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<title>IN THE MOOD FOR CANNES 2010  Le blog en direct du Festival de Cannes 2010  - - critiques_de_films_primes_a_cannes</title>
<description>~Le journal des pérégrinations d'une jeune scénariste~ Elu &amp;quot;meilleur blog du Festival de Cannes 2008&amp;quot;</description>
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<lastBuildDate>Sat, 21 Aug 2010 14:18:13 +0200</lastBuildDate>
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<title>&quot;Babel&quot; de Alejandro González Iñárritu, prix de la mise en scène 2006</title>
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<author>noreply@inthemoodforcannes.com (Sandra.M)</author>
<category>CRITIQUES DE FILMS PRIMES A CANNES</category>
<pubDate>Sat, 17 Mar 2007 15:10:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Après &lt;em&gt;Le Guépard&lt;/em&gt; de Visconti et &lt;em&gt;In the mood for love&lt;/em&gt; de Wong Kar Wai, avec&amp;nbsp; &lt;em&gt;Babel,&lt;/em&gt;&amp;nbsp; prix de la mise en scène 2006, et en attendant de vous livrer de nouvelles informations sur le Festival de Cannes 2007, je poursuis mes critiques de films primés lors de précèdentes éditions du Festival de Cannes. Vous pouvez également trouver cette critique sur mon autre blog: &lt;a href=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com&quot;&gt;In the mood for cinema&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;u&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_18680421.jpg&quot; alt=&quot;medium_18680421.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En plein désert marocain, des enfants jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Un coup de feu retentit et blesse une touriste américaine dans un bus qui passait sur la route, en contrebas. Les destins de cette femme (Cate Blanchett)&amp;nbsp;et de son mari (Brad Pitt) dont le couple battait de l’aile, les destins des deux enfants responsables du coup de feu, le destin de la nourrice mexicaine des enfants du couple d’Américains, le destin d’une jeune Japonaise, en l’occurrence la fille de l’homme qui a donné le fusil à un Marocain qui l’a revendu au père des deux enfants&amp;nbsp;: ces destins vont tous avoir une influence les uns sur les autres, des destins socialement et géographiquement si éloignés, mais si proches dans l’isolement et dans la douleur.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Rares sont les films que je retourne voir, mais pour &lt;em&gt;Babel&lt;/em&gt; vu &lt;a href=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/festival_de_cannes_2006/&quot; title=&quot;Cliquez ici pour lire le compte-rendu du Festival de Cannes 2006&quot;&gt;au dernier festival de Cannes&lt;/a&gt; où il a obtenu le prix de la mise en scène et celui du jury œcuménique, c’était une vraie nécessité parce que &lt;em&gt;Babel&lt;/em&gt; c’est plus qu’un film&amp;nbsp;: une expérience. &amp;nbsp;Ce film choral qui clôt le triptyque du cinéaste après &lt;em&gt;Amours chiennes&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;21 grammes&lt;/em&gt; fait partie de ces films après lesquels toute parole devient inutile et impossible, de ces films qui expriment tant dans un silence, dans un geste, qu’aucune parole ne pourrait mieux les résumer. De ces films qui vous hypnotisent et vous réveillent. De ces films qui vous aveuglent et vous éclairent. Donc le même choc, la même claque, le même bouleversement, quelques mois après, l’effervescence, la déraison et les excès cannois en moins. Malgré cela.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, qu’un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire, l’exercice &amp;nbsp;aurait été alors particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait que cette construction ciselée illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le montage&amp;nbsp; ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, retenant son souffle, un souffle coupé par le basculement probable, soudain, du sublime dans la violence. Du sublime d’une danse à la violence d’un coup de feu. Du sublime d’une main sur une autre, de la blancheur d’un visage à la violence d’une balle perdue et d’une blessure rouge sang. Du sublime&amp;nbsp; du silence et du calme à la violence du basculement dans le bruit, dans la fureur, dans la déraison.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_P80601087315038.jpg&quot; alt=&quot;medium_P80601087315038.