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antonio banderas

  • Présentation de « La Piel que habito » (La Peau que j’habite) de Pedro Almodovar – Compétition officielle du Festival de Cannes 2011

                                       piel9.jpgAprès « Le Gamin au vélo » de Jean-Pierre et Luc Dardenne et « The Tree of life » de Terrence Malick, aujourd’hui gros plan sur « La Piel que habito » de Pedro Almodovar avec Antonio Banderas,  Elena Anaya, Marisa Paredes (qui avait d’ailleurs évoqué ce film et son travail avec Pedro Almodovar lorsque je l’avais rencontré pour la sortie du film « Les Yeux de sa mère » de Thierry Klifa) et qui avait alors évoqué ce film comme « plus complexe » que les précédents du cinéaste.

    Il s’agit d’une adaptation de « Mygale » de Thierry Jonquet, paru en 1995 (une adaptation très libre néanmoins). Un film dont la cruauté le placerait aux frontières du film d’horreur et qui a bien failli ne pas être sélectionné,  en raison essentiellement du perfectionnisme du cinéaste.

    Pedro Almodovar revient donc à Cannes en compétition deux ans après le très beau « Etreintes brisées » (voir ma critique ci-dessous) pour lequel il était reparti bredouille. Cette année,  il présentera son 18ème long-métrage avec pour objectif la palme d’or qu’il regrettait parait-il de ne pas avoir obtenu pour « Volver ». Le tournage a duré trois mois et a emmené l’équipe du film à Madrid, Pazo de Oca et Tolède.

    Alors, Pedro Almodovar créera-t-il le choc de l’édition 2011 avec son 4ème film en compétition annoncé comme dérangeant, cruel et sombre et obtiendra-t-il « enfin » la palme d’or, après le prix de la mise en scène pour « Tout sur ma mère » en 1999, le prix du scénario pour « Volver » en 2006 (sans oublier le prix d’interprétation collectif pour ses actrices) ? Réponse dans trois semaines…

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    Durée : 2 heures

    Synopsis : Depuis que sa femme est morte carbonisée dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire.  Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. De toute façon, les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…  Au fil des ans, des dizaines de jeunes gens disparaissent de chez eux, souvent de leur plein gré. L’un d’eux se retrouve à partager avec Robert et Marilia la splendide demeure d’El Cigarral. Et ce, contre sa volonté…

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     Films déjà présentés à Cannes par Pedro Almodovar

     2009 - LOS ABRAZOS ROTOS (ETREINTES BRISEES) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    2006 - VOLVER - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    2004 - LA MALA EDUCACIÓN (LA MAUVAISE EDUCATION) - Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1999 - TODO SOBRE MI MADRE (TOUT SUR MA MERE) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

     Le Palmarès de Pedro Almodovar à Cannes

     2006 - Prix du scénario - VOLVER - Long métrage

    1999 - Prix de la mise en scène - TODO SOBRE MI MADRE (TOUT SUR MA MERE) - Long métrage

    Membre du Jury

    1992 - Sélection officielle – Membre

     Filmographie de Pedro Almodovar :

     1978 : Salome (court métrage)

    1978 : Folle, folle, folleme Tim ! (court-métrage)

    1980 : Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón)

    1982 : Le Labyrinthe des passions (Laberinto de pasiones)

    1983 : Dans les ténèbres (Entre tinieblas)

    1984 : Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? (¿Qué he hecho yo para merecer esto?)

    1986 : Matador

    1987 : La Loi du désir (La ley del deseo)

    1988 : Femmes au bord de la crise de nerfs (Mujeres al borde de un ataque de nervios)

    1989 : Attache-moi ! (¡Átame!)

    1991 : Talons aiguilles (Tacones lejanos)

    1993 : Kika

    1995 : La Fleur de mon secret (La flor de mi secreto)

    1997 : En chair et en os (Carne trémula)

    1999 : Tout sur ma mère (Todo sobre mi madre)

    2002 : Parle avec elle (Hable con ella)

    2004 : La Mauvaise Éducation (La mala educación)

    2006 : Volver

    2009 : Étreintes brisées (Los abrazos rotos)

    2009 : La Conseillère anthropophage (La Concejala antrópofaga) (court-métrage)

    2011 : La Peau que j'habite (La piel que habito)

