d’une usine de parapluies irascible et autoritaire aussi bien avec ses ouvriers qu’avec sa femme et ses enfants. A la suite d’une grève et d’une séquestration par ses employés, Robert a un malaise qui l’oblige à faire une cure de repos et s’éloigner de l’usine. Pendant son absence, il faut bien que quelqu’un le remplace. Suzanne est la dernière à laquelle chacun pense pour remplir ce rôle et pourtant elle va s’acquitter de sa tâche avec beaucoup de brio, secondée par sa fille Joëlle et par son fils Laurent (Jérémie Rénier)…

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    Difficile d’imaginer une autre actrice que Catherine Deneuve dans ce rôle (autrefois tenu par une actrice qui ne lui ressemble guère, Jacqueline Maillan, dans la pièce de Barillet et Grédy dont le film est l’adaptation) tant elle y est successivement et parfois en même temps : lumineuse, maligne, snob, touchante, malicieuse, drôle, tendre, naïve, naïvement féroce …et tant ce film semble être une véritable déclaration d’amour à l’actrice. Qu’elle chante « Emmène-moi danser ce soir », qu’elle esquisse quelques pas de danse avec Depardieu ou qu’elle fasse son jogging avec bigoudis, jogging à trois bandes, en parlant aux animaux (et à une nature, prémonitoire, elle aussi moins naïve qu’il n’y paraît) et écrivant des poèmes naïfs ou qu’elle se transforme en leader politique, chacune de ses apparitions (c’est-à-dire une grosse majorité du film) est réellement réjouissante. Depuis que je l’avais vue, ici, lors d’une inoubliable rencontre à sciences-po ou lors de sa leçon de cinéma, tout aussi inoubliable, dans le cadre du Festival de Cannes 2005 (dont vous pouvez retrouver mon récit, ici), j’ai compris aussi à quel point elle était aussi dans la « vraie vie » touchante et humble en plus d’être talentueuse et à quel point sa popularité était méritée. Et puis, je n’oublierai jamais non plus son regard dans la dernière scène de cet autre film, d’une bouleversante intensité à l’image du film en question.

    Ici, lorsqu’elle se retrouve avec Babin-Depardieu, c’est toute la mythologie du cinéma que François Ozon, fervent cinéphile, semble convoquer, six ans après leur dernier film commun « Les temps qui changent » de Téchiné et trente ans après le couple inoubliable qu’ils formèrent dans « Le Dernier métro » de Truffaut. Emane de leur couple improbable (Depardieu interprète un député-maire communiste) une tendre nostalgie qui nous rappelle aussi celui, qui l’était tout autant, de « Drôle d’endroit pour une rencontre » de François Dupeyron. Et les parapluies multicolores ne sont évidemment pas sans nous rappeler ceux de Demy dont l’actrice est indissociable.

    Si le film est empreint d’une douce nostalgie, et ancré dans les années 1970 et une période d’émancipation féminine, Ozon s’amuse et nous amuse avec ses multiples références à l’actualité et les couleurs d’apparence acidulées se révèlent beaucoup plus acides, pour notre plus grand plaisir. D’un Maurice Babin dont l’ inénarrable inspiration capillaire vient de Bernard Thibault, à un Pujol aux citations sarkozystes en passant par une Suzanne qui s’émancipe et prend le pouvoir telle une Ségolène dans l’ombre de son compagnon qui finit par lui prendre la lumière sans oublier les grèves et les séquestrations de chefs d’entreprise, les années 70 ne deviennent qu’un prétexte pour croquer notre époque avec beaucoup d’ironie. Acide aussi parce qu’une fois de plus il n’épargne pas les faux-semblants bourgeois derrière le vaudeville d’apparence innocente.

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    Si Catherine Deneuve EST le film, il ne faudrait pas non plus oublier Fabrice Luchini en patron imbuvable, Judith Godrèche en fille réactionnaire aux allures de Farrah Fawcett, Jérémie Rénier en fils à la sexualité incertaine aux allures de Claude François et Karin Viard irrésistible en secrétaire s’émancipant peu à peu du joug de son patron. Les costumes, sont aussi des acteurs à part entière, et en disent parfois plus longs que des discours et montrent à quel point Ozon ne laisse rien au hasard.

    Un film à la fois drôle et tendre, nostalgique et caustique dont on ressort avec l’envie de chanter, comme Ferrat et Suzanne, « C’est beau la vie »…malgré un scénario parfois irrégulier et quelques ralentissements que nous fait vite oublier cette savoureuse distribution au premier rang de laquelle Catherine Deneuve plus pétillante, séduisante et audacieuse que jamais .

     

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  • FESTIVAL DE CANNES 2013 : SUIVEZ LE 66ème FESTIVAL DE CANNES EN DIRECT SUR INTHEMOODFORFILMFESTIVALS.COM !

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    CLIQUEZ SUR L'IMAGE CI-DESSOUS POUR ACCEDER DIRECTEMENT AU SITE INTHEMOODFORFILMFESTIVALS.COM SUR LEQUEL VOUS RETROUVEREZ TOUTES LES INFORMATIONS SUR LE FESTIVAL DE CANNES 2013 ET SUR LEQUEL JE VOUS LE FERAI VIVRE EN DIRECT DU 15 au 27 MAI 2013.