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Un film qui nous emmène sur trois continents sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, à notre égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité en pleine figure, ces figures et ces visages qu’il scrute et sublime d’ailleurs, qui nous jette notre indolence en pleine figure, aussi. Un instantané troublant et désorientant de notre époque troublée et désorientée.&amp;nbsp; La scène de la discothèque est ainsi une des plus significatives, qui participe de cette expérience. La jeuneJaponaise sourde et muette est aveuglée. Elle noie son désarroi dans ces lumières scintillantes, fascinantes et angoissantes.&amp;nbsp;&amp;nbsp;Des lumières aveuglantes: le paradoxe du monde, encore. Lumières qui nous englobent. Soudain aveuglés et sourds au monde qui nous entoure nous aussi.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le point de départ du film est donc le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements, qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais. Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée, Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Virtuosité des raccords aussi&amp;nbsp;: un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soit transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque,&amp;nbsp; paradoxalement plus ouvert sur l’extérieur fictivement si accessible et finalement plus égocentrique que jamais,&amp;nbsp; monde paradoxalement mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. D’ailleurs chaque histoire s’achève par des gestes, des corps enlacés, touchés, touchés enfin. Touchés comme nous le sommes. Les mots n’ont plus aucun sens, les mots de ces langues différentes. Selon la Bible, Babel fut &amp;nbsp;ainsi une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_P80601161052655.jpg&quot; alt=&quot;medium_P80601161052655.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;C’est aussi un film de contrastes. Contrastes entre douleur et grâce, ou plutôt la grâce puis si subitement la douleur, puis la grâce à nouveau, parfois. Un coup de feu retentit et tout bascule. Le coup de feu du début ou celui en pleine liesse du mariage. &amp;nbsp;Grâce si éphémère, si fragile, comme celle de l’innocence de ces enfants qu’ils soient japonais, américains, marocains, ou mexicains. Contrastes entre le rouge des vêtements de la femme mexicaine et les couleurs ocres du désert. Contrastes entres les lignes verticales de Tokyo et l’horizontalité du désert. Contrastes entre un jeu d’enfants et ses conséquences dramatiques. Contraste entre le corps dénudé et la ville habillée de lumière. Contraste entre le désert et la ville. &amp;nbsp;&amp;nbsp;Contrastes de la solitude dans le désert et de la foule de Tokyo. Contrastes de la foule et de la solitude dans la foule. Contrastes entre «&amp;nbsp;toutes les télévisions [qui] en parlent&amp;nbsp;» et ces cris qui s’évanouissent dans le désert. &amp;nbsp;Contrastes d’un côté et de l’autre de la frontière.&amp;nbsp; Contrastes d’un monde qui s’ouvre à la communication et se ferme à l’autre. Contrastes d’un monde surinformé mais incompréhensible, contrastes d’un monde qui voit sans regarder, qui interprète sans savoir ou comment, par le prisme du regard d’un monde apeuré, un jeu d’enfants devient l’acte terroriste de fondamentalistes ou comment ils estiment savoir de là-bas ce qu’ils ne comprennent pas ici.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_P80601693016905.jpg&quot; alt=&quot;medium_P80601693016905.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Mais toutes ces&amp;nbsp; dissociations et ces contrastes ne sont finalement là que pour mieux rapprocher.&amp;nbsp; &amp;nbsp;Contrastes de ces hommes qui parlent des langues différentes mais se comprennent d’un geste, d’une photo échangée (même si un billet méprisant, méprisable les séparera, à nouveau). Contrastes de ces êtres soudainement plongés dans la solitude qui leur permet finalement de se retrouver. Mais surtout, surtout, malgré les langues&amp;nbsp;: la même violence, la même solitude, la même incommunicabilité, la même fébrilité, le même rouge et la même blancheur, la même magnificence et menace de la nuit au-dessus des villes, la même innocence meurtrie, le même sentiment d’oppression dans la foule et dans le désert.