    Critique d' "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar

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    Lorsque vous voyez un film dans l’effervescence du Grand Théâtre Lumière, dans l’euphorie cannoise, de surcroît à côté de l’équipe du film, votre avis est forcément vicié et imprégné de cette atmosphère excessive, c’est pourquoi j’ai tenu à retourner voir « Les Etreintes brisées » quelques jours après l’avoir vu sur la Croisette. Inutile de spécifier à quel point c’est étrange de voir un film dans une salle quasiment vide, qui ne réagit donc pas,  après l’avoir vu quelques jours auparavant en présence de l’équipe du film avec un public particulièrement réactif. Alors ? Alors, même loin de l’agitation cannoise, certes « Les Etreintes brisées » n’est pas le film le plus fou, le plus extravagant, le plus délirant de Pedro Almodovar mais il n’en demeure pas moins remarquable à de nombreux points de vue… et l’un de ses meilleurs films, peut-être même le plus maîtrisé. En tout cas, l’un de mes favoris de cette compétition cannoise 2009 avec, notamment « Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino (que Pedro Almodovar, en cinéphile, est d’ailleurs allé voir en séance du lendemain).

     

    Synopsis : Il y a 14 ans, dans un violent accident de voiture dans l’île de Lanzarote, un homme (Lluis Homar) a perdu la vue mais aussi la femme de sa vie, Lena (Penelope Cruz). Sa vie se partage alors en deux parties à l’image de ses deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est sonnom de baptême sous lequel il vit et signe les films qu’il réalise. Après l’accident, il n’est alors plus que son pseudonyme : Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus faire de films, il s’impose de survivre avec l’idée que Mateo Blanco est mort à Lanzarote aux côtés de Lena.

     

    Pedro Almodovar, habitué de la Croisette et de la compétition cannoise (juré en 1992, en compétition pour « Tout sur ma mère » en 1999- prix de la mise en scène -, pour « La mauvaise éducation » en 2004 –présenté hors compétition- ; pour « Volver » en 2006 –prix du scénario et d’interprétation collectif-) est, cette année reparti bredouille pour un film dont la mise en scène d’une impressionnante beauté et maîtrise,  le scénario impeccable et l’interprétation remarquable de Penelope Cruz auraient pourtant pu lui permettre de figurer au palmarès, à ces différents titres.

     

    Aussi invraisemblable que cela puisse paraître certains cinéastes ne sont pas des cinéphiles (j’aurais bien des exemples mais je m’abstiendrai) mais au même titre que Picasso maîtrisait parfaitement l’histoire de la peinture, condition sine qua non au renouvellement de son art, il me semble qu’un cinéaste se doit de connaître et d’être imprégné de l’histoire du cinéma, comme Pedro Almodovar qui, dans ce film, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre une véritable déclaration d’amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini… ).  Et à Penelope Cruz qu’il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée.

     

    « Les Etreintes brisées » est un film labyrinthique d’une grande richesse : un film sur l’amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l’art. Un film dans lequel,  à l’image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s’imbriquent, se confondent.

     

    La mise en abyme, à l’image de tout ce film, est double : il y a d’une part le film que réalise Harry Caine mais aussi le making of de son film.  Harry Caine est lui-même double puisque c’est le pseudonyme de Mateo Blanco. Il meurt doublement : il perd la vue, la cécité étant la mort pour un cinéaste ; il perd la femme qu’il aime, une étreinte brisée qui représente la mort pour l’homme amoureux qu’il est aussi. Un film morcelé à l’image de ces photos en mille morceaux de Lena, d’une beauté tragique.

     

    Et puis que dire de la réalisation… Flamboyante comme ce rouge immédiatement reconnaissable comme celui d’un film de Pedro Almodovar.  D’un graphique époustouflant comme ce film que Mateo Blanco réalise. Sensuelle comme ces mains qui caressent langoureusement une image à jamais évanouie. Son scénario joue avec les temporalités et les genres (film noir, comédie, thriller, drame) avec une apparente facilité admirable.

     

    Peut-être la gravité mélancolique a-t-elle désarçonnée les aficionados du cinéaste qui n’en oublie pourtant pas pour autant sa folie jubilatoire comme dans ce film dans le film « Filles et valises », hommage irrésistible à « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

     

    Un film gigogne d’une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d’un amour brisé en plein vol… Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d’une étreinte éternelle comme  dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquels il se réfère.

     

    Penelope Cruz, d’une mélancolie resplendissante, pour cette quatrième collaboration,  aurait de nouveau mérité le prix d’interprétation et sa prestation (mais aussi celles de tous ses acteurs et surtout actrices auxquels il rend ici hommage, parfois juste le temps d’une scène comme pour Rossy de Palma)  prouve à nouveau quel directeur d’acteurs est Pedro Almodovar qui sait aussi, en un plan, nous embraser et embrasser dans son univers, immédiatement identifiable, la marque, rare, des grands cinéastes.

     

    Un film empreint de dualité sur l’amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma… le cinéma qui survit à la mort, à l’aveuglement, qui sublime l’existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l’immortalité… Un film par lequel je vous recommande vivement de vous laisser charmer et enlacer…