28.12.2009
Cannes Classics 2009- "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot
Le Corbeau. La Vérité. Quai des Orfèvres. Les Diaboliques. Le Salaire de la Peur. Cinq films de Clouzot qui font partie de mon panthéon cinématographique et qui ont bercé mon enfance. Cinq films qui montrent à quel point Clouzot était un brillant directeur d'acteurs : Vera Clouzot, Simone Signoret, Charles Vanel, Yves Montand, Louis Jouvet... et Brigitte Bardot à qui il offrit son plus beau rôle dramatique dans le splendide « La Vérité ». A quel point il était un grand metteur en scène (malgré l'étiquette de « qualité française » qu'on a voulu lui accoler). A quel point ses films témoignent d'audace et de modernité, de suspense auquel Hitchcock même n'aurait rien eu à envier, d'intensité dramatique rare, de cynisme réjouissant... mais ce n'est rien à côté du film qui ne vit jamais le jour et qui, sans nul doute, aurait été un chef d'œuvre. Un film unique et singulier intitulé « L'Enfer » sur la piste duquel Serge Bromberg s'est retrouvé suite aux aléas parfois bienheureux du destin : une panne d'ascenseur qui le conduisit à rester bloqué avec Inès Clouzot, la dernière femme du cinéaste...
Avec Ruxandra Medrea, il retrace l'histoire de ce film mêlant témoignages de protagonistes de l'époque mais aussi images du film ou des essais. Et si le documentaire s'intitule « L'Enfer de Clouzot » (et non documentaire de Serge Bromberg sur L'Enfer) c'est parce qu'il est avant tout un hommage au film qu'il tente de reconstruire (même si cette reconstruction d'un film qui s'est en quelque sorte lui-même sabordé était vouée à l'échec) avant même d'être un documentaire sur celui-ci et son tournage. Serge Bromberg a choisi de se mettre en retrait pour mettre en valeur l'œuvre de Clouzot, sans pour autant édulcorer le caractère entier (c'est un euphémisme...) du cinéaste que le perfectionnisme (mais avec quel brillant résultat dans ses précédents films !) poussait à exiger le meilleur de ses acteurs, et à les épuiser.
Ces images époustouflantes, de beauté, d'inventivité, d'audace, ont été bloquées pendant des années pour raisons juridiques essentiellement puis ont été considérées comme perdues. Elles datent de 1964...et pourtant en 2009 on se demande quel film a su concilier avec autant de perfectionnisme et d'imagination le fond et la forme : « l'Enfer » est ainsi l'histoire d'un homme, Marcel Prieur (Serge Reggiani), patron d'un modeste hôtel de province, saisi par le démon de la jalousie. Chaque plan, chaque son (un travail considérable qui exploite toutes les pistes sonores de la folie) témoigne de cette folie dévastatrice et aveugle avec des images d'une force hypnotique rarement (jamais ?) atteinte...
Son travail, à la confluence des arts, frôle l'expérimental et l'abstraction (lèvres bleutées : on songe à Warhol, distorsion des images qui rappelle les surréalistes...), certains photogrammes pourraient être exposés dans une galerie d'art moderne sans en rougir. Les tentatives sur les couleurs, les impressions : tout semble inédit, tout est fascinant. Si ce film est, pour les yeux, une réjouissance parfois éprouvante ( le spectateur se retrouvant à éprouver cette impression de folie, de déconstruction du réel, étant destiné à vivre une expérience autant qu'à assister à un film) autant qu'envoûtante, c'est aussi un crève-cœur de voir qu'une telle œuvre n'a jamais véritablement vu le jour par une suite de déconvenues que je vous laisse découvrir, ce tournage pour lequel la Miramax éblouie par les premières images lui avait donné budget illimité (150 techniciens, trois chefs opérateurs...), s'étant lui aussi véritablement transformé en « Enfer ». Costa-Gavras, Catherine Allégret, Bernard Stora et quelques autres apportent leur témoignage sur le déroulement des évènements.