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;Loin d’être une démonstration stylistique, malgré sa virtuosité scénaristique et de mise en scène &lt;em&gt;Babel&lt;/em&gt; est donc un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent.&amp;nbsp; Notons que malgré la pluralité de lieux, de langues, d'acteurs (professionnels mais souvent aussi non professionnels), par le talent de son metteur en scène, &lt;em&gt;Babel&lt;/em&gt; ne perd jamais sa cohérence qui surgit, flagrante, bouleversante, évidente, au dénouement.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La mise en scène est volontairement déstructurée pour refléter ce monde qu'il met en scène, un monde qui s'égare, &lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_P80601398560603.jpg&quot; alt=&quot;medium_P80601398560603.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;et&amp;nbsp;qui, au moindre geste , à la moindre seconde, au moindre soupçon, peut basculer dans la violence irraisonnée, un monde qui n'a jamais communiqué aussi vite et mal, un monde que l'on prend en pleine face, fascinés et horrifiés à la fois, un monde brillamment ausculté, décrit,&amp;nbsp; par des cris et des silences aussi&amp;nbsp;; un monde qui nous aveugle, nous assourdit, un monde de différences si semblables, un monde d’après 11 septembre.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;Babel&lt;/em&gt; est un film douloureux et clairvoyant, intense, empreint de la fébrilité du monde qu’il parcourt et dépeint de sa lumière blafarde puis rougeoyante puis nocturne. Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant. Le silence après le bruit, malgré le bruit, le silence de l’harmonie retrouvée, l’harmonie éphémère car il suffirait qu’un coup de feu retentisse pour que tout bascule, à nouveau. La beauté et la douleur pareillement indicibles. Babel, tour de beauté et de douleur. Le silence avant les applaudissements, retentissants, mérités. Si le propre de&amp;nbsp;l’Art c’est de refléter son époque et de l’éclairer, aussi sombre soit-elle, alors &lt;em&gt;Babel&lt;/em&gt; est un chef d’œuvre. Une expérience dont on ne peut ressortir indemne&amp;nbsp;! Mais silencieux, forcément.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Cet article a été repris sur &lt;a href=&quot;http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=15646#commentaires&quot;&gt;Agoravox&lt;/a&gt; et sur &lt;a href=&quot;http://fr.news.yahoo.com/15112006/326/babel-le-chef-d-oeuvre-d-alejandro-gonzalez-inarritu.html&quot;&gt;Yahoo Actualités.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sandra.M&lt;/p&gt;
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<title>&quot;Le Guépard&quot;, la fresque somptueuse de Luchino Visconti: palme d'or 1963</title>
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<author>noreply@inthemoodforcannes.com (Sandra.M)</author>
<category>CRITIQUES DE FILMS PRIMES A CANNES</category>
<pubDate>Sun, 11 Mar 2007 20:35:45 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_guepard.JPG&quot; alt=&quot;medium_guepard.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En 1860, en Sicile, tandis que Garibaldi et ses chemises rouges débarquent pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster) ainsi que sa famille et son confesseur le Père Pirrone (Romolo Valli), quitte ses domaines pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède rejoint les troupes de Garibaldi. Tancrède s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale), la fille du riche maire libéral&amp;nbsp; de Donnafugata&amp;nbsp;: Don Calogero. Le Prince Salina s’arrange pour qu’ils puissent se marier. Après l’annexion de la Sicile au royaume d’Italie, Tancrède qui s’était engagé aux côtés des Garibaldiens les abandonne pour rejoindre l’armée régulière…&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les premiers plans nous montrent une allée qui mène à une demeure, belle et triste à la fois. Les allées du pouvoir. Un pouvoir beau et triste, lui aussi. Triste car sur le déclin, celui de l’aristocratie que symbolise le Prince Salina. Beau car fascinant comme l’est le prince Salina et l’aristocratie digne qu’il représente. Ce plan fait écho à celui de la fin&amp;nbsp;: le prince Salina avance seul, de dos, dans des ruelles sombres et menaçantes puis il s’y engouffre comme s’il entrait dans son propre tombeau. Ces deux plans pourraient résumer l’histoire, l’Histoire, celles d’un monde qui se meurt. Les plans suivants nous emmènent à l’intérieur du domaine, nous offrant une vision spectrale et non moins sublime de cette famille. Seuls des rideaux blancs dans lesquels le vent s’engouffre apportent une respiration, une clarté dans cet univers somptueusement sombre. Ce vent de nouveauté annonce l’arrivée de Tancrède, Tancrède qui apparaît dans le miroir dans lequel Salina se mire. &amp;nbsp;Son nouveau visage. Le nouveau visage du pouvoir. Le film est à peine commencé et déjà son image est vouée à disparaître. Déjà la fin est annoncée. Le renouveau aussi.