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    Pour ce qui sera mon 13ème Festival de Cannes depuis ma sélection au prix de la jeunesse (concours sur critiques de films, lettres de motivation et CV organisé par le Ministère de la jeunesse et des sports permettant à de jeunes cinéphiles d'être invités et accrédités au Festival de Cannes) , en 2001, j'aspire plus que jamais, pour cette 66ème édition, à vous fournir un contenu de qualité ET le plus exhaustif possible afin de vous faire partager au mieux ma passion pour ce Festival de Cannes qui a tant exacerbé et, je le crains, rendue incurable mon autre passion, déjà vivace, pour le cinéma.

    Accréditée professionnelle depuis 13 ans et presse depuis plusieurs années (comme cette année), mes blogs cinéma ont aussi été les premiers à être accrédités presse à ce titre, il y a plusieurs années déjà. Ce blog a par ailleurs reçu le prix du meilleur blog du Festival de Cannes attribué par L'Oréal en 2008 et le prix Off Cannes du meilleur blog du Festival de Cannes en 2010.

    Comme chaque année, vous pourrez donc retrouvez ici toute l'actualité du festival, en amont, en direct et même après le Festival de Cannes. Cette année, par ailleurs, c'est essentiellement sur mon site Inthemoodforfilmfestivals.com  remodelé pour être entièrement consacré au Festival de Cannes 2013 afin de mieux mettre en valeur l'actualité du Festival de Cannes que vous pourrez me suivre en direct du festival et retrouver toutes les informations sur celui-ci: interviews, critiques de films, programme détaillé, nombreux bons plans, archives etc. Vous y trouverez déjà de nombreux articles sur ce Festival de Cannes 2013, aussi bien sur la sélection officielle que les sélections parallèles et, bien sûr, le programme détaillé et commenté de cette 66ème édition. Comme chaque année, je couvrirai en priorité la compétition officielle, les conférences de presse de la sélection officielle mais aussi Un Certain Regard dont j’apprécie toujours la sélection et l’atmosphère et, le temps restant, La Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la Critique.

    Bien entendu, je vous engage à suivre mon compte twitter dédié au Festival de Cannes http://twitter.com/moodforcannes  (@moodforcannes) ainsi que mon compte twitter principal http://twitter.com/moodforcinema  (@moodforcinema ) pour toutes les informations ainsi que la page Facebook d'Inthemoodforcinema http://facebook.com/inthemoodforcinema   et la toute nouvelle page Facebook d’Inthemoodforfilmfestivals, entièrement consacrée au Festival de Cannes à partir d’aujourd’hui (http://facebook.com/inthemoodforfilmfestivals ) ..

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    Afin de vous fournir le meilleur contenu possible sur ce Festival de Cannes 2013, je recherche également des partenariats pour ce Festival de Cannes  que, comme chaque année, je couvrirai de l'ouverture à la clôture. Sites web ou autres médias souhaitant une couverture en direct du Festival? Hôtels, marques etc, un partenariat vous intéresse pour ce site et éventuellement un ou plusieurs de mes 6 autres que sont http://inthemoodlemag.com , http://inthemoodforfilmfestivals.com , http://www.inthemoodforcinema.com , http://www.inthemoodfordeauville.com , http://www.inthemoodforluxe.com, http://inthemoodforhotelsdeluxe.com? Alors, que vous soyez intéressés par des articles en direct du festival ou par un simple partenariat publicitaire, vous pouvez me contacter à inthemoodforcinema@gmail.com  et si vous voulez en savoir plus sur mon parcours en rapport avec ce festival en particulier et les festivals de cinéma en général, cliquez sur le lien suivant: http://inthemoodforfilmfestivals.com/about/ .

    J’en profite enfin pour vous dire que, les Editions Numériklivres viennent de publier mon roman « Les Orgueilleux » qui, justement, se déroule dans le cadre d’un festival de cinéma. Pour en savoir plus sur ce roman et pour participer au concours vous permettant de remporter une liseuse à l'occasion de sa sortie, cliquez ici.  Vous pouvez aussi recevoir toutes les informations sur ce projet en suivant son compte twitter (@LesOrgueilleux ) et sa page Facebook : http://facebook.com/LesOrgueilleux .

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    En attendant l’édition 2013 du Festival de Cannes, retrouvez également mon bilan de l’édition 2012, en cliquant ici.

     

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  • Présentation de "La Grande Bellazza" de Paolo Sorrentino (compétition officielle de Cannes 2013) et critique de "This must be the place"

    C’est avec plaisir que je retrouverai le cinéma de Paolo Sorrentino à Cannes après mon coup de coeur pour « This must be the place », il y a deux ans et dont je vous invite à retrouver ma critique un peu plus bas après mes critiques de « Still life » de Jia Zhang Ke, « Two lovers » et « La Nuit nous appartient » de James Gray, ces derniers jours, à l’occasion des sélections de leurs réalisateurs en compétition officielle de ce 66ème Festival de Cannes.

    Paolo Sorrentino se retrouve ainsi pour la 4ème fois en compétition à Cannes après « Les Conséquences de l’amour » en 2004, « L’ami de la famille » en 2006, »Il Divo » en 2008, et « This must be the place » en 2011 qui avait reçu le prix du jury oecuménique. Il fut par ailleurs président du jury Un Certain Regard en 2009.

    Ce film sortira en salles en France, le 22 Mai 2013. Je vous laisse en découvrir le synopsis, prometteur, ci-dessous. Au casting, son acteur détiche : Toni Servillo.