Bérénice Béjo et Jacques Gamblin interprètent quant à eux quelques scènes qui n'ont jamais été tournées dans le dépouillement le plus total qui ne pardonne pas la moindre fausse note : on retient notre souffle et si les deux acteurs sont irréprochables on ne peut s'empêcher de songer au supplément d'âme que leur auraient apporté Romy Schneider et Serge Reggiani. Progressivement on imagine ainsi ce qu'aurait été ce film aussi improbable que magistral. Mais était-ce bien nécessaire de couper ainsi le rythme tant les images de Clouzot suffisent à nous laisser imaginer ce que son film aurait été... ?
Et puis il y a Romy Schneider... Romy qui hante, capture, captive, éblouit, séduit l'écran alors qu'elle n'avait que 26 ans, Romy dont le jeu, les attitudes et le regard témoignaient d'une fascinante modernité, et pourtant à l'époque, elle n'avait pas encore tourné « La Piscine » et n'était encore que l'ingénue « Sissi » dans l'esprit des spectateurs. Face à elle, Serge Reggiani épouse le visage de la folie maladive avec une rage bouleversante. Le tout dans ce cadre à la fois familier inquiétant du Cantal et du Viaduc de Garabit.
Ce film, d'une étrange beauté, sans nul doute, aurait à jamais permis à Henri-Georges Clouzot de décoller l'étiquette de « qualité française »à laquelle on l'a injustement associé. Cela aurait été bien dommage que ce qui subsiste de ce film reste dans les limbes de l'enfer et d'en être privés. Le titre du film est ainsi sous-titré: "la légende d'un film inachevé", cela pourrait aussi être "un film légendaire inachevé... Chabrol s'en est ainsi certes inspiré pour son film « L'Enfer » en 1994, indéniablement un très grand film qui n'est cependant pas cette expérience visuelle et sonore sensuelle, novatrice et éblouissante qu'aurait été le film de Clouzot, un chef d'œuvre qui revient de loin et que je vous engage à découvrir... et comme dirait Henri-Georges Clouzot :
11:47 Ecrit par Sandra.M dans CANNES CLASSICS 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, clouzot, l'enfer |
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28.04.2009
Le programme intégral de Cannes Classics 2009
Sous la présidence d’honneur 2009 de Martin Scorsese, Cannes Classics, section créée en 2004, accompagne les œuvres contemporaines de la Sélection officielle par un programme de films restaurés, de films retrouvés, dans le cadre de leur ressortie en salle ou en DVD. Les projections ont lieu dans le Palais des Festivals et les rediffusions à La Licorne.
Le programme détaillé
The Red Shoes / Les Chaussons rouges présenté salle Debussy
Cannes Classics invite Martin Scorsese pour présenter le chef d’œuvre de Michael Powell et Emeric Pressburger, THE RED SHOES (Les Chaussons rouges, 1948, Royaume-Uni) restauré par UCLA Film & Television Archive, le BFI, la Film Foundation, ITV Global Entertainment Ltd. et Janus Films, avec l’aide financière de la Hollywood Foreign Press Association, la Film Foundation et la Louis B. Mayer Foundation. Le film sera présenté salle Debussy en présence de Martin Scorsese et de Thelma Schoonmaker-Powell.
L’Enfer retrouvé, souvenirs d’Henri-Georges Clouzot
En 1964, le tournage mouvementé du film L’ENFER d’Henri-Georges Clouzot, avec Romy Schneider et Serge Reggiani, est interrompu. Il ne sera jamais repris, le film ne sera jamais terminé, restant avec ses images et sa légende à l’état de mythe. En retrouvant les boîtes qui contenaient les essais et les plans déjà tournés, Serge Bromberg qui s’est fait connaître au sein de Lobster Films par son inlassable activité patrimoniale, a réussi une « recomposition » de l’œuvre disparue, créant ainsi un nouveau film qui permet au projet d’exister enfin.
World Cinema Foundation 2009
Inaugurée à Cannes en 2007 pour aider les pays en voie de développement à sauvegarder leur patrimoine cinématographique, la World Cinema Foundation, présidée par Martin Scorsese, présente trois films (restaurés ?) que viennent soutenir des cinéastes-parrains :
A BRIGHTER SUMMER DAY d’Edward Yang (1991, 237’ Taiwan), version inédite.