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Fidèle adaptation d’un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa, &lt;em&gt;Le Guépard&lt;/em&gt; témoigne d’une époque représentée par cette famille aristocrate pendant le Risorgimento, «&amp;nbsp;Résurrection&amp;nbsp;» qui désigne le mouvement nationaliste idéologique et politique qui aboutit à la formation de l’unité nationale entre 1859 et 1870. &lt;em&gt;Le Guépard&lt;/em&gt; est avant tout l’histoire du déclin de l’aristocratie et de l’avènement de la bourgeoisie, sous le regard et la présence félins, impétueux, dominateurs du Guépard, le prince Salina. Face à lui, Tancrède est un être audacieux, vorace, cynique, l’image de cette nouvelle ère qui s’annonce.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_guepard4.JPG&quot; alt=&quot;medium_guepard4.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;La scène du fastueux bal qui occupe un tiers du film est aussi la plus célèbre, la plus significative, la plus fascinante. Elle marque&amp;nbsp;d'abord par sa magnificence et sa somptuosité&amp;nbsp;: &amp;nbsp;somptuosité des décors, soin du détail du Maestro Visconti qui tourna cette scène en huit nuits parmi 300 figurants. Magnificence du couple formé par Tancrède et Angelica, impériale et rayonnante dans sa robe blanche. Rayonnement du couple qu’elle forme en dansant avec Salina, aussi. &amp;nbsp;La fin du monde de Salina est proche mais le temps de cette valse, dans ce décor somptueux, le temps se fige. Ils nous font penser à cette réplique de Salina à propos de la Sicile&amp;nbsp;: &quot;cette ombre venait de cette lumière&quot;. Tancrède regarde avec admiration, jalousie presque, ce couple qui représente pourtant la déchéance de l’aristocratie et l’avènement de la bourgeoisie. Un suicide de l'aristocratie&amp;nbsp;même puisque c’est Salina qui scelle l’union de Tancrède et Angelica, la fille du maire libéral, un mariage d’amour mais aussi et avant tout de raison entre deux univers, entre l'aristocratie et la bourgeoisie. Ces deux mondes se rencontrent et s’épousent donc aussi le temps de la valse d’Angelica et Salina. Là, dans le tumulte des passions, un monde disparaît et un autre naît. Ce bal est donc aussi remarquable par ce qu’il symbolise&amp;nbsp;: Tancrède, autrefois révolutionnaire, se rallie à la prudence des nouveaux bourgeois tandis que Salina, est dans une pièce à côté, face à sa solitude, songeur, &amp;nbsp;devant un tableau de Greuze, &lt;em&gt;la Mort du juste&lt;/em&gt;, faisant «&amp;nbsp;la cour à la mort&amp;nbsp;» comme lui dira ensuite magnifiquement Tancrède.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Angelica, Tancrède et Salina se retrouvent ensuite dans cette même pièce face à ce tableau morbide alors qu’à côté se fait entendre la musique joyeuse et presque insultante du bal. L’aristocratie vit ses derniers feux mais déjà la fête bat son plein. Devant les regards attristés et admiratifs de Tancrède et Angelica, Salina s’interroge sur sa propre mort. Cette scène est pour moi une des plus intenses de ce film qui en comptent pourtant tant qui pourraient rivaliser avec elle. Les regards lourds de signification qui s’échangent entre eux trois, la sueur qui perle sur les trois visages, ce mouchoir qu’ils s’échangent pour s’éponger en font une scène d’une profonde cruauté et sensualité où entre deux regards et deux silences, devant ce tableau terriblement prémonitoire de la mort d’un monde et d’un homme, illuminé par deux bougies que Salina a lui-même allumées comme s’il admirait, appelait, attendait sa propre mort, devant ces deux êtres resplendissants de jeunesse, de gaieté, de vigueur, devant Salina las mais toujours aussi majestueux, plus que jamais peut-être, rien n’est dit et tout est compris.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://monfestivalducinema.hautetfort.com/images/thumb_guepard3.JPG&quot; alt=&quot;medium_guepard3.