    Synopsis de « La Grande Bellazza » : C’est l’été à Rome et la cité éternelle brille d’une beauté insaisissable et définitive. Jep Gamberdella a soixante-cinq ans, il continue de dégager un charme sur lequel le temps ne semble pas avoir d’emprise. Auteur dans sa jeunesse d’un seul roman, « L’Appareil humain », il n’a plus rien écrit depuis. Il est devenu un très grand journaliste qui fréquente la haute société romaine et les mondanités. Sa vie est une succession de rendez-vous et de fêtes excentriques dont il est le protagoniste. Jep, cynique, désabusé et souffrant, assiste à la crise d’une société qui semble avoir transformé les hommes en monstres. Seul le souvenir de l’amour innocent de sa jeunesse sortira Jep de la résignation qu’il semble avoir choisie comme existence. Peut-être est-il temps pour lui de se remettre à écrire.

    Je vous rappelle enfin que mon site consacré au Festival de Cannes est désormais http://inthemoodforfilmfestivals.com .

    CRITIQUE DE « THIS MUST BE THE PLACE » DE PAOLO SORRENTINO

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    « This must be the place » de Paolo Sorrentino était reparti bredouille de la compétition du Festival de Cannes 2011, enfin presque puisqu’il avait reçu le prix du jury œcuménique. Avec son premier film en Anglais, le cinéaste italien était ainsi pour la quatrième fois en compétition à Cannes, trois ans après avoir obtenu un prix du jury pour « Il divo ». Avec « Melancholia », « Minuit à Paris » et « The Artist », c’était un de mes coups de cœur de cette édition 2011 qui a souvent fasciné autant qu’il a agacé les festivaliers. Des réactions aussi extrêmes sont souvent signes d’un univers fort, ce que possède incontestablement Paolo Sorrentino.

    Sean Penn y interprète Cheyenne, 50 ans, une ancienne star du rock. Il vit de ses rentes à Dublin où il traine sa mélancolie et son ennui. La mort de son père avec qui il a coupé les ponts depuis des années le décide à partir pour New York. Là, il découvre que son père pourchassait un ancien criminel de guerre nazi, un bourreau d’Auschwitz qui l’avait humilié. Cheyenne va poursuivre la vengeance de son père et, pour l’accomplir, va traverser les Etats-Unis…

    En revoyant « This must be the place », j’ai pensé à l’écriture de Françoise Sagan. A sa fameuse petite musique des mots qui fait que, au-delà de l’histoire qu’elle nous raconte, le caractère jubilatoire de la forme happe notre attention et nous donne envie de dévorer notre lecture. C’est le cas aussi de la mise en scène de Sorrentino qui nous ensorcelle avec sa « petite musique » des images (des mots d’ailleurs aussi avec, en voix off, parfois le texte du père de Cheyenne). La comparaison n’est d’ailleurs pas aussi absurde, Cheyenne aurait ainsi pu dire telle la Cécile de « Bonjour tristesse » : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. »

    Cheyenne, c’est donc Sean Penn, allure gothique et dégingandée, dos courbé, démarche lente et irrésolue, voix traînante, visage maquillé à la Robert Smith et rire triste et improbable. Pour entrer dans le film, il faut évidemment adhérer à son personnage d’enfant capricieux sur les épaules duquel semblent peser tous les malheurs du monde (en tout cas ceux de son histoire et de l’Histoire, rien que ça). Contrairement à ce qu’il a déclaré récemment à propos d’un autre film (indice : ce film a obtenu la palme d’or), il semble vraiment savoir ce qu’il est venu faire là. Ses gestes, son regard, son phrasé : tout nous fait oublier l’acteur pour construire ce personnage de grand enfant innocent, malicieux, capricieux, ce chanteur de rock déchu, à la fois pathétique, touchant, ridicule, flamboyant, décalé. Face à lui, Jane (Frances McDormand), sa femme, aussi forte, présente, décidé qu’il est faible, absent, velléitaire. Leur couple est d’ailleurs symbolique de ce film tout en contradictions et judicieux décalages.

    « Paolo réalise des films rapides sur des gens lents et des films drôles sur des gens tristes », a déclaré Sean Penn lors du dernier Festival de Cannes. Sorrentino recourt en effet à la légèreté pour évoquer le poids de l’existence que Cheyenne semble porter, mais aussi le poids de la tragédie. Contradictions encore avec ce père absent et omniprésent. Entre ce personnage enfantin, sa fragilité apparente et sa terrible, et souvent irrésistible, lucidité (Au départ on se dit « Ce sera ça ma vie » puis « C’est ça la vie » déclare-t-il ainsi). Entre la gravité du sujet et la tendresse loufoque pour l’aborder. Entre les grands espaces américains et la mélancolie irlandaise. Entre le visage fardé et ce qu’il dissimule. Entre la mort omniprésente et la vie absente d’un Cheyenne qui s’ennuie. Contradictions entre la fantaisie parfois dérisoire et son objectif qui est tout sauf dérisoire. Entre l’inoffensivité apparente d’un homme et les crimes qu’il a commis.

    Sorrentino semble prendre autant de plaisir à sublimer cette Amérique que Cheyenne traverse qu’à en souligner les ridicules excès, entre les images d’Epinal de l’American dream, les paysages qui ressemblent à des peintures de Hopper avec ses motels, ses stations service, ses vastes étendues d’une beauté vertigineuse et ses excès (ou contradictions à nouveau) qu’il tourne en dérision : d’un armurier à la plus grande pistache du monde, en passant par une bouteille géante qui entrave sa route. Il nous en montre aussi la diversité des visages et des paysages comme un enfant curieux, celui qu’est encore Cheyenne, qui découvre Le Nouveau Monde, un nouveau monde, un enfant qui s’émerveille et croise des personnages (un Indien silencieux, une oie, un bison…) qui semblent tout droit sortie d’un conte. Les moments de fantaisie poétique sont encore sublimés par la musique comme dans cette scène avec cette chanson interprétée par David Byrne, le chanteur des Talking heads qui a composé la musique du film (pas une première puisqu’il a reçu l’Oscar de la meilleure musique pour la BO du Dernier Empereur de Bertolucci).

    « This must be the place », c’est un parcours initiatique: l’histoire d’un masque qui tombe, d’un enfant qui grandit, d’un homme qui se relève. D’un artiste enfantin qui devient un homme et fume sa première cigarette. Un film inclassable qui mélange habilement les genres, un road movie qui déroute et enchante, ou nous glace par sa lucidité. Un film envoûtant grâce à la musique de David Byrne, la virtuosité de la mise en scène de Sorrentino et de l’interprétation de Sean Penn qui nous plongent dans une atmosphère poétique, onirique et fantaisiste qui dissimule un visage grave et lucide. Un bel hommage à « Paris, Texas » de Wim Wenders, et à « Into the wild » de Sean Penn, aussi. Un personnage et un film qui vous restent dans la tête comme une petite musique. Celle des mots de Sagan. Ou une grande. Celle des Talkings Heads. « Il faut choisir, dans l’existence, un moment, un seul, où la peur disparaît » nous dit-on dans le film. Ce périple en fait partie. Un périple réjouissant et bouleversant, grave et léger, mélancolique et enchanteur, fardé et sincère. Qui donne envie de regarder la vérité derrière le masque. Celle de l’abjection (le bourreau nazi) ou de l’humanité (Cheyenne) qui se mettent à nu (au propre comme au figuré ici). Leur rencontre improbable donne ce grand film construit sur de brillants contrastes.

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Programme de Cannes Classics 2013 - 66ème Festival de Cannes

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    Chaque année, la section Cannes Classics nous réserve de belles (re)découvertes cinématographiques et de grands moments d'émotion. Avec un tel programme que celui de cette édition 2013 de Cannes Classics que je vous invite à découvrir ci-dessous, cette année ne devrait pas déroger à la règle. Que de choix cornéliens encore cette année. Difficile de résister à "Hiroshima mon amour", "Vertigo", "Cléopâtre", "Les parapluies de Cherbourg" et surtout à "Plein soleil" qui est un de mes films préférés. Nombreux seront aussi les prestigieux invités à cette occasion avec notamment Kim Novak pour "Vertigo". En bonus, retrouvez également ma critique de "Plein soleil " en bas de cet article.

    Jean Cocteau, 20th Century Fox, Liz Taylor et Richard Burton, la World Cinema Foundation, une Palme d’Or 1964, Ted Kotcheff et Duddy Kravitz, des anniversaires, des célébrations, Yasujirô Ozu, le retour à Cannes de Lino Brocka et de Sembene Ousmane, les Jeux Olympiques de Munich, Alain Resnais retrouvé, une Grande Bouffe et un peu de Sake seront les ingrédients de Cannes Classics 2013.


    Parce que le rapport du cinéma contemporain à sa propre mémoire était sur le point d’être bouleversé par l’apparition du numérique, parce que le Festival de Cannes doit aussi enchanter le cinéma du passé, le Festival de Cannes a créé en 2004 Cannes Classics, programmation présentant des films anciens et des chefs d’œuvre de l’histoire du cinéma dans des copies restaurées. Devenu partie aussi naturelle qu’essentielle de la Sélection officielle, idée reprise par les festivals internationaux, Cannes Classics est aussi une façon de rendre hommage au travail de fond effectué désormais par les ayant-droits, les cinémathèques, les sociétés de production ou les archives nationales à travers le monde.

    Ainsi, Cannes Classics met le prestige du Festival de Cannes au service du cinéma retrouvé, accompagnant la sortie en salles ou en DVD des grandes œuvres du passé.

    Les films sélectionnés pour cette édition 2013 sont projetés en présence de ceux qui ont restauré ces films et, lorsqu’ils sont encore parmi nous, de ceux qui les ont réalisés.

    Le programme de l’édition 2013 de Cannes Classics se compose de 20 longs métrages, et de 3 documentaires. Les films sont projetés comme voulus par les ayant-droits, en 35mm, DCP 2K ou DCP 4K.


    Comme déjà annoncé, Kim Novak viendra présenter la copie restaurée de VERTIGO d’Alfred Hitchcock. De plus, le programme Cannes Classics 2013 sera placé sous le signe d’un film ayant marqué l’histoire du Festival de Cannes : LA GRANDE BOUFFE de Marco Ferreri, qui suscita lors de sa présentation en 1973 l’un des plus gros scandales de la Croisette.


    Les films sont projetés comme voulus par les ayant-droits, en 35mm, DCP 2K ou DCP 4K.


    • Pour commémorer le 50e anniversaire d’un des péplums les plus célèbres et les plus polémiques de l’histoire du cinéma, la 20th Century Fox, en partenariat avec Bulgari, présente une copie restaurée de CLEOPATRA (CLEOPATRE) de Joseph L. Mankiewicz (1963, 4h03).
    La restauration numérique a été réalisée en 4K par la 20th Century Fox. La projection aura lieu en présence de Kate Burton, fille de Richard Burton et de Chris Wilding, fils d’Elizabeth Taylor.

    • Le film des Jeux Olympiques de Munich 1972 : VISIONS OF EIGHT (1973, 1h49) de Youri Ozerov, Milos Forman, Mai Zetterling, Claude Lelouch, Arhur Penn, Michael Pfleghar, John Schlesinger, Kon Ichikawa. Présenté par le Comité International Olympique.
    Restauration numérique 4K à partir du négatif original par Warner Bros. Motion Picture Imaging, Burbank. Restauration sonore à partir des pistes magnétiques originales par Audio Mechanics, Burbank.

    • LA REINE MARGOT de Patrice Chéreau (1994, 2h39) présentée par Pathé.
    Il y a vingt ans déjà que Patrice Chéreau, produit par Claude Berri, tournait sa Reine Margot, qu’il présenta à Cannes l’année suivante. Vingt ans après, dix ans après avoir été Président du Jury, Patrice Chéreau, revient sur la Croisette, entouré de quelques comédiens du film, dont Daniel Auteuil, membre du Jury de Cannes 2013.
    En prévision du 20e anniversaire de la sortie du film, Pathé a restauré le film en 4K en 2013 et a confié les travaux, sous la direction de Patrice Chéreau, à Eclair Group pour l’image et L.E Diapason pour le son.

    • Dans le cadre de la célébration par Cannes 2013 du centenaire de la naissance du cinéma Indien, RDB Entertainments présente CHARULATA (1964, 1h57), l’un des chefs d’œuvres de Satyajit Ray (1921-1992), cinéaste qui a figuré dès ses premiers au panthéon mondial et dont l’œuvre est peu à peu restaurée dans son pays d’origine.
    Le film est présenté en copie restaurée depuis le négatif, restauration supervisée par RDB Entertainments et réalisée dans les Studios Pixion à Bombay, en Inde.

    • Autre célébration, celle du 110e anniversaire de la naissance du cinéaste japonais Yasujirô Ozu : les studios Schochiku poursuivent la restauration de son œuvre immense en présentant SANMA NO AJI (LE GOUT DU SAKE, AN AUTUMN AFTERNOON) (1962, couleur, 2h13), l’ultime film du cinéaste.
    Restauration numérique par Shochiku Co., Ltd., le National Film Center et le National Museum of Modern Art, à Tokyo. Le film sera distribué en France par Carlotta Films.

    • LE JOLI MAI de Chris Marker et Pierre Lhomme (1963, nouvelle durée 2013 : 2h25) distribué par La Sofra et Potemkine Films.
    Lorsque le projet de restaurer Le Joli Mai a été lancé, Chris Marker était là. Disparu le 29 juillet 2012, la projection à Cannes de ce film devenu très rare sera l’hommage au cinéaste par le Festival de Cannes et par ses amis, dont Pierre Lhomme, co-réalisateur du film et qui en a supervisé la restauration.
    La restauration photochimique puis la numérisation et restauration du film original dans sa version intégrale ont été réalisées, avec le soutien du CNC/Archives Françaises du Film, par Mikros Images. Selon les souhaits de Chris Marker, Pierre Lhomme, co-réalisateur du film, a ensuite effectué des coupes d’une vingtaine de minutes pour la version restaurée.
    Les scans 2K, les restaurations de l’image et du son ont été réalisées par le laboratoire Mikros Images.


    • GOHA de Jacques Baratier (1957, 1h18)
    Comme chaque année, les Archives françaises du film du CNC présentent l’un de leurs travaux de restauration du patrimoine français. C’est un cinéaste rare, Jacques Baratier, réalisateur en 1967 du Désordre à vingt ans, qui est à l’honneur cette année, grâce au soutien de sa fille Diane. A noter que Goha, film présenté à Cannes en 1957 sous pavillon marocain, est le premier film de Claudia Cardinale et qu’Omar Sharif, qui vint à Cannes pour la première fois avec Youssef Chahine, y apparaît sous le nom d’Omar Cherif.
    Restauration à partir du négatif par les Archives françaises du film du CNC en collaboration avec Diane Baratier. Restauration numérique du son (mono d’origine).

    • L’infatigable Martin Scorsese poursuit, depuis New York et grâce à la Film Foundation, la restauration des chefs d’œuvres de l’histoire du cinéma contemporain. En attendant de voir la suite de son Voyage dans le cinéma italien, le voilà qui a trouvé les moyens financiers de présenter une copie 4K restaurée de LUCKY LUCIANO (1973, 1h55) de Francesco Rosi.
    Restauration financée par la Film Foundation et la Hollywood Foreign Press Association et réalisée par la cinémathèque de Bologne au laboratoire L’immagine Ritrovata. En collaboration avec Cristaldi Film et Paramount Pictures.