AL-MOMIA (La Momie) de Shadi Abdel Salam (1969, 103’ Egypte)
REDES d’Emilio Gomez Muriel et Fred Zinnemann (1936, 61’ Mexique)
Ajoutons que la World Cinema Foundation a aidé la Fondation Bergman qui présentera également JEUX DE TOURNAGE de Stig Björkman (29’ Suède), des images restaurées inédites, issus des « homes movies » tournés par Ingmar Bergman lui-même à chacun de ses films.
Centenaire de Joseph Losey
Cent ans après la naissance de Joseph Losey, dix ans après la disparition de Dirk Bogarde, son interprète principal, et un an après celle du dramaturge et scénariste Harold Pinter, ACCIDENT (1967, 105’ Royaume-Uni) restauré par le BFI National Archive et Studio Canal, sera présenté en leur hommage salle Buñuel. Il est à noter qu’une copie neuve de DON GIOVANNI (1979, 176’ Italie) sera projetée dans le cadre de la programmation thématique du Cinéma de la Plage.
Documentaires sur le cinéma
LES DEUX DE LA VAGUE (90’ France), un film d'Antoine de Baecque et Emmanuel Laurent.
A l’occasion du cinquantenaire de la naissance de la Nouvelle vague, ce documentaire évoque la présentation à Cannes en 1959 des Quatre cent coups et la genèse de A bout de souffle, évoquant ainsi les débuts de deux des cinéastes emblématiques de la Nouvelle vague : François Truffaut et Jean-Luc Godard.
PIETRO GERMI, IL BRAVO, IL BELLO, IL CATTIVO (60’ Italie) de Mario Bondí.
La carrière et la personnalité d’un cinéaste injustement oublié : Pietro Germi, qui a montré sept de ses films en compétition au Festival de Cannes et obtenu la Palme d’Or en 1966 pour SIGNORE E SIGNORI (119’ Italie) dont une copie neuve sera également projetée, à l’occasion de la ressortie du film en salle.
Une sélection de copies neuves et restaurées
L’AVVENTURA de Michelangelo Antonioni (1960, 143’ Italie), qui a inspiré l’affiche du Festival 2009. Copie neuve.
AN UNS GLAUBT GOTT NICHT MEHR (Dieu ne croit plus en nous) d’Axel Corti (1982, 104’ Autriche). Copie restaurée par Le Pacte.
GIU LA TESTA (Il était une fois… la révolution) de Sergio Leone (1971, 153’ Italie). Copie restaurée par Cineteca di Bologna, laboratoire Immagine Ritrovata.
LOIN DU VIETNAM de Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Agnés Varda, Jean-Luc Godard, Chris Marker, Alain Resnais (1967, 115’ France). Copie restaurée par Archives françaises du film du CNC.
PIERROT LE FOU de Jean-Luc Godard (1965, 107’ France). Restauration et projection numérique de Studio Canal.
PRINCE YEONSAN de Shin Sang-ok (1961, 133’ Corée). Copie restaurée par Korean Film Archive, le laboratoire HFR.
SENSO de Luchino Visconti (1954, 123’ Italie). Copie restaurée par StudioCanal, Centro Sperimentale de Cinematografia, Cineteca Nazionale, Cineteca di Bologna / l'Immagine Ritrovata, avec l’aide de GUCCI et la Film Foundation.
LES VACANCES DE M. HULOT de Jacques Tati (1953, 88’ France). Copie restaurée par la Fondation Thompson, la Fondation Groupama Gan, Les Films de Mon Oncle et la Cinémathèque française.
VICTIM (Victime) de Basil Dearden (1961, 101’ Angleterre). Copie neuve.
WAKE IN FRIGHT (Réveil dans la terreur) de Ted Kotcheff (1971, 109’ Australie). Copie restaurée par le National Film & Television Archive.
LES YEUX SANS VISAGE de Georges Franju (1960, 91’ France). Copie restaurée par Gaumont.
23:41 Ecrit par Sandra.M dans CANNES CLASSICS 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, cannes classics, festival de cannes |
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