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&amp;nbsp;Les décors minutieusement reconstitués d’ une beauté visuelle sidérante, la sublime photo de Giuseppe Rotunno, font de ce Guépard une véritable fresque tragique, une composition sur la décomposition d’un monde, dont chaque plan se regarde comme un tableau, un film mythique à la réputation duquel ses voluptueux plans séquences (notamment la scène du dîner pendant laquelle résonne le rire interminable et strident d’Angelica comme une insulte à l’aristocratie décadente, au cour duquel se superposent des propos, parfois à peine audibles, faussement anodins, d’autres vulgaires, une scène autour de laquelle la caméra virevolte avec virtuosité, qui, comme celle du bal, symbolise la fin d’une époque), son admirable travail sur le son donc, son travail sur les couleurs (la séquence dans l’Eglise où les personnages sont auréolés d’une significative lumière grise et poussiéreuse ) ses personnages stendhaliens, ses seconds rôles judicieusement choisis (notamment Serge Reggiani en chasseur et organiste), le charisme de ses trois interprètes principaux, la noblesse féline de Burt Lancaster, la majesté du couple Delon-Cardinale, la volubilité, la gaieté et le cynisme de Tancrède formidablement interprété par Alain Delon, la grâce de Claudia Cardinale, la musique lyrique, mélancolique et ensorcelante de Nino Rota ont également contribué à faire de cette fresque romantique, engagée, moderne, un chef d’œuvre du septième Art. &lt;em&gt;Le Guépard&lt;/em&gt; a ainsi obtenu la Palme d’or 1963… à l’unanimité.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;La lenteur envoûtante dont est empreinte le film métaphorise la déliquescence du monde qu’il dépeint. Certains assimileront à de l’ennui ce qui est au contraire une&amp;nbsp;magistrale&amp;nbsp;immersion&amp;nbsp; dont on peinera ensuite à émerger hypnotisés par l’âpreté lumineuse de la campagne sicilienne, par l’écho du pesant silence, par la beauté et la splendeur stupéfiantes de chaque plan. Par cette symphonie visuelle cruelle, nostalgique et sensuelle l’admirateur de Proust qu’était Visconti nous invite à l’introspection et à la recherche du temps perdu.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La personnalité du Prince Salina devait beaucoup à celle de Visconti, lui aussi aristocrate, qui songea même à l’interpréter lui-même, lui que cette aristocratie révulsait et fascinait à la fois et qui, comme Salina, aurait pu dire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Nous étions les Guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Que vous fassiez partie des guépards, lion, chacals ou brebis, ce film est un éblouissement inégalé&amp;nbsp;par lequel je vous engage vivement à vous laisser hypnotiser...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sandra.M&lt;/p&gt;
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<title>De &quot;In the mood for love&quot; à &quot;In the mood for Cannes&quot;...</title>
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<author>noreply@inthemoodforcannes.com (Sandra.M)</author>
<category>CRITIQUES DE FILMS PRIMES A CANNES</category>
<pubDate>Sun, 04 Mar 2007 18:30:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.inthemoodforcannes.com/images/thumb_mood.JPG&quot; alt=&quot;medium_mood.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Le titre de ce blog n’a pas été choisi par hasard. Son but est aussi de vous immerger dans l’atmosphère du Festival, parfois ensorcelante, à l’image du magnifique film de celui qui fut le président du Festival de Cannes 2006, Wong Kar-Waï&amp;nbsp;qui y&amp;nbsp;présenta &lt;em&gt;2046&lt;/em&gt; en 2004, sélectionné en compétition officielle&amp;nbsp;et surtout &lt;em&gt;In the mood for love&lt;/em&gt; en 2000 qui reçut le prix d'interprétation masculine et le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique. En guise d'hommage à ce grand cinéaste, et de clin d'oeil au titre de ce blog, je vous propose donc ma critique &lt;em&gt;d'In the mood for love&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Avant de plonger &quot;In the mood for Cannes&quot;, plongez &quot;in the mood for love&quot;!