    • IL DESERTO DEI TARTARI (LE DESERT DES TARTARES) de Valerio Zurlini (1976, 2h20).
    Inspiré du roman de Dino Buzzati, Le Désert des tartares réunit, outre Jacques Perrin qui a produit le film, Vittorio Gassman, Philippe Noiret, Max von Sydow, Jean-Louis Trintignant, Francisco Rabal, Fernando Rey. Devenu impossible à voir sur grand écran, il était temps de le restaurer.
    Travaux numériques effectués par Digimage Classics. Restauration image 4K à partir du négatif original avec l'accord de Cinecitta et sous le contrôle de Luciano Tovoli, directeur de la photographie du film. Restauration son par Gérard Lamps. Produit par Galatée Films et distribué en France à partir du 12 juin par Les Acacias. Ventes Monde : Pathé International.

    • THE APPRENTICESHIP OF DUDDY KRAVITZ (L’APPRENTISSAGE DE DUDDY KRAVITZ) de Ted Kotcheff (1974, 2h)
    Connu dans le monde entier comme le réalisateur du premier Rambo, Ted Kotcheff (né en 1931 à Toronto) est aussi le metteur en scène du grand classique australien Wake in fright (1971), de Who is Killing the Great Chefs of Europe (La grande Cuisine, 1978) et de The Apprenticeship of Duddy Kravitz, avec Richard Dreyfuss, qui eut une grande carrière internationale. Le film sera projeté en présence de Ted Kotcheff, des équipes de restauration et de production, ainsi que des équipes du festival international de Toronto.
    Restauration numérique en 2K par les équipes de Technicolor Creative Services Toronto. Le film a été nettoyé image par image. La correction de couleur et de son a été supervisée par Ted Kotcheff. Le projet a été financé par The Academy of Canadian Cinema and Television, Astral, Technicolor Creative Services Canada, Telefilm Canada, The National Film Board of Canada et la Cinémathèque Québécoise.

    • LES PARAPLUIES DE CHERBOURG de Jacques Demy (1964, 1h31)
    Après La Bataille du rail de René Clément et Le Guépard de Luchino Visconti, voici une autre Palme d’or désormais réservée et visible en numérique. Dans le cadre de l’exposition accueillie par la Cinémathèque française (jusqu’au 4 août 2013), restauration de l’intégralité de la filmographie de Jacques Demy.
    Une restauration numérique 2K d’après le scan 2K de la sélection trichrome, faite par Ciné Tamaris au laboratoire Digimage, avec le soutien du Festival de Cannes, LVMH, la ville de Cherbourg, la région Basse-Normandie et la campagne de crowdfunding sur kisskissbankbank. L’ensemble des travaux de restauration ont été suivis par Agnès Varda, Rosalie Varda-Demy. Mathieu Demy a supervisé l’étalonnage.

    • HIROSHIMA MON AMOUR d’Alain Resnais (1959, 1h32)
    L’an dernier, Alain Resnais présentait Vous n’avez encore rien vu en compétition, et en ce printemps 2013, il tourne son nouveau film, Aimer boire et chanter. Hiroshima mon amour fut son premier film de fiction, produit par Anatole Dauman, dont la fille Florence veille sur le patrimoine, et présenté à Cannes 1959. Le voici, présenté dans les conditions étincelantes d’une nouvelle vie numérique.
    La restauration 4K a été effectuée à partir du négatif original par Argos Films, la Fondation Technicolor, la Fondation Groupama Gan et la Cineteca di Bologna, avec le soutien du CNC. Elle a été supervisée par le directeur de la photographie Renato Berta. Travaux faits par le laboratoire L’Immagine Ritrovata avec fabrication d’éléments de préservation ainsi que d’éléments numériques et 35 mm pour sa diffusion. Ressortie en salles françaises le 17 juillet 2013.

    • BOROM SARRET de Ousmane Sembene (1963, 20’) et MANILA IN THE CLAWS OF LIGHT (MANILLE) de Lino Brocka (1975, 2h04) sont présentés par la World Cinema Foundation, association lancée à Cannes en 2007 par Martin Scorsese et de nombreux cinéastes, afin de restaurer les trésors du monde entier, venus en particulier de pays n’ayant pas de tradition de préservation du patrimoine.
    Le court métrage de Sembene Ousmane a été restauré par le laboratoire L’Immagine Ritrovata et le laboratoire Eclair, en collaboration avec l’Institut National de l’Audiovisuel. Le film de Lino Brocka a été l’objet d’une restauration numérique 4K effectuée également par L’Immagine Ritrovata. soutenue par le Conseil National des Philippines.


    • THE LAST DETAIL (LA DERNIERE CORVEE) de Hal Ashby (1973, 1h44)
    A l’occasion du 40ème anniversaire de sa sortie en salles, Sony Pictures redonne vie à l’un des grands films des années soixante-dix américaines : The Last Detail de Hal Ashby, devenu impossible à voir dans de bonnes conditions sur grand écran. Rappelons que Jack Nicholson remporta le Prix d'interprétation masculine lors de la présentation du film à Cannes en 1973.
    Restauration numérique en 4K par Sony Pictures effectuée par Grover Crisp à Sony Pictures Entertainment – Sony Pictures Colorworks. Sortie en salle prévue pour novembre 2013 par Park Circus Films.


    • THE LAST EMPEROR 3D (LE DERNIER EMPEREUR) (1987, 2h43) de Bernardo Bertolucci
    Restauration en 4k par Recorded Picture Company et Repremiere Group dans les laboratoiress de Technicolor Rome. Une restauration supervisée par Bernardo Bertolucci, par le producteur Jeremy Thomas et le cinématographe Vittorio Storaro. La reconversion en 3D a été réalisée par Prime Focus.

    • FEDORA REMASTERED de Billy Wilder (1978, 1h50)
    Restauration de Bavaria Media en coopération avec CinePostproduction, Allemagne.


    • PLEIN SOLEIL de René Clément (1960, 1h55)
    Le film a été restauré en 4K par Studio Canal et La Cinémathèque francaise avec le soutien du Fonds Culturel Franco-Américain (DGA, MPAA, SACEM, WGAW). Les travaux ont été réalisés par L’Immagine Ritrovata à Bologne.



    A l’occasion des cinquante ans de la mort de Cocteau

    Jean Cocteau fut Président du Jury du Festival de Cannes et dans les années cinquante a grandement contribué par sa fidélité et ses contributions à en faire ce qu’il est rapidement devenu. Mort en 1963, Cocteau sera célébré en 2013 : l’écrivain, le poète, le peintre, le diariste. C’est l’homme et le cinéaste que Cannes va consacrer en projetant dans une soirée spéciale La Belle et la Bête, sélectionné à Cannes en 1946 qui sera suivi de Opium, une comédie musicale réalisée dans le cadre de l’année Cocteau par Arielle Dombasle et qui raconte les amours de Raymond Radiguet et de Jean Cocteau, au début des années 20.

    LA BELLE ET LA BETE de Jean Cocteau (1946, 1h34)
    Restauration numérique effectuée par le SNC / Groupe M6 et La Cinémathèque française, avec le soutien du Fonds Culturel Franco-Américain.

    OPIUM (2013, 1h15) comédie musicale réalisée par Arielle Dombasle et produite par MARGO cinéma, avec le soutien de Pierre Bergé et de Canal Plus. Avec Grégoire Colin, Samuel Mercer, Julie Depardieu, Hélène Fillières, Niels Schneider, Philippe Katrine et Anna Sigalevitch. Sortie française octobre 2013 (Ad Vitam).



    DEUX DOCUMENTAIRES PROJETES SALLE BUNUEL

    • CON LA PATA QUEBRADA (2013, 1h23), un documentaire de Diego Galán produit par Enrique Cerezo P.C et El Deseo. Des années 30 à nos jours, une chronique sur la représentation de la femme dans le cinéma espagnol, qui est aussi un retour sur l’histoire du pays.

    • A STORY OF CHILDREN & FILM (2013, 1h40) de Mark Cousins, est le premier portrait global des enfants dans le cinéma. A partir d’extraits tirés de 53 films de 25 pays différents, ce documentaire est une suite « enfantine » de THE STORY OF FILM : AN ODYSSEY du même réalisateur. Un documentaire produit par Mary Bell et Adam Dawtrey de BofA Productions.

    Enfin, pour saluer Joanne Woodward (dont présence reste à confirmer), qu’on aperçoit avec son mari Paul Newman sur l’affiche de sa 66e édition, le Festival projettera un film qu’elle a produit et qu’elle a souhaité montrer : SHEPARD & DARK de Treva Wurmfeld (2013, 1h29).


    Par ailleurs, Cannes Classics s’étend également au cinéma de la plage où seront présentées les copies restaurées des films suivants :


    CINEMA DE LA PLAGE


    JOUR DE FETE de Jacques Tati (France, 1949, 1h27)
    Restauration numérique en 2K par les Films de mon Oncle


    THE GENERAL de Buster Keaton (1926, 1h18)
    Restauration numérique en 4K réalisée par la Modern Videofilm sous la supervision de Cohen Film Collection.


    THE BIRDS (LES OISEAUX) d’Alfred Hitchcock (1963, 2h09)
    Restauration en 4K réalisée par Universal Studios Digital Services à l’occasion de leur Centenaire. (2012)


    SIMEON (1992, 1h55) d’Euzhan Palcy
    Le film d’Euzhan Palcy sera projeté pour saluer le poète Aimé Césaire qui 2013 célèbre le centenaire.


    LE GRAND BLEU (1988, 2h16) de Luc Besson
    Restauration numérique en SCOPE réalisée par Gaumont en partenariat avec le laboratoire Eclair Groupe.


    THE LADIES’ MAN (LE TOMBEUR DE CES DAMES) de Jerry Lewis (1961, 1h35)
    Copie numérique issue de la restauration du négatif réalisé par Technicolor pour Paramount et Swashbuckler Films.


    L’HOMME DE RIO de Philippe de Broca (France, 1964, 1h52)
    Restauration 2K supervisée par TF1 Droits Audiovisuels avec le soutien du CNC. Ressortie en salle le 29 mai et en DVD, Blu Ray et VOD le 15 mai.


    SAFETY LAST (MONTE LA-DESSUS) (USA, 1923, 1h13) de Fred C.Newmeyer et Sam Taylor
    Restauration par Janus Films, Criterion et Harold Loyd Entertainment.

    CRITIQUE DE « PLEIN SOLEIL » DE RENE CLEMENT

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    Après les critiques de « La Piscine », « Borsalino », « Le Guépard », « Monsieur Klein », « Le Cercle rouge », « Le Professeur« , je poursuis donc aujourd’hui le cycle consacré à Alain Delon sur inthemoodforcinema.com avec « Plein soleil » de René Clément, l’un des films que j’ai choisis dans le cadre de la programmation du ciné club du restaurant Les Cinoches.

    Dans ce film de 1960, Alain Delon est Tom Ripley, qui, moyennant 5000 dollars, dit être chargé par un milliardaire américain, M.Greenleaf, de ramener son fils Philippe (Maurice Ronet) à San Francisco, trouvant que ce dernier passe de trop longues vacances en Italie auprès de sa maîtresse Marge (Marie Laforêt). Tom est constamment avec eux, Philippe le traite comme son homme à tout faire, tout en le faisant participer à toutes ses aventures sans cesser de le mépriser. Mais Tom n’est pas vraiment l’ami d’enfance de Philippe qu’il dit être et surtout il met au point un plan aussi malin que machiavélique pour usurper l’identité de Philippe.

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    « Plein soleil » est une adaptation d’un roman de Patricia Highsmith (écrite par Paul Gégauff et René Clément) et si cette dernière a été très souvent adaptée (et notamment le roman le « Talentueux Monsieur Ripley » titre originel du roman de Patricia Highsmith qui a fait l’objet de très nombreuses adaptations et ainsi en 1999 par Anthony Minghella avec Matt Damon dans le rôle de Tom Ripley), le film de René Clément était selon elle le meilleur film tiré d’un de ses livres.

    Il faut dire que le film de René Clément, remarquable à bien des égards, est bien plus qu’un thriller. Par l’évocation de la jeunesse désinvolte, oisive, désœuvrée, égoïste, en Italie, il fait même penser à la « Dolce vita » de Fellini.

    Cette réussite doit beaucoup à la complexité du personnage de Tom Ripley et à celui qui l’incarne. Sa beauté ravageuse, son identité trouble et troublante, son jeu polysémique en font un être insondable et fascinant dont les actes et les intentions peuvent prêter à plusieurs interprétations. Alain Delon excelle dans ce rôle ambigu, narcissique, où un tic nerveux, un regard soudain moins assuré révèlent l’état d’esprit changeant du personnage. Un jeu double, dual comme l’est Tom Ripley et quand il imite Philippe (Ronet) face au miroir avec une ressemblance à s’y méprendre, embrassant son propre reflet, la scène est d’une ambivalente beauté.

    Si « Plein soleil » est le cinquième film d’Alain Delon, c’est aussi son premier grand rôle suite auquel Visconti le choisit pour « Rocco et ses frères ». Sa carrière aurait-elle était la même s’il avait joué le rôle de Greenleaf qui lui avait été initialement dévolu et s’il n’avait insisté pour interpréter celui de Tom Ripley ? En tout cas, avec « Plein soleil » un mythe était né et Delon, depuis, considère toujours Clément comme son « maître absolu ». Ils se retrouveront d’ailleurs peu après pour les tournages de « Quelle joie de vivre » (1960), « Les Félins » (1964) et enfin « Paris brûle-t-il ? » en 1966.

    Face à lui, Ronet est cynique et futile à souhait. Le rapport entre les deux personnages incarnés par Delon et Ronet est d’ailleurs similaire à celui qu’ils auront dans « La Piscine » de Jacques Deray, 9 ans plus tard, le mépris de l’un conduisant pareillement au meurtre de l’autre. Entre les deux, Marge se laisse éblouir par l’un puis par l’autre, victime de ce jeu dangereux mais si savoureux pour le spectateur qui ne peut s’empêcher de prendre fait et cause pour l’immoral Tom Ripley.

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    L’écriture et la réalisation de Clément procurent un caractère intemporel à ce film de 1960 qui apparaît alors presque moins daté et plus actuel que celui de Minghella qui date pourtant de 1999 sans compter la modernité du jeu des trois acteurs principaux qui contribue également à ce sentiment de contemporanéité. « Plein soleil » c’est aussi « la confrontation entre l’éternité et l’éphémère, la beauté éternelle et la mortalité »*, la futilité pour feindre d’oublier la finitude de l’existence et la fugacité de cette existence. Les couleurs vives avec lesquelles sont filmés les extérieurs renforcent cette impression de paradoxe, les éléments étant d’une beauté criminelle et trompeuse à l’image de Tom Ripley. La lumière du soleil, de ce plein soleil, est à la fois élément de désir, de convoitise et le reflet de ce trouble et de ce mystère. Une lumière si bien mise en valeur par le célèbre chef opérateur Henri Decaë. L’éblouissement est celui exercé par le personnage de Tom Ripley qui est lui-même fasciné par celui dont il usurpe l’identité et endosse la personnalité. Comme le soleil qui à la fois éblouit et brûle, ils sont l’un et l’autre aussi fascinants que dangereux.

    Acte de naissance d’un mythe, thriller palpitant, personnage délicieusement ambigu, lumière d’été trompeusement belle aux faux accents d’éternité, « Plein soleil » est un chef d’œuvre du genre dans lequel la forme coïncide comme rarement avec le fond, les éléments étant la métaphore parfaite du personnage principal. « Plein soleil », un film trompeusement radieux par lequel je vous conseille vivement de vous laisser éblouir !

    *Phrase extraite de l’ouvrage de de D. Bantcheva, René Clément, de même que les citations d’Alain Delon extraites de l’interview publiée dans le livre en question.

    Enfin, j’en profite pour vous rappeler que, si vous aimez les festivals de cinéma, la semaine prochaine sortira mon roman « Les Orgueilleux » qui se déroule entièrement dans le cadre d’un festival de cinéma. Pour en savoir plus dès à présent, suivez sa page Facebook, ici : http://facebook.com/LesOrgueilleux .

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