&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;Critique &lt;em&gt;d'In the mood for love&lt;/em&gt; de Wong Kar Waï&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Oui, je l’avoue, je n’ai toujours pas vu 2046. A dessein. &lt;em&gt;In the mood for love&lt;/em&gt; c’est un peu comme ces moments de nos vies que l’on a filmés et dont on laisse les films croupir dans les tiroirs de crainte que les images ainsi immortalisées soient moins belles que celles de nos souvenirs. Souvenirs sacrés, idéalisés peut-être. Sacrés aussi sont les souvenirs &lt;em&gt;d’In the mood for love&lt;/em&gt;. Souvenirs indicibles et indélébiles. Indicibles et indélébiles, telles sont aussi les émotions que procure ce film envoûtant… à l’image des sentiments qu’il retranscrit. A partir d’un synopsis plutôt conventionnel ,d’un schéma vaudevillesque(deux voisins ,Su -Maggie Cheung- et Chow-Tony Leung- , découvrent la tromperie de leurs époux respectifs ,s’éprennent peu à peu l’un de l’autre…mais préfèreront renoncer à leur amour plutôt qu’à leurs idéaux),Wong Kar Wai a réalisé un véritable poème lyrique et nostalgique à la beauté picturale et à l’inventivité visuelle indéniables, inégalées, innovantes, un film tout en nuances dont la mélancolie est encore exacerbée par une atmosphère musicale sublime qui cristallise les sentiments retenus des personnages. Poème langoureux et nostalgique qui nous entraîne, nous emporte délicieusement dans sa mélodieuse complainte. Rarement, voire jamais, au cinéma les frémissements, les palpitations, l’intransmissible incandescence d’un amour implicite, interdit, et ainsi sublimés, avaient été aussi bien suggérés à tel point que les sentiments des personnages semblent émaner de l’écran, presque s’en échapper et nous envahir. Réminiscences des sublimes sensations de nos passés ou de nos rêves, c’est selon, que Wong Kar Waï parvient à faire (res)surgir. Magicien de la caméra. Wong Kar Wai a préféré la suggestion à la démonstration ostentatoire. L’enfermement de Maggie Cheung est ainsi suggéré par des tenues qui emprisonnent son corps et sa passion contenue est reflétée par leurs teintes chatoyantes auxquelles fait écho le décor rouge qui contraste avec les couleurs ternes et les conventions du Hong Kong des années 60. Le ralenti et la musique ensorcelante qui les accompagnent lorsqu’ils se croisent dans un couloir étroit suffisent à nous faire comprendre les sentiments et les impressions d’une sensualité tacite qui les envahissent malgré l’étroitesse des conventions. Les nombreuses ellipses temporelles permettent au spectateur de laisser libre cours à son imagination :un spectateur qui, par une sorte de mimétisme , se laisse peu à peu submerger par l’émotion indéfinissable que suscite cette ambiance…Jamais une histoire d’amour n’avait été racontée avec autant de pudeur, de nuance, d’élégance. Le spectateur est immergé dans cette « ambiance de l’amour », un titre étrange à l’image de la singularité des impressions qu’il inspire. Grâce à l’ingéniosité de la réalisation le spectateur est happé par cet univers, cette histoire…une histoire intemporelle et universelle qui substitue mieux que jamais à notre regard « un monde qui s’accorde à ses désirs » pour reprendre la citation de Bazin qui pourrait avoir été inspirée par ce film. Alors bien sûr on pourrait établir un parallèle avec &lt;em&gt;Sur la route de Madison&lt;/em&gt;&amp;nbsp; de Clint Eastwood ou encore avec les films de James Ivory pour l’admirable peinture des sentiments contenus mais, au-delà de celle-ci, Wong Kar Waï a su créer une atmosphère ensorcelante, languissante, presque onirique qui fait de son film une œuvre inclassable et novatrice …On pourrait aussi me rétorquer que la stylisation est exacerbée (et peut-être pour certains exaspérante ), que cette beauté picturale cherche à dissimuler une faiblesse scénaristique mais c’est justement cette symphonie picturale et musicale qui contribue à la richesse du scénario. Alors quand cette rêverie cinématographique s’achève, le spectateur quitte avec peine cette atmosphère enchanteresse, la magie du cinéma portée à son paroxysme…une magie prolongée par des images et une musique indissociables et inoubliables qui nous accompagnent longtemps après le générique de fin, qui m’accompagnent toujours. Le film entier est un poème langoureux, une mélodie savoureuse et ensorcelante, une longue parabole amoureuse qui vous laissera le souvenir inaltérable et brûlant d’un grand amour.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sandra.M&lt;/p